RAVITSKY Jacob (NR)

Jacob RAVITSKY (sans date) [AFMD44]
Jacob RAVITSKY (sans date) [AFMD44/©collection particulière famille Ravitsky]

Jacob RAVITSKY est arrêté le 15 juillet 1942 à Guenrouët alors âgé de 53 ans et déporté le 20 juillet 1942 par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz.

Jankel Jacob Moïse RAVITSKY (prénom usuel Jacob) est arrivé en France en mai 1912 à l’âge de 24 ans. Jacob est né à Bytyn (actuelle Bielorussie) le 15 novembre 1888 et s’était marié peu de temps avant son arrivée en France le 18 mars 1912 à Slonim avec Bassé (prénom usuel Berthe) GOUROVSKY de laquelle il divorce le 30 avril 1925 [Père : Lazare GOUROVSKY et Mère : Malka SCHWONIM]. Deux enfants vont naître de cette union : Lazare né le 5 avril 1913 à Paris (14ème arrondissement) et Emilie Léa née le 27 février 1919 également à Paris (12ème arrondissement) déclarés français le 3 février 1926.

Acte Naissance Lazare RAVITSKY [AN Dossier3179X26 BB/11/9202]
Acte Naissance Emilie RAVITSKY [AN Dossier3179X26 BB/11/9202]

Dans l’incapacité de fournir un acte de mariage lors de la déclaration des enfants en tant que français en 1926, les époux rédigent devant un juge paix un acte de notoriété.

En 1913, Jacob réside au 35 rue Fontaine dans le 14ème arrondissement à Paris, exerce la profession de bijoutier (comme son frère Gerson) tandis que son épouse Berthe exerce celle de corsetière. En 1919, la famille réside à Montmorency (actuel Val d’Oise), rue des Berceaux, Jacob exerce la profession de caoutchoutier (il est propriétaire d’une usine de caoutchouc) tandis que Berthe n’exerce plus de profession.

Au moins à partir de 1926, Jacob réside avec sa nouvelle épouse au 76 rue Notre-Dame de Nazareth dans le 3ème arrondissement à Paris.

Recensement Population 1926 ArtsEtMetiers 3emeArrondissemen [Archives de Paris D2M8_225_0477]
Recensement Population 1926 Arts et Metiers 3ème arrondissement [Archives de Paris D2M8_225_0477]

Jacob exerce la profession de chemisier. Il est propriétaire d’une usine à Sotteville-lès-Rouen qui emploie 250 ouvriers et ouvrières et est également propriétaire d’au moins un magasin de onfection à Paris.

Papier à en_tête de l'entreprise RAVITSKY [Archives Nationales Dossier 23351X25 B/11/9062]
Papier à en_tête de l’entreprise RAVITSKY [Archives Nationales Dossier 23351X25 BB/11/9062]

Jacob effectue une demande naturalisation en 1925 et obtient la nationalité française en 1926 [Dossier 23351X25, BB/11/9062].

Divorcée de son époux le 30 avril 1925, Berthe, sa première épouse effectue une demande de naturalisation en 1928 qu’elle obtient. On y apprend que Berthe à une soeur vivant à Paris au 26 rue Blanche (3ème arrondissement), Véra, marié avec Vladimir PECKER et qu’elle a par ailleurs un frère adoptif Naoum qui lui vit à Moscou. Elle réside depuis octobre 1925 au 45, rue Claude Bernard à Paris (5ème arrondissement). La garde de Emilie-Léa lui a été confiée tandis que Lazare est à la charge de Jacob. Par trois fois, en 1944, des tentatives de dénaturalisation vont avoir lieu à son encontre sans succès. Emile-Léa qui exerçait la profession de dentiste et qui habite avec sa mère au 5, square Albin Cachot à Paris (13ème arrondissement) est interdite d’exercer par arrêté du 2 juillet 1942 mais est relevée de cette interdiction en janvier 1943 (raison inconnue). Berthe a fui à partir de l’été 1942 (vraisemblablement en zone sud).

La nouvelle épouse avec qui jacob vit se nomme Yvonne BOSSARD, employée de commerce, avec qui il se marie le 17 décembre 1927 à la mairie du 3ème arrondissement. L’un des témoins du mariage est son frère Gerson RAVITSKY, horloger-bijoutier au 64 rue de Pigalle dans le 9ème arrondissement à Paris.

Acte de mariage RAVITSKY/BOSSARD [Archives de Paris, en ligne]

Le père d’Yvonne, son épouse, avait acheté une ferme à Guenrouët et c’est dans cet endroit que le couple vient se réfugier. (Date d’arrivée dans la commune inconnue). L’entreprise RAVITSKY est mise sous séquestre au tout début de l’année 1941 et un administrateur provisoire est nommé afin de liquider l’entreprise.

Jacob est arrêté le 15 juillet 1942 parce que Juif aux environs de Guenrouët. Jacob n’était pas recensé sur l’arrondissement de Saint-Nazaire et était de fait inconnu des services administratifs et/ou de police tant français qu’allemands.


Témoignage de Joseph Ruaud à propos de l’arrestation de Jacob :
La ferme de la Justice, en Guenrouët, fut achetée par Jacob Moïse Ravitsky. Étant juif, il se cachait sous le nom de Jacques Bossard, Bossard étant le nom de sa compagne. Je crois qu’il avait une usine de textile dans la région de Rouen. Le jour où les Allemands sont venus le chercher, ma sœur Titine et Paulette ont entendu des « Au secours ». C’était Madame Bossard, femme de Jacob Moïse Ravitsky, qui appelait au secours, car les Allemands voulaient l’amener à la place de son mari. Elle demanda donc à Titine et Paulette de dire à son mari qui se cachait au Bois de Bougard de se rendre. Elles allèrent donc au Bois de Bougard trouver M. Ravitsky, qui avisé de la situation mis pour la première fois une étoile jaune et dit cette phrase : « Adieu, mes demoiselles, vous ne me reverrez jamais !« 
Source AJPN

Jacob RAVITSKY est transféré sur le Grand Séminaire à Angers le 18 juillet 1942 puis déporté par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942.

Liste convoi 8 Angers-Auschwitz juillet 1942 [ITS Bad Arolsen, en ligne]

Jacob RAVITSKY a été sélectionné à l’arrivée du train pour rentrer dans la partie concentrationnaire d’Auschwitz. Il enverra au moins un courrier à sa femme Yvonne RAVITSKY (Chez Monsieur Joseph CHATELIER à Guenrouët) au 08 mars 1943 qui lui enverra 14 courriers jusqu’au 5 octobre 1943.

CDJC 22 P 3074_0139
CDJC 22 P 3074_0139

Ce document est issu des archives du Service 36 de l’UGIF. Les courriers envoyés par des détenus des camps de concentration (majoritairement Auschwitz et ses satellites), ont été envoyés à l’UGIF qui avait à charge de les enregistrer avant de les faire suivre à leurs destinataires. Dans ce fonds se trouve le fichier de suivi des courriers ainsi que les courriers qui n’ont pu être remis. (CDJC, en ligne)

Par ailleurs, le Ministère de la Justice à Paris qui avait instruit le dossier de naturalisation en 1926/1927 est également informé par la belle-soeur de Jacob, Mme SALMON ou SALOMON née BOSSARD demeurant à Aubervilliers 144, rue du Bateau de la demande de celle-ci d’un certificat de nationalité en mai 1943 pour je cite « son beau-frère interné (Haute-Silésie)« 

Note sur jacob RAVITSKY [Archives Nationales Dossier de naturalisation n° 23351X25 BB/11/9062]

Jacob RAVITSKY est décédé à Auschwitz (date inconnue).

Lazaze RAVITSKY, le fils de Jacob, entrera dans un réseau de Résistance sous le pseudonyme de Fontaines et sera décoré par décret publié au Journal Officiel de la République le 13 juillet 1947 de la médaille de la Résistance Française.

L’épouse de Jacob, Jeanne, se rendra au Ministère des Anciens Combattants. Un certificat lui sera remis le 25 avril 1945 attestant de la déportation de son mari.

LEVY Henri (NR)

Henry LEVY 1939 [ADLA 2101W659]

Henri (ou Henry) LEVY est né le 8 mai 1885 à Minsk (Russie) [Père : Samuel et Mère : Sara BLOTTE] et exerce la profession d’artisan cordonnier. Il est présent sur la commune du Pouliguen à compter du 15 juillet 1940 et habite sur la Grande Côte près de la Tour Rochereau . Dressée initialement à Angers par un industriel Louis-René ROCHEREAU lors d’une grande exposition en 1895, elle réapparaît dans une version moins haute le 31 juillet 1897 et est inaugurée le 05 septembre de la même année. Autour de la structure métallique se trouvent, un café-restaurant-dancing tenu par Monsieur BOUET jusqu’en 1939 mais également quelques villas. C’est probablement dans une de ces villas (ou éventuelle pension de famille) que loge Henri LEVY.

 La tour Rochereau au Pouliguen. Carte postale, vers 1920. Coll. part.
La tour Rochereau au Pouliguen. Carte postale, vers 1920. Coll. part.
 La tour Rochereau au Pouliguen. Carte postale, vers 1920. Coll. part.
La Tour Rochereau au Pouliguen. Carte postale, vers 1920. Coll. part.

Henri loge habituellement à Paris au 15, rue Francis de Pressensé dans le 14ème arrondissement. En 1931, Léontine CHAMBON née le 30 octobre 1891 à Chantonnay (Vendée) de profession confectionneuse et son fils Maurice né le 16 décembre 1912 à Paris (14ème arrondissement) travaillant dans le chauffage central habitent également avec lui. En 1936, Maurice a quitté le logement et Léontine et Henri vivent ensemble. Léontine est veuve de son mari décédé pendant la guerre de 1914-1918, en 1916.

Alors que les Juifs sont soumis à l’obligation de se faire recenser entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire ou commissariats environnants, il n’apparaît sur aucune liste. L’inscription Juif est notée sur sa carte de commerçant qu’il rend lorsqu’il la renouvelle au Pouliguen en mai 1942.

[ADLA 2101W659]

Conformément à l’ordonnance allemande du 13 août 1941, il va rendre son poste de TSF le 17 septembre 1941.

Confiscation des poste de TSF [ADLA 1694W24]

Il effectue une demande de renouvellement de carte d’identité d’étranger le 08 mai 1942 auprès de la mairie du Pouliguen.

Carnet à souches des demandes de cartes d'identité [Archives Municipales du Pouliguen J7]
Carnet à souches des demandes de cartes d’identité [Archives Municipales du Pouliguen J7]

Le 25 août 1942, sa nouvelle carte d’identité est prête, envoyée à la mairie du Pouliguen pour être transmise à l’intéressé. Le 31 août 1942, l’adjoint au Maire répond à la Préfecture : « Monsieur Levy Henry a été arrêté le 15 juillet 1942 et dirigé vers une destination inconnue par les services de police allemande (ss) avec les autres israélites de la commune. Ci-joint, en retour, la carte non remise »

Il est transféré sur Nantes puis Angers au Grand Séminaire. Il est déporté par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz du 20 juillet 1942 et est décédé à l’âge de 57 ans.

Liste des arrestations [ADLA 1694W25]
Liste des arrestations [ADLA 1694W25]
Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

MODIANO Victoria [53]

Victoria (ou Vittoria) MODIANO née COHEN est née le 23 mars 1867 à Constantinople. De nationalité italienne elle est veuve de Samuel COHEN avec deux enfants dont Elda SCHOULZ (née MODIANO). Elle est la fille de Benoit COHEN et de Murio PALACHI. Elle se déplace à Pornichet le 08 septembre 1939 venant de Paris 14, rue de La Trémoille dans le 8ème arrondissement et se signale auprès de la mairie de Pornichet. Elle loge alors Pavillon Bleu, avenue de la Gare à Pornichet.

Contrôle Etrangers [Archives Municipales Pornichet 2I3]
Contrôle Etrangers [Archives Municipales Pornichet 2I3]

Elle est enregistrée lors d’une demande de carte d’identité pour étrangers le 23 novembre 1939.

Enregistrement dossiers demandes cartes d'identité [AM Pornichet 2I2]
Enregistrement dossiers demandes cartes d’identité [AM Pornichet 2I2]

Vittoria loge alors Villa Les Charmettes à Pornichet, va se déplacer à La Baule Villa Les Clématites avenu des Bouleaux et se fait recenser entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 à la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 53 à cet endroit.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Elle accompagne sa fille Elda en soin dans la clinique du professeur DELMAS.

Elle est arrêtée entre le 15 et le 17 juillet 1942 puis transférée à Angers au Grand Séminaire.

Liste d’arrestations [ADLA 1694W25]

Elle est déportée par le convoi numéro 8 du 20 juillet 1942 et figure sur la liste des 15 femmes qui vont descendre à Drancy. Nous ne connaissons pas les raisons exactes de cet arrêt à Drancy mais son âge ou son état de santé posant sans doute problème pour une déportation immédiate par le convoi numéro 8 qui ne comporte que des hommes et femmes en âge de travailler.

Liste convoi numéro 8 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 8 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Sur ordre des autorités allemandes le 25 août 1942, elle est inscrite sur la liste des 45 internés de plus de 70 ans qui doivent être transférés à l’asile de vieillards (Memorial de la Shoah, CDJSDLIX-7). Transférée à l’hospice Rothschild à Paris 12ème arrondissement, elle y décède le 09 juin 1944.

Acte de décès de Victoria MODIANO [Archives de Paris, en ligne, 12D416]

ROSENBERGER Ladislas, Klara [78]

Ladislas ROSENBERGER est né le 22 février 1905 à Gelse (Hongrie) et est marié avec Klara (ou Clara ou Claire) PALLOS née le 15 août 1906 à Budapest (Hongrie) (Père Zygmund PALLOS et Mère : Malvina SCHWARZENBERG]. De nationalité hongroise, ils n’ont pas d’enfant. Les époux Rosenberger sont entrés en France le 20 mai 1940 par Dunkerque arrivant de Belgique se dirigent sur Angers où ils arrivent le 22 mai 1940 puis arrivent sur Saint-Nazaire le 24 mai 1940. Ils s’étaient mariés peu de temps auparavant le 03 février 1940 à Ixelles.

Ladislas trouve un emploi de mécanicien dans le garage Renault de Saint-Nazaire u 21, rue de la Gare le 26 août 1940, emploi qui lui est exceptionnellement autorisé en raison de la pénurie de main d’oeuvre dans la région.

Papier à en-tête Garage RENAULT Saint-Nazaire
Papier à en-tête Garage RENAULT Saint-Nazaire

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Ladislas ROSENBERGER se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 78. les tampons Juif et Juive sont apposés à l’automne 1940 sur leur nouvelle carte d’identité d’étranger.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Au moment du recensement, le couple réside 20, rue de la Gare à Saint-Nazaire puis en novembre 1941, 124, rue Albert de Mun à Saint-Nazaire puis se dirige sur Nantes au 01 décembre 1941, 135 rue des Hauts-Pavés puis le 19 janvier 1942 76, boulevard des Anglais et enfin 31, rue de Rennes à Nantes le 24 février 1942.

[DAVCC 21 P  270144]
[DAVCC 21 P 270144]

Les époux sont arrêtés 17 juillet 1942 à leur domicile puis dirigés sur Angers au Grand Séminaire.

ADLA 2101W712
ADLA 2101W712

Ils sont tous les deux déportés par le convoi numéro 8 du 20 juillet 1942 d’Angers à Auschwitz.

Listes Convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Ladislas décède à Auschwitz, il avait 37 ans. Clara qui a été enregistré dans le camp d’Auschwitz est décédée le 01 septembre 1942, à 5 heures 15 du matin, 1 mois et demi après son arrivée, elle avait 36 ans.

Death Book of Auschwitz, [Yad Vashem, en ligne]
Death Book of Auschwitz, [Yad Vashem, en ligne]
Certificat de décès établi par le "docteur" Kremer Auschwitz [DAVCC 21 P 270144]
Certificat de décès établi par le « docteur » Kremer Auschwitz [DAVCC 21 P 270144]

Les certificats de décès et mentions morts en déportation seront initiés et rédigés par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en l’absence de demande de famille puis transmis au Ministère des Affaires Etrangères.

Sa soeur, Kate PALLOS effectuera une demande de recherches auprès du World Jewish Congress (WJC) à Stockholm en 1945-1946.

MICHEL-CAHEN Félix, Suzanne, Martine [149]

Félix MICHEL-CAHEN est né à Paris le 30 mai 1892 à Paris (8ème arrondissement) [Père : CAHEN Achille Michel, négociant et Mère : Lucie CAHEN]. En 1909, Achille CAHEN est autorisé à changer son nom de famille de CAHEN en MICHEL-CAHEN. Il est marié depuis le 21 octobre 1930 (Paris, 9ème arrondissement) avec Suzanne Jeanne Marie HUGREL née le 05 décembre 1896 à Paris (9ème arrondissement) [Père : Honoré HUGREL et Mère : Louise CLOUX de la COUDRE]. Félix au moment de son mariage exerce la profession de négociant tandis que Suzanne exerce la profession de libraire. Le couple a un enfant : Martine Eliane née le 31 décembre 1930 à Paris (9ème arrondissement).

Actes de naissance de Félix CAHEN et Suzanne HUGREL, acte de mariage du couple et acte de naissance de Martine MICHEL-CAHEN[Archives Municipales de la Ville de Paris, en ligne]

Bulletin de mariage Félix et Suzanne MICHEL-CAHEN [DAVCC 21 P 516 421]
Bulletin de mariage Félix et Suzanne MICHEL-CAHEN [DAVCC 21 P 516 421]

Félix MICHEL-CAHEN est incorporé pour effectuer son service militaire de deux ans le 09 octobre 1913 au 166ème Régiment d’Infanterie et à la déclaration de guerre le 03 août 1914 est incorporé au 151ème Régiment d’Infanterie. Il est fait prisonnier de guerre à Pierrepont (Meurthe-et-Moselle) le 22 août 1914 et est incarcéré dans un camp de prisonniers en Allemagne, le camp de Grolenvoohr (?). Il doit vraisemblablement s’agir du camp de Grafenwohr situé en Bavière [En 1915, il compte 10450 soldats français prisonniers]. Il est rapatrié sanitaire d’Allemagne vers Lyon le 04 mai 1918. Il sera affecté dans différents sections d’Infirmiers puis au 19ème Escadron de Train au moment de sa démobilisation en 1919. En 1939, il est affecté spécial au titre de la Société des Forges et Aciéries du Nord et de l’Est à Trignac (les Forges de Trignac, fermées depuis 1931 sont réactivées à l’approche du conflit).

Registre Matricule de Félix MICHEL-CAHEN Matricule 2469 [AD75, D4R1 1675]
Registre Matricule de Félix MICHEL-CAHEN Matricule 2469 [AD75, D4R1 1675]

Nous ignorons la raison de la présence de Félix, de son épouse et de sa fille au Pouliguen mais entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Félix MICHEL-CAHEN se fait recenser en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire ou Mairie du Pouliguen sous le numéro 149. Il réside rue de Verdun au Pouliguen [en fait Villa Saint-Nicolas, rue Jules Benoist] et travaille comme employé G.I.A.IO [Groupement Industriel et d’Armement à Trignac] et réside au 18, place Marceau à Saint-Nazaire.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940  [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Félix MICHEL-CAHEN est arrêté le 15 juillet 1942 à son domicile par la Police Allemande puis transféré sur Saint-Nazaire, Nantes puis Angers au Grand-Séminaire. Suzanne et Martine ne sont pas juifs et ne sont donc pas arrêtés. Félix enverra de ses nouvelles à son épouse au Pouliguen lorsqu’il est emprisonné à Nantes.

Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]

Il est déporté par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942.

liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

En février 1945, Suzanne, son épouse, envoie un courrier au Ministère des Internés et Déportés pour tenter de retrouver trace de son mari.

En l’asbsence d’information, Félix a été déclaré Mort en déportation 2 jours après l’arrivée du convoi et un jugement déclaratif de décès a été prononcé en 1947. Félix a été exterminé à Auschwitz-Birkenau, il avait 50 ans.

Martine MICHEL-CAHEN sera adoptée par la Nation en 1950. Suzanne qui s’est occupée des formalités administratives d’état-civil après guerre auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Gurre arpès-guerre, décède en 1985 à Paris.

ANGEL Salomon, Louise, Isaak, Esther, Rachel, Joseph, Sarah, Jacques, Yvonne [16]

de gauche à droite
rangée du haut : Salomon, Lucie, Isaak, Esther
rangée du bas : Rachel, Joseph, Sarah, Yvonne (manque la photo de Jacques)

Salomon ANGEL est né à Smyrne le 15 décembre 1903 [Père : Isaac ANGEL et Mère : Sarah ADATO]. Salomon est marié depuis le 28 octobre 1924 à Paris (11ème arrondissement) avec Léa dite Louise ELNEKAVE née en avril 1904 à Constantinople [Père : Joseph ELNEKAVE et Mère : Rachel LEVY].

Certificat de mariage des parents de Salomon ANGEL Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Certificat de mariage des parents de Salomon ANGEL Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Acte de Mariage de Salomon et Léa ANGEL [Archives Municipales de la mairie de Paris]
Acte de Mariage de Salomon et Léa ANGEL [Archives Municipales de la mairie de Paris]
Extrait d'acte de mariage 1949 [DAVCC Caen, 21 P 418 410]
Extrait d’acte de mariage 1949 [DAVCC Caen, 21 P 418 410]

Le couple a 7 enfants :

  • Isaak Isakito né le 29 août 1925 à Lille
  • Esther née le 06 novembre 1926 à Paris (12ème arrondissement)
  • Rachel Ruth née le 14 janvier 1928 à Lille
  • Joseph Pierre né le 15 avril 1929 à Lille
  • Sarah Mathilde né le 03 juillet 1930 à Lille
  • Jacques Pierre né le 03 novembre 1937 à Lille
  • Yvonne née le 23 février 1940 à Saint-Nazaire

Salomon ANGEL est issu d’une famille juive sépharade de Smyrne. Son père, Isaac, sabotier, incorporé dans l’armée turque est décédé du typhus en 1919. C’est donc veuve que Sarah, sa mère, élève ses 6 autres frères et soeurs ( (Esther née en 1901, Suzanne née en 1905, Vidal né en 1908, Jacques né en 1910, Angèle Rica née en 1911, Joseph né en 1914). Salomon est arrivé le 15 mai 1920 en France, sur Paris. Il a donc 17 ans et dans un premier temps, il loge chez son oncle et sa tante Samuel et Oro AROUETE dans le 11ème arrondissement au 63, rue Sedaine.
Léa dite Louise dite Lucy ELNEKAVE est issue d’une famille également sépharade de Constantinople. La famille est arrivée en France en septembre 1919 et loge au 79, rue Saint-Maur dans le 11ème arrondissement également. Léa a quatre autre frères et soeurs (Régine née en 1898 ou 1900, Sarah née en 1902, Nelly née en 1904 et Vitali né en 1905).

Recensement 1926 11ème arrondissement Saint-Ambroise [AMParis, D2M8 256]
Recensement 1926 11ème arrondissement Saint-Ambroise [AM Paris, D2M8 256]

Le quartier du 11ème arrondissement est un quartier très cosmopolite qui accueille en grande partie les Juifs arrivant de Turquie ou de Grèce.

Salomon y trouve un emploi dans une entreprise pharmaceutique, la mutuelle S.F. au 52, rue Sedaine près de là où il habite, société qui fabrique des cachets de mai 1920 à fin 1920 mais la société ferme et le couple déménage à Dijon au 1bis rue de la Gare de fin 1920 à février 1921. Il quitte Dijon pour Lille en février 1921 jusqu’en octobre 1924. Il se marie avec Léa dite Louise ELNEKAVE à Paris dans le 11ème arrondissement le 10 octobre 1924. Il retourne à Arras du 27 décembre 1924 au 17 juin 1925. Salomon travaille à son compte comme artisan en parapluie et Léa est ménagère. Il déménage pour Lille de juin 1925 à octobre 1926. Puis la famille déménage sur Paris au 12, rue de la Butte aux Cailles le 12 ou 14 octobre 1926 jusqu’en décembre 1926 et rejoint définitivement Lille de décembre 1926 jusqu’en mai 1940. Isaak, leur premier enfant naît donc à Lille et les parents qui sont de nationalité turque le déclare comme français devant le juge de Paix du 3ème arrondissement de Lille le 14 décembre 1926 (dossier n°20670X26). A cette date, la famille réside au 242 boulevard Victor Hugo à Lille puis déménagera au 12 rue Masséna.

Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]

Il effectue une première demande de naturalisation en 1930 et une erreur se glisse dans sa demande inversant son nom et son prénom. Celle-ci est ajournée à cause d’un différent commercial avec Samuel AROUETE. Le différent sera réglé grâce à l’intervention de Joseph ELNEKAVE (père de Léa) et Salomon et son épouse seront naturalisés le 25 décembre 1936.

En 1930, Esther et Isaac fréquentent l’école maternelle Gounod à Lille.

Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]

Joseph, Rachel et Sarah fréquentent en 1933 l’école maternelle Gounod, Isaac fréquente l’école primaire Lavoisier et Esther l’école primaire Sophie Germain au 87, boulevard de la Liberté à Lille.

Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]

Salomon vend des mouchoirs et textiles sur les marchés de la région lilloise mais également des parapluies que fabrique son beau-père Joseph ELNEKAVE et Lucie, son épouse, élève ses six enfants.

Extrait Journal Officiel Naturalisation [DAVCC Caen, 21 P 418 410]
Extrait Journal Officiel Naturalisation [DAVCC Caen, 21 P 418 410]

La famille arrive en août 1939 à Pornic. La petite dernière, Yvonne, va naître à Saint-Nazaire le 23 février 1940.

A son arrivée, la famille est hébergée dans un logement de fortune, puis elle s’installe à la villa « Les Alouettes ». Lors des bombardements de la rade de Saint-Nazaire visant à couler le Lancastria et les autres navires, le 17 juin 1940, une bombe tombe sur la villa. Gros dommages à la villa, mais toute la famille est sauve. Elle déménage. La famille « Salomon », nom sous lequel elle est communément connue,  habite alors la villa « Ker Jeannette ». source :

source : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

Villa Ker Jeannette
Villa Ker Jeannette source : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

En juin 1940, Esther passe son certificat d’études à Pornic mais ne l’obtient pas.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Salomon ANGEL se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 16 conformément à la 1ère ordonnance allemande du 27 septembre 1940.

Ordonnances allemandes [ADLA 1694W20]

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Salomon ne peut plus exercer aucun travail et va être employé comme manoeuvre à l’usine Kuhlmann à Paimboeuf tandis qu’Isaac est apprenti chez un garagiste à Tharon.

Papier à en-tête Etablissements Kuhlmann, Paimboeuf 1940 [ADLA]
Papier à en-tête Etablissements Kuhlmann, Paimboeuf 1940 [ADLA]

Une enquête est menée en novembre 1941 au sujet de Léa ANGEL pour savoir si elle s’était bien fait recenser. Léa va se déplacer ou communiquer avec les services de la sous-préfecture pour leur préciser qu’il s’agit de sa soeur, Régine.

Courriers préfet de l’Aveyron/sous-préfet de Saint-Nazaire novembre/décembre 1941 [ADLA 1694W21]

Joseph et Rachel scolarisés à l’Ecole Publique passent leurs certificats d’études en juin 1942 dont voici les résultats, toutes les notes sont sur 10. Les instituteurs ne présentent au Certificat que les élèves qui ont une chance de réussite. A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, 1 élève sur 2 n’obtient pas le Certificat d’Etudes, soit parce qu’il ne le passe pas, soit parce qu’il échoue à l’épreuve.

JosephRachel
Rédaction2,53
Ecriture1010
Problème34
Sciences74,5
Dictée98
Questions57
?54,5
Dessin (Garçons) ou Couture (Filles)53
Lecture87
Chant78
Education Physique4,58
Ensemble (moyenne à 52,5)6667
RésultatsADMISADMISE

La famille est arrêtée entre le 15 et le 17 juillet 1942 à son domicile à Tharon.

Circonstances de l'arrestation de la famille ANGEL [DAVCC Caen, 21 P 418 410]
Circonstances de l’arrestation de la famille ANGEL [DAVCC Caen, 21 P 418 410]

Le 15 juillet ou 16 juillet 1942,  Vidal Angel, frère de Salomon et son épouse Lucie Arouete  avaient été arrêtés à Pornic. 

Des voisins parviendront à alerter Salomon. Cependant la famille, d’une part veut se croire protégée par sa nationalité française, d’autre part n’a pas d’échappatoire : on ne « disparaît » pas facilement à 9. Peu après, est-ce le même jour, est-ce le lendemain 16 juillet ?, les Allemands vont dans un 1er temps chercher Salomon et Isaac qui travaillent aux chantiers de l’atlantique à St Nazaire, puis le reste de la famille à son domicile. Le camion bâché de triste mémoire termine sa tournée de ramassage par Esther qui, ce midi-là, déjeune avec Rolande, chez la famille Delépine à Ker Gatus. -Les différents sites relatant l’arrestation indiquent des dates différentes entre 15 et 17 juillet, Rolande, ma maman a son anniversaire le 16 juillet, cela aurait pu constituer un repère, ça ne l’est pas.

source : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

La famille est dirigée sur Nantes puis internée au Grand Séminaire à Angers.

Les enfants de moins de 16 ans et les personnes de plus de 55 ans sont rayés de la liste du convoi numéro 8 partant pour Auschwitz le 20 juillet 1942, le convoi n°8 n’étant constitué que d’hommes et femmes en âge de travailler mais il y a des erreurs sur cette liste.

liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah Paris]
liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah Paris]

Salomon, Isaak et Esther sont déportés par le convoi numéro 8 tandis que Léa et le reste des enfants plus jeunes sont dirigés le jour même sur le camp de La Lande à Monts près de Tours où ils arrivent par train à 15h31.

Entrées/Sorties Camp de La Lande [ADIL 120W18]
Entrées/Sorties Camp de La Lande [ADIL 120W18]
Plan Camp de la Lande [Archives Nationales, F/7 15059]
Plan Camp de la Lande [Archives Nationales, F/7 15059]

En août 1942, Sarah ANGEL, la mère de Salomon (et Vidal), apprenant les arrestations, écrit au Préfet de Loire-Inférieure pour savoir où se trouvent les familles arrêtées. [ADLA 1694W25]

Alors que la lettre de Sarah ANGEL montre une profonde détresse face aux arrestations de sa famille, la réponse du Préfet de Loire-Inférieure est brutale dans sa froideur administrative.

Léa 35 ans, Rachel 14 ans, Joseph 13 ans, Sarah 12 ans, Jacques 4 ans et Yvonne 2 ans et demi ont été transférés du Camp de La Lande fin août/début septembre 1942 vers Drancy.

Fiches d’internement du Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5676 et F9/5742]

Ils sont ensuite déportés par le convoi numéro 34 du 18 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz. Ils ont été gazés à leur arrivée.

Liste convoi 34 18 septembre 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 34 18 septembre 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

En l’absence d’informations, Salomon et Isaak ont été déclarés Morts en Déportation entre deux et cinq jours après l’arrivée du convoi numéro 8 qui arrive à Auschwitz le 23 juillet.

Esther a été sélectionnée le 23 juillet pour rentrer dans la partie concentrationnaire du camp. Elle est décédée le 03 septembre 1942. Elle avait 15 ans.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem en ligne]
Death Book of Auschwitz [Musée d’Etat d’Auschwitz, Yad Vashem en ligne]

La naturalisation de Salomon et Léa va être remise en cause devant la commission de révision des naturalisations à partir de décembre 1940 et les époux ainsi que leur sept enfants perdent la nationalité française par décret en date du 13 août 1942 paru au JO du 12 août 1942 pour je cite « Manque d’intérêt national ». Faut-il rappeler que cette dénaturalisation intervient 1 mois après la déportation de Salomon et de deux de ses enfants. Le préfet Philibert DUPARD informe le bureau du Sceau au Ministère de la Justice que l’avis de dénaturalisation a été affiché en Préfecture le 23 septembre 1942, le 24 septembre 1942 dans l’auditoire du tribunal de première instance de Paimboeuf et publié dans le journal « Le Phare » du 29 septembre 1942.

Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Dossier de naturalisation de Salomon ANGEL [AN BB/11/13308 dossier n°24373X30]
Le Phare 29 septembre 1942 [ADLA, presse en ligne]
Le Phare 29 septembre 1942
[ADLA, presse en ligne]

Un article rédigé par Annie POINSOT et Thomas LEBEE, chargés d’études documentaires aux Archives Nationales évoque la débatutalisation de la famille ANGEL : https://books.openedition.org/pan/pdf/1071

Une plaque a été inaugurée en présence des descendants de la famille en avril 2018.

De nombreuses feuilles de témoignages seront déposées à Yad Vashem en mémoire de la famille. Mme DELEPINE, amie d’Esther, a rédigé un blog en mémoire des familles ANGEL à cette adresse : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

Sarah dite Sarota ANGEL, 11 rue Pache dans le XIème arrondissement à Paris, la mère de Salomon, s’occupera des démarches administratives auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre après-guerre, en ce qui concerne l’obtention du statut de Déporté Politique.

PERAHIA Robert, Jeanne, Albert, Victor [119]

Caleve Robert PERAHIA (prénom usuel Robert) est né le 20 avril 1901 à Constantinople (Turquie) [Père : Haïm PERAHIA né en 1877 à Constantinople et Mère : Diamante GUAKIL née en 1881 à Constantinople]. Robert arrive en 1921 en France avec au mois un de ses frères lui aussi arrivé en 1921 [Albert né en 1903 à Constantinople]. Robert se rend régulièrement au Café-Restaurant « Le Bosphore » au 74 rue Sedaine à Paris dans le 11ème arrondissement, lieu de rendez-vous pour les juifs séfarades turques qui leur permet à la fois de trouver un logement et des pistes pour un travail et qui est également un lieu de sociabilité. Ce restaurant ouvert en 1905 était en outre le lieu de cérémonies juives (Bar Mitzvah, mariages…) avant la création de la synagogue de la rue Popincourt (1909). Salomon PASSY est le propriétaire du fonds de commerce depuis 1913 et il a une fille prénommée Jeanne (née le 28 avril 1909 à Paris 11ème arrondissement). Au moment de la naissance de Jeanne, Sarah, sa mère est couturière. C’est dans ce restaurant que Robert va rencontrer Jeanne et le couple se marie le 27 juin 1929 à Paris (2ème arrondissement). Robert habitait alors au 96, rue d’Aboukir tandis que la famille PASSY habitait au 121 de la même rue.

Le couple va donner naissance à deux enfants : Albert, l’aîné, né le 06 janvier 1931 et Victor, le cadet, né le 04 avril 1933 tous les deux à Paris.

 Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246]
Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246, en ligne]
Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215]
Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215, en ligne]

Le restaurant de Salomon PASSY s’arrête en 1931 et il se rend à Saint-Nazaire entre juin 1932 et décembre 1933 pour y tenir un commerce de bonneterie mais qui est déclaré en faillite en mars 1934. Salomon exerce alors à Paris la profession de marchand ambulant en bonneterie avec son gendre, Robert. Les deux familles décident de quitter la capitale et se rendent à Saint-Nazaire en 1936, Salomon y ayant donc déjà séjourné. Salomon et son épouse arrivent le 25 mai 1936 tandis que la famille PERAHIA les rejoint un peu plus tard le 16 octobre 1936. Ils habitent au 24, rue Alcide Benoit non loin de la place Marceau, lieu où les forains déballent leurs marchandises pour faire le marché. La famille possède une modeste voiture, une Citroën C4 mais qui leur permet de travailler sur d’autres marchés de la région. Les époux vendent de la bonneterie pour femmes et enfants et également des parures de draps et taies d’oreillers.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]
Dossier d’aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]

Robert PERAHIA se rend à Nantes entre le 29 février et le 02 mars 1940 piur un éventie engagement et s’engage volontairement le 10 avril 1940 à Nantes. Il est affecté au Dépôt du Train n°11 à Nantes. Il est fait prisonnier dans cette même ville le 19 juin 1940 puis est interné pendant près de trois mois en temps que prisonnier de guerre (matricule 666) à Savenay. En raison de sa nationalité turque, il n’est pas envoyé en stalag mais est libéré et mis en congé de captivité le 07 septembre 1940. Il sera démobilisé le 13 juin 1942.

[DAVCC Caen, 21 P 523 986]
[DAVCC Caen, 21 P 523 986]
Base des engagés volontaires étrangers entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 [Mémoire des Hommes, en ligne]
Base des engagés volontaires étrangers entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 [Mémoire des Hommes, en ligne]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Robert PERAHIA se rend à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour se déclarer en tant que Juif sous le numéro 119.

Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

« Au mois de septembre 1940, une ordonnance enjoignit à tous les Juifs de la zone occupée d’aller se déclarer dans les commissariats et les mairies. Mes parents étaient de plus en plus inquiets. Ils sentaient que les choses tournaient mal… Mais si toutes les conversations portaient sur les mesures antisémites personne n’imaginait la catastrophe qui s’annonçait. Mes parents comme beaucoup d’autres Juifs, voulaient surtout s’intégrer et respectaient donc les lois de la République. »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »

L’ordonnance du 31 octobre 1940 obligeait à ce que les Juifs déclarent leur commerce ce que fait Robert le 11 novembre 1940.

Le 03 décembre 1940, les scellés sont apposés dans la pièce servant de lieu de stockage pour les marchandises et également sur la voiture C4 que Robert avait déclaré au mois de novembre 1940.

Gabriel HERVOUËT, l’administrateur provisoire chargé de la vente du commerce, nommé par le sous-préfet en janvier 1942, n’avait pas manqué, dans le zèle qui le caractérise, d’englober dans l’actif de l’entreprise la dite voiture. Jeanne PERAHIA écrit donc au préfet pour tenter de la récupérer, ce qu’elle obtiendra.

 Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]
Dossier d’aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]

Le commerce est vendu en moins de trois mois le 8 mars 1941 à Monsieur LALLIER 3, rue de l’amiral Courbet à Saint-Nazaire aux 2/3 de sa valeur, ce que ne manque pas de faire remarquer Robert PERAHIA qui faute de mieux mais n’ayant de toute façon pas le choix accepte la vente. La famille recevra des subsides du produit de la vente. Monsieur LALLIER se portera acquéreur également du commerce de Salomon PASSY (le beau-père de Robert) par l’entremise du même administrateur provisoire qui au passage perçoit les différentes commissions afférentes à l’aryanisation.

Dans le même temps (automne 1940), le tampon Juif est apposé sur les cartes d’identité et les cartes d’alimentation. Il est interdit aux Juifs de posséder un poste de TSF, ils ne peuvent faire leurs courses que de 15 à 16 heures, ne peuvent plus avoir de ligne téléphonique…

Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]
Le secrétaire d’Etat à l’Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]

L’ordonnance allemande du 29 mai 1942 entrée en vigueur le 07 juin 1942 rend obligatoire le port de l’étoile jaune pour tous les Juifs de plus de 6 ans en zone occupée.

« Porter l’étoile fut en effet très difficile. Dans la rue, les gens nous dévisageaient, et si certains semblaient parler de nous avec bienveillance, ou pitié, d’autres en revanche ricanaient, murmurant que nous l’avions bien mérité… A l’école, pendant la récréation, les enfants me montraient du doigt. J’étais un « sale juif », un « youpin ».
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 ».

Salomon PASSY, le grand-père de Victor, quitte Saint-Nazaire pour rejoindre Paris et décide d’emmener ses petit-enfants. Albert l’accompagnera mais Victor ne voulant pas se séparer de sa mère reste.

Robert, Jeanne et Victor sont arrêtés le 15 ou 16 juillet 1942 vers 20 heures puis transportés dans un lieu dans le quartier de Sautron en bord de mer à Saint-Nazaire puis transférés sur Nantes (Caserne Mellinet) puis transférés sur Angers au Grand Séminaire.

Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]

Il semblerait qu’un certain nombre de familles aient été prévenues à Saint-Nazaire en amont des arrestations imminentes. Alors qu’elles représentent près de la moitié des familles juives sur l’arrondissement de Saint-Nazaire, « seules » 9 personnes sont arrêtées sur les 67. Le nombre et le témoignage oral de Mme FRECHE tendent à aller dans ce sens.

A Angers, les enfants de moins de 16 ans et les adultes de plus de 55 ans n’étant pas déportables en juillet 1942, Jeanne et Victor sont rayés de la liste qui prévoit leur déportation. Robert, lui, est déporté le 20 juillet 1942 au départ d’Angers vers Auschwitz. Jeanne et Victor sont transférés le jour même au Camp de la Lande à Monts près de Tours.

Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]
Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]
Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]
Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]

Victor et Jeanne sont transférés du Camp de la Lande à Drancy début septembre 1942. Jeanne y rencontre son cousin Henri GARIH, protégé un temps de la déportation parce que marié avec une femme catholique : « Pour éviter la déportation, Henri a alors conseillé à ma mère de se faire passer pour une femme de prisonnier de guerre », elles-aussi protégées par ce statut particulier.

Il existe différentes catégories d’internés dans le camp de Drancy :

  • A : Juifs mariés avec une personne non-juive ou demi-juifs (nés de père ou de mère de confession catholique ou protestante)
  • C1 : cadres du camp
  • C2 : ressortissants d’Etats alliés avec l’Allemagne
  • C3 : femmes et enfants de prisonniers de guerre
  • C4 : personnes attendant l’arrivée prochaine de leur famille encore en liberté
  • B : immédiatement déportable, la majorité des internés

Jeanne et Victor vont rester de début septembre 1942 à Juin 1944 soit près de 22 mois dans le camp de Drancy puis vont être déportés par le convoi numéro 80 vers Bergen-Belsen le 02 mai 1944 [le convoi 80 est divisé en 4 trains (a,b,c,d) dont les départs s’échelonnent entre le 02 mai et le 23 juillet].

Fiches d’internement de Victor PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

Fiches d’internement de Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

« Au début, je vivais dans la baraque des femmes. Puis les enfants de mon âge ont été transférés dans celle des hommes. Je voyais encore ma mère tous les jours mais je ne dormais plus avec elle. Nous avons eu tout de suite très faim. Car nous avions seulement de quoi survivre. Certes ma mère me donnait toujours un peu de sa ration, mais cela ne suffisait pas »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »

A l’approche des Britanniques, au printemps 1945, Victor et Jeanne sont transférés en train vers le camp de Theresienstadt (Terezin) en Tchécoslovaquie, train dans lequel il va rester deux semaines. Le 23 avril, le convoi s’arrête à nouveau aux environs de Tröbitz près de Berlin et ce sont les soviétiques qui découvrent « de misérables fantômes faméliques errant dans la campagne allemande ». Il sera un peu plus tard rapatrié vers la France.

Ils sont dirigés vers l’Hôtel Lutetia à Paris, hôtel réquisitionné pour l’accueil des déportés au retour. Les fiches verso de Drancy vont être utilisées à l’Hôtel Lutetia en particulier pour remettre des certificats de déportation aux familles. Le 12 mars 1945, Sarah PASSY, la mère de Jeanne et la grand-mère de Victor, se déplace à l’Hôtel Lutetia sans nouvelles de sa famille où un certificat de déportation lui est remis.

Versos des fiches d’internement de Victor et Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

L’état sanitaire de Victor est catastrophique : « état général moyen, obscurité du sommeil, oeil gauche à radiographier ». Il est hospitalisé à l’hôpital Salpétrière jusqu’en septembre 1945 puis dirigé vers un sanatorium en Dordogne ayant contracté la tuberculose. Il y restera deux ans et demi.

Victor se mariera après guerre et aura deux enfants. Pendant plus de cinquante ans, il ne racontera rien à sa famille et décide d’écrire un livre : « Mon enfance volée » paru en 2015 [Livre épuisé]. Il témoignera par la suite dans les établissements scolaires.

Son père Robert déporté le 20 juillet 1942 est arrivé le 23 juillet 1942 à Auschwitz. Composé uniquement d’hommes et de femmes en âge de travailler, une vingtaine de personnes du convoi sont sélectionnées et gazées dès leur arrivée. Toutes les autres ont été enregistrées pour rentrer dans le camp.

Témoignage de Leon Cyterman, déporté d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942

En l’absence d’informations, la République Française l’a déclaré décédé 5 jours après l’arrivée du convoi. Deux feuilles de témoignage seront déposées sur le site de Yad Vashem en mémoire de Robert PERAHIA. Une demande de recherche de personnes disparues sera effectuée par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, sans résultat, et le titre de déporté politique sera attribué à Robert PERAHIA.


L’itinéraire de la famille PERAHIA

WARECH Elka (NR)

Elka WARECH 1940 [ADML 120W65]
Elka WARECH 1940 [ADML 120W65]
Elka WARECH [Yad Vashem, en ligne]
Elka WARECH [Yad Vashem, en ligne]

Elka WARECH est née le 25 février 1922 à Zaklikow (Pologne). [Père : Joseph WARECH et Mère : MORENFELD Brendla]. La famille est arrivée en France le 19 septembre 1925 et réside dans le département du Nord à Denain au 58 rue Jean Jaurès.

Elle va occuper un emploi de surveillante dans la colonie de vacances Nos Enfants au Grand Air (N.E.G.A.) située avenue Josselin dans la villa « Les Clochettes d’Arvor » à La Baule entre sans doute septembre 1939 et le 19 avril 1940, date à laquelle elle rejoint sa famille à Denain. La colonie de vacances est constituée d’un bâtiment principal qui accueille les logements de la direction et du personnel et de deux bâtiments annexes, chacun pouvant accueillir d’un côté une vingtaine de garçons et de l’autre, une vingtaine de filles.

Guide du Baigneur 1932

Puis toute la famille se réfugie un mois plus tard dans le département du Maine-et-Loire à Vihiers rue Poisson Valentin.

Demande de carte d'identité [ADML 120W65]
Demande de carte d’identité [ADML 120W65]

Une partie de la famille est arrêtée le 15 juillet 1942 à Vihiers : Joseph, son père ; Fajga, sa belle-soeur et Elka. Ils seront déportés par le convoi 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942. La mère d’Elka, Brendla est déportée par le convoi numéro 46 du 09 février 1943. Léa dite Suzanne, sa soeur, sera déportée par le convoi numéro 77 du 31 juillet 1944. Tous seront exterminés à Auschwitz sauf Léa qui sera survivante.

liste convoi 8 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
liste convoi 8 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Sa soeur Léa déposera une feuille de témoignage sur le site de Yad Vashem en mémoire de sa soeur.

Feuille de témoignage en mémoire d'Elka WARECH [Yad Vashem, en ligne]
Feuille de témoignage en mémoire d’Elka WARECH [Yad Vashem, en ligne]

Dossier d’étranger d’Elka WARECH [ADML 120W65]

FILIBA Nathan, Esther, [Eugénie] [105]

Nathan FILIBA est né le 19 mai 1880 à Constantinople et est arrivé en France à l’âge de 19 ans en 1899. En 1907, il réside 42 Faubourg Montmartre dans le 9ème arrondissement à Paris. Il a un frère et trois soeurs. Son frère exerce la profession de métallurgiste et habite en 1926 au 64, faubourg Montmartre dans le 9ème arrondissement à Paris. Il sera engagé volontaire en 1914. Ses trois soeurs habitent avec lui au 137 avenue d’Italie dans le 13ème arrondissement à Paris : Fanny née en 1885 et mariée à un français, Suzanne RICHARD et Rachel ARAMIANTZ.

Il est marié depuis le 04 juillet 1907 (Paris, 9ème arrondissement) avec FILIBA née FILIBA Esther née le 26 juillet 1882 à Constantinople également. Il semble que le mariage ait été annulé puisque l’acte de mariage d’origine est rayé puis retranscrit cette fois-ci le 25 juillet 1907. Lors de ce mariage, le couple légitime l’enfant qu’ils avaient eu quelque temps auparavant. : Eugénie dite Nina née le 09 février 1907 à Paris (9ème arrondissement). Il exerce successivement les professions de négociant en bijouterie, parfumeurs au début du siècle.

Acte de mariage de Nathan et Esther FILIBA et acte de naissance d’Eugénie FILIBA [Archives de Paris, actes d’état civil, en ligne]

En 1923, il est restaurateur d’antiquités dans un petit magasin qu’il loue au 36 rue des Petits-Champs à Paris dans le 2ème arrondissement puis en 1926, Nathan FILIBA exerce la profession d’antiquaire en association avec un compatriote naturalisé américain : Monsieur DARSA au 137, avenue d’Italie (Paris, 9ème arrondissement) et habite au 45, rue de Sèvres (Paris, 6ème arrondissement).

Il effectue une demande de naturalisation en 1925.

Dossier de naturalisation de Nathan FILIBA [Archives Nationales, 18989X25]
Dossier de naturalisation de Nathan FILIBA [Archives Nationales, 18989X25]

Les époux FILIBA obtiennent leur naturalisation en 1926 [Paru au JO du 27 juillet 1926]. [Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65172988/f91.item.r=FILIBA%20Nathan]

JORF 27 juillet 1926
JORF 27 juillet 1926

Leur fille Eugénie se marie avec Marks STOCK le 12 mars 1935 à la mairie du 10ème arrondissement à Paris et au Temple de la rue des Tournelles le 17 mars 1935. Nathan et Esther résident alors 79, avenue de Ségur à Paris (15ème arrondissement). Nina FILIBA avait été préalablement fiancée en 1931 mais les fiançailles avaient été rompues quelque temps plus tard.

Acte de mariage d'Eugénie et Marks STOCK [Archives de Paris, en ligne]
Acte de mariage d’Eugénie et Marks STOCK [Archives de Paris, en ligne]

En 1931, Nathan et Nina font partie de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA) et sont élus respectivement trésorier et secrétaire-adjoint de la 5ème section de la Fédération de la Seine. [Bulletin de la LICA, 01 décembre 1931]

Peu de temps après le mariage de leur fille, les époux FILIBA se dirigent sur La Baule et Nathan va exercer la profession d’antiquaire dans un des commerces du casino tandis que son épouse Esther tient un magasin de bijouterie, tapis également dans les commerces situés tout autour du casino de La Baule.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Nathan FILIBA se déclare en temps que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie de La Baule) sous le numéro 105.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

La Préfecture de Loire-Inférieure liste les ressortissants slovaques, polonais, autrichiens et allemands. Nathan apparaît dans ce fichier mais une erreur a été commise car il n’est pas de nationalité polonaise.

Fiches Polonais, Slovaques, Autrichiens, Allemands sans date [ADLA 1694W24]
Fiches Polonais, Slovaques, Autrichiens, Allemands sans date [ADLA 1694W24]

En octobre 1940, les Autorités Allemandes confisquent tous les postes de TSF appartenant à des Juifs. Cette décision sera officialisée par l’ordonnance du 13 août 1941. Nathan ramène le sien le 29 septembre 1941 à la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Confiscation des postes de TSF [ADLA 1694W24]

Nathan et Esther FILIBA sont arrêtés à la Baule le 16 juillet 1942 vers 21 heures à leur domicile puis transférés sur Saint-Nazaire, Nantes et Angers au Grand Séminaire. Des témoins assistent à l’arrestation : Mr et Mme KERNBAUM, Villa Jocelyce, allée des Ondines et madame RABOIS, Villa Le Grillon, avenue Verdier.

Listes d’arrestations provisoire et définitive [ADLA 1694W25]

Prévus pour être embarqués dans le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz, Nathan fait partie des 14 hommes qui durant le trajet du train descendent à Drancy (raison inconnue).

Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Esther est quant à elle rayée de la liste du convoi numéro 8 et est dirigée vers le Camp de la Lande à Monts près de Tours où elle arrive le 20 juillet 1942 par le train d’Angers à 15h31.

ADIL 120W18]
ADIL 120W18]

Esther est transférée à Drancy fin août 1942 tandis que Nathan est transféré de Drancy à Pithiviers.

Fiche de FILIBA Esther [Fichiers Préfecture Individuel Adulte F9/5640]
Fiche de FILIBA Esther [Fichiers Préfecture Individuel Adulte F9/5640]

Nathan est déporté par le convoi numéro 35 de Pithiviers à Auschwitz le 21 septembre 1942 tandis qu’Esther est déportée de Drancy à Auschwitz le 23 septembre 1942.

Les commerces juifs étant devenus vacants, le magasin de Nathan FILIBA sera réquisitionné par les Autorités Allemandes en 1943.

Déclaration de réquisition du 20 septembre 1943 (magasins occupés dès le 01 février 1943) des magasins Lina et Filiba dans la galerie du casino [Archives Municipales de La Baule 4H42]

Eugénie FILIBA épouse STOCK domiciliée 2, rue Jean-François GERBILLON dans le 6ème arrondissement à Paris, la fille de Nathan et Esther n’a pas été déportée. Elle écrira à la Mairie de La Baule en 1946 pour percevoir une indemnisation.

C’est également Eugénie STOCK qui s’occupe de s’adresser au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir les différents certificats : de disparition, de déportation, d’internement et obtiendra le statut de déporté politique puis Mort pour la France pour Nathan et Esther. L’acte de décès a été fixé cinq jours après le départ du convoi.

SANDOR Maximilien, Anna, Micheline [99]

Maximilien dit Michel SANDOR est né le 04 novembre 1897 à Mako (Hongrie) [Père : SANDOR David et Mère : HOFFMANN Caroline]. Il est entré en France le 07 juillet 1923 par Altkirch (Haut-Rhin). Il n’est pas marié mais a une fille qu’il a reconnu : Micheline Anna née le 25 janvier 1926 à Paris (15ème arrondissement) et reconnue le 23 novembre 1929 à Paris (15ème arrondissement) [Mère : Anna KERMARREC née à Brest le 15 mars 1902 habitant en 1929, 44, rue Saint-Charles, Paris, 15ème arrondissement].

Maximilien exerce la profession d’ébéniste et est installé en tant que tel à Saint-Nazaire depuis 1936 au 21, rue Hoche et réside 33 rue Jean d’Ust à Saint-Nazaire.

[DAVCC 21 P 535 636]
[DAVCC 21 P 535 636]

Il cède son commerce en 1940 à Monsieur KERMARREC et c’est son épouse Anna qui va devenir son employeur à partir du 15 novembre 1940 puis va être employé par la Kriegsmarine pour effectuer des travaux d’ébénisterie.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Attestation d'employeur Maximilian SANDOR [ADLA 2101W718]
Attestation d’employeur Maximilian SANDOR [ADLA 2101W718]

En janvier 1937, Maximilien effectue une demande de carte d’identité pour étranger. Il habite alors 33, rue Jean d’Ust (actuelle avenue de la République) à Saint-Nazaire.

Fiches cartonnées demande de carte d’identité pour étrangers [ADLA 4M718]

Sa fille Micheline passe et obtient son certificat d’études en juin 1938. Elle est alors scolarisée à L’Ecole Primaire Jean Jaurès.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Maximilien se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 99.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Expulsé de Saint-Nazaire pour Angers le 23 décembre 1941, il habite dans un premier temps au 26, rue Delaage puis au 27, place de la République au 12 février 1942.

ADLA 1694W26

Maximilien est arrêté parce que Juif à son domicile d’Angers 27, place de la République après le couvre-feu vers 23 heures le 17 juillet 1942. Mme Fernande L’HOTE concubine de Maximilien ayant suivi Max à Angers mais résidant Villa Marie Alice à Penchateau au Pouliguen sera témoin de l’arrestation. Maximilien est déporté par le convoi numéro 8 du 20 juillet 1942 d’Angers à Auschwitz. Il y décède le 25 septembre 1942 (source Trochu). Il avait 44 ans.

Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Michelin SANDOR épouse MOULARD qui réside 11, rue du 14 juillet à Couëron (Loire-Atlantique) s’adressera au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin de régulariser la situation d’état civil de Maximilien et d’obtenir la carte de déporté politique ; Anna KERMARREC habitant Le Fief à Saint-Brévin les Pins fera de même dans les années 1946.

Demande de renouvellement de carte d’identité [ADLA 4M718]

Dossier d’étranger de Maximilien SANDOR [ADML 120W63]

Expulsion de Maximilien SANDOR [ADLA 1694W26]