BEILIN Nathan [103]

 Nathan BEILIN (à droite)
Nathan BEILIN (à droite)

Nathan BEILIN, arrivé en France en juillet 1908, est né en Russie à Torotchine le 25 juillet 1884 [Père : Nathan BEILIN née en 1849 à Torotchine et Mère : Marie KAUZNER née en 1852 à Dąbrowno (actuelle Pologne). Nathan a deux frères et une soeur : Zarmann commerçant à Torotchine, Rachel résidante à Torotchine et Elia Moïse qui habite avec lui à Paris. Nathan est associé avec son frère Elie et ils exercent la profession de fabricant-bijoutier au 21, rue Turbigo (2ème arrondissement) et habitent 26, rue Beaubourg dans le 3ème arrondissement à Paris (1920). Léon BEILIN, son cousin, est également associé dans cette affaire de bijouterie florissante Les Comptoirs Cardinet. C’est Marcel BLEUNSTEIN tout juste créateur de Publicis en 1926 qui assurera la promotion des bijouteries.

En 1920, Nathan effectue une première demande de naturalisation mais il ne possède aucun document pour justifier de son état civil indispensable pour l’obtenir et s’adresse à l’Office des Réfugiés Russes pour obtenir un certificat de notoriété.

Cette demande de 1920 est ajournée en novembre 1921 pour deux ans non seulement pour cause d’absence d’actes d’état civil mais également « qu’il n’a fait aucune tentative sérieuse pour prendre une part active à la Défense Nationale [guerre de 1914-1918, NDLR] et s’est borné à contribuer avec son frère à l’Oeuvre des Poilus Permissionnaires sans famille. Il convient de noter que pour des raisons mal définies et sous prétexte de cure, le postulant a fait au début des hostilités un séjour de plusieurs mois en Suisse« .

En 1923, il effectue une seconde demande, qui elle, aboutira, appuyée par Raoul MORTIER, sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement Technique.

Nathan BEILIN est marié avec Jeanne SOYER et a 4 enfants dont Jean-Pierre. La famille habite au Raincy, 55 boulevard du Midi en Seine-et-Oise. Lors d’un séjour sur la presqu’île, il est fasciné par la côte sauvage et décide de s’installer sur la commune du Pouliguen dans les années 1920. Il y achète un certain nombre de terrains et y fait construire une villa, la Villa La Clarté, édifiée au lieu dit Labego en 1928 par l’architecte Adrien GRAVE. Plus d’informations sur la villa : http://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/patrimoine/detail-notices/IA44000903/

La villa n’est pas seulement une résidence secondaire puisque la famille de Nathan BEILIN non seulement y réside pendant la période estivale mais y séjourne quelquefois de longs mois dans l’année. Elle y reçoit la visite de la famille. En 1929, Lydia BEILIN LEWKOW et sa soeur Eugénie y séjournent quelque temps.

Lydia BEILIN (née en 1906) et Eugénie BEILIN (née en 1910) [ADLA 4M637]

Par ailleurs, Nathan BEILIN achète un certain nombre de terrains sur la côte sauvage, une ferme rue de Kerdun, quelques terrains dans la commune et « Le Grand Café » en association avec Monsieur L. CHEVALIER. Il est également propriétaire d’un garage rue du Lieutenant Nicol, de trois vasières près de la gare, de deux petits terrains Parc Ninon à Pornichet, d’un terrain de 500 m2 à allée des Pins à La Baule et d’un terrain en friche de 8000 m2 à Assérac.

Le Grand Café quai du Pouliguen
Le Grand Café quai du Pouliguen

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Nathan BEILIN se déclare en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie du Pouliguen) sous le numéro 103.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Par ailleurs et conformément à la 2ème ordonnance allemande du 18 octobre du MBF, il déclare son entreprise comme Juive en novembre 1940 auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Déclaration d’entreprises israëlites [ADLA 1694W23]

L’ordonnance du 13 août 1941 du MBF institue la confiscation des postes de TSF pour les Juifs mais cette confiscation avait déjà eu lieu à l’automne 1940. Nathan BEILIN ramène son poste de TSF à la sous-préfecture de Saint-Nazaire le 05 novembre 1940.

Il semblerait que la Kreiskommandantur de Saint-Nazaire ait été informée (sic) en avril 1942 que certains Juifs auraient constitué des stocks de fourrures, tabacs…. Ces informations erronées issues très certainement d’une lettre anonyme sont d’autant plus fausses que l’Hôtel de la Plage et du Golfe et l’Hôtel Royal sont occupés par l’armée allemande. Le préfet demande d’ailleurs de n’effectuer aucun contrôle dans ces deux lieux.

Courriers préfecture et sous-préfecture 08 et 14 avril 1942 (ADLA 1694W21) concernant les perquisitions de la Villa La Clarté (propriétaire BEILIN Nathan)

A l’automne 1942, Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire, est nommé administrateur provisoire des biens privés de Nathan BEILIN et tente de spolier un certain nombre de biens. La spoliation n’aboutira pas sauf pour quelques terrains situés à Batz-sur-Mer et vendus à Louis Marie NICOL, entrepreneur de maçonnerie, résidant à Batz, 20 rue de la Gare. Nathan BEILIN pour ses biens situés en presqu’île ou ailleurs avait fait donation de la majorité d’entre eux à ses enfants, ce qui de facto bloqua le processus d’aryanisation, les enfants étant considérés comme non-juifs au regard du « statut du Juif ».

Dossiers d'aryanisation de Nathan BEILIN [Archives Nationales, AJ/38/4599 dossier n° 7077 et AJ38/4600 dossier n°8066
Dossiers d’aryanisation de Nathan BEILIN [Archives Nationales, AJ/38/4599 dossier n° 7077 et AJ38/4600 dossier n°8066

Nathan BEILIN n’a pas été déporté ni sa famille. Récit de Jean-Pierre BEILIN suite à un entretien réalisé en novembre 2014.

Comment Nathan BEILIN et sa famille ont échappé à la déportation ?

« Mon père est arrivé [en France] en 1904 et a rejoint son frère qui était arrivé deux ans plus tôt. Ils ont créé un atelier de joaillerie bijouterie enfin surtout bijouterie.[…] Les affaires se sont bien développées. Il a rencontré ma mère dans les années 12-13 [1912-1913]. Sa femme était française d’origine picarde de père parisien. Mon grand-père maternel était chef d’orchestre et contrebassiste.

Ils ont vécu ensemble ma mère et mon père pendant quelques années sans être mariés et puis ma soeur arrivant [ma soeur ainée], ils ont décidé de se marier. Ils sont partis à La Roche sur Foron [Haute-Savoie] où l’oncle de ma mère était le maire depuis quelques années. Ils se sont mariés là.

Mon père s’ennuie un petit peu, va à une vente [aux enchères] et remarque toute une série de livres datant de la Révolution ou à peu près de la Révolution concernant la religion catholique. « Tiens je vais acheter ça pour offrir à mon frère » se dit-il. Mon oncle était juif mais il adorait toutes les religions. Il passait son temps avec le vicaire du Sacré-Coeur de Montmartre.


Il achète tous les livres et les ramène chez l’oncle de ma mère. L’oncle de ma mère les feuillette et s’aperçoit que tous ces livres appartenaient à l’abbaye de la Roche sur Foron et avaient été spoliés lors de la Révolution de 1789. Mon père se dit : « Ca leur appartenait, je vais leur rendre ». Il leur a offert les bouquins, c’était en 33 ou en 32 [1933 ou 1932], je ne sais pas en quelle année c’était. Enfin en 1941 quand il est arrivé à La Roche, il est devenu le frère Jean, ils lui ont fait une tonsure et ils l’ont accueilli. Il a passé une partie des années 42 et quelques années après là-bas en tant que frère à l’abbaye de La Roche sur Foron.

Et vous pendant ce temps-là, où étiez-vous ?

Moi j’avais quatre ans, j’étais tout petit. Je suis resté à La Roche et puis nous sommes partis à Arenthon, c’est un petit bled qui est au bord de l’Arve [Haute-Savoie]

Et votre père ?

Oh ben lui il devait être encore moine…. Nous sommes partis avec ma mère, j’avais trois soeurs et mes soeurs, elles sont parties en pension à Sallanches, enfin à côté, j’ai oublié le nom. Et voilà, on est passé là-bas jusqu’en fin 44. On était là et mon père est ensuite venu nous rejoindre.

Tu peux raconter l’histoire où les allemands sont entrés dans la maison  [fils de jean-Pierre BEILIN]

On habitait, on appelait ça le Château, c’était une grande ferme en U. Il y avait trois ou quatre familles qui habitaient là. Nous, on habitait une partie et de l’autre côté, il y avait un savoyard qui faisait partie des maquisards. Il y en avait un autre, il fallait faire attention et puis à l’entrée, il y en avait encore un autre. J’avais quatre ans ou cinq ans, je ne sais plus et la fille de ce maquisard qui s’appelait Denise avait à peu père le même âge que moi.
Un jour, les miliciens débarquent et nous on est dans la pièce et la femme de ce maquisard est dans la même pièce, une grande pièce. Et nous, les petits, on aperçoit en haut au dessus d’un meuble, la tête d’une mitraillette…. On s’était mis de l’autre côté de la pièce, on a braillé, on a hurlé. La femme du maquisard, c’était Mme Noblet je crois nous dit « Taisez-vous ! ». Elle parlait avec les deux miliciens et là on chahutait tellement qu’ils sont sortis dehors.[…]. Elle a compris qu’on avait sauvé la situation. Il auraient tourné la tête, ils auraient vu comme nous la tête de la petite mitraillette. »

Nathan BEILIN décède en 1976 dans la Villa La Clarté au Pouliguen à l’âge de 91 ans.

Lydia BEILIN-LEWKOW qui avait rendu visite à la famille à la Villa La Clarté en 1929 sera déportée par le convoi 57 du 18 juillet 1943 de Drancy vers Auschwitz avec sa mère Berthe.

Dossier de naturalisation de Nathan BEILIN [Archives Nationales, BB/11/7185]

Liste des biens susceptibles d’être réquisitionnés (sans date) [Archives Municipales du Pouliguen H6]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s