PERAHIA Robert, Jeanne, Albert, Victor

Robert PERAHIA 1936 [ADLA 4M706]

Caleve Robert PERAHIA (prénom usuel Robert) est né le 20 avril 1901 à Constantinople (Turquie) [Père : Haïm PERAHIA né en 1877 à Constantinople et Mère : Diamante GUARIL née en 1881 à Constantinople]. Robert arrive en 1921 en France avec au mois un de ses frères lui aussi arrivé en 1921 [Albert né en 1903 à Constantinople]. Robert se rend régulièrement au Café-Restaurant « Le Bosphore » au 74 rue Sedaine à Paris dans le 11ème arrondissement, lieu de rendez-vous pour les juifs sépharades turques qui leur permet à la fois de trouver un logement et des pistes pour un travail et qui est également un lieu de sociabilité. Ce restaurant ouvert en 1905 était en outre le lieu de cérémonies juives (Bar Mitzvah, mariages…) avant la création de la synagogue de la rue Popincourt (1909). Salomon PASSY est le propriétaire du fonds de commerce depuis 1913 et il a une fille prénommée Jeanne (née le 28 avril 1909 à Paris 11ème arrondissement). Au moment de la naissance de Jeanne, Sarah, sa mère est couturière. C’est dans ce restaurant que Robert va rencontrer Jeanne et le couple se marie le 27 juin 1929 à Paris (2ème arrondissement). Robert habitait alors au 96, rue d’Aboukir tandis que la famille PASSY habitait au 121 de la même rue.

Le couple va donner naissance à deux enfants : Albert, l’aîné, né le 06 janvier 1931 et Victor, le cadet, né le 04 avril 1933 tous les deux à Paris.

 Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246]
Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246, en ligne]
Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215]
Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215, en ligne]

Le restaurant de Salomon PASSY s’arrête en 1931 et il se rend à Saint-Nazaire entre juin 1932 et décembre 1933 pour y tenir un commerce de bonneterie mais qui est déclaré en faillite en mars 1934. Salomon exerce alors à Paris la profession de marchand ambulant en bonneterie avec son gendre, Robert. Les deux familles décident de quitter la capitale et se rendent à Saint-Nazaire en 1938, Salomon y ayant donc déjà séjourné. Ils habitent au 24, rue Alcide Benoit non loin de la place Marceau, lieu où les forains déballent leurs marchandises pour faire le marché. La famille possède une modeste voiture, une Citroën C4 mais qui leur permet de travailler sur d’autres marchés de la région. Les époux vendent de la bonneterie pour femmes et enfants et également des parures de draps et taies d’oreillers.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]
Dossier d’aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Robert PERAHIA se rend à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour se déclarer en tant que Juif sous le numéro 119.

Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

« Au mois de septembre 1940, une ordonnance enjoignit à tous les Juifs de la zone occupée d’aller se déclarer dans les commissariats et les mairies. Mes parents étaient de plus en plus inquiets. Ils sentaient que les choses tournaient mal… Mais si toutes les conversations portaient sur les mesures antisémites personne n’imaginait la catastrophe qui s’annonçait. Mes parents comme beaucoup d’autres Juifs, voulaient surtout s’intégrer et respectaient donc les lois de la République. »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »

L’ordonnance du 31 octobre 1940 obligeait à ce que les Juifs déclarent leur commerce ce que fait Robert le 11 novembre 1940.

Le 03 décembre 1940, les scellés sont apposés dans la pièce servant de lieu de stockage pour les marchandises et également sur la voiture C4 que Robert avait déclaré au mois de novembre 1940.

Gabriel HERVOUËT, l’administrateur provisoire chargé de la vente du commerce, nommé par le sous-préfet en janvier 1942, n’avait pas manqué, dans le zèle qui le caractérise, d’englober dans l’actif de l’entreprise la dite voiture. Jeanne PERAHIA écrit donc au préfet pour tenter de la récupérer, ce qu’elle obtiendra.

 Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]
Dossier d’aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]

Le commerce est vendu en moins de trois mois le 8 mars 1941 à Monsieur LALLIER 3, rue de l’amiral Courbet à Saint-Nazaire aux 2/3 de sa valeur, ce que ne manque pas de faire remarquer Robert PERAHIA qui faute de mieux mais n’ayant de toute façon pas le choix accepte la vente. La famille recevra des subsides du produit de la vente. Monsieur LALLIER se portera acquéreur également du commerce de Salomon PASSY (le beau-père de Robert) par l’entremise du même administrateur provisoire qui au passage perçoit les différentes commissions afférentes à l’aryanisation.

Dans le même temps (automne 1940), le tampon Juif est apposé sur les cartes d’identité et les cartes d’alimentation. Il est interdit aux Juifs de posséder un poste de TSF, ils ne peuvent faire leurs courses que de 15 à 16 heures, ne peuvent plus avoir de ligne téléphonique…

Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]
Le secrétaire d’Etat à l’Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]

L’ordonnance allemande du 29 mai 1942 entrée en vigueur le 07 juin 1942 rend obligatoire le port de l’étoile jaune pour tous les Juifs de plus de 6 ans en zone occupée.

« Porter l’étoile fut en effet très difficile. Dans la rue, les gens nous dévisageaient, et si certains semblaient parler de nous avec bienveillance, ou pitié, d’autres en revanche ricanaient, murmurant que nous l’avions bien mérité… A l’école, pendant la récréation, les enfants me montraient du doigt. J’étais un « sale juif », un « youpin ».
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 ».

Salomon PASSY, le grand-père de Victor, quitte Saint-Nazaire pour rejoindre Paris et décide d’emmener ses petit-enfants. Albert l’accompagnera mais Victor ne voulant pas se séparer de sa mère reste.

Robert, Jeanne et Victor sont arrêtés le 15 ou 16 juillet 1942 vers 20 heures puis transportés dans un lieu dans le quartier de Sautron en bord de mer à Saint-Nazaire puis transférés sur Nantes (Caserne Mellinet) puis transférés sur Angers au Grand Séminaire.

Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]

Il semblerait qu’un certain nombre de familles aient été prévenues à Saint-Nazaire en amont des arrestations imminentes. Alors qu’elles représentent près de la moitié des familles juives sur l’arrondissement de Saint-Nazaire, « seules » 9 personnes sont arrêtées sur les 67. Le nombre et le témoignage oral de Mme FRECHE tendent à aller dans ce sens.

A Angers, les enfants de moins de 16 ans et les adultes de plus de 55 ans n’étant pas déportables en juillet 1942, Jeanne et Victor sont rayés de la liste qui prévoit leur déportation. Robert, lui, est déporté le 20 juillet 1942 au départ d’Angers vers Auschwitz. Jeanne et Victor sont transférés le jour même au Camp de la Lande à Monts près de Tours.

Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]
Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]
Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]
Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]

Victor et Jeanne sont transférés du Camp de la Lande à Drancy début septembre 1942. Jeanne y rencontre son cousin Henri GARIH, protégé un temps de la déportation parce que marié avec une femme catholique : « Pour éviter la déportation, Henri a alors conseillé à ma mère de se faire passer pour une femme de prisonnier de guerre », elles-aussi protégées par ce statut particulier.

Il existe différentes catégories d’internés dans le camp de Drancy :

  • A : Juifs mariés avec une personne non-juive ou demi-juifs (nés de père ou de mère de confession catholique ou protestante)
  • C1 : cadres du camp
  • C2 : ressortissants d’Etats alliés avec l’Allemagne
  • C3 : femmes et enfants de prisonniers de guerre
  • C4 : personnes attendant l’arrivée prochaine de leur famille encore en liberté
  • B : immédiatement déportable, la majorité des internés

Jeanne et Victor vont rester de début septembre 1942 à Juin 1944 soit près de 22 mois dans le camp de Drancy puis vont être déportés par le convoi numéro 80 vers Bergen-Belsen le 02 mai 1944 [le convoi 80 est divisé en 4 trains (a,b,c,d) dont les départs s’échelonnent entre le 02 mai et le 23 juillet].

Fiches d’internement de Victor PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

Fiches d’internement de Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

« Au début, je vivais dans la baraque des femmes. Puis les enfants de mon âge ont été transférés dans celle des hommes. Je voyais encore ma mère tous les jours mais je ne dormais plus avec elle. Nous avons eu tout de suite très faim. Car nous avions seulement de quoi survivre. Certes ma mère me donnait toujours un peu de sa ration, mais cela ne suffisait pas »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »

A l’approche des Britanniques, au printemps 1945, Victor et Jeanne sont transférés en train vers le camp de Theresienstadt (Terezin) en Tchécoslovaquie, train dans lequel il va rester deux semaines. Le 23 avril, le convoi s’arrête à nouveau aux environs de Tröbitz près de Berlin et ce sont les soviétiques qui découvrent « de misérables fantômes faméliques errant dans la campagne allemande ». Il sera un peu plus tard rapatrié vers la France.

Ils sont dirigés vers l’Hôtel Lutetia à Paris, hôtel réquisitionné pour l’accueil des déportés au retour. Les fiches verso de Drancy vont être utilisées à l’Hôtel Lutetia en particulier pour remettre des certificats de déportation aux familles. Le 12 mars 1945, Sarah PASSY, la mère de Jeanne et la grand-mère de Victor, se déplace à l’Hôtel Lutetia sans nouvelles de sa famille où un certificat de déportation lui est remis.

Versos des fiches d’internement de Victor et Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

L’état sanitaire de Victor est catastrophique : « état général moyen, obscurité du sommeil, oeil gauche à radiographier ». Il est hospitalisé à l’hôpital Salpétrière jusqu’en septembre 1945 puis dirigé vers un sanatorium en Dordogne ayant contracté la tuberculose. Il y restera deux ans et demi.

Victor se mariera après guerre et aura deux enfants. Pendant plus de cinquante ans, il ne racontera rien à sa famille et décide d’écrire un livre : « Mon enfance volée » paru en 2015 [Livre épuisé]. Il témoignera par la suite dans les établissements scolaires.

Son père Robert déporté le 20 juillet 1942 est arrivé le 23 juillet 1942 à Auschwitz. Composé uniquement d’hommes et de femmes en âge de travailler, une vingtaine de personnes du convoi sont sélectionnées et gazées dès leur arrivée. Toutes les autres ont été enregistrées pour rentrer dans le camp.

Témoignage de Leon Cyterman, déporté d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942

En l’absence d’informations, la République Française l’a déclaré décédé 5 jours après l’arrivée du convoi. Deux feuilles de témoignage seront déposées sur le site de Yad Vashem en mémoire de Robert PERAHIA. Une demande de recherche de personnes disparues sera effectuée par la famille auprès de Bad Arolsen.


L’itinéraire de la famille PERAHIA

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