DURLACH Hermance [84]

Hermance DURLACH née CAHN est née le 19 février 1870 à Hatten (Bas-Rhin) [Père : CAHN Anselme, laboureur et Mère : WEILL Berthe]. Elle est veuve de Jacques DURLACH né le 1er juillet 1852 à Strasbourg, et décédé le 5 novembre 1922 à Strasbourg. Ils s’étaient mariés le 04 septembre 1891 à Hatten (Bas-Rhin) et déclarent trois enfants vivants au moment du recensement : Laure née en 1893, Alice née en 1895 et Simone née en 1899. Deux autres enfants étaient décédés auparavant (Sylvain né en 1892 et décédé en 1904 et Paul né en 1897 ou 98 et décédé en 1918).

Elle accompagne sa fille Laure METZGER, son gendre Gaston et sa petite-fille Huguette lors de l’évacuation des populations civiles des départements limitrophes de la ligne Maginot à l’entrée en guerre le 03 septembre 1939 et loge à la Baule Villa Rose Mousse, allée des Platanes et arrive probablement à cette période sur la commune.

Elle se fait recenser sous le numéro 84 (juste après son gendre) sur les listes de recensement des Juifs de l’arrondissement de Saint-Nazaire entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Elle est arrêtée entre le 15 et le 17 juillet 1942 avec le reste de la famille, transportée sur Saint-Nazaire, Nantes puis au Grand Séminaire à Angers.

Liste provisoire et définitive des arrestations de l’arrondissement de Saint-Nazaire et du département de Loire-Inférieure [ADLA 1694W25]

Hermance DURLACH est rayée de la liste du convoi numéro 8 (avec son gendre) et débarquée à Drancy.

Liste convoi 8 et liste des femmes dirigées sur le camp de Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Hermance DURLACH est libérée de Drancy (raison inconnue, recherche en cours) et décède dans le Tarn le 02 juillet 1951

METZGER Gaston, Laure, Huguette [83]

Laure METZGER
Laure METZGER [https://www.geni.com/]
Huguette METZGER [Yad Vashem, en ligne]
Huguette METZGER [Yad Vashem, en ligne]

Gaston METZGER est né le 10 février 1880 à Willersheim (Bas-Rhin) [Père : Elias METZGER et Mère : Delphine LEVY]. Il est marié depuis le 27 mai 1920 (Strasbourg) avec Laure Eléonore (prénom usuel Laure) DURLACH née le 02 août 1893 à Strasbourg. [Père : Jacob DURLACH, fabricant et mère : Hermance CAHN]. Le couple va donner naissance à une fille, Huguette Delphine (prénom usuel Huguette) née le 01 juin 1921 à Strasbourg (Bas-Rhin).

Acte de mariage [Archives Départementales du Bas-Rhin, 2 E 254]

Acte de mariage [Archives Départementales du Bas-Rhin, 2 E 254]
Bulletin de naissance de Laure DURLACH [DAVCC Caen 21 P 515 847]
Bulletin de naissance de Laure DURLACH [DAVCC Caen 21 P 515 847]
Extrait registre mariage METZGER/DURLACH [DAVCC Caen 21 P 515 847]
Extrait registre mariage METZGER/DURLACH [DAVCC Caen 21 P 515 847]

Les populations civiles mitoyennes de la ligne Maginot sont évacuées dès l’entrée en guerre le 03 septembre 1939 vers des départements désignés par l’autorité militaire française. Nous ne connaissons pas la date d’arrivée en presqu’île de la famille mais il est vraisemblable qu’habitant Strasbourg, Gaston, Laure, Huguette ainsi que la mère de Laure, Hermance DURLACH soient arrivés à ce moment-là. Ils vont trouver un logement : Villa Rose Mousse, allée des Platanes à la Baule.

Suite à la 1ère ordonnance allemande du 27 septembre 1940, Gaston METZGER va se faire recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou commissariat de la Baule) entre le 27 septembre 1940 et le 20 octobre 1940 sous le numéro 83. Sa belle-mère l’accompagne puisqu’elle apparaît dans le recensement à la ligne suivante.

1ère ordonnance allemande du MBF (Militärbefehlshaber in Frankreich) [ADLA 1694W20]

Extrait liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]

La famille vit donc près de trois ans dans la commune avant d’être arrêtée entre le 15 et le 17 juillet 1942 puis emmenée vers Saint-Nazaire, Nantes et le Grand Séminaire à Angers.

Liste provisoire et liste définitive des arrestations [ADLA 1694W25]

A Angers, le 20 juillet 1942, la liste du convoi est prête afin d’envoyer les 827 hommes, femmes, enfants, personnes âgées en déportation à Auschwitz. Hors, à la mi-juillet 1942, les enfants de moins de 16 ans et les personnes âgées de plus de 55 ans ne sont pas déportables. Hans-Dietrich ERNST, qui était devenu depuis juin 1942 SS-Hauptsturmführer et commandant de la Sûreté et du SD (KdS) à Angers (le SD est l’organe de répression en France chargé de la déportation des Juifs), avait fait reporter sur la liste du convoi numéro 8 tous les internés du Grand Séminaire quel que soit leur âge. 14 hommes et 15 femmes vont descendre à Drancy (raison inconnue) tandis que les enfants de moins de 16 ans (accompagnés d’un adulte, mère ou grand-mère) et les personnes de plus de 55 ans sont dirigés vers le camp de la Lande à Monts près de Tours.

Laure METZGER et sa fille Huguette sont déportées par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz le 20 juillet 1942.

Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Le convoi numéro 8 qui arrive à Auschwitz le 23 juillet 1942, au vu du tri effectué en amont, ne comporte que des hommes et femmes en âge de travailler (pas d’enfants ni de bébés et pas de personnes âgées). Une trentaine de personnes sont sélectionnées pour les chambres à gaz à l’arrivée du convoi tandis que la quasi-totalité est enregistrée pour rentrer dans le camp. Il est probable qu’Huguette soit rentrée dans le camp bien qu’aucun document ne vienne confirmer cette hypothèse. Sa mère y a été enregistrée et est décédée un mois après son arrivée le 21 septembre 1942 à 13h00 d’une pneumonie, Laure avait 49 ans.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
[DAVCC Caen 21 P 515 847]
[DAVCC Caen 21 P 515 847]

Huguette a été déclarée décédée le 31 octobre 1942 en Allemagne par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, elle avait 21 ans.

Dossier d'Huguette METZGER [DAVCC Caen, 21 P 515 844]
Dossier d’Huguette METZGER [DAVCC Caen, 21 P 515 844]

Gaston METZGER et Hermance DURLACH âgée de 72 ans, sa belle-mère, sont rayés de la liste du convoi numéro 8 et s’arrêtent à Drancy. Nous ignorons la raison de ce débarquement à Drancy.

Hermance DURLACH et Gaston METZGER sont internés dans le camp de Drancy le 22 juillet 1942.

Fiche d'internement de Gaston METZGER [Archives Nationales F/9]
Fiche d’internement de Gaston METZGER [Archives Nationales F/9]

Hermance DURLACH est libérée de Drancy (raison inconnue, recherche en cours) et décède dans le Tarn le 02 juillet 1951 tandis que Gaston se suicide à Drancy le 04 septembre 1942, il avait 61 ans.

Des feuilles de témoignage en mémoire de la famille seront déposées sur le site de Yad Vashem.

A la fin de la guerre, Mme DURLACH Hermance, mère de Laure, résidant 46, boulevard de Picpus dans le 12ème arrondissement à Paris effectue les démarches de recherche le 06 novembre 1945 auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Le dossier est suivi par Monsieur ROSENAUER au Ministère et par le Service d’Evacuation et de Regroupement des familles juives (SER).

STERN Anna, Paul [81]

Anna STERN née TEPPER est veuve avec un enfant. Elle est née le 25 février 1905 à Pacieczna (Pologne) [Père : Israël TEPPER, commerçant en bois et Mère : Sara MOLDAUER] et est française par naturalisation. Elle est mère de Paul né le 29 janvier 1935 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). [Père : Samuel STERN né le 27 avril 1901 à Stanislawa (Pologne]. Les deux époux s’étaient mariés religieusement et civilement le 24 novembre 1929 à Pacieczna. Samuel STERN n’est pas présent lors de l’arrivée de son épouse et de son fils en presqu’île et est donc décédé entre 1935 et l’automne 1940, Anna STERN se déclarant veuve. La famille habite 9, rue Callot à Nancy.

Acte de naissance de Paul STERN [Archives Municipales Etat Civil Ville de Nancy]
Acte de naissance de Paul STERN [Archives Municipales Etat Civil Ville de Nancy]
[DAVCC 21 P 541 007]
[DAVCC 21 P 541 007]

Anna et Paul quittent Nancy en Juin 1940 pour la côte atlantique et Joseph, le frère d’Anna, l’aide à déménager son mobilier.

[DAVCC 21 P 541 007]

Elle se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou commissariat de la Baule) sous le numéro 81. Elle habite alors Villa Osiris avenue Heurteau à la Baule.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Ne pouvant plus exercer son métier de couturière et démunie de toute ressource, elle va toucher l’indemnité pour réfugiés pour elle et pour Paul auprès de la mairie de la Baule.

Elle est arrêtée entre le 15 et le 17 juillet 1942 puis dirigée sur Saint-Nazaire, Nantes puis Angers au Grand Séminaire.

Liste d’arrestations 1944 et Contrôle de déplacement des Israélites juillet 1942 [ADLA 1694W25]

Elle est déportée par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942 et sera exterminée à Auschwitz à l’âge de 37 ans.

Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Son fils Paul ne fait partie du convoi 8 et puisque non-déportable en tant qu’enfant en juillet 1942, est dirigé sur le Camp de la Lande à Monts près de Tours. Alors que ceux qui sont rayés du convoi 8 parce que ne remplissant pas les conditions de déportation (enfants de moins de 16 ans et personnes de plus de 55 ans) sont dirigés immédiatement vers le camp de la Lande, c’est à dire le 20 juillet 1942, Paul STERN arrive seul le 28 juillet 1942.

Liste entrées/sorties Camp de la Lande [Archives Départementales de l'Indre-et-Loire, 120W18]
Liste entrées/sorties Camp de la Lande [Archives Départementales de l’Indre-et-Loire, 120W18]

Il est dirigé du camp de la Lande vers le camp de Drancy.

Fiche d'internement Camp de Pithiviers [Archives Nationales F9]
Fiche d’internement Camp de Drancy [Archives Nationales F9]

Il sera déporté le 23 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz par le convoi numéro 36. Paul a été exterminé à Auschwitz, il avait 7 ans.

Liste convoi 36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Joseph TEPPER, frère d’Anna et oncle de Paul, s’occupera des formalités administratives de régularisation d’état civil auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre après-guerre. Les actes de décès de Paul et d’Anna seront rédigés en … 2014.

WEISBACH Jules, Germaine, Jean-Claude [65]

Jules WEISBACH est né le 15 mai 1883 à Verdun (Meuse) [Père : Sigismond WEISBACH, négociant et mère : Jeannette LOEW] et est marié avec Germaine FRANCK née le 25 novembre 1891 à Paris (16ème arrondissement) [Père : Ernest FRANCK, quincailler et Mère : Berthe MOYS]

Actes d’état civil [Archives Départementales de la Meuse 2E558 et Archives de Paris 16V4E 7278]

Ils se sont mariés à Paris (16ème arrondissement) le 26 août 1910 et de cette union va naître un enfant, Jean-Claude né à Lille le 09 avril 1922.

Acte de mariage [Archives de Paris 16M215]

Jules WEISBACH effectue son service militaire du 16 novembre 1904 au 13 juillet 1907 au 94ème régiment d’Infanterie comme soldat de 2ème classe. Il est rappelé le 1er août 1914 au moment de la déclaration de guerre (1914-1918) et est réformé en octobre 1914 pour pieds plats et rhumatismes confirmé en 1917 pour cardiopathie. Il sera affecté à la 22ème section de secrétaires d’Etat-Major puis démobilisé en 1919.

Jules WEISBACH exerce la profession de négociant en houblon ce qui explique ses nombreux changements de résidence : de 1907 à 1920, il habite à Bruxelles au 2 rue des Teinturiers (résidence) puis est présent en 1915 à Paris (domicile) puis à Lille en 1920 au 124, rue de Tournai puis en 1927 au 26 boulevard de la République et 12 quai de la Madeleine toujours à Lille.

Ils résident à La Baule, Villa La Fanchette, avenue de la Voie Lactée et Jean-Claude poursuit ses études de médecine à la Faculté de Médecine de Nantes. Nous n’avons pas d’informations concernant leur date d’arrivée à la Baule mais ils arrivent du Nord de la France, Lille et vont dans un premier temps loger Villa Ker Magdeleine, avenue des Erables.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre, Jules WEISBACH se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou commissariat de la Baule) conformément à la 1ère ordonnance allemande sous le numéro 65.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

La famille est arrêtée le 15 juillet 1942, dirigée sur Saint-Nazaire puis Nantes et enfin Angers au Grand Séminaire.

Liste récapitulative des arrestations 1944 [ADLA 1694W25]
Liste récapitulative des arrestations 1944 [ADLA 1694W25]

Apprenant l’arrestation, Maurice FRANCK, le frère de Germaine, écrit un premier courrier au Préfet de Loire-Inférieure pour faire libérer la famille en insistant sur le fait que toute la famille est française, que Jules WEISBACH est ancien combattant (de la guerre de 1914-1918) et qu’il est lui-même « ancien membre militant du PPF ».

Lettre manuscrite de Maurice FRANCK au Préfet de Loire-Inférieure septembre 1942 [ADLA 1694W25]

Puis un deuxième courrier le 13 octobre 1942 qui lui, reçoit une réponse de la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Lettre manuscrite de Maurice FRANCK au Préfet de Loire-Inférieure 13 octobre 1942 et réponse de la sous-préfecture [ADLA 1694W25]

Germaine et Jean-Claude sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz le 20 juillet 1942 tandis que Jules est rayé de la liste du convoi et fait partie des 14 hommes descendus à Drancy.

Listes convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Germaine WEISBACH avait 50 ans lors de son décès à Auschwitz. Jean-Claude a été enregistré dans le camp et est décédé à l’âge de 20 ans le 11 octobre 1942, soit trois mois après son arrivée dans le camp.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]

Jules WEISBACH quitte le camp de Drancy le 04 septembre 1942 pour le camp de Pithiviers pour être déporté à Auschwitz le 21 septembre 1942 par le convoi numéro 35. Il est décédé à l’âge de 59 ans. C’est Maurice FRANCK son beau-frère qui recherchant la famille à la fin de la guerre obtiendra un certificat attestant de la déportation de celle-ci.

Fiches d’internement camp de Pithiviers [AN, F/9]

Des feuilles de témoignage seront déposées en mémoire de la famille sur le site de Yad Vashem.

Maurice FRANCK s’occupera des formalités administratives de rectification des actes d’état civil concernant la famille.

[DAVCC 21 P 550 050]
[DAVCC 21 P 550 050]


COHEN Georges, Lucie [44]

Photographies de Georges COHEN (Hyères, France) et Lucie COHEN (Paris) [Yad Vashem, en ligne]

Georges COHEN est né le 15 novembre 1903 à Paris (18ème arrondissement). [Père : Simon COHEN et Mère : Hélène LEVY]. Son épouse Lucie (dite Louise ou Louta) COHEN née AMAR [Père : Sabetaï AMAR et Mère : Malca SASSOM] est quant à elle née le 05 septembre 1912 à Salonique (Grèce). Ils se sont mariés le 17 mars 1938 à Paris (10ème arrondissement). Ils n’ont pas d’enfant. Au moment de leur mariage, les parents de Georges résident à Londres.

COHEN Georges Acte Naissance [AD75,
Acte de mariage de Georges et Lucie AMAR [AD75 10M435, en ligne]
Acte de mariage de Georges et Lucie AMAR [AD75 10M435, en ligne]

En 1939, le couple réside à Champigny-sur-Marne, Cité du Jardin puis le couple arrive à Pornichet (date d’arrivée inconnue). Salomon exerce la profession de préparateur en pharmacie à la Pharmacie Blaise située avenue de la Gare à Pornichet. Son épouse Lucie va monter un petit commerce de modiste en mars 1940 en face de la pharmacie au 37, avenue de la Gare qu’elle va appeler Lucyrene (Lucie est son prénom et Irène est le prénom de sa soeur).

Registre du Commerce [ADLA 22U153]

Elle y travaille seule et y fabrique des chapeaux qu’elle propose à la vente dans son magasin au rez-de-chaussée, les deux époux habitant à l’étage.

Dossier d'aryanisation du Commissariat Général aux Questions juives [AJ38/4597 dossier n°2519]
Dossier d’aryanisation du Commissariat Général aux Questions juives [AJ38/4597 dossier n°2519]

Conformément à la 1ère ordonnance allemande, Georges se déclare à la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie de Pornichet) entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 sous le numéro 44.

Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Lucie déclare son entreprise comme « Juive » auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire dans le cadre des procédures d’aryanisation au 11 novembre 1940. Les scellés sont apposés sur son commerce le 04 décembre 1940 et un administrateur provisoire est nommé : Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire qui se charge de la vente du commerce. Celle-ci est réalisée en moins de six mois et c’est son voisin, Monsieur Vincent PONCET au 39, avenue de la Gare qui rachète le commerce. Lucie COHEN n’a donc plus de ressources pour vivre et va toucher 2000 francs du produit de la vente comme subsides, le reste du produit de la vente étant versé sur un compte bloqué à la Caisse des Dépôts et Consignations. Son époux, Georges COHEN peut continuer à travailler mais ne doit plus « être en contact avec la population aryenne« , ne peut donc plus délivrer les ordonnances et se trouve reclus dans l’arrière-boutique.

L’ordonnance du 13 août 1941 obligea les Juifs à rendre leur poste de TSF et Georges COHEN ramène son poste de TSF le 26 septembre 1941 auprès de la KreisKommandantur 502 à Saint-Nazaire.

Ordonnance allemande du 13 août 1941 et remise des postes TSF [ADLA 1694W20 et 1694W24]

Georges COHEN et son épouse Lucie sont arrêtés dans la nuit du 14 au 15 juillet 1942 à leur domicile par la police allemande, dirigés sur Saint-Nazaire, Nantes puis Angers au Grand Séminaire.

Liste d’arrestations Loire-Inférieure [ADLA 1694W25]

Théophile LEVY, l’oncle de Georges, apprenant l’arrestation, envoie un courrier auprès de l’ambassade de France à Berne et apprend donc l’arrestation de ses neveu et nièce sans précisions.

Les époux sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942. Le train de déportés arrive à Auschwitz-Birkenau le 23 juillet et les deux époux sont sélectionnés sur la Judenrampe pour rentrer dans le camp.

Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Georges COHEN décède le 22 août 1942 à 20h40, un mois après son arrivée, il avait 38 ans. Pas de date pour Lucie qui a été exterminée à Auschwitz à l’âge de 30 ans.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]

Pierre COHEN, le frère de Georges, sans nouvelles depuis 1942 et dans l’espoir de les retrouver vivants, envoie un télégramme en 1945 de Londres à la préfecture de Loire-Inférieure. Le rapport de gendarmerie précise les circonstances de l’arrestation.

Pierre COHEN témoignera sur le site de Yad Vashem en mémoire de son frère et de sa belle-soeur et la famille fera graver leur noms sur le caveau familial à Londres.

Irène LANGER 20, rue de Gramont Paris (2ème arrondissement), la soeur de Lucie, entreprendra les démarches auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir les certificats de disparitions et actes de décès.

KOLP Sarah [29]

Sarah KOLP est né le 02 mars 1853 à Nantes (6ème canton) [Père : Maurice MARX et Mère : Sophie SILZ]. Elle est veuve d’Auguste KOLP [né le 30 novembre 1832 à Francfort] et s’était mariée le 20 mai 1878 à Nantes.

Etat civil Sarah KOLP [Archives Nantes, 1E931]
Etat civil Sarah KOLP [Archives Nantes, 1E931]
Acte de mariage KOLP/MARX [DAVCC Caen, 21 P 469 783]
Acte de mariage KOLP/MARX [DAVCC Caen, 21 P 469 783]

A 87 ans, Sarah KOLP passe sa retraite à Sainte-Marie-sur-Mer au Porteau avec son frère Lajeunesse MARX et une nièce Emma KOLP. En septembre/octobre 1939, ils quittent Sainte-Marie pour Pornic, rue des Sables.

La ferme le Porteau Sainte-marie-sur-Mer © collection particulière
La ferme le Porteau Sainte-Marie-sur-Mer © collection particulière

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Sarah KOLP se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie de Pornic) sous le numéro 29.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Sarah KOLP récupère sa carte d’alimentation auprès de la mairie de Pornic le 08 novembre 1941 (catégorie V, personnes de plus de 70 ans).

Registre cartes d’alimentation [Archives Municipales de Pornic, H15]

Elle est arrêtée avec son frère et sa nièce à Pornic le 15 juillet 1942 à son domicile par les autorités allemandes puis transportée sur Nantes puis Angers au Grand Séminaire. Elle fait partie du convoi numéro 8 mais est déposée à Drancy.

Listes arrestations [ADLA 1694W25] et liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Les informations concernant son arrestation ont été transmises à Paris pour être répertoriées dans le fichier dit « De Brinon ».

[DAVCC Caen, 21 P 469 783]
[DAVCC Caen, 21 P 469 783]

Internée dans le camp de Drancy, elle est dirigé vers l’hospice de vieillards dépendant de l’hôpital Rothschild au 76 rue de Picpus dans le 12ème arrondissement à Paris. Les personnes malades ou âgées sont toujours considérées comme prisonniers du camp de Drancy.

Prisoner lists of camp Drancy; Letter dated 26.8.1942  with the names Jews, whose detention in the hôpital Rotschild [ITS Bad Aolsen, https://collections.arolsen-archives.org/en/archive/1-1-9-1_2183000/?p=1&doc_id=11184373]
Prisoner lists of camp Drancy; Letter dated 26.8.1942 with the names Jews, whose detention in the hôpital Rotschild [ITS Bad Aolsen, https://collections.arolsen-archives.org/en/archive/1-1-9-1_2183000/?p=1&doc_id=11184373%5D

décède le 12 septembre 1942 au 15, rue Santerre. C’est Pierre MONIN, chef électricien de l’hôpital qui déclare le décès auprès de la mairie du 12ème arrondissement, elle avait 89 ans.

[DAVCC Caen, 21 P 469 783]
[DAVCC Caen, 21 P 469 783]

Jacques ISIDOR, son petit-fils, s’adressera à la fin de la guerre au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir le certificat de décès de sa grand-mère.

Acte de Décès de Sarah KOLP [Archives de Paris, D408_0093]
Acte de Décès de Sarah KOLP [Archives de Paris, D408_0093]

MARX Lajeunesse [28]

Les grands magasins MARX et Cie sont créés à Nantes à la fin du XIXème siècle par Lajeunesse MARX et exploités conjointement par des membres de la famille : Jean et Marcel.

Almanach administratif et commercial 1880 [Château des Ducs de Bretagne, Nantes]
Almanach administratif et commercial 1880 [Château des Ducs de Bretagne, Nantes]

Ils se situent 18, rue du Calvaire et 5, rue Lafayette en plein centre. En juillet 1925, la famille vend ses actions aux Galeries Lafayette afin que les produits vendus soient achetés via la Centrale d’achat des Galeries Lafayette.

Lajeunesse MARX est né à Nantes (6ème canton) le 28 mai 1856 [Père : Maurice MARX et Mère : Sophie SILZ]. Il ne se mariera jamais.

Acte de naissance de Lajeunesse MARX [Archives Municipales de Nantes]
Acte de naissance de Lajeunesse MARX [Archives Municipales de Nantes]

Lajeunesse MARX effectue son service militaire en 1874 dans le 113ème Régiment d’Infanterie stationné à Nantes qu’il termine un an plus tard. Il effectue très régulièrement des périodes d’instruction qui le feront passer au grade de lieutenant. En raison de son âge, il ne participera pas à la 1ère guerre mondiale.

Registre Matricule de Lajeunesse MARX [ADLA, 1R0711]
Registre Matricule de Lajeunesse MARX [ADLA, 1R0711]

Il a pris sa retraite en bord de mer où la famille possède une maison d’habitation entouré d’un vignoble de 3 hectares au Porteau à Sainte-Marie-sur-Mer. Il habite chez sa nièce Emma KOLP (69 ans) avec sa soeur Sarah KOLP (86 ans). En septembre/octobre 1939, les trois personnes déménagent pour aller habiter chez Sarah KOLP rue des Sables à Pornic.

La ferme le Porteau Sainte-marie-sur-Mer © collection particulière
La ferme le Porteau Sainte-marie-sur-Mer © collection particulière

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Lajeunesse MARX se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire où il est répertorié sous le numéro 28 (ou mairie de Pornic).

Les autorités Allemandes ordonnent au mois d’octobre 1940 que tous les Juifs du département de Loire-Inférieure doivent déposer leur appareil de TSF. Lajeunesse MARX déposera le sien auprès des Autorités Allemandes à Pornic le 04 novembre 1940

Confiscation des Postes de TSF [ADLA 1694W24]

Il est arrêté entre le 15 et le 17 juillet 1942 avec sa soeur et sa nièce puis transportés sur Nantes puis Angers au Grand séminaire.

Il est rayé de la liste du convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz et fait partie de la liste des 14 hommes qui descendent à Drancy.

Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial d ela Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial d ela Shoah, en ligne]

Il est interné à Drancy d’où il est libéré avec sa nièce Emma, sa soeur Sarah y décède. Il habite en novembre 1942 1, rue Renée Pauline dans le 6ème arrondissement.

1, rue René Pauline Paris (6ème arrondissement) [Archives Photographiques de la Mairie de Paris, 11FI4753]
1, rue René Pauline Paris (6ème arrondissement) [Archives Photographiques de la Mairie de Paris, 11FI4753]



CARON Henri, Alice, Yvonne, Lucien, Denise [23]

La famille CARON est une famille réfugiée d’Alsace Lorraine suite à l’évacuation des populations civiles du tout début septembre 1939. La famille va résider au Pouliguen près de trois ans.

De profession quincailler, Henri CARON est né à Mertzwiller dans le Bas-Rhin le 02 mars 1885. Il est marié avec Alice Rachel née WEIL née le 16 novembre 1890 à Erstein (Bas-Rhin) le 09 novembre 1920 dans la commune de son épouse, à Erstein donc. De cette union vont naître trois enfants : Yvonne Hélène, l’aînée, [prénom usuel Yvonne], née le 28 janvier 1922, Lucien, le cadet, né le 08 décembre 1924 et Denise Carmen, [prénom usuel Denise] la benjamine, née le 03 décembre 1926. Les trois enfants naissent à Mertzwiller.

Comme 380000 alsaciens mosellans, Henri Caron est mobilisé dans l’armée allemande à la première guerre mondiale [du 08 novembre 1916 au 09 mars 1917 comme soldat].

[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]

Suite à la victoire de la France, il est réintégré de plein droit dans la nationalité française.

[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]

Henri CARON travaille et tient la quincaillerie avec son frère Achille (né en 1879 à Mertzwiller).

Recensement 1885 [Archives Départementales du Bas-Rhin, en ligne]
Recensement 1885 [Archives Départementales du Bas-Rhin, en ligne]

Lors d’un concours organisé par la communauté juive de Mertzwiller au moment de la fête d’Hanoucca, Yvonne CARON va remporter le troisième prix.

Texte d’Yvonne CARON in [La Tribune Juive Paris Strasbourg 20 décembre 1935 p. 888]

Poème d'Yvonne CARON in [La Tribune Juive Paris Strasbourg 20 décembre 1935]
Poème d'Yvonne CARON in [La Tribune Juive Paris Strasbourg 20 décembre 1935]

Sur la côte, toute la famille réside dans une petite villa, la Villa Paulette, rue de Verdun au Pouliguen. Ils en sont locataires auprès du propriétaire, Madame Veuve AMIAUD qui réside aux Sorinières à côté de Nantes. Yvonne, pour subvenir aux besoins de la famille a trouvé un travail : employée de commerce dans le magasin « Paris Nouveautés » situé Promenade du Port au Pouliguen.

Villa Paulette, rue de Verdun, LE POULIGUEN

Conformément à la 1ère ordonnance allemande, Henri CARON va se déclarer en tant que Juif auprès la sous-préfecture de Saint-Nazaire et apparaît sous le numéro 23.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

La famille est arrêtée par les Autorités Allemandes le 15 juillet 1942 à son domicile.

Listes d’arrestations [ADLA 1694W25] et Note sur la situation de la famille CARON [Archives Nationales AJ38/4600 dossier 8252]

Témoignage de Me J., voisine de la famille CARON (janvier 2015)

« Les Caron, ils habitaient Villa Paulette et ils sont arrivés de Strasbourg et lui était rabbin : ma grand-mère avait l’écharpe et le chandelier. Ma grand-mère habitait ici et ils ont été là un moment.

Ils ont été dénoncés mais ils avaient été prévenus par une dame qui s’appelait Maria et qui travaillait à la Kommandantur rue Général Leclerc là où est actuellement l’Agence Centrale. Et elle les avaient prévenus. Mais ils n’ont pas voulu partir. Et le jour où les allemands sont venus les arrêter, Madame CARON avait prévenue ma grand-mère parce que ma grand-mère avait des poules, des lapins, des oeufs et leur vendaient des fruits et tout ça. Elle lui avait dit : « Si on est arrêté, sur le dessus de l’armoire, il y a une mallette avec des actions, il y a des bijoux à tel endroit, surtout vous prenez tout ça. »

Alors, avec la dame qu’habitait là, Madame Lallemand, ma grand-mère a donc récupéré la valise d’actions qu’elle a enterré dans son poulailler pour ne pas être arrêtée et Madame Lallemand avait pris les bijoux qu’elle a porté au notaire. Et ma grand-mère, elle a gardé ça toute la guerre. »

« Et alors la plus jeune, Denise, elle était presque tout le temps chez ma grand-mère. Moi je jouais avec elle quand je venais en vacances. J’étais plus jeune. J’ai que 81 ans. Et alors sa soeur est venue la chercher.

Et ma grand-mère dit :  « Ne dites-pas qu’elle est là ; Moi je la garde, je vais essayer de la sauver. »

Mais elle n’a pas voulu parce qu’elle a dit :

« Les Allemands savent qu’on est trois et vous auriez des ennuis, vous seriez aussi déportés. »

Alors, elle dit « Non, on l’emmène ».  Et c’est comme ça qu’ils sont partis.

« Vous me dites qu’ils ont été dénoncés ? »

Ah oui, oui, j’ai toujours entendu ma grand-mère le dire.

« Ma grand-mère m’a raconté qu’ils ont été vu à Angers. C’est l’oncle quand il est venu après la guerre, le frère de Madame Caron, c’est Monsieur WEISS je crois, il était dans la Marine je crois. Alors il est venu pour récupérer ce qu’ils avaient laissé. Alors ma grand-mère lui a donné les actions. Elle les a déterrées par miracle, elles n’étaient pas abîmées et les bijoux chez le notaire. Et puis donc, il y avait l’écharpe, le chandelier, elle lui a donné le chandelier, et il a dit « L »écharpe, vous la gardez ».

Alors, lui, il habitait dans le midi, je ne me souviens plus trop.

Sinon, j’ai pas trop grand-chose à vous dire. »

[Note : Henri CARON n’est pas rabbin, ils possèdent quelques attributs de sa judéité comme beaucoup de familles juives. L’écharpe est un châle de prière appelé Talit.

La dénommée Maria s’appelle Maria DENNINGER, au départ gouvernante et qui va devenir secrétaire-interprète auprès des autorités allemandes à la Kommandantur du Pouliguen. Elle habite « Villa Etiennette », allée des Grillons à deux pas de la villa Paulette. Par ailleurs, d’origine allemande, Maria DENNINGER sera arrêtée par la gendarmerie à la Libération et incarcérée quelques jours pour « attitude pro-allemande » avant d’être libérée puis arrêtée une seconde fois à Angers.

Enfin, la personne qui recherche ce qui est arrivé à la famille  CARON est le frère de Denise, capitaine au long cours et résidant à l’époque 10 rue Buffon à Marseille]

La famille est transportée à Saint-Nazaire puis Nantes et Angers au Grand Séminaire. Ils sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942. Henri avait 57 ans, Alice 52 ans, Yvonne 20 ans, Lucien 17 ans et Denise 15 ans. Ils sont tous décédés à Auschwitz.

Liste convoi 8 Angers Auschwitz [CDJC, mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 Angers Auschwitz [CDJC, mémorial de la Shoah, en ligne]

Quasiment toutes les personnes présentes dans le convoi numéro 8 parti d’Angers vers Auschwitz sont rentrées dans le camp. Henri décède le 02 septembre 1942 à 13h40 , un mois après son arrivée. Le Docteur Kremer, « médecin » à Auschwitz qui constate le décès conclut à une dégénérescence du muscle cardiaque. Pas de date pour Alice, Yvonne, Lucien et Denise.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Acte de décès d'Henri CARON Archives D'Auschwitz [DAVCC 21 P 433 480]
Acte de décès d’Henri CARON Archives D’Auschwitz [DAVCC 21 P 433 480]

Prévenu de la rafle dont toute la famille a fait l’objet, Marc CARON, le père de Henri CARON très inquiet, écrit une lettre au Préfet de Loire-Inférieure.

Courrier de Marc Caron et réponse du Préfet de Loire-Inférieure [ADLA 1694W25]

Les mesures antisémites n’ont pas seulement concerné les biens commerciaux dans le cadre du « désenjuivement de l’économie française » mais également les biens immobiliers. Considérant que les logements pouvaient éventuellement être des immeubles de rapport, le Commissariat Général aux Questions Juives va étendre au cours de l’hiver 1942 les mesures d’aryanisation aux logements privés, maisons ou appartements. C’est ainsi que Maître THUILLIER, avoué, immeuble Les Brisants au Pouliguen va devenir administrateur provisoire de la villa Paulette au 1er décembre 1942. Au cours de son enquête, il s’aperçoit que la villa est propriété de Paul AMIAUD, aryen, en conséquence de quoi, il abandonne la procédure en cours.

De nombreuses feuilles de témoignages existent sur le portail de Yad Vashem dont celui de Pierre WOLFF.

A la fin de la guerre Fernand WEILL, né le 23 mars 1892 à Erstein, capitaine au long cours de Marseille se rend sur place au Pouliguen pour tenter de retrouver sa famille. Il se rend chez les voisins et en gage de remerciement leur laissera le Talit d’Henri CARON. Il se rendra également chez Maître Luneau, notaire au Pouliguen pour récupérer les objets de valeur que la famille voisine avait pris soin de déposer.

Clotilde LEVY née CARON, soeur d’Henri et d’Achille, 28, rue Kuhn à Strasbourg entreprendra des démarches auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir les certificats de déportation et de décès de la famille. Les familles CARON ont été déclarées Mort en déportation puis « Mort pour la France ».

Par ailleurs le beau-frère d’Henri, Fernand WEILL, capitaine au long cours, résidant 10, rue Buffon à Marseille fera également des démarches administratives au même ministère.


SIMON Lucien, Jeanne, Yvonne, [Madeleine, Eliane, Frédéric] (NR)

Lucien SIMON est né le 16 mai 1869 à Paris (4ème arrondissement) [Père : Félix SIMON, doreur et Mère : Rachel BLOCH]. Il se marie le 03 janvier 1901 à Paris (9ème arrondissement) avec Jeanne LEFI née le 22 avril 1875 à Nantes (6ème canton) [Père : Moïse LEFI, négociant et mère : Frédérique Lucie MARX].

Les témoins lors de la naissance de Jeanne LEFI sont Cerf MARX, propriétaire et Edouard SILZ, négociant et les témoins lors du mariage de Lucien et Jeanne sont Auguste KOLP et Bernard MARX.

De cette union vont naître Yvonne née le 17 octobre 1901 à Dunkerque, Madeleine née le 10 novembre 1903 à Dunkerque, Eliane Sophie Rachel née le 20 août 1907 à Dunkerque et Frédéric Gaston né le 03 novembre 1909 également à Dunkerque.

Actes d’Etat Civil [Archives Départementales du Nord et Archives de la Mairie de Paris, en ligne]

Lucien SIMON a été professeur au Collège Jean Bart à Dunkerque et habitait à l’époque place de la petite Chapelle. Il est par ailleurs Officier d’Académie. Au moment de sa retraite, il quitte Dunkerque pour Paris où il habite 117, boulevard Jourdan dans le 14ème arrondissement au moment du mariage de sa deuxième fille en 1936. Yvonne SIMON exerce la profession d’Institutrice.

La famille SIMON est étroitement liée aux familles MARX/KOLP qui possède quelques biens immobiliers sur Pornic et c’est sans doute la raison pour laquelle la famille (Lucien, Jeanne et l’aînée des filles, Yvonne, célibataire) vient s’y réfugier, plus précisément au 17, rue des Sables à Pornic.

Frédéric Gaston SIMON, le fils de Lucien et Jeanne est mobilisé au début de l’entrée en guerre entre la France et l’Allemagne et sera fait prisonnier de guerre et interné en Allemagne au Stalag Xb sous le matricule 871.

Lucien SIMON n’est pas recensé sur l’arrondissement de Saint-Nazaire mais Lucien, son épouse Jeanne et sa fille Yvonne sont arrêtés à Pornic le 15 ou 16 juillet 1942 puis transférés sur Nantes puis Angers.

Listes d’arrestations [ADLA 1694W25]

Yvonne est déportée par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz le 20 juillet 1942. Elle avait 40 ans.

Liste Convoi 8 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste Convoi 8 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Jeanne et Lucien sont rayés de la liste du convoi et font partie des 29 personnes descendues à Drancy.

Jeanne est accueillie à l’Hôpital Rotschild puis transférée sur Pithiviers le 04 septembre 1942 d’où elle est déportée par le convoi numéro 35 de Pithiviers vers Auschwitz le 21 septembre 1942. Elle périt à Auschwitz, elle avait 67 ans.

Liste Convoi Pithiviers-Auschwitz 21 septembre 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste Convoi Pithiviers-Auschwitz 21 septembre 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Lucien échappe à la déportation et décède à Paris (12ème arrondissement) le 25 août 1954.

Eliane, en mai 1945 envoie une lettre au Ministère des Internés et Déportés pour avoir des nouvelles de sa soeur et de sa mère.

Lucien, qui s’est retiré à Périgueux, fait de même en 1946.

[DAVCC 21 P 539 204]

Un conseil de famille se réunit en 1956 en présence de Madeleine SIMON (mariée à André CARDON), Frédéric Gaston SIMON, directeur du centre d’Etudes Psychotechniques au Ministère du Travail et de mademoiselle Eliane Sophie Rachel SIMON, secrétaire peu de temps après le décès de leur père afin d’établir les cartes de déportés auprès du ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

AARON Emile, Lucie, Edmée, Suzette [31]

Emile AARON est né le 15 novembre 1893 à Bouxviller (Bas-Rhin) [Père : AARON Israël et Mère : ?]. Il s’est marié le 11 janvier 1921 à Niederbronn-les-Bains (Bas-Rhin) avec Lucie DREYFUS née le 04 juin 1897 à Niderbronn-les-Bains [Père : Moses DREYFUS et Mère : Anna FLEXNER]. Deux enfants vont naître de cette union : Edmée, l’aînée née le 30 octobre 1921 à Niederbronn-les-Bains et Suzette, la cadette, née le 14 avril 1924 à Niederbronn-les-Bains.

Acte mariage AARON/DREYFUS [Mairie Niederbronn-les-Bains]
Acte mariage AARON/DREYFUS [Mairie Niederbronn-les-Bains]

Evacuée d’Alsace Lorraine à l’entrée en guerre au tout début de septembre 1939, la famille est réfugiée à Pornic et réside Villa l’Escale rue Jeanne d’Arc.

Conformément à la 1ère ordonnance allemande, la famille AARON effectue le recensement auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire ou la mairie de Pornic où elle figure en numéro 31.

Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Au cours de l’automne 1941, Emile AARON signe le registre pour récupérer les cartes d’alimentation de la famille.

Registre des cartes d’alimentation [Archives Municipales de Pornic, H15]

La famille est arrêtée à Pornic le 16 juillet 1942 puis transférée sur Nantes puis Angers, information transmise dans le fichier De Brinon à Paris au mois d’août 1942.

Liste arrestations Loire-Inférieure et arrondissement de Saint-Nazaire [ADLA 1694W25]

Lucie, Edmée et Suzette sont déportées par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942.

Liste Convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste Convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Emile est rayé de la liste du convoi numéro 8 et fait partie des 14 hommes descendus à Drancy. Nous ignorons la raison de ce débarquement et sur cette liste, il est précisé qu’il habite rue Jeanne d’Arc à Pornichet. (?)

Emile AARON est déporté par le convoi 35 de Pithiviers à Auschwitz le 21 septembre 1942.

Extrait liste convoi 35 Pithiviers Auschwitz [CDJC, Mémorial de la Shaoh, en ligne]
Extrait liste convoi 35 Pithiviers Auschwitz [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Fiches cartonnées camps d'internement [CDJC, Memorial de la Shoah, en ligne]
Fiches cartonnées camps d’internement [CDJC, Memorial de la Shoah, en ligne]

Toute la famille a été exterminée à Auschwitz. Emile avait 48 ans, Lucie son épouse, 45 ans, Edmée 20 ans et Suzette 18 ans. De nombreuses feuilles de témoignage ont été déposées à Yad Vashem.

A la fin de la guerre, le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre réunit une documentation (dont des documents sur Auschwitz) afin de renseigner les familles.

[DAVCC Caen 26 P 820]
[DAVCC Caen 26 P 820]

En 1948, monsieur AARON, proche parent d’Emile, résidant 25, rue Lemercier dans le 17ème arrondissement à Paris tente de déclarer judiciairement le décès de la famille puis c’est Georges EHRLICH, avocat à Strasbourg, qui s’occupe de déclarer judiciairement les décès.