HUDBERT Gabrielle, Léon, Henri, Jacqueline [128]

debout derrière Gabrielle « Gaby » Harrburger et Léon Hudbert, assises Emélie Kahn et Andrée Kahn qui tient sa fille Hélène Zwirn sur les genoux et devant Jacqueline Klein. 28 juin 1921
source : https://www.flacsu.fr/mes-histoires-familiales-g%C3%A9n%C3%A9alogie-et-histoire/les-netter-de-bergheim/pilate-pauline-netter-jacques-kahn-et-leurs-descendants/

Gabrielle HUDBERT née HARRBURGER est née le 03 juin 1894 à Rambervillers dans le département des Vosges [Père : Abraham Henri HAARBURGER de profession négociant et Mère : Emilie KAHN]. Elle s’est mariée le 08 novembre 1920 à Rambervillers avec Léon Joseph HUDBERT né le 18 mars 1885 à Paris (11ème arrondissement) [Père : Arsène HUDBERT, employé et Mère : Elisa HANSEN]. Le couple va avoir deux enfants : Henri né le 20 août 1922 à Mennecy dans l’Essonne et Jacqueline née en 1924 à Cachan (Val-de-Marne).

Actes d’état civil [Archives Ville de Paris et Archives Départementales des Vosges]

Léon HUDBERT est incorporé pour effectuer son service militaire en 1906 au 160ème Régiment d’Infanterie à Toul et mis en congé deux ans plus tard où il passe 1ère classe et obtient un certificat de bonne conduite. Mobilisé pour la 1ère guerre mondiale le 03 août 1914, il est affecté au 69ème Régiment d’Infanterie puis au 19ème Escadron de Train (dépôt auto). Il est démobilisé le 29 mars 1919. En 1906, il est employé de commerce et plus tard, loueur de taxis.

Registre Matricule Léon HUDBERT [AD75, D4R1_1335]
Registre Matricule Léon HUDBERT [AD75, D4R1_1335]

A l’été 1934, les époux HUDBERT tiennent une pension de famille « Le Bretanic » au Pouliguen au 23 rue de la Gare, pension qu’ils tiennent pendant quelque temps puis changent d’activité pour une activité de marchand forain.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
La Mouette 26 juillet 1931 [ADLA, presse en ligne]

Jacqueline passera son certificat d’études primaires à l’école publique de filles du Pouliguen qu’elle obtiendra en juin 1937.

La Mouette 27 juin 1937 [ADLA, presse en ligne]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre, Gabrielle HUDBERT se déclare en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 128. Elle réside alors avenue des Ondines à La Baule. Il est possible que son mari ne soit pas présent à ce moment-là puisque ce sont les chefs de famille qui se déclarent ou parce qu’il n’est pas juif.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Aucune personne de la famille n’est déportée : Léon décède à Cachan le 09 novembre 1950, Gabrielle décède à Evry en 1990 et leur fille Jacqueline en 1985.

BEILIN Nathan [103]

 Nathan BEILIN (à droite)
Nathan BEILIN (à droite)

Nathan BEILIN, arrivé en France en juillet 1908, est né en Russie à Torotchine le 25 juillet 1884 [Père : Nathan BEILIN née en 1849 à Torotchine et Mère : Marie KAUZNER née en 1852 à Dąbrowno (actuelle Pologne). Nathan a deux frères et une soeur : Zarmann commerçant à Torotchine, Rachel résidante à Torotchine et Elia Moïse qui habite avec lui à Paris. Nathan est associé avec son frère Elie et ils exercent la profession de fabricant-bijoutier au 21, rue Turbigo (2ème arrondissement) et habitent 26, rue Beaubourg dans le 3ème arrondissement à Paris (1920). Léon BEILIN, son cousin, est également associé dans cette affaire de bijouterie florissante Les Comptoirs Cardinet. C’est Marcel BLEUNSTEIN tout juste créateur de Publicis en 1926 qui assurera la promotion des bijouteries.

En 1920, Nathan effectue une première demande de naturalisation mais il ne possède aucun document pour justifier de son état civil indispensable pour l’obtenir et s’adresse à l’Office des Réfugiés Russes pour obtenir un certificat de notoriété.

Cette demande de 1920 est ajournée en novembre 1921 pour deux ans non seulement pour cause d’absence d’actes d’état civil mais également « qu’il n’a fait aucune tentative sérieuse pour prendre une part active à la Défense Nationale [guerre de 1914-1918, NDLR] et s’est borné à contribuer avec son frère à l’Oeuvre des Poilus Permissionnaires sans famille. Il convient de noter que pour des raisons mal définies et sous prétexte de cure, le postulant a fait au début des hostilités un séjour de plusieurs mois en Suisse« .

En 1923, il effectue une seconde demande, qui elle, aboutira, appuyée par Raoul MORTIER, sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement Technique.

Nathan BEILIN est marié avec Jeanne SOYER et a 4 enfants dont Jean-Pierre. La famille habite au Raincy, 55 boulevard du Midi en Seine-et-Oise. Lors d’un séjour sur la presqu’île, il est fasciné par la côte sauvage et décide de s’installer sur la commune du Pouliguen dans les années 1920. Il y achète un certain nombre de terrains et y fait construire une villa, la Villa La Clarté, édifiée au lieu dit Labego en 1928 par l’architecte Adrien GRAVE. Plus d’informations sur la villa : http://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/patrimoine/detail-notices/IA44000903/

La villa n’est pas seulement une résidence secondaire puisque la famille de Nathan BEILIN non seulement y réside pendant la période estivale mais y séjourne quelquefois de longs mois dans l’année. Elle y reçoit la visite de la famille. En 1929, Lydia BEILIN LEWKOW et sa soeur Eugénie y séjournent quelque temps.

Lydia BEILIN (née en 1906) et Eugénie BEILIN (née en 1910) [ADLA 4M637]

Par ailleurs, Nathan BEILIN achète un certain nombre de terrains sur la côte sauvage, une ferme rue de Kerdun, quelques terrains dans la commune et « Le Grand Café » en association avec Monsieur L. CHEVALIER. Il est également propriétaire d’un garage rue du Lieutenant Nicol, de trois vasières près de la gare, de deux petits terrains Parc Ninon à Pornichet, d’un terrain de 500 m2 à allée des Pins à La Baule et d’un terrain en friche de 8000 m2 à Assérac.

Le Grand Café quai du Pouliguen
Le Grand Café quai du Pouliguen

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Nathan BEILIN se déclare en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie du Pouliguen) sous le numéro 103.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Par ailleurs et conformément à la 2ème ordonnance allemande du 18 octobre du MBF, il déclare son entreprise comme Juive en novembre 1940 auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Déclaration d’entreprises israëlites [ADLA 1694W23]

L’ordonnance du 13 août 1941 du MBF institue la confiscation des postes de TSF pour les Juifs mais cette confiscation avait déjà eu lieu à l’automne 1940. Nathan BEILIN ramène son poste de TSF à la sous-préfecture de Saint-Nazaire le 05 novembre 1940.

Il semblerait que la Kreiskommandantur de Saint-Nazaire ait été informée (sic) en avril 1942 que certains Juifs auraient constitué des stocks de fourrures, tabacs…. Ces informations erronées issues très certainement d’une lettre anonyme sont d’autant plus fausses que l’Hôtel de la Plage et du Golfe et l’Hôtel Royal sont occupés par l’armée allemande. Le préfet demande d’ailleurs de n’effectuer aucun contrôle dans ces deux lieux.

Courriers préfecture et sous-préfecture 08 et 14 avril 1942 (ADLA 1694W21) concernant les perquisitions de la Villa La Clarté (propriétaire BEILIN Nathan)

A l’automne 1942, Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire, est nommé administrateur provisoire des biens privés de Nathan BEILIN et tente de spolier un certain nombre de biens. La spoliation n’aboutira pas sauf pour quelques terrains situés à Batz-sur-Mer et vendus à Louis Marie NICOL, entrepreneur de maçonnerie, résidant à Batz, 20 rue de la Gare. Nathan BEILIN pour ses biens situés en presqu’île ou ailleurs avait fait donation de la majorité d’entre eux à ses enfants, ce qui de facto bloqua le processus d’aryanisation, les enfants étant considérés comme non-juifs au regard du « statut du Juif ».

Dossiers d'aryanisation de Nathan BEILIN [Archives Nationales, AJ/38/4599 dossier n° 7077 et AJ38/4600 dossier n°8066
Dossiers d’aryanisation de Nathan BEILIN [Archives Nationales, AJ/38/4599 dossier n° 7077 et AJ38/4600 dossier n°8066

Nathan BEILIN n’a pas été déporté ni sa famille. Récit de Jean-Pierre BEILIN suite à un entretien réalisé en novembre 2014.

Comment Nathan BEILIN et sa famille ont échappé à la déportation ?

« Mon père est arrivé [en France] en 1904 et a rejoint son frère qui était arrivé deux ans plus tôt. Ils ont créé un atelier de joaillerie bijouterie enfin surtout bijouterie.[…] Les affaires se sont bien développées. Il a rencontré ma mère dans les années 12-13 [1912-1913]. Sa femme était française d’origine picarde de père parisien. Mon grand-père maternel était chef d’orchestre et contrebassiste.

Ils ont vécu ensemble ma mère et mon père pendant quelques années sans être mariés et puis ma soeur arrivant [ma soeur ainée], ils ont décidé de se marier. Ils sont partis à La Roche sur Foron [Haute-Savoie] où l’oncle de ma mère était le maire depuis quelques années. Ils se sont mariés là.

Mon père s’ennuie un petit peu, va à une vente [aux enchères] et remarque toute une série de livres datant de la Révolution ou à peu près de la Révolution concernant la religion catholique. « Tiens je vais acheter ça pour offrir à mon frère » se dit-il. Mon oncle était juif mais il adorait toutes les religions. Il passait son temps avec le vicaire du Sacré-Coeur de Montmartre.


Il achète tous les livres et les ramène chez l’oncle de ma mère. L’oncle de ma mère les feuillette et s’aperçoit que tous ces livres appartenaient à l’abbaye de la Roche sur Foron et avaient été spoliés lors de la Révolution de 1789. Mon père se dit : « Ca leur appartenait, je vais leur rendre ». Il leur a offert les bouquins, c’était en 33 ou en 32 [1933 ou 1932], je ne sais pas en quelle année c’était. Enfin en 1941 quand il est arrivé à La Roche, il est devenu le frère Jean, ils lui ont fait une tonsure et ils l’ont accueilli. Il a passé une partie des années 42 et quelques années après là-bas en tant que frère à l’abbaye de La Roche sur Foron.

Et vous pendant ce temps-là, où étiez-vous ?

Moi j’avais quatre ans, j’étais tout petit. Je suis resté à La Roche et puis nous sommes partis à Arenthon, c’est un petit bled qui est au bord de l’Arve [Haute-Savoie]

Et votre père ?

Oh ben lui il devait être encore moine…. Nous sommes partis avec ma mère, j’avais trois soeurs et mes soeurs, elles sont parties en pension à Sallanches, enfin à côté, j’ai oublié le nom. Et voilà, on est passé là-bas jusqu’en fin 44. On était là et mon père est ensuite venu nous rejoindre.

Tu peux raconter l’histoire où les allemands sont entrés dans la maison  [fils de jean-Pierre BEILIN]

On habitait, on appelait ça le Château, c’était une grande ferme en U. Il y avait trois ou quatre familles qui habitaient là. Nous, on habitait une partie et de l’autre côté, il y avait un savoyard qui faisait partie des maquisards. Il y en avait un autre, il fallait faire attention et puis à l’entrée, il y en avait encore un autre. J’avais quatre ans ou cinq ans, je ne sais plus et la fille de ce maquisard qui s’appelait Denise avait à peu père le même âge que moi.
Un jour, les miliciens débarquent et nous on est dans la pièce et la femme de ce maquisard est dans la même pièce, une grande pièce. Et nous, les petits, on aperçoit en haut au dessus d’un meuble, la tête d’une mitraillette…. On s’était mis de l’autre côté de la pièce, on a braillé, on a hurlé. La femme du maquisard, c’était Mme Noblet je crois nous dit « Taisez-vous ! ». Elle parlait avec les deux miliciens et là on chahutait tellement qu’ils sont sortis dehors.[…]. Elle a compris qu’on avait sauvé la situation. Il auraient tourné la tête, ils auraient vu comme nous la tête de la petite mitraillette. »

Nathan BEILIN décède en 1976 dans la Villa La Clarté au Pouliguen à l’âge de 91 ans.

Lydia BEILIN-LEWKOW qui avait rendu visite à la famille à la Villa La Clarté en 1929 sera déportée par le convoi 57 du 18 juillet 1943 de Drancy vers Auschwitz avec sa mère Berthe.

Dossier de naturalisation de Nathan BEILIN [Archives Nationales, BB/11/7185]

Liste des biens susceptibles d’être réquisitionnés (sans date) [Archives Municipales du Pouliguen H6]

CARON Henri, Alice, Yvonne, Lucien, Denise [23]

La famille CARON est une famille réfugiée d’Alsace Lorraine suite à l’évacuation des populations civiles du tout début septembre 1939. La famille va résider au Pouliguen près de trois ans.

De profession quincailler, Henri CARON est né à Mertzwiller dans le Bas-Rhin le 02 mars 1885. Il est marié avec Alice Rachel née WEIL née le 16 novembre 1890 à Erstein (Bas-Rhin) le 09 novembre 1920 dans la commune de son épouse, à Erstein donc. De cette union vont naître trois enfants : Yvonne Hélène, l’aînée, [prénom usuel Yvonne], née le 28 janvier 1922, Lucien, le cadet, né le 08 décembre 1924 et Denise Carmen, [prénom usuel Denise] la benjamine, née le 03 décembre 1926. Les trois enfants naissent à Mertzwiller.

Comme 380000 alsaciens mosellans, Henri Caron est mobilisé dans l’armée allemande à la première guerre mondiale [du 08 novembre 1916 au 09 mars 1917 comme soldat].

[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]

Suite à la victoire de la France, il est réintégré de plein droit dans la nationalité française.

[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]
[Archives Départementales du Bas-Rhin 844 D 61/13]

Henri CARON travaille et tient la quincaillerie avec son frère Achille (né en 1879 à Mertzwiller).

Recensement 1885 [Archives Départementales du Bas-Rhin, en ligne]
Recensement 1885 [Archives Départementales du Bas-Rhin, en ligne]

Lors d’un concours organisé par la communauté juive de Mertzwiller au moment de la fête d’Hanoucca, Yvonne CARON va remporter le troisième prix.

Texte d’Yvonne CARON in [La Tribune Juive Paris Strasbourg 20 décembre 1935 p. 888]

Poème d'Yvonne CARON in [La Tribune Juive Paris Strasbourg 20 décembre 1935]
Poème d'Yvonne CARON in [La Tribune Juive Paris Strasbourg 20 décembre 1935]

Sur la côte, toute la famille réside dans une petite villa, la Villa Paulette, rue de Verdun au Pouliguen. Ils en sont locataires auprès du propriétaire, Madame Veuve AMIAUD qui réside aux Sorinières à côté de Nantes. Yvonne, pour subvenir aux besoins de la famille a trouvé un travail : employée de commerce dans le magasin « Paris Nouveautés » situé Promenade du Port au Pouliguen.

Villa Paulette, rue de Verdun, LE POULIGUEN

Conformément à la 1ère ordonnance allemande, Henri CARON va se déclarer en tant que Juif auprès la sous-préfecture de Saint-Nazaire et apparaît sous le numéro 23.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

La famille est arrêtée par les Autorités Allemandes le 15 juillet 1942 à son domicile.

Listes d’arrestations [ADLA 1694W25] et Note sur la situation de la famille CARON [Archives Nationales AJ38/4600 dossier 8252]

Témoignage de Me J., voisine de la famille CARON (janvier 2015)

« Les Caron, ils habitaient Villa Paulette et ils sont arrivés de Strasbourg et lui était rabbin : ma grand-mère avait l’écharpe et le chandelier. Ma grand-mère habitait ici et ils ont été là un moment.

Ils ont été dénoncés mais ils avaient été prévenus par une dame qui s’appelait Maria et qui travaillait à la Kommandantur rue Général Leclerc là où est actuellement l’Agence Centrale. Et elle les avaient prévenus. Mais ils n’ont pas voulu partir. Et le jour où les allemands sont venus les arrêter, Madame CARON avait prévenue ma grand-mère parce que ma grand-mère avait des poules, des lapins, des oeufs et leur vendaient des fruits et tout ça. Elle lui avait dit : « Si on est arrêté, sur le dessus de l’armoire, il y a une mallette avec des actions, il y a des bijoux à tel endroit, surtout vous prenez tout ça. »

Alors, avec la dame qu’habitait là, Madame Lallemand, ma grand-mère a donc récupéré la valise d’actions qu’elle a enterré dans son poulailler pour ne pas être arrêtée et Madame Lallemand avait pris les bijoux qu’elle a porté au notaire. Et ma grand-mère, elle a gardé ça toute la guerre. »

« Et alors la plus jeune, Denise, elle était presque tout le temps chez ma grand-mère. Moi je jouais avec elle quand je venais en vacances. J’étais plus jeune. J’ai que 81 ans. Et alors sa soeur est venue la chercher.

Et ma grand-mère dit :  « Ne dites-pas qu’elle est là ; Moi je la garde, je vais essayer de la sauver. »

Mais elle n’a pas voulu parce qu’elle a dit :

« Les Allemands savent qu’on est trois et vous auriez des ennuis, vous seriez aussi déportés. »

Alors, elle dit « Non, on l’emmène ».  Et c’est comme ça qu’ils sont partis.

« Vous me dites qu’ils ont été dénoncés ? »

Ah oui, oui, j’ai toujours entendu ma grand-mère le dire.

« Ma grand-mère m’a raconté qu’ils ont été vu à Angers. C’est l’oncle quand il est venu après la guerre, le frère de Madame Caron, c’est Monsieur WEISS je crois, il était dans la Marine je crois. Alors il est venu pour récupérer ce qu’ils avaient laissé. Alors ma grand-mère lui a donné les actions. Elle les a déterrées par miracle, elles n’étaient pas abîmées et les bijoux chez le notaire. Et puis donc, il y avait l’écharpe, le chandelier, elle lui a donné le chandelier, et il a dit « L »écharpe, vous la gardez ».

Alors, lui, il habitait dans le midi, je ne me souviens plus trop.

Sinon, j’ai pas trop grand-chose à vous dire. »

[Note : Henri CARON n’est pas rabbin, ils possèdent quelques attributs de sa judéité comme beaucoup de familles juives. L’écharpe est un châle de prière appelé Talit.

La dénommée Maria s’appelle Maria DENNINGER, au départ gouvernante et qui va devenir secrétaire-interprète auprès des autorités allemandes à la Kommandantur du Pouliguen. Elle habite « Villa Etiennette », allée des Grillons à deux pas de la villa Paulette. Par ailleurs, d’origine allemande, Maria DENNINGER sera arrêtée par la gendarmerie à la Libération et incarcérée quelques jours pour « attitude pro-allemande » avant d’être libérée puis arrêtée une seconde fois à Angers.

Enfin, la personne qui recherche ce qui est arrivé à la famille  CARON est le frère de Denise, capitaine au long cours et résidant à l’époque 10 rue Buffon à Marseille]

La famille est transportée à Saint-Nazaire puis Nantes et Angers au Grand Séminaire. Ils sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942. Henri avait 57 ans, Alice 52 ans, Yvonne 20 ans, Lucien 17 ans et Denise 15 ans. Ils sont tous décédés à Auschwitz.

Liste convoi 8 Angers Auschwitz [CDJC, mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 Angers Auschwitz [CDJC, mémorial de la Shoah, en ligne]

Quasiment toutes les personnes présentes dans le convoi numéro 8 parti d’Angers vers Auschwitz sont rentrées dans le camp. Henri décède le 02 septembre 1942 à 13h40 , un mois après son arrivée. Le Docteur Kremer, « médecin » à Auschwitz qui constate le décès conclut à une dégénérescence du muscle cardiaque. Pas de date pour Alice, Yvonne, Lucien et Denise.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Death Book of Auschwitz [Yad Vashem, en ligne]
Acte de décès d'Henri CARON Archives D'Auschwitz [DAVCC 21 P 433 480]
Acte de décès d’Henri CARON Archives D’Auschwitz [DAVCC 21 P 433 480]

Prévenu de la rafle dont toute la famille a fait l’objet, Marc CARON, le père de Henri CARON très inquiet, écrit une lettre au Préfet de Loire-Inférieure.

Courrier de Marc Caron et réponse du Préfet de Loire-Inférieure [ADLA 1694W25]

Les mesures antisémites n’ont pas seulement concerné les biens commerciaux dans le cadre du « désenjuivement de l’économie française » mais également les biens immobiliers. Considérant que les logements pouvaient éventuellement être des immeubles de rapport, le Commissariat Général aux Questions Juives va étendre au cours de l’hiver 1942 les mesures d’aryanisation aux logements privés, maisons ou appartements. C’est ainsi que Maître THUILLIER, avoué, immeuble Les Brisants au Pouliguen va devenir administrateur provisoire de la villa Paulette au 1er décembre 1942. Au cours de son enquête, il s’aperçoit que la villa est propriété de Paul AMIAUD, aryen, en conséquence de quoi, il abandonne la procédure en cours.

De nombreuses feuilles de témoignages existent sur le portail de Yad Vashem dont celui de Pierre WOLFF.

A la fin de la guerre Fernand WEILL, né le 23 mars 1892 à Erstein, capitaine au long cours de Marseille se rend sur place au Pouliguen pour tenter de retrouver sa famille. Il se rend chez les voisins et en gage de remerciement leur laissera le Talit d’Henri CARON. Il se rendra également chez Maître Luneau, notaire au Pouliguen pour récupérer les objets de valeur que la famille voisine avait pris soin de déposer.

Clotilde LEVY née CARON, soeur d’Henri et d’Achille, 28, rue Kuhn à Strasbourg entreprendra des démarches auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir les certificats de déportation et de décès de la famille. Les familles CARON ont été déclarées Mort en déportation puis « Mort pour la France ».

Par ailleurs le beau-frère d’Henri, Fernand WEILL, capitaine au long cours, résidant 10, rue Buffon à Marseille fera également des démarches administratives au même ministère.


ELIACHEW Ivan, Dora [18]

Ivan ELIACHEW arrive de Lithuanie, intégré à l’Empire russe à l’époque, en 1908 à l’âge de 20 ans. Né à Novo Alexandrosk le 19 mai 1889, il laisse en Russie un frère Léopold né en 1887 directeur de maison de commerce à Riga et deux soeurs, Macha née en 1896 et Sonia née en 1899 .
Ivan ELIACHEW exerce la profession de correspondant franco-russe-allemand jusqu’en 1912. Il réside alors 157 boulevard Magenta dans le 9ème arrondissement de Paris. Puis il est employé à la Maison Japonaise porcelaines et vases 66, boulevard Poissonnière dans le 9ème arrondissement à partir de 1912.
Il est engagé volontaire pendant la 1ère guerre mondiale à la Légion Etrangère et affecté au 1er Régiment Etranger au dépôt de Reuilly à partir du 5 octobre 1914 et réformé n°2 à l’Hôpital Bégin à Vincennes le 30 novembre 1914 pour rhumatismes et faiblesse de constitution.

Il effectue une première demande de naturalisation française en vertu de la loi du 05 août 1914 [l’application de la loi du 5 août 1914 autorisant le gouvernement à naturaliser, sans conditions de résidence, les étrangers qui contractaient un engagement pour la durée de la guerre] , demande qui n’aboutit pas et ajournée par décision du 26 janvier 1917 sous prétexte qu’il n’a pas suffisamment servi son pays (la France). Il renouvelle sa demande en 1920 mais finalement renonce à la nationalité française le 17 juillet 1920 malgré son certificat de notoriété.

Le 02 août 1924, il refait un demande de naturalisation qui va aboutir en avril 1925.

Dossier de naturalisation d'Ivan ELIACHEW [Archives Nationales 20279X14]
Dossier de naturalisation d’Ivan ELIACHEW [Archives Nationales 20279X14]

En 1926, le 13 avril, il se marie avec Dora SARAZAINSKI née le 23 mai 1895 à Paris (4ème arrondissement) et déménage au 13, rue Réaumur à Paris dans le 3ème arrondissement. Le couple n’aura pas d’enfant.

Acte de mariage ELIACHEV/ZARASAINSKi [AD075EC_03M255_0056]
Acte de mariage ELIACHEW/ZARASAINSKi [AD075EC_03M255_0056]

Peu de temps après en 1928, fort de son expérience comme employé à la Maison Japonaise, il décide de reprendre un commerce au Pouliguen d’articles japonais et chinois « The Japanese City » , sur la promenade qu’il va appeler le « Céleste Empire », un commerce dédié aux curiosités d’Extrême-Orient.

The Japanese City Registre du commerce [ADLA 22U147]
The Japanese City Registre du commerce [ADLA 22U147]
Le Céleste Empire Registre du commerce [ADLA 22U150]
Le Céleste Empire Registre du commerce [ADLA 22U150]

En 1939, suite à l’embargo des produits manufacturés en provenance du Japon proclamé par la Société des Nations (dont la France fait partie) pour faire valoir sa désaprobation à la guerre sino-japonaise commencée en 1937, le conseil municipal du Pouliguen dans une délibération du 24 juin 1939 autorise Monsieur ELIACHEW à vendre d’autres produits à l’exception de produits bretons (Il s’agit quand même de ne pas faire concurrence aux autres commerces de la Promenade). Cet avenant au bail perdurera jusqu’à la succession du bail en 1950. Il s’oriente donc vers les colifichets, bijoux fantaisie, maroquinerie, articles pour fumeurs…

Monsieur ELIACHEW se fait recensé entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 auprès de sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie du Pouliguen). Il figure sur la liste en numéro 18.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Les scellés ont été apposés sur son activité le 03 décembre 1940. Un gérant est nommé (Monsieur Gabriel HERVOUET, arbitre de commerce, 44 rue du Nantes à Saint-Nazaire) en tant que liquidateur le 23 janvier 1941.

Le commerce des époux ELIACHEW est vendu le 15 décembre 1940 soit une dizaine de jours après la pose des scellés par Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Yves Henri COUESNON, 22 rue Henri Gauthier à Saint-Nazaire.

Ivan ELIACHEW et son épouse quittent la presqu’île et se rendent au 13 rue Réaumur à Paris dans le 13ème arrondissement. Ils sont arrêtés le 09 juin 1944 dans leur logement et internés à Drancy le lendemain.

Ils sont déportés par le convoi numéro 76 le 30 juin 1944 de Drancy vers Auschwitz. Ils sont tous les deux décédés, Ivan avait 55 ans et son épouse 49 ans.

Liste convoi 76 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 76 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Suite au décès des époux Eliachew, c’est la famille de Dora ELIACHEW (née Sarazainski) et qui habite au 15 rue Réaumur à Paris (juste à côté du logement qu’ occupaient les époux Eliachew) qui reprendra le bail du magasin « Le Céleste Empire » sur la promenade du Pouliguen en 1950.

Un certificat d’internement de Drancy est remis le 14 août 1945 à Rose KAMENSSHTIKOF, soeur de Dora. A la fin de la guerre, les parents de Dora, Michel et Anne SARAZAINSKI (13, rue Réaumur, Paris 3ème) entreprennent les démarches pour l’établissement des différents certificats dont celui de déporté politique.

RUBMAN Zlama, Fanny, Bernard, Sydney, Liliane [2]

Szlama RUBMAN 1942 [DAVCC 21 P 667 990]
Szlama RUBMAN 1942 [DAVCC 21 P 667 990]
Fanny RUBMAN [DAVCC 21 P 667 998]
Fanny RUBMAN 1942 [DAVCC 21 P 667 998]

Zlama RUBMAN est né le 28 mai 1897 à Sienno (Pologne) marié à Fanny GARFINKEL née le 29 septembre 1899 à Londres dans le quartier de Whitechapel (Grande-Bretagne). Ils ont trois enfants Bernard né le 23 novembre 1926 (Paris, 4ème arrondissement) que Zlama va reconnaître le 03 décembre 1926, Sydney né le 18 juin 1930 à Levallois-Perret et Liliane Sarah née le 28 février 1934 à Paris (6ème arrondissement). Ils se sont mariés le 08 mars 1927 à Paris (4ème arrondissement). Zlama exerce la profession de tailleur pour dames à Paris tandis que Fanny exerce la profession de pianiste.

[DAVCC 21 P 667 998]
[DAVCC 21 P 667 998]

La famille réside dans un premier temps 14, rue des Guillemites puis au 26, rue des Francs-Bourgeois dans le 4ème arrondissement à Paris.

Actes de reconnaissance de Bernard RUBMAN [Mairie du 4ème arrondissement, Paris]

Acte mariage RUBMAN/GARFINKEL [Archives Mairie 4ème arrondissement 4M 282_A ]
Acte mariage RUBMAN/GARFINKEL [Archives Mairie 4ème arrondissement 4M 282_A ]
Acte de naissance deSydney RUBMAN [Archives des Hauts de Seine, 4E/LEV 192]
Acte de naissance deSydney RUBMAN [Archives des Hauts de Seine, 4E/LEV 192]

La famille se réfugie au Pouliguen peut-être à l’entrée en guerre en septembre 1939. Afin de régulariser leurs pièces d’identité, Fanny effectue une demande de renouvellement de carte d’identité en mai 1940 tandis que Zlama l’effectue en octobre 1940.

Zlama RUBMAN se fait recenser sur l’arrondissement de Saint-Nazaire à la sous-préfecture ou à la mairie du Pouliguen entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 sous le numéro 2. La famille loge alors « Villa Le Minou », 15, rue de la Plage au Pouliguen.

Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25

Zlama RUBMAN quitte Le Pouliguen entre le 25 octobre et le 25 novembre 1940 pour se rendre à Paris . Pas de date pour son épouse Fanny et les enfants.

Contrôle de déplacement des Juifs novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Contrôle de déplacement des Juifs novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Fanny et les trois enfants sont arrêtés lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver le 16 juillet 1942 à leur domicile du 26, rue des Francs-Bourgeois (3ème arrondissement) où ils restent quatre jours avant d’être envoyés sur Drancy le 21 juillet 1942. Juste après l’arrestation l’appartement est scellé et vidé de son contenu (affaires personnelles, machines, meubles…).

Szlama est déporté le 24 août 1942 et le lendemain, Fanny est envoyée avec ses trois enfants dans le Camp de Beaune-la Rolande le 25 août 1942 puis transférés sur ordre des Autorités Allemandes le 28 janvier 1943 dans le camp de Vittel (Frontstalag 194) du fait de sa nationalité anglaise, servant ainsi de monnaie d’échange pour la libération de prisonniers allemands. La famille loge au « Nouvel-Hôtel ».

[ITS Bad Arolsen]
[ITS Bad Arolsen]
Documentation regarding the Rosenfeld family including the political prisonner card for Chaïm Rosenfeld, letter written by Mordokai Rosenfeld to his wife and children in Vittel camp and more 1938-1996 [documents.yadvashem, en ligne]
Documentation regarding the Rosenfeld family including the political prisonner card for Chaïm Rosenfeld, letter written by Mordokai Rosenfeld to his wife and children in Vittel camp and more 1938-1996 [documents.yadvashem, en ligne]

Fiches d’internement Camp de Drancy [Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine]

Zlama est arrêté le 18 août 1942 et déporté de Drancy vers Auschwitz le 24 août 1942 par le convoi numéro 23. Il est décédé à l’âge de 45 ans.

Liste convoi 23 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Fanny RUBMAN décède au Camp de Vittel et plus précisément à l’Hôpital Vittel-Palace le 14 juin 1943 à 23 heures à l’âge de 43 ans. Le matin souffrant de douleurs abdominales, elle consulte le médecin mais son état s’aggrave brusquement vers 19 heures où elle est opérée par le Médecin-Lieutenant LEVY. Elle décède deux plus tard d’une péritonite avec perforation et est enterrée deux jours plus tard dans le cimetière de Vittel (tombe S. 52).

[DAVCC 21 P 667 998]
[DAVCC 21 P 667 998]
[ITS Bad Arolsen]
[ITS Bad Arolsen]

Les trois enfants restent au camp de Vittel jusqu’à la libération du camp en septembre 1944 par la 2ème Division Blindée française du Général Leclerc mais vont y séjourner encore jusqu’au 23 octobre 1944. Ils sont rapatriés par le service civil de l’armée américaine.

Carte de personnes déplacées (DP) fournie par les services de l'armée américaine à Sydney RUBMAN [DAVCC 21 P 667 989]
Carte de personnes déplacées (DP) fournie par les services de l’armée américaine à Sydney RUBMAN [DAVCC 21 P 667 989]

Sydney RUBMAN s’adressera au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre pour la régularisation de l’état civil de son père déporté et pour lui obtenir le statut de Déporté Politique.

[DAVCC 21 P 667 990]
[DAVCC 21 P 667 990]

Après avoir séjourné un temps en Angleterre à partir de 1946, Sydney émigre peu de temps après en Israël à Netanya et effectuera les demandes de régularisation d’état civil concernant ses parents. Il se mariera en 1966, aura une fille et décède dans cette même ville en 1982. Bernard a émigré à Londres et aucune information concernant Liliane Sarah (mariée avec Monsieur KHON).

Bernard et Liliane n’effectueront aucune démarche pour obtenir le statut d’interné politique.

Sydney RUBMAN 1976 [DAVCC 21 P 667 989]

KAUFMANN Louis, Jeanne [4]

Louis KAUFMANN est né le 25 juin 1865 à Melsungen (Allemagne) [Père :KAUFMANN Mendel et Mère : Fanny JACOB]. Il est marié avec Jeanne KAUFMANN née LOUIS née le 16 septembre 1874 à Paris [Père : Auguste LOUIS et Mère : Amélie RICHARD]. Auguste LOUIS exerce la profession de typographe.

Acte Naissance Jeanne LOUIS [AD075 EC_V4E_04914_0088]
Acte Naissance Jeanne LOUIS [AD075 EC_V4E_04914_0088]

Louis KAUFMANN et Jeanne LOUIS se sont mariés le 07 février 1905 à Paris (9ème arrondissement). En contractant mariage, Jeanne perd sa nationalité française et adopte par mariage celle de son mari d’origine allemande. Ils donneront naissance à une fille.

Acte mariage KAUFMANN/LOUIS [AD075EC_V4E_04914_0088]
Acte mariage KAUFMANN/LOUIS [AD075EC_V4E_04914_0088]

Louis KAUFMANN né en Allemagne est suivi par la police de Sûreté en tant que ressortissant d’une nation anciennement belligérante. A ce titre, une enquête est menée en 1892. A cette époque, Louis KAUFMANN qui a alors 27 ans est célibataire, exerce la profession de représentant pour la maison HERVIRSCH de Berlin et habite à Paris, 3 cité Trévise. Monsieur HERVIRSCH est son beau-frère et le commerce dont il s’agit et pour lequel Monsieur KAUFMANN est le représentant est un commerce de plumes et fleurs (pour chapeaux). Une enquête complémentaire est menée 10 ans plus tard en 1902 pour vérifier ses éventuels agissements. Il en ressort que compte tenu de son comportement sans reproches, celui-ci peut-être rayé du registre confidentiel des suspects (10 janvier 1903).

Dossier de Louis KAUFMANN [AN 19940457/0065]
Dossier de Louis KAUFMANN [AN 19940457/0065]

Louis KAUFMANN se déplace à mairie du Pouliguen (ou commissariat de La Baule ou sous-préfecture de Saint-Nazaire) pour se faire recenser en tant que Juif entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 où il apparait sous le numéro 4.

Remarque : L’avenue des Lilas située sur la commune de La Baule est desservie par les services postaux du Pouliguen. Sur les enveloppes des courriers qu’il recevait était donc indiqué 121, avenue des Lilas LE POULIGUEN…

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

En 1933 et 1935, Louis et Jeanne KAUFMANN effectuent deux demandes de cartes d’identité pour étrangers et une troisième en avril 1940. Ils sont alors domiciliés entre 1933 et avril 1940 32, quai Jules Sandeau au Pouliguen, domicile qu’il quittera pour s’installer 121 avenue des Lilas à La Baule Villa Ker Jeannotte.

Entre le 25 octobre et le 25 novembre 1940 , Louis KAUFMANN quitte le Pouliguen pour se rendre à Nantes  et le 23 avril 1941, suite à l’envoi de la liste des départs et arrivées des Israëlites de la région de Saint-Nazaire, la Préfecture s’inquiète de ne pas connaître son adresse.

La villa située à La Baule fait l’objet d’une tentative d’aryanisation. A ce titre Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire est nommé administrateur provisoire de la villa le 25 novembre 1942 pour laquelle il instruit un dossier.

Dossier d'aryanisation KAUFMANN Louis [CGQJ, AN AJ38/4600 dossier n°8073]
Dossier d’aryanisation KAUFMANN Louis [CGQJ, AN AJ38/4600 dossier n°8073]

Gabriel HERVOUËT contacte Maître RUBEAUX notaire au Pouliguen pour connaître l’origine de propriété de la villa . Il s’avère qu’elle appartient à Jeanne KAUFMANN, aryenne. Le Commissarait Général aux Questions Juives procédéra à l’annulation de l’administration provisoire et la villa ne sera pas vendue. Gabriel HERVOUËT touchera la somme de 240,00 Frs au titre de sa rémunération et des frais inhérents à l’administration provisoire.

 Dossier d'aryanisation KAUFMANN Louis [CGQJ, AN AJ38/4600 dossier n°8073]
Dossier d’aryanisation KAUFMANN Louis [CGQJ, AN AJ38/4600 dossier n°8073]

Les époux KAUFMANN sont expulsés de la zone côtière le 23 novembre 1940 dirigés sur Nantes puis sur le département du Maine-et-Loire où ils viennent habiter la ville de Segré 1 quai du Tribunal.

Contrôle des Etrangers [ADLA 1803W106]

Louis KAUFMANN décède à Segré le 08 septembre 1942 et Jeanne KAUFMANN décède à Paris (16ème arrondissement) le 02 juillet 1961.

Fichier cartonné de demandes de cartes d’identité pour étrangers de Louis et Jeanne KAUFMANN [ADLA 4M679]

Dossier de Louis KAUFMANN [AN 19940457/0065]

Fiches Allemands Slovaques Autrichiens Polonais [ADLA 1694W25]

Fiches Allemands Slovaques Autrichiens Polonais [ADLA 1694W25]

Dossier d’étranger de Louis KAUFMANN [ADML 120W61]

BROUDO Albert, Esther [6]

Albert BROUDO est né le 15 août 1901 à Salonique (Grèce) [Père : BROUDO David et mère : VEISSID Lucie]. Il est marié avec Esther BROUDO née ALLALOUF [Père : ALLALOUF Jacob et Mère : Alegra NAHOUM] née le 04 juillet 1901 à Salonique (Grèce) au Temple de la rue Buffault dans le 9ème arrondissement (comme son frère Salomon) le 20 mars 1927.

L’Univers israélite 18 mars 1927
L’Univers israélite 18 mars 1927

La famille BROUDO, d’origine grecque, vit à Salonique et toute la famille (très importante) exerce des métiers autour de la confection. En 1917, le grand incendie de Salonique réduit à néant toutes les années de travail et une partie de la famille se retrouve sur le port. Par prudence, Lucie Broudo avait caché des objets de valeur dans le puits de sa maison et était retournée dans la maison pour les récupérer.

Lucie Broudo prend la décision de s’expatrier avec une partie de la famille et choisit la France, terre d’accueil pour beaucoup d’étrangers, et arrive en France dans les années 20. Le reste de la famille suivra en 1921. La famille Broudo décide de rebondir et veut donner à ses enfants toutes les chances de réussir. Ils entament tous des études supérieures et exerceront quasiment tous une profession autour de l’odontologie : pour les uns chirurgiens-dentistes, pour les autres prothésistes dentaires… Les études terminées dans le Nord de la France (là où ils sont arrivés), les Broudo exercent leur profession de dentistes à Paris.

Albert BROUDO exerce la profession de mécanicien dentaire et habite à Montreuil-sous-Bois au 260, rue de Paris. Le couple n’a pas d’enfant. La quasi-totalité de la famille BROUDO arrive à Pornichet le 06 septembre 1939 et s’installe Villa Edouard, rue du Moulin à Pornichet le lendemain (07 septembre 1939). Salomon, un des frères, y est déjà présent exerçant la profession de marchand ambulant en attractions foraines depuis déjà quelques années et c’est sans doute la raison de leur venue en presqu’île.

Registre d’enregistrement des visas d’arrivée et de départ délivrés aux étrangers 1938-1942 [Archives Municipales de Pornichet – Police, 2I3]
Registre d’enregistrement des visas d’arrivée et de départ délivrés aux étrangers 1938-1942 [Archives Municipales de Pornichet – Police, 2I3]
Enregistrement des dossiers de demandes de cartes d'identité d'étranger [Archives Municipales Pornichet 2I2]
Enregistrement des dossiers de demandes de cartes d’identité d’étranger [Archives Municipales Pornichet 2I2]

Albert et Esther quittent Pornichet le 31 décembre 1939 et s’installent au Pouliguen « Villa Colette » 16, rue du commerce le 01 janvier 1940. La maison est divisée en deux dans le sens de la longueur et Albert et Esther occupent la partie droite de la maison habituellement réservée pour les locations de vacances. Ils iront rejoindre un peu plus tard Léon rue de la gare au Pouliguen. Esther effectue une demande de renouvellement de carte d’identité de non-travailleur à la mairie de Pornichet le 06 novembre 1939, carte qui lui sera délivrée le 05 juillet 1940.

Villa Collette Rue du Commerce Le Pouliguen
Villa Collette Rue du Commerce Le Pouliguen © collection particulière

Albert BROUDO se fait recenser à mairie du Pouliguen ou à la sous-préfecture de Saint-Nazaire en tant que Juif entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 sous le numréo 6.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Albert et Esther ont quitté Le Pouliguen (date inconnue) et sont arrêtés à leur domicile au 260, rue de Paris à Montreuil par la police française et allemande le 04 novembre 1942 puis internés à Drancy le 05 Novembre 1942. Ils sont déportés tous les deux par le convoi numéro 44 au départ de Drancy vers Auschwitz le 09 novembre 1942.

Fichiers internement camp de Drancy [Archives Nationales]

Listes Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]


Selon le témoignage d’une descendante très proche de la famille Broudo, Albert est sélectionné à Kosel (Pendant la Seconde guerre mondiale, certains trains de la déportation des Juifs vers Auschwitz s’arrêtaient à Kosel, où une partie des hommes du convoi étaient sélectionnés pour le travail dans les camps satellites du complexe d’Auchwitz). Albert est dirigé vers le camp de Blechhammer (Blachownia, Pologne). Puis il passe deux ans à Ottmut. Puis il est transféré à Gross Rosen où il sera assassiné  (camp de concentration Ouest de Wroclaw, Pologne) pieds et jambes gelés en février 1945 à coups de manche de pioche par un garde nazi. Esther, en l’absence d’informations, est déclarée décédée 5 jours après la date de départ du convoi.

Témoignages concernant Albert et Esther BROUDO [Yad Vashem, en ligne]

Henri BROUDO, frère d’Albert, s’adressera au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin de régulariser l’état civil de son frère et d’obtenir le statut de déporté politique.

Dossier d’étranger Esther BROUDO [ADLA 4M931]


ISH SADEH Léa, Roven (NR)

Léa ISH-SADEH 1934 [ADLA 4M923]
Léa ISH SADEH 1934 [ADLA 4M923]

Eléments biographiques :

Léa ISH SADEH née PINHASSOVITZ est née le 18 mars 1880 à Slonim (Biélorussie) [Père : PINHASSOVITZ Samuel et Mère : YOUDELEVITZ Michla]. Elle est marié avec Roven ISH SADEH né en 1886 à ? et à au moins deux enfants : un fils mobilisé en 1939 et une fille. Léa ISH SADEH est de nationalité palestinienne.

L’arrivée en presquîle

Villa "Les Ondes" rue de Verdun LE POULIGUEN
Villa « Les Ondes » rue de Verdun LE POULIGUEN

Léa arrive au Pouliguen avec sa fille le 08 septembre 1939 et loge Villa « Les Ondes » rue de Verdun. Elle arrive de Paris : 27-29 Rue de la Cour des Noues dans le 20ème arrondissement. Elle fait une demande de renouvellement de carte d’identité le 11 octobre 1939 et donne comme référence en France afin de justifier de son domicile le nom de deux personnes : Mme ROUAUD Madeleine habitant dans la même villa qu’elle, la villa Les Ondes rue de Verdun au Pouliguen et Mme MATTIGNON habitant Villa Brimborion rue de Verdun également.

Son fils a été mobilisé dès le 06 septembre 1939 dans le 21ème bataillon d’instruction du 5ème régiment d’infanterie où il est arrivé le 27 août 1939. [Nom : FELDMAN] et comme il est soutien de famille, Léa demande à être exonérée du prix du renouvellement de la carte.

Elle quitte Le Pouliguen à une date inconnue mais avant le recensement du 27 septembre/27 septembre 1940.

Elle a été internée à Drancy sous le matricule 11948. Elle est arrivée le 22 janvier 1944. Reçu N° 14 dans le carnet de fouilles N° 65. A notre connaissance, n’a pas été déportée.

Carnet de fouilles de Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Carnet de fouilles de Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Dossier d’étranger de Léa ISH SADEH [ADLA, 4M923]

Fichier cartonné demande de carte d’identité Léa ISH SADEH [ADLA 4M676}

VIDAL Jacob, Marie, Raoul (NR)

Eléments biographiques

Jacob VIDAL est né le 17 juin 1873 à Constantinople [Père : VIDAL David et Mère : COHEN Claire]. Il est marié avec Marie VIDAL Née CHOEH née au Caire (Egypte) le 15 janvier 1893 [Père : CHOEH Abraham et Mère : HARASSE Ida]. Ils ont un enfant : Raoul VIDAL né le 22 novembre 1925 (sans lieu) et sont de nationalité espagnole. Son fils né sur le territoire français a acquis la nationalité française par déclaration. Jacob VIDAL n’exerce pas de profession en 1939 mais en 1936 était négociant.

L’arrivée en presquîle

Arrivés le 02 septembre 1939, ils logent Villa « May Fair » au Pouliguen puis rapidement vont déménager pour la Villa (ou pension) « La Bonne Fourchette », rue de Verdun au Pouliguen. Ils arrivent de Paris, du 25, avenue Perrichont dans le 16ème arrondissement.

Ils effectuent tous les deux une demande de carte d’identité pour étrangers à la mi-septembre 1939, leurs cartes d’identité délivrées par la Préfecture de Police de Paris venant à expiration au cours du mois de décembre 1939. Ils indiquent comme référence : Mme HAMON, bouchère, rue du Bois au Pouliguen et Mme Veuve RENAUDIN, boulangère rue du Bois au Pouliguen qui, le cas échéant, pourront attester de leur présence dans la commune.

Persécutions :

La famille quitte le Pouliguen (avant le recensement du 27 septembre 1940/27 octobre 1940).

Jacob VIDAL a été interné à Drancy sous le matricule 9341. Il est arrivé le 26 novembre 1943. Reçu N° 44 dans le carnet de fouilles N° 35. Jacob VIDAL est libéré du camp de Drancy le 26 février 1944 du fait de nationalité espagnole (pays neutre). Un certificat d’internement lui sera remis le 28 décembre 1944.

Carnet de Fouilles Camp de Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Carnet de Fouilles Camp de Drancy [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Fichier cartonné, demande de carte d’identité de Jacob VIDAL [ADLA 4M735]

Dossier d’étranger de Jacob VIDAL [ADLA, 4M913]

Fichier cartonné, demande de carte d’identité de Marie VIDAL [ADLA 4M735]

JIUILI Salomon, Rosalie, [Edith, Denise] [1]

Confiserie "Le Pierrot Gourmand" Le Pouliguen
© collection particulière
Confiserie « Le Pierrot Gourmand » Le Pouliguen
© collection particulière

[à gauche Salomon GIUILI et Rosalie BRUN est la deuxième femme en partant de la gauche]

Salomon Gaston JIUILI [Prénom usuel : Gaston] est né le 13 novembre 1876 à Epernay (Marne) [Père Aron GIUILI, artiste forain et mère : JANSSENS Théodora]. Il épouse Rosalie Augustine BRUN le 27 février 1912 à La Flèche (Sarthe). Le couple aura deux filles : Edith née en 1920 et Denise.

Archives Départementales de la Marne [2E258]
Archives Départementales de la Marne [2E258]

Le père de Salomon s’appelle Aaron GIUILI né en 1848 à Tripoli, Lybie et son épouse Théodora JANSSENS, originaire de Hollande, née en 1849 à Arnhem , catholique. Il est directeur de théâtre forain .

Journal du Loiret du Lundi 13 et Mardi 14 juin 1898

Aaron GIUILI décède à Cherbourg en juin 1898.

Il était obligé de passer dans les mairies où il avait séjourné pour qu’on lui délivre un certificat comme quoi il avait satisfait à la loi du 8 Août 1893 , loi relative au séjour des étrangers en France et à la protection du travail national.

Monsieur Salomon Gaston JUILI (le nom se transforme avec un J suite à une erreur de l’officier de l’état civil de l’époque, Aron GIUILI signant avec un G) exerçait la profession de confiseur sur la promenade du Pouliguen dans une baraque dénommée « Pierrot Gourmand » [emplacement n°5] et habitait 42, rue de l’amiral Courbet au Pouliguen villa Minic-Hi.

registre alphabétique du commerce (ADLA 22U147]
Registre alphabétique du commerce [ADLA 22U147]

Il exploitait en outre et à la même époque (à partir de 1927) un salon de thé – café – pâtisserie dénommé « Le Poussin Bleu » [emplacement n°2] sur la Promenade du Pouliguen. C’est son épouse Rosalie qui s’en occupait plus particulièrement et qui s’inscrit au registre du commerce en 1931.

Registre alphabétique du commerce [ADLA 22U151]
publicité Pierrot Gourmand
Publicité dans « Le Pouliguen Bretagne, sa plage, son bois son port, sa côte ; Syndicat d’Initiative du Pouliguen, 1936 »
Publicité Poussin Bleu
Publicité dans « Le Pouliguen Bretagne, sa plage, son bois son port, sa côte ; Syndicat d’Initiative du Pouliguen, 1936 »

La profession de Monsieur JIUILI est celle de marchand forain, c’est à dire qu’une partie de l’année, il exerce sa profession de confiseur et restaurateur au Pouliguen et que l’autre partie de l’année, il se déplace pour exercer sa profession dans les foires ou évènements particuliers en France. Sa résidence principale est fixée à Bourges au 6, boulevard de la Liberté.

Son installation en tant que sédentaire suit la logique de sédentarisation des forains qui après une vie de labeur arrivent à se fixer définitivement dans un commerce en dur, concrétisation pour eux et pour les autres d’une réussite professionnelle.

Un de ses frères suit la même logique. Directeur du cinéma Le Grand Palais à Bourges rue Pelvoysin à partir de 1914, il abandonne à cette date l’univers forain d’attractions foraines autour du cirque, du théâtre ou du cinéma forain de son père pour se fixer définitivement dans une ville.

BARNIER, Martin : Bruits, cris, musiques de films : les projections avant 1914. Presses Universitaires de Rennes, 2011
BARNIER, Martin : Bruits, cris, musiques de films : les projections avant 1914. Presses Universitaires de Rennes, 2011
Le Populaire, 19 mars 1933
Le Populaire, 19 mars 1933

Monsieur JIUILI a été combattant durant la première guerre mondiale comme l’atteste une décoration qu’il a reçu en 1952. La croix du combattant volontaire 1914-1918 est une décoration française qui récompense ceux qui ont été volontaires pour servir au front dans une unité combattante durant la Première Guerre mondiale :

Suite à la 1ère ordonnance allemande du 27 septembre 1940, les Juifs doivent se présenter pour le recensement auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire, le commissariat ou la mairie.

Salomon JIUILI qui est juif mais qui n’a pas le statut (donc moins de trois grand-parents Juifs) a été inscrit d’office sur les listes de recensement par la mairie du Pouliguen (sur ordres des autorités allemandes). Il apparaît de facto en numéro 1 sur la liste et n’en sera jamais rayée.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Au moment des procédures d’aryanisation qui comment le 03 décembre 1940 en presqu’île, les scellés sont apposés sur son commerce sur la promenade et une affichette « Entreprise Juive » est accolée sur la devanture.

Les époux fort de renseignements sur leur état civil se présentent à la Kreiskommandantur 502 à Saint-Nazaire pour prouver leur « non- appartenance à la race juive » et tente de faire réouvrir leur commerce, ce qu’ils obtiennent. Un certificat dans ce sens est délivré par les Autorités Allemandes.

ADLA [1694W25]
ADLA [1694W25]
ADLA 1694W25
ADLA 1694W25

La question se pose sur le fait que Salomon JIUILI n’a jamais été rayé de la liste de recensement comme ce fût le cas pour Joseph LEVY résidant dans la même commune et dans la même situation. Cet « oubli » va avoir des conséquences fâcheuses par la suite et aurait pu avoir des conséquences dramatiques.

Salomon JIUILI se fait couper sa ligne téléphonique au cours de l’été 1942 et sur présentation de son certificat obtient la réouverture de la ligne.

Salomon JIUILI est arrêté sur dénonciation anonyme par la Police Allemande (SD : Sicherheitsdienst, service de sécurité de la SS) sur ordre de ce même organisme le 12 septembre 1942 puis le 22 septembre 1942, il est incarcéré à la prison de Saint-Nazaire où il va passer plus de trois semaines derrière les barreaux puis transféré le 26 octobre 1942 à la prison d’Angers avant d’être dirigé sur la camp de Drancy où il arrive le 18 décembre 1942.

Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]

Un rapport de gendarmerie de 1953 fait état de manière très lacunaire des circonstances de l’arrestation, Monsieur MABON, secrétaire de mairie de 1940 à 1951, ayant complètement oublié ce qui s’est passé en 1942 alors qu’il en est témoin direct.

Fiches d’Internement Camp de Drancy [Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine]

Son épouse, catholique, va tenter tout ce qui est en son pouvoir pour faire sortir son mari de Drancy. Elle se présente à Préfecture de police de Paris avec un certificat de non-appartenance à la race juive délivré par le Commissariat Général aux Questions Juives. Des courriers abondants vont circuler entre la Préfecture de Paris, la Préfecture de Loire-Inférieure et la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour vérification. Salomon JIUILI est libéré de Drancy le 02 mars 1943. Grâce à la ténacité de son épouse, Salomon JIUILI interné à Drancy réussit à échapper à la déportation. Un courrier récapitulatif est envoyé à la Direction des Etrangers et des Affaires Juives à la Préfecture de Police de Paris.

Il sera titulaire d’une carte d’interné politique délivrée par le Ministère des An

Comité d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale [ADLA 27J100 et 27J101]

Les deux époux continueront d’exploiter les deux commerces après guerre sur la commune du Pouliguen, « Le Poussin Bleu » étant cédé en octobre 1960 et « Pierrot Gourmand » en juin 1958.

Salomon et Rosalie JIUILI, remblai de La Baule
Salomon et Rosalie JIUILI, remblai de La Baule

Salomon JIUILI décède à La Baule le 13 juin 1977 à l’âge de 100 ans.

Archives Départementales de la Marne [2E258]
Archives Départementales de la Marne [2E258]