ANGEL Salomon, Lucie, Isaak, Esther, Rachel, Joseph, Sarah, Jacques, Yvonne [16]

de gauche à droite
rangée du haut : Salomon, Lucie, Isaak, Esther
rangée du bas : Rachel, Joseph, Sarah, Yvonne (manque la photo de Jacques)

Salomon ANGEL est né à Smyrne le 15 décembre 1903 [Père : ANGEL Isaac et Mère : Sarah ADATO]. Salomon est marié depuis le 28 octobre 1924 à Paris (11ème arrondissement) avec Léa dite Louise ELNEKAVE née en avril 1904 à Constantinople [Père : Joseph ELNECAVE et Mère : Rachel LEVY].

Acte de Mariage de Salomon et Léa ANGEL [Archives Municipales de la mairie de Paris]
Acte de Mariage de Salomon et Léa ANGEL [Archives Municipales de la mairie de Paris]
Extrait d'acte de mariage 1949 [DAVCC Caen, 21 P 418 410]
Extrait d’acte de mariage 1949 [DAVCC Caen, 21 P 418 410]

Le couple a 7 enfants :

  • Isaak Isakito né le 29 août 1925 à Lille
  • Esther née le 06 novembre 1926 à Lille
  • Rachel Ruth née le 14 janvier 1928 à Lille
  • Joseph Pierre né le 15 avril 1929 à Lille
  • Sarah Mathilde né le 03 juillet 1930 à Lille
  • Jacques Pierre né le 03 novembre 1937 à Lille
  • Yvonne née le 23 février 1940 à Saint-Nazaire

Salomon ANGEL est issu d’une famille juive sépharade de Smyrne. Son père, Isaac, sabotier, incorporé dans l’armée turque est décédé du typhus en 1919. C’est donc veuve que Sarah, sa mère, élève ses 6 autres frères et soeurs. Salomon est arrivé le 15 mai 1920 en France, sur Paris. Il a donc 17 ans et il est probable que dans un premier temps, il loge chez son oncle et sa tante Samuel et Oro AROUETE dans le 11ème arrondissement.
Léa dite Louise dite Lucy ELNECAVE est issue d’une famille également sépharade de Constantinople. La famille est arrivée en France en septembre 1919 et loge au 79, rue Saint-Maur dans le 11ème arrondissement également. Léa a quatre autre frères et soeurs

Le quartier du 11ème arrondissement est un quartier très cosmopolite qui accueille en grande partie les Juifs arrivant de Turquie ou de Grèce.

Salomon exerce la profession de marchand ambulant puis quitte Paris pour Lille. Au moment de son mariage, il habite chez sa mère Sarah au 3/5 rue du Faisan en 1924. Son adresse indiquée sur son livret d’allocations aux réfugiés indique en 1939 22, rue Massena à Lille. Salomon est commerçant textile sur les marchés et Lucie élève ses six enfants. Salomon et son épouse seront naturalisés le 25 décembre 1936.

Extrait Journal Officiel Naturalisation [DAVCC Caen, 21 P 418 410]
Extrait Journal Officiel Naturalisation [DAVCC Caen, 21 P 418 410]

Leur date d’arrivée à Pornic n’est pas connue mais il est vraisemblable qu’ils arrivent en septembre 1939.

A son arrivée, la famille est hébergée dans un logement de fortune, puis elle s’installe à la villa « Les Alouettes ». Lors des bombardements de la rade de Saint-Nazaire visant à couler le Lancastria et les autres navires, le 17 juin 1940, une bombe tombe sur la villa. Gros dommages à la villa, mais toute la famille est sauve. Elle déménage. La famille « Salomon », nom sous lequel elle est communément connue,  habite alors la villa « Ker Jeannette ». source :

source : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

Villa Ker Jeannette
Villa Ker Jeannette source : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Salomon ANGEL se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 16 conformément à la 1ère ordonnance allemande du 27 septembre 1940.

Ordonnances allemandes [ADLA 1694W20]

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Salomon ne peut plus exercer aucun travail et va être employé comme manoeuvre avec son fils Isaak sur Saint-Nazaire.

Une enquête est menée en novembre 1941 au sujet de Léa ANGEL pour savoir si elle s’était bien fait recenser. Léa va se déplacer ou communiquer avec les services de la sous-préfecture pour leur préciser qu’il s’agit de sa soeur, Régine.

Courriers préfet de l’Aveyron/sous-préfet de Saint-Nazaire novembre/décembre 1941 [ADLA 1694W21]

La famille est arrêtée entre le 15 et le 17 juillet 1942 à son domicile à Tharon.

Circonstances de l'arrestation de la famille ANGEL [DAVCC Caen, 21 P 418 410]
Circonstances de l’arrestation de la famille ANGEL [DAVCC Caen, 21 P 418 410]

Le 15 juillet ou 16 juillet 1942,  Vidal Angel, frère de Salomon et son épouse Lucie Arouete  avaient été arrêtés à Pornic. 

Des voisins parviendront à alerter Salomon. Cependant la famille, d’une part veut se croire protégée par sa nationalité française, d’autre part n’a pas d’échappatoire : on ne « disparaît » pas facilement à 9. Peu après, est-ce le même jour, est-ce le lendemain 16 juillet ?, les Allemands vont dans un 1er temps chercher Salomon et Isaac qui travaillent aux chantiers de l’atlantique à St Nazaire, puis le reste de la famille à son domicile. Le camion bâché de triste mémoire termine sa tournée de ramassage par Esther qui, ce midi-là, déjeune avec Rolande, chez la famille Delépine à Ker Gatus. -Les différents sites relatant l’arrestation indiquent des dates différentes entre 15 et 17 juillet, Rolande, ma maman a son anniversaire le 16 juillet, cela aurait pu constituer un repère, ça ne l’est pas.

source : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

La famille est dirigée sur Nantes puis internée au Grand Séminaire à Angers.

Les enfants de moins de 16 ans et les personnes de plus de 55 ans sont rayés de la liste du convoi numéro 8 partant pour Auschwitz le 20 juillet 1942, le convoi n°8 n’étant constitué que d’hommes et femmes en âge de travailler mais il y a des erreurs sur cette liste.

liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah Paris]
liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah Paris]

Salomon, Isaak et Esther sont déportés par le convoi numéro 8 tandis que Léa et le reste des enfants plus jeunes sont dirigés le jour même sur le camp de La Lande à Monts près de Tours où ils arrivent par train à 15h31.

Entrées/Sorties Camp de La Lande [ADIL 120W18]
Entrées/Sorties Camp de La Lande [ADIL 120W18]
Plan Camp de la Lande [Archives Nationales, F/7 15059]
Plan Camp de la Lande [Archives Nationales, F/7 15059]

En août 1942, Sarah ANGEL, la mère de Salomon (et Vidal), apprenant les arrestations, écrit au Préfet de Loire-Inférieure pour savoir où se trouvent les familles arrêtées. [ADLA 1694W25]

Alors que la lettre de Sarah ANGEL montre une profonde détresse face aux arrestations de sa famille, la réponse du Préfet de Loire-Inférieure est brutale dans sa froideur administrative.

Léa 35 ans, Rachel 14 ans, Joseph 13 ans, Sarah 12 ans, Jacques 4 ans et Yvonne 2 ans et demi ont été transférés du Camp de La Lande fin août/début septembre 1942 vers Drancy.

Fiches d’internement du Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5676 et F9/5742]

Ils sont ensuite déportés par le convoi numéro 34 du 18 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz. Ils ont été gazés à leur arrivée.

Liste convoi 34 18 septembre 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 34 18 septembre 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

En l’absence d’informations, Salomon et Isaak ont été déclarés Morts en Déportation entre deux et cinq jours après l’arrivée du convoi numéro 8 qui arrive à Auschwitz le 23 juillet.

Esther a été sélectionnée le 23 juillet pour rentrer dans la partie concentrationnaire du camp. Elle est décédée le 03 septembre 1942. Elle avait 15 ans.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem en ligne]
Death Book of Auschwitz [Musée d’Etat d’Auschwitz, Yad Vashem en ligne]

De nombreuses feuilles de témoignages seront déposées à Yad Vashem en mémoire de la famille. Mme DELEPINE, amie d’Esther, a rédigé un blog en mémoire des familles ANGEL à cette adresse : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/la-famille-angel.html?+=

Une plaque a été inaugurée en présence des descendants de la famille en avril 2018.

Sarah dite Sarota ANGEL, 11 rue Pache dans le XIème arrondissement à Paris, la mère de Salomon, s’occupera des démarches administratives auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre après-guerre, en ce qui concerne l’obtention du statut de Déporté Politique.

BROUDO Albert, Esther [6]

Albert BROUDO est né le 15 août 1901 à Salonique (Grèce) [Père : BROUDO David et mère : VEISSID Lucie]. Il est marié avec Esther BROUDO née ALLALOUF [Père : ALLALOUF Jacob et Mère : Alegra NAHOUM] née le 04 juillet 1901 à Salonique (Grèce) au Temple de la rue Buffault dans le 9ème arrondissement (comme son frère Salomon) le 20 mars 1927.

L’Univers israélite 18 mars 1927
L’Univers israélite 18 mars 1927

La famille BROUDO, d’origine grecque, vit à Salonique et toute la famille (très importante) exerce des métiers autour de la confection. En 1917, le grand incendie de Salonique réduit à néant toutes les années de travail et une partie de la famille se retrouve sur le port. Par prudence, Lucie Broudo avait caché des objets de valeur dans le puits de sa maison et était retournée dans la maison pour les récupérer.

Lucie Broudo prend la décision de s’expatrier avec une partie de la famille et choisit la France, terre d’accueil pour beaucoup d’étrangers, et arrive en France dans les années 20. Le reste de la famille suivra en 1921. La famille Broudo décide de rebondir et veut donner à ses enfants toutes les chances de réussir. Ils entament tous des études supérieures et exerceront quasiment tous une profession autour de l’odontologie : pour les uns chirurgiens-dentistes, pour les autres prothésistes dentaires… Les études terminées dans le Nord de la France (là où ils sont arrivés), les Broudo exercent leur profession de dentistes à Paris.

Albert BROUDO exerce la profession de mécanicien dentaire et habite à Montreuil-sous-Bois au 260, rue de Paris. Le couple n’a pas d’enfant. La quasi-totalité de la famille BROUDO arrive à Pornichet le 06 septembre 1939 et s’installe Villa Edouard, rue du Moulin à Pornichet le lendemain (07 septembre 1939). Salomon, un des frères, y est déjà présent exerçant la profession de marchand ambulant en attractions foraines depuis déjà quelques années et c’est sans doute la raison de leur venue en presqu’île.

Registre d’enregistrement des visas d’arrivée et de départ délivrés aux étrangers 1938-1942 [Archives Municipales de Pornichet – Police, 2I3]
Registre d’enregistrement des visas d’arrivée et de départ délivrés aux étrangers 1938-1942 [Archives Municipales de Pornichet – Police, 2I3]
Enregistrement des dossiers de demandes de cartes d'identité d'étranger [Archives Municipales Pornichet 2I2]
Enregistrement des dossiers de demandes de cartes d’identité d’étranger [Archives Municipales Pornichet 2I2]

Albert et Esther quittent Pornichet le 31 décembre 1939 et s’installent au Pouliguen « Villa Colette » 16, rue du commerce le 01 janvier 1940. La maison est divisée en deux dans le sens de la longueur et Albert et Esther occupent la partie droite de la maison habituellement réservée pour les locations de vacances. Ils iront rejoindre un peu plus tard Léon rue de la gare au Pouliguen. Esther effectue une demande de renouvellement de carte d’identité de non-travailleur à la mairie de Pornichet le 06 novembre 1939, carte qui lui sera délivrée le 05 juillet 1940.

Villa Collette Rue du Commerce Le Pouliguen
Villa Collette Rue du Commerce Le Pouliguen © collection particulière

Albert BROUDO se fait recenser à mairie du Pouliguen ou à la sous-préfecture de Saint-Nazaire en tant que Juif entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 sous le numréo 6.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Albert et Esther ont quitté Le Pouliguen (date inconnue) et sont arrêtés à leur domicile au 260, rue de Paris à Montreuil par la police française et allemande le 04 novembre 1942 puis internés à Drancy le 05 Novembre 1942. Ils sont déportés tous les deux par le convoi numéro 44 au départ de Drancy vers Auschwitz le 09 novembre 1942.

Fichiers internement camp de Drancy [Archives Nationales]

Listes Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]


Selon le témoignage d’une descendante très proche de la famille Broudo, Albert est sélectionné à Kosel (Pendant la Seconde guerre mondiale, certains trains de la déportation des Juifs vers Auschwitz s’arrêtaient à Kosel, où une partie des hommes du convoi étaient sélectionnés pour le travail dans les camps satellites du complexe d’Auchwitz). Albert est dirigé vers le camp de Blechhammer (Blachownia, Pologne). Puis il passe deux ans à Ottmut. Puis il est transféré à Gross Rosen où il sera assassiné  (camp de concentration Ouest de Wroclaw, Pologne) pieds et jambes gelés en février 1945 à coups de manche de pioche par un garde nazi. Esther, en l’absence d’informations, est déclarée décédée 5 jours après la date de départ du convoi.

Témoignages concernant Albert et Esther BROUDO [Yad Vashem, en ligne]

Henri BROUDO, frère d’Albert, s’adressera au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin de régulariser l’état civil de son frère et d’obtenir le statut de déporté politique.

Dossier d’étranger Esther BROUDO [ADLA 4M931]