BARDACH Salomon, [Hudi], Nelly (NR)

Salomon BARDACH est né le 07 février 1896 à Hambourg (Allemagne) [Père : Abraham BARDACH et mère : GELLER Sarah]. Il est arrivé en France avant le début de la Première Guerre Mondiale en 1914 et exerce la profession de boyaudier (préparation des intestins pour la fabrication de saucisses, boudins…). Venant de Bayonne, il arrive à Saint-Nazaire le 08 février 1938 pour y travailler en qualité de boyaudier aux Abattoirs de Saint-Nazaire pour le compte de la Maison « La Boyauderie Nantaise ». Salomon BARDACH est célibataire.

Tampon de Salomon BARDACH [Archives Nationales, dossiers de la Police de Sûreté, 19940434/0086]
Tampon de Salomon BARDACH [Archives Nationales, dossiers de la Police de Sûreté, 19940434/0086]

En février 1938, il loge dans un meublé au 39, rue de la Paix à Saint-Nazaire puis déménage pour habiter au 11, rue d’Anjou (mai 1939). C’est à c’est endroit que Paul et Clara SCHABLIN déclare également leur logement. Greta BARDACH épouse SCHABLIN, leur belle-fille, est la nièce de Salomon BARDACH. Egalement présente à Saint-Nazaire, la soeur de Greta, Nelly BARDACH.

Hudi BARDACH, la soeur de Salomon, est née le 26 octobre 1890 à Hambourg (Allemagne). Elle est de nationalité polonaise (?) et habite à Vienne Hadersdorf-Weidlingau, Mauerbachstrasse 22 (juin 1938) puis déménage (mai 1939) au n°13 Rueppgasse, II Stiege, 1 Stock à Vienne. Elle exerce la profession de femme de chambre et est comme son frère Salomon célibataire.

Hudi BARDACH juin 1938 [AN  19940434/0086 ]
Hudi BARDACH juin 1938 [AN 19940434/0086 ]

En mars 1938, Salomon BARDACH fait une demande de visa pour sa soeur Hudi auprès de la légation française à Vienne (sans doute pour des raisons de maitrise de la langue française) et elle-même fait une demande écrite le 25 mars 1938. Le 02 juin 1938, elle remplit son dossier administratif de demande de visa. Une enquête est menée en France pour renseignements et avis sur l’éventuelle venue en France de Hudi. Cette enquête menée par la Préfecture de Loire-Inférieure reçoit un avis favorable à la venue en France de Hudi qui « logerait chez son frère et qui n’occuperait aucun emploi« . Malheureusement, le Consul de France à Vienne appose le tampon « L’intéressé est soupçonné vouloir s’établir en France« , tampon rédhibitoire à l’obtention d’un visa. Faut-il rappeler que Hudi BARDACH est juive, que l’Autriche a été annexée au Reich allemand en mars 1938 et que les premières mesures de persécutions antisémites ont déjà commencé.

 [Archives Nationales, dossiers de la Police de Sûreté, 19940434/0086]
[Archives Nationales, dossiers de la Police de Sûreté, 19940434/0086]

En novembre 1938, Salomon BARDACH écrit une lettre au Préfet de Loire-Inférieure, s’inquiétant de ne pas avoir de nouvelles au sujet de l’obtention du visa de sa soeur mais comme dit plus haut, les réserves du Consulat de Vienne interdisent formellement à Hudi d’obtenir un visa.

Il réécrit en mai 1939 une seconde lettre toujours dans le même esprit et Hudi en juin 1939, écrit elle-même au Ministre de l’Intérieur au sujet de sa demande de visa qu’elle n’obtiendra jamais.

Hudi BARDACH est déportée de Vienne par le transport n°10 vers le ghetto de Lodz (Pologne) le 02 novembre 1941. Le transport n°10 a quitté l’Aspangbahnhof à Vienne à 16h15 (au lieu de 11 heures prévues) le 2 novembre 1941 à destination de la gare de Radegast à Lodz. C’était le cinquième et dernier des transports de déportés juifs de Vienne à Lodz et faisait partie d’une vaste campagne de déportation imposée aux habitants juifs de villes d’Allemagne, du Protectorat et d’Autriche, qui a débuté à l’automne 1941.

Hudi BARDACH est décédée suite à sa déportation. [Database of Austrian victims of the Holocaust, Documentation Centre for Austrian Resistance, Vienna].


Nelly BARDACH soeur de Greta SCHABLIN qui est arrivée en France le 14 août 1938 par le poste de Forbach, est née le 12 mai 1915 à Vienne, exerçait la profession de modiste et résidait à Vienne IX Art. Latschkagasse 853.

 Nelly BARDACH 1938 Dossier de la Police de Sûreté [Archives Nationales, 199404340/086]
Nelly BARDACH 1938 Dossier de la Police de Sûreté [Archives Nationales, 199404340/086]

A son arrivée en France, elle réside 22, rue du Grand Prieuré à Paris (11ème arrondissement). Elle avait été aidé dans sa migration par le Comité d’Aide aux Réfugiés. Le 01 septembre 1938, elle déclare se rendre à Nice (peut-être pour y rejoindre son petit ami Kurt GOLDENBERG). Elle se rend par ailleurs chez son oncle Salomon BARDACH puisqu’elle obtiendra finalement son visa le 14 avril 1939 pour les Etats-Unis au Consulat à Nantes et déclare résider à Saint-Nazaire. Elle émigre de France vers les Etats-Unis à bord du paquebot De Grasse du Havre le 23 décembre 1939 qui arrive à New-York le 08 janvier 1940 dans lequel se trouve également Kurt GOLDENBERG. Elle se marie à New-York le 28 février 1940 avec KURT GOLDENBERG, artiste peintre, né le 01 novembre 1914 à Vienne. En mars 1941, elle demande la naturalisation américaine et change son nom en Nellie KURTIS, son mari s’appelant désormais Kurt KURTIS.

Nelly BARDACH [Naturalisation New York, Southern District, U.S District Court Naturalization Records, 1824-1946]
Nelly BARDACH [Naturalisation New York, Southern District, U.S District Court Naturalization Records, 1824-1946]

Salomon a quitté Saint-Nazaire avant le recensement des Juifs de l’arrondissement de Saint-Nazaire (27 septembre/28 octobre 1940). Il émigre de France vers les Etats-Unis au départ du Havre à bord du paquebot Marine Flasher le 24 mai 1947. Il avait été aidé dans sa migration par une Société d’aide aux immigrants juifs, la HIAS, organisation juive fondée en 1881 et dont une antenne se trouve à Paris. Il avait obtenu son visa à Bordeaux et résidait alors à Toulouse. Le paquebot arrive le 02 juin 1947 à New-York et Salomon cite comme référence aux Etats-Unis Nelly Kurtis, sa nièce, qui habite à New York 63 West 56 Street.

Salomon BARDACH [Passenger and Crew Lists of Vessels Arriving at New York, NY, 1897-1957]

Demande de visa de Hudi BARDACH [Archives Nationales, 19940434/0086 ]


Dossier de la Police de Sûreté [Archives Nationales, 199404340/086]
Dossier de la Police de Sûreté [Archives Nationales, 199404340/086]

Nelly BARDACH [Passenger and Crew Lists of Vessels Arriving at New York, NY, 1897-1957]

SCHABLIN Paul, Klara, [Ernest], Pierre [150]

Paul SCHABLIN [Père : Ludwig SCHABLIN et Mère : Anna HECHT] est né le 11 février 1884 à Prague (Slovaquie) et est marié avec Klara VOGL née à Schlakenburg (Slovaquie) le 24 décembre 1884. Les deux époux sont de nationalité autrichienne ainsi que leurs deux fils, la Tchécoslovaquie n’étant créée qu’en 1918. Le couple a deux enfants : Ernest Ernst Percy SCHABLIN et Peter Hans dit Pierre SCHABLIN né le 18 février 1913 à Prague marié depuis le 05 avril 1936 à Vienne avec Gerda SCHABLIN née BARDACH née le 30 mai 1912 à Vienne [Père : Hermann BARDACH et Mère : Mélanie LÖWY] . La famille est présente depuis le 11 novembre 1938 en France et a donc quitté l’Autriche juste après les pogroms de la Nuit de Cristal. Paul exerçait la profession d’employé de banque à la Banque des Pays de l’Europe Centrale à Vienne depuis 35 ans. Paul et Clara résident au 11, rue d’Anjou à Saint-Nazaire chez Salomon BARDACH, l’oncle de Gerda. Peter réside au 43, rue de la Trinité à Saint-Nazaire. Peter et Gerda travaillent à la « Boyauderie Nantaise » aux Abattoirs de Saint-Nazaire angle de la Rue de la Paix et du boulevard Victor Hugo, Salomon BARDACH y étant boyaudier.

Suite à l’entrée en guerre le 03 septembre 1939, les ressortissants des pays ennemis à la France (allemands, autrichiens…) sont internés dans un camp de rassemblement (appelé par ailleurs camp pour rassemblement d’étrangers puis camp de travailleurs étrangers). Paul Schablin, qui souffre d’angine de poitrine, est interné au camp pour étrangers aux Sables d’Olonne au camp de La Chaume avec au moins un de ses fils Peter. Pour en sortir, il faut présenter des attestations de bonne moralité. Klara SCHABLIN son épouse écrit une lettre le 18 novembre 1939 au Président de la Commission de criblage chargée d’étudier les différents cas susceptibles d’être libérés. A l’appui, deux soutiens : celui du directeur de la Banque des Pays d’Europe, Monsieur Henri Reuteur et celui du bibliothécaire de la ville de Saint-Nazaire, Monsieur Fleury habitant 57, rue de Pornichet. Paul en sera libéré le 14 janvier 1940 et retourne à Saint-Nazaire.

Dossier de Paul SCHABLIN Police de Sûreté Paris [Archives Nationales, 19940474/0114]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 150. Ernest et Peter ne sont pas recensés. Peter et son épouse Gerda ont quitté l’arrondissement de Saint-Nazaire et partent vers le Sud de la France en zone non-occupée, vers la Haute-Garonne.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Puis le couple est refoulé de l’arrondissement de Saint-Nazaire entre le 26 novembre et le 25 décembre 1940 pour Nantes. [entre le 26 et le 28 novembre 1940]

Contrôle de déplacement des Israëlites [ADLA 1694W25]
Contrôle de déplacement des Israëlites [ADLA 1694W25]
Contrôle de déplacement des Etrangers [ADLA 1803W106]
Contrôle de déplacement des Etrangers [ADLA 1803W106]

Paul et Klara SCHABLIN arrive dans la commune des Rosiers-sur-Loire dans le Maine-et-Loire le 29 novembre 1940. Lors du deuxième recensement des Juifs de juin 1941, il (ou plutôt son épouse car c’est elle qui signe) se présente à la mairie des Rosiers-sur-Loire pour effectuer la déclaration.

Paul est arrêté (date inconnue) et est interné au Camp de Beaune-la-Rolande (Baraque 5) le 24 septembre 1941 pour je cite : « Motif d’internement : Indésirable ». Il est l’un des tout premier à être arrêté dans le Maine-et-Loire et il s’agit d’une arrestation individuelle. A Beaune-la-Rolande, toujours très malade comme l’avait écrit son épouse, il est hospitalisé deux fois : fin 1941 et rentre au camp le 02 janvier 1942 puis du 20 janvier 1942 au 13 mars 1942.
Il quitte le camp de Beaune-la-Rolande pour être interné au camp de Pithiviers le 04 juillet 1942 (Baraque 6). Il quitte le camp de Pithiviers pour être interné sur le camp de Drancy (date d’arrivée inconnue).

Fiches d’internement des camps de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Drancy [Archives Nationales, F9]

Il est déporté par le convoi numéro 25 du 28 août 1942 de Drancy à Auschwitz. Paul SCHABLIN a été exterminé à Auschwitz-Birkenau et en l’absence d’information a été déclaré Mort en déportation 5 jours après l’arrivée du convoi. Il avait 58 ans.

Liste du convoi numéro 25 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste du convoi numéro 25 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Klara SCHABLIN a été arrêtée (date d’arrestation non-connue) puis transférée sur Angers puis transférée sur Drancy le 17 octobre 1942.

Fiches d’internement des camps de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Drancy [Archives Nationales, F9]

Klara SCHABLIN a été déportée par le convoi numéro 40 du 04 novembre 1942. Elle a été exterminée à Auschwitz-Birkenau. Elle avait 57 ans.

Liste convoi 40 [CDJC, Mémorial d la Shoah, en ligne]
Liste convoi 40 [CDJC, Mémorial d la Shoah, en ligne]

Ernest Ersnt Percy SCHABLIN, le fils de Klara et Paul, était marié avec la fille de l’actrice Frida Richard, Frieda dite Fritzy SCHABLIN née le 23 octobre 1900 à Augsburg. Le 29 décembre 1935, elle épouse donc Ernst Schablin en Autriche mais le couple se sépare cinq ans plus tard. Ernest réussit à gagner l’Angleterre où il décède en 1980. Le 03 septembre 1942, Frieda SCHABLIN est internée au camp de Drancy (bloc 4, escalier 16, deuxième étage) pour être ensuite déportée à Auschwitz le 04 novembre 1942 par le convoi numéro 40, le même convoi que sa belle-mère.

 Fiches d'internement des camps de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Drancy [Archives Nationales, F9]
Fiches d’internement des camps de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Drancy [Archives Nationales, F9]
Liste convoi 40 [CDJC, Mémorial d la Shoah, en ligne]
Liste convoi 40 [CDJC, Mémorial d la Shoah, en ligne]

Une Stolpersteine (pierre d’achoppement) a été posée devant le domicile de Frieda SCHABLIN.

Plus d’informations sur la famille à cette adresse : http://www.stolpersteine-salzburg.at/en/places_and_biographies?victim=Schablin,Frieda

Peter Hans dit Pierre SCHABLIN et son épouse Gerda SCHABLIN sont déchus de leur nationalité autrichienne et sont assignés à résidence au Temple-sur-Lot. Arrêtés parce que Juifs, ils sont internés en août 1942 au camp de Sauvaud à Casseneuil puis transférés sur Drancy et déportés tous les deux par le même convoi, le convoi numéro 30 de Drancy à Auschwitz-Birkenau du 09 Septembre 1942. Ils ont été exterminés à Auschwitz. Pierre avait 29 ans et son épouse 30 ans.

Fiche d'internement du camp de Drancy [Archives Nationales F9]
Fiche d’internement du camp de Drancy [Archives Nationales F9]

CARON Léon, Marie [136]

Léon CARON est né à Ernée (Mayenne) le 08 juin 1863 [Père : David CARON et Mère : Charlotte FEUNETTE] et marié à Saint-Nazaire le 07 décembre 1898 avec Marie Joséphine Marguerite CLOU né le 08 mai 1876 à Saint-Aubin de Luigné (Maine-et-Loire). Le couple n’a pas d’enfant. Léon exerce la profession de musicien (son père l’était également et ses deux frères Adolphe et Théodore le sont également) tandis que son épouse est tailleuse pour hommes au moment de son mariage. Elle était orpheline de père et mère au moment de son mariage, tous les deux décédés à Escoublac.

Acte de mariage CARON/CLOU [ADLA, en ligne]
Acte de mariage CARON/CLOU [ADLA, en ligne]

Léon CARON est passé dans les services auxiliaires lors de son service militaire pour faiblesse.

Registre Matricule Léon CARON [ADLA, en ligne]
Registre Matricule Léon CARON [ADLA, en ligne]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Léon se déclare en tant que juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 136.

Extrait liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]

A notre connaissance, Léon n’a pas été déporté. Son épouse décède le 24 mai 1958 à Saint-Nazaire.

FRANCO Mordehaï, Perla, Denise (129)

Photographies de Mordehaï FRANCO 1933, 1935, 1937 [ADLA 4M665]

Photographies de Perla FRANCO 1934, 1936, 1938 [ADLA 4M665]

Mordehaï FRANCO est né à Constinople en 1905 [Père : Nissim FRANCO et Mère : BROUDO Doudou]. Perla FRANCO est née FRESCO née le 01 juillet 1906 à Constantinople. [Père : Haïm FRESCO et Mère : BAROUCH Rose].

Mordehaï FRANCO arrive de Constantinople en 1925 avec son épouse Perla. Ils s’étaient mariés à Constantinople auparavant et à Paris naît leur seule et unique enfant en 1927 : Denise. Puis ils et se dirigent vers Saint-Nazaire dans un premier temps pour tenter de rejoindre le Vénézuela, la majorité des Franco ayant émigré vers ce pays. La ligne de la Compagnie Générale Transatlantique permettait de se diriger vers les pays d’Amérique du Sud, le frère de Mordehaï était déjà présent à Caracas. Mordehaï ne s’entend pas avec son frère du Vénézuela mais tente de renouer le contact pour émigrer. Il laisse Perla à Saint-Nazaire, se rend à Caracas. Là-bas, les relations familiales sont difficiles et Mordehaï rentre à Saint-Nazaire.

La famille s’installe en tant que marchand forain à partir de 1933 où elle vend sur les marchés des articles de bonneterie/lainages. La famille réside dans un premier temps au 44, rue d’Anjou puis déménage au 15, rue du Prieuré à Saint-Nazaire.

Registre commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre, Perla FRANCO se déplace à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour se déclarer en temps que Juif sous le numéro 129.

Extrait liste dactylographiée du recensement Saint-Nazaire 08 novembre 1940 [ADLA 1604W25]

Mordehaï ne se déclare pas en tant que chef de famille. L’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 prévoit qu’est considéré comme Juif toute personne qui a au moins trois grands-parents juifs ou si l’épouse est juive, deux grands-parents.

Ordonnance allemande du 27 septembre 1940 [ADLA 1694W20]

Mordehaï va effectuer des démarches pour prouver qu’il a moins de trois grand-parents juifs et va se présenter à la Kreiskommandantur à Saint-Nazaire avec les documents nécessaires. Il obtiendra satisfaction ce qui explique que son nom n’apparaisse pas sur la liste de recensement mais uniquement celui de son épouse.

Dossier d’aryanisation Mordehaï FRANCO [Archives Nationales AJ38/4598 dossier n°2532]

Dans le même temps il déclare son entreprise auprès des services de la sous-préfecture de Saint-Nazaire le 11 novembre 1940.

Les scellés ont été apposés le 03 décembre 1940 sur la pièce servant au stockage des marchandises mais eu égard à la déclaration de Mordehaï à la sous préfecture, ceux-ci sont levés trois semaines plus tard le 23 décembre 1940. Il sera rayé de la liste des commerçants israëlites.

La famille décide de quitter Saint-Nazaire, sommée de quitter de la zone cotière interdite quitte Saint-Nazaaire au début de l’année 1942.

Courrier du sous-préfet de Saint-Nazaire au Préfet de Loire-Inférieure du 25 novembre 1941 concernant le refoulement des israélites étrangers [ADLA 1694W25]

Mordehaï et Perla FRANCO avaient un ami qui était leur fournisseur en bonneterie à Paris, grossiste, Jacques SOLOMONOFF, originaire de Bulgarie, de la ville de Roussé (ou Ruse) sur le Danube à la frontière de la Roumanie.

Jacques SOLOMONOFF est marié avec Amy (ou Emmy) une fille de l’Assistance Publique de confession protestante. Ils n’ont pas d’enfants et habitaient Levallois-Perret, villa Chaptal et ils décident d’héberger le couple Franco et leur fille Denise de 1941/1942 à 1944. La famille Franco va donc rester plus de deux ans à Paris cachée dans une cave, la cave de la villa. Par prudence, ils ne sortent que la nuit. Il semble que la famille FRANCO sur Saint-Nazaire ait été prévenue d’éventuelles arrestations par une personne d’où leur départ de Saint-Nazaire avant les arrestations de juillet 1942.

En 1948, Jacques SOLOMONOFF dont la situation financière s’est nettement améliorée à la fois en tant que grossiste et propriétaire d’une boutique dans le Sentier reçoit son neveu, Jacques (Isaac) MELAMED [Melamed veut dire professeur, maître d’école en hébreu]. Celui-ci, qui ne connaît pas la langue française et qui parle le ladino communique aisément avec la famille Franco, elle-même parlant le ladino Il deviendra le futur mari de Denise.

Peu de temps auparavant, une partie de la famille MELAMED était partie faire la guerre aux Anglais en Israël, passant par Chypre puis la Palestine. Jacques MELAMAED quant à lui part vers l’Italie avec 15 dollars den poche. Il va y rester six mois avant de pouvoir émigrer vers la France. Jacques SOLOMONOFF réussit à lui faire obtenir un visa comme réfugié politique et l’avait inscrit comme étudiant à HEC à Paris où il va rester une année.

A la fin de la guerre, la famille (Franco et Perla) est relogée à Pornichet en attendant que la ville de Saint-Nazaire se reconstruise et s’occupe d’un magasins de vêtements professionnels « Chez Marcel », magasin au départ situé en face des Halles de Saint-Nazaire puis avenue de la République à Saint-Nazaire et qui continue aujourd’hui à vendre le même type de vêtements.

Denise et Jacques s’installe également à Pornichet et Jacques va tenir un commerce sur Saint-Nazaire : « France-Mailles », 88, avenue de la République. Mordehai et Perla habite avenue Edouard Vaillant et Jean-Jacques et Denise habitent Villa « Kromn Na » avenue Louise à Pornichet. Le commerce « France-Mailles » sera tenu de 1953 à 1984. La vendeuse s’appelle Yvette Samzun (mariée à Yvon Samzun) et le fils d’Yvette, David, n’est autre que le maire de Saint-Nazaire.

Denise, Perla et Mordehaï FRANC0 devant le magasin « France Mailles » à Saint-Nazaire (1954/1955)
Collection particulière

Mordehai et Perla ainsi que Denise et Jacques continuent à faire les marchés, l’installation de deux boutiques étant pour eux l’aboutissement d’une vie professionnelle.

Mordehaï et Perla FRANCO sont naturalisés français le 15 avril 1949 (dossier de naturalisation 2862X49) et notifiés de leur nouvelle nationalité le 19 mai 1950.

Les deux époux décèdent d’un accident domestique dans leur appartement en 1958 au retour d’une compétition de billard, grande passion de Mordehaï FRANCO. Ils sont enterrés au cimetière juif de Pantin (division 58).

Mordehaï FRANCO et son petit fils Jean-Jacques
[La photo de 1,50 m par 0,80 cm trônait dans le Grand Café à Saint-Nazaire. Lors de la réhabilitation du lieu, la photo a été récupérée par la famille]
Collection particulière

KAPELUSCHNICK Bernard, Cécile, Maurice [126]

Bernard KAPELUSCHNICK est né le 05 avril 1908 à Plauen (Allemagne) [Père : Owsei KAPELUSCHNICK de profession fourreur et Mère : Doba SCHEWKEWICZ domicilés au Raincy, 64 allée Notre Dame des Anges] . En France depuis 1913, il est marié avec Cirla dite Cécile CHISTER née le 10 mai 1912 à Rachevatz (Russie) [Père : Hérich Haïm dit Henri CHISTER et Mère : Bluma dite Marguerite SESSER domiciliés dans le 3ème arrondissement à Paris au 58, rue Charlot]. Le mariage a lieu dans le 3ème arrondissement le 26 novembre 1931. Le couple a un enfant prénommé Maurice né le 24 août 1932 à Paris (12ème arrondissement).

Acte de mariage KAPELUSCHNICK/CHISTER [AD75/3M266]

Ne pouvant fournir d’acte de naissance nécessaire à son mariage, Cécile va s’adresser à l’Office des Réfugiés Russes pour obtenir un certificat en octobre 1931.

Archives OFPRA [OR041]

Bernard KAPELUSCHNICK est naturalisé par décret en application de l’article 6, paragraphe 1er de la loi du 10 août 1927 paru au JORF p. 5920 du 27 mai 1928 [Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6531074v/f12.image.r=KAPELUCHNICK

A l’été 1937, Bernard KAPELUSCHNICK s’installe en tant que fourreur à Saint-Nazaire dans un magasin prénommé « Au Tigre Royal » puis qui change de dénomination pour s’appeler « Au Renard Bleu » situé au 24, rue Villès-Martin. La famille habite 4 bis, place Marceau.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Plan Saint-Nazaire in "Raconte-nous Saint-Nazaire
Plan Saint-Nazaire in « Raconte-nous Saint-Nazaire

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se déclare en tant que Juif à la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 126.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Suite à la même ordonnance allemande, Bernard déclare son commerce le 25 octobre 1940 et envoie tous les renseignements demandés à la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Déclaration d’entreprise juive [ADLA 1694W23]

Les scellés sont apposés sur le commerce le 04 décembre 1940 par le commissaire de police du 1er arrondissement de Saint-Nazaire Monsieur MASSONI et un inventaire est dressé 3 jours plus tard par Eugène CLEMENT, huissier de justice, 5, rue du Bois Savary. Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire, est nommé administrateur provisoire du commerce le 28 janvier 1941 qu’il vend à Monsieur Raymond THOMAS, négociant en fourrure à Saint-Brieuc, 1 place du Martray moins de deux mois plus tard le 26 mars 1941. La vente sera régularisée devant notaire, Maître Lunaud à Saint-Nazaire.

Le même Raymond THOMAS qui profite du faible coût d’achats des commerces juifs achètera peu de temps après un autre commerce de fourrure à Nantes, celui de Monsieur ELIE rue Franklin.

Dossier d’aryanisation de Bernard KAPELUSCHNICK [Archives Nationales, AJ38/4597 dossier n°2520]

Bernard, Cécile et Maurice qui ont quitté Saint-Nazaire pour une destination inconnue au printemps 1941 n’ont pas été déportés. Ils sont réfugiés en 1945 à Saint-Brieuc 14, rue du Maréchal Foch et demandent à changer de nom pour le transformer en KAPEL. [JORF du 01 novembre 1945].

ARGINTARU Mayer, Paulette, Lazare [121]

Mayer ARGINTARU est né le 01 janvier 1895 à Lespesi (Roumanie). Marié avec deux enfants, son épouse Etla née RAPAPORT est née le 25 juin 1896 à Roman en Moldavie, Roumanie. Il est arrivé en France le 10 octobre 1926 et il exerce la profession de fourreur. Un de leurs deux enfants prénommé Lazare est né à Paris le 10 juillet 1930 (12ème arrondissement) au 19 bis, rue Chaligny alors que le couple réside à Bagnolet au 43 bis, rue des Malassis. Nous ne connaissons pas sa date d’arrivée sur Saint-Nazaire.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 121. Il réside à Saint-Nazaire 18, rue de l’Hôtel de Ville.

Extrait liste dactylographiée recensement arrondissement Saint-Nazaire [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement arrondissement Saint-Nazaire [ADLA 1694W25]

La famille quitte l’arrondissement de Saint-Nazaire entre le 26 octobre et le 25 novembre 1940 pour Paris.

Contrôle de déplacement des Israëlites [ADLA 1694W25]
Contrôle de déplacement des Israëlites [ADLA 1694W25]
Contrôle déplacement étrangers [ADLA 1803W106]
Contrôle déplacement étrangers [ADLA 1803W106]

A notre connaissance, la famille n’a pas été déportée et Lazare se marie à Paris (10ème arrondissement) le 17 décembre 1955 avec Paulette ENDEWELT et décède à Saint-Arnoult dans les Yvelines le 03 octobre 2006.

PERAHIA Robert, Jeanne, Albert, Victor [119]

Robert PERAHIA 1936 [ADLA 4M706]

Caleve Robert PERAHIA (prénom usuel Robert) est né le 20 avril 1901 à Constantinople (Turquie) [Père : Haïm PERAHIA né en 1877 à Constantinople et Mère : Diamante GUAKIL née en 1881 à Constantinople]. Robert arrive en 1921 en France avec au mois un de ses frères lui aussi arrivé en 1921 [Albert né en 1903 à Constantinople]. Robert se rend régulièrement au Café-Restaurant « Le Bosphore » au 74 rue Sedaine à Paris dans le 11ème arrondissement, lieu de rendez-vous pour les juifs séfarades turques qui leur permet à la fois de trouver un logement et des pistes pour un travail et qui est également un lieu de sociabilité. Ce restaurant ouvert en 1905 était en outre le lieu de cérémonies juives (Bar Mitzvah, mariages…) avant la création de la synagogue de la rue Popincourt (1909). Salomon PASSY est le propriétaire du fonds de commerce depuis 1913 et il a une fille prénommée Jeanne (née le 28 avril 1909 à Paris 11ème arrondissement). Au moment de la naissance de Jeanne, Sarah, sa mère est couturière. C’est dans ce restaurant que Robert va rencontrer Jeanne et le couple se marie le 27 juin 1929 à Paris (2ème arrondissement). Robert habitait alors au 96, rue d’Aboukir tandis que la famille PASSY habitait au 121 de la même rue.

Le couple va donner naissance à deux enfants : Albert, l’aîné, né le 06 janvier 1931 et Victor, le cadet, né le 04 avril 1933 tous les deux à Paris.

 Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246]
Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246, en ligne]
Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215]
Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215, en ligne]

Le restaurant de Salomon PASSY s’arrête en 1931 et il se rend à Saint-Nazaire entre juin 1932 et décembre 1933 pour y tenir un commerce de bonneterie mais qui est déclaré en faillite en mars 1934. Salomon exerce alors à Paris la profession de marchand ambulant en bonneterie avec son gendre, Robert. Les deux familles décident de quitter la capitale et se rendent à Saint-Nazaire en 1936, Salomon y ayant donc déjà séjourné. Salomon et son épouse arrivent le 25 mai 1936 tandis que la famille PERAHIA les rejoint un peu plus tard le 16 octobre 1936. Ils habitent au 24, rue Alcide Benoit non loin de la place Marceau, lieu où les forains déballent leurs marchandises pour faire le marché. La famille possède une modeste voiture, une Citroën C4 mais qui leur permet de travailler sur d’autres marchés de la région. Les époux vendent de la bonneterie pour femmes et enfants et également des parures de draps et taies d’oreillers.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]
Dossier d’aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]

Robert PERAHIA s’engage volontairement le 10 avril 1940 à Nantes et est affecté au Dépôt du Train n°11 à Nantes. Il est fait prisonnier dans cette même ville le 19 juin 1940 puis est interné pendant près de trois mois en temps que prisonnier de guerre (matricule 666) à Savenay dont il est mis en congé de captivité le 07 septembre 1940. Il sera démobilisé le 13 juin 1942.

[DAVCC Caen, 21 P 523 986]
[DAVCC Caen, 21 P 523 986]
Base des engagés volontaires étrangers entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 [Mémoire des Hommes, en ligne]
Base des engagés volontaires étrangers entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 [Mémoire des Hommes, en ligne]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Robert PERAHIA se rend à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour se déclarer en tant que Juif sous le numéro 119.

Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

« Au mois de septembre 1940, une ordonnance enjoignit à tous les Juifs de la zone occupée d’aller se déclarer dans les commissariats et les mairies. Mes parents étaient de plus en plus inquiets. Ils sentaient que les choses tournaient mal… Mais si toutes les conversations portaient sur les mesures antisémites personne n’imaginait la catastrophe qui s’annonçait. Mes parents comme beaucoup d’autres Juifs, voulaient surtout s’intégrer et respectaient donc les lois de la République. »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »

L’ordonnance du 31 octobre 1940 obligeait à ce que les Juifs déclarent leur commerce ce que fait Robert le 11 novembre 1940.

Le 03 décembre 1940, les scellés sont apposés dans la pièce servant de lieu de stockage pour les marchandises et également sur la voiture C4 que Robert avait déclaré au mois de novembre 1940.

Gabriel HERVOUËT, l’administrateur provisoire chargé de la vente du commerce, nommé par le sous-préfet en janvier 1942, n’avait pas manqué, dans le zèle qui le caractérise, d’englober dans l’actif de l’entreprise la dite voiture. Jeanne PERAHIA écrit donc au préfet pour tenter de la récupérer, ce qu’elle obtiendra.

 Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]
Dossier d’aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]

Le commerce est vendu en moins de trois mois le 8 mars 1941 à Monsieur LALLIER 3, rue de l’amiral Courbet à Saint-Nazaire aux 2/3 de sa valeur, ce que ne manque pas de faire remarquer Robert PERAHIA qui faute de mieux mais n’ayant de toute façon pas le choix accepte la vente. La famille recevra des subsides du produit de la vente. Monsieur LALLIER se portera acquéreur également du commerce de Salomon PASSY (le beau-père de Robert) par l’entremise du même administrateur provisoire qui au passage perçoit les différentes commissions afférentes à l’aryanisation.

Dans le même temps (automne 1940), le tampon Juif est apposé sur les cartes d’identité et les cartes d’alimentation. Il est interdit aux Juifs de posséder un poste de TSF, ils ne peuvent faire leurs courses que de 15 à 16 heures, ne peuvent plus avoir de ligne téléphonique…

Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]
Le secrétaire d’Etat à l’Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]

L’ordonnance allemande du 29 mai 1942 entrée en vigueur le 07 juin 1942 rend obligatoire le port de l’étoile jaune pour tous les Juifs de plus de 6 ans en zone occupée.

« Porter l’étoile fut en effet très difficile. Dans la rue, les gens nous dévisageaient, et si certains semblaient parler de nous avec bienveillance, ou pitié, d’autres en revanche ricanaient, murmurant que nous l’avions bien mérité… A l’école, pendant la récréation, les enfants me montraient du doigt. J’étais un « sale juif », un « youpin ».
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 ».

Salomon PASSY, le grand-père de Victor, quitte Saint-Nazaire pour rejoindre Paris et décide d’emmener ses petit-enfants. Albert l’accompagnera mais Victor ne voulant pas se séparer de sa mère reste.

Robert, Jeanne et Victor sont arrêtés le 15 ou 16 juillet 1942 vers 20 heures puis transportés dans un lieu dans le quartier de Sautron en bord de mer à Saint-Nazaire puis transférés sur Nantes (Caserne Mellinet) puis transférés sur Angers au Grand Séminaire.

Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]

Il semblerait qu’un certain nombre de familles aient été prévenues à Saint-Nazaire en amont des arrestations imminentes. Alors qu’elles représentent près de la moitié des familles juives sur l’arrondissement de Saint-Nazaire, « seules » 9 personnes sont arrêtées sur les 67. Le nombre et le témoignage oral de Mme FRECHE tendent à aller dans ce sens.

A Angers, les enfants de moins de 16 ans et les adultes de plus de 55 ans n’étant pas déportables en juillet 1942, Jeanne et Victor sont rayés de la liste qui prévoit leur déportation. Robert, lui, est déporté le 20 juillet 1942 au départ d’Angers vers Auschwitz. Jeanne et Victor sont transférés le jour même au Camp de la Lande à Monts près de Tours.

Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]
Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]
Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]
Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]

Victor et Jeanne sont transférés du Camp de la Lande à Drancy début septembre 1942. Jeanne y rencontre son cousin Henri GARIH, protégé un temps de la déportation parce que marié avec une femme catholique : « Pour éviter la déportation, Henri a alors conseillé à ma mère de se faire passer pour une femme de prisonnier de guerre », elles-aussi protégées par ce statut particulier.

Il existe différentes catégories d’internés dans le camp de Drancy :

  • A : Juifs mariés avec une personne non-juive ou demi-juifs (nés de père ou de mère de confession catholique ou protestante)
  • C1 : cadres du camp
  • C2 : ressortissants d’Etats alliés avec l’Allemagne
  • C3 : femmes et enfants de prisonniers de guerre
  • C4 : personnes attendant l’arrivée prochaine de leur famille encore en liberté
  • B : immédiatement déportable, la majorité des internés

Jeanne et Victor vont rester de début septembre 1942 à Juin 1944 soit près de 22 mois dans le camp de Drancy puis vont être déportés par le convoi numéro 80 vers Bergen-Belsen le 02 mai 1944 [le convoi 80 est divisé en 4 trains (a,b,c,d) dont les départs s’échelonnent entre le 02 mai et le 23 juillet].

Fiches d’internement de Victor PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

Fiches d’internement de Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

« Au début, je vivais dans la baraque des femmes. Puis les enfants de mon âge ont été transférés dans celle des hommes. Je voyais encore ma mère tous les jours mais je ne dormais plus avec elle. Nous avons eu tout de suite très faim. Car nous avions seulement de quoi survivre. Certes ma mère me donnait toujours un peu de sa ration, mais cela ne suffisait pas »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »

A l’approche des Britanniques, au printemps 1945, Victor et Jeanne sont transférés en train vers le camp de Theresienstadt (Terezin) en Tchécoslovaquie, train dans lequel il va rester deux semaines. Le 23 avril, le convoi s’arrête à nouveau aux environs de Tröbitz près de Berlin et ce sont les soviétiques qui découvrent « de misérables fantômes faméliques errant dans la campagne allemande ». Il sera un peu plus tard rapatrié vers la France.

Ils sont dirigés vers l’Hôtel Lutetia à Paris, hôtel réquisitionné pour l’accueil des déportés au retour. Les fiches verso de Drancy vont être utilisées à l’Hôtel Lutetia en particulier pour remettre des certificats de déportation aux familles. Le 12 mars 1945, Sarah PASSY, la mère de Jeanne et la grand-mère de Victor, se déplace à l’Hôtel Lutetia sans nouvelles de sa famille où un certificat de déportation lui est remis.

Versos des fiches d’internement de Victor et Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]

L’état sanitaire de Victor est catastrophique : « état général moyen, obscurité du sommeil, oeil gauche à radiographier ». Il est hospitalisé à l’hôpital Salpétrière jusqu’en septembre 1945 puis dirigé vers un sanatorium en Dordogne ayant contracté la tuberculose. Il y restera deux ans et demi.

Victor se mariera après guerre et aura deux enfants. Pendant plus de cinquante ans, il ne racontera rien à sa famille et décide d’écrire un livre : « Mon enfance volée » paru en 2015 [Livre épuisé]. Il témoignera par la suite dans les établissements scolaires.

Son père Robert déporté le 20 juillet 1942 est arrivé le 23 juillet 1942 à Auschwitz. Composé uniquement d’hommes et de femmes en âge de travailler, une vingtaine de personnes du convoi sont sélectionnées et gazées dès leur arrivée. Toutes les autres ont été enregistrées pour rentrer dans le camp.

Témoignage de Leon Cyterman, déporté d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942

En l’absence d’informations, la République Française l’a déclaré décédé 5 jours après l’arrivée du convoi. Deux feuilles de témoignage seront déposées sur le site de Yad Vashem en mémoire de Robert PERAHIA. Une demande de recherche de personnes disparues sera effectuée par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, sans résultat, et le titre de déporté politique sera attribué à Robert PERAHIA.


L’itinéraire de la famille PERAHIA

RAPAPORT Esther [117]

Esther RAPAPORT née ELIASON est née le 02 août 1864 à Varsovie. Veuve, arrivée en France en 1925, elle se dirige sur Saint-Marc (en même temps que Sterma GOURVICTCH et Ludmilla SCHATZ) et se fait recenser en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 sous le numéro 117).

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Elle quitte Saint-Marc vers la fin octobre 1940 pour Paris (indication portée sur la liste de recensement) et n’a pas à notre connaissance été déportée.

GOURVITCH Sterma [116]

Sterma GOURVITCH née PERCHITZ est née le 01 décembre 1862 à Golovtchin (Biélorussie) et est arrivée en France en 1925. Veuve, elle se fait recenser en même temps qu’Esther RAPPAPORT. Ce sont des femmes âgées, d’origine russe et elles habitent à Saint-Marc, comme Ludmilla SCHATZ, elle-même d’origine russe.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, elle se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 116.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Elles quittent Sait-Marc pour Paris vers la fin octobre 1940 comme indiqué sur la liste de recensement. A notre connaissance, Sterma n’a pas été déportée.

MUHLRAD Samuel [114]

Samuel MUHLRAD 1952

Samuel MUHLRAD est né le 04 juin 1903 à Lancut (Pologne). Il est arrivé en France en 1924 à l’âge de 21 ans et est docteur en médecine. Il avait passé sa thèse de médecine à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Paris en 1932 sur le thème : « L’avenir obstrétrical des femmes ».

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se fait recenser en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 114. Il réside alors à Trignac et est marié.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Entre le 26 novembre et le 25 décembre 1940, il quitte Trignac pour Paris.

Contrôle déplacement Israëlites [ADLA 1694W25]

Samuel MUHLRAD va entrer dans la résistance. Un dossier à son nom existe au SHD à Caen (actuellement non consulté).

En 1952 et 1955, il se rend au Brésil avec sa fille Catherine née en 1943.