BORENHEIM Albert, Sarah, Maxime [NR]

Né le 25 janvier 1916 à Varsovie, dans une famille juive de Pologne, Albert BORENHEIM combattit dans les Brigades Internationales de l’armée républicaine espagnole et fut blessé. Son rapatriement eut lieu le 13 octobre 1938. Il était certainement membre de la sous-section juive du Parti communiste. Il était marié à Sarah, née PARKIET le 15 juin 1920 à Varsovie (Pologne). Le couple vécut à Saint-Nazaire où Albert BORENHEIM travailla probablement sur les chantiers navals (date d’arrivée à Saint-Nazaire inconnue). Dans cette ville, Sarah accoucha d’un enfant, Maxime, né le 16 septembre 1939 et reconnu par ses père et mère le 09 octobre 1939. Ils vinrent à une date inconnue habiter 5-7 rue Corbeau à Paris (10ème arrondissement).

Acte de naissance de Maxime BORENHEIM [Archives Municipales de Saint-Nazaire]


La Section spéciale de recherches (SSR) des Renseignements généraux était chargée, depuis 1937, de la surveillance des étrangers. Louis Sadosky, responsable du rayon « allemand » et « polonais », fut nommé responsable du rayon « juif », une création qui rompait avec le principe de la nationalité. Il fit d’Albert Borenheim un « Propagandiste des théories soviétiques, suspect et dangereux pour l’ordre public ».
Arrêté et interné le 19 août 1941 à la caserne des Tourelles (10ème arrondissement), Albert BORENHEIM fut transféré immédiatement le 22 août au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs.

En représailles à la mort de quatre soldats, le MBF (Militärbefehlshaber in Frankreich) fait fusiller 95 otages, dont 69 au Mont-Valérien. Aux communistes jusque-là principalement visés, les Juifs sont ajoutés. Ainsi, la définition idéologique des autorités allemandes des responsables des attentats, les « judéo-bolcheviques », est complétée. Pour renforcer encore ces représailles, le MBF annonce la déportation « vers l’Est » de 1 000 Juifs et de 500 jeunes communistes.

Liste des 69 fusillés au Mont-Valérien le 15 décembre 1941

Perec ACKERMANN ; Marcel FEZANDELLE ; Hermann SCHIPKE ; Isaac GRINBAUM ; Serge BOULLE ; Igor GOLDFARB ; Henri BANNETEL ; Hirch MEJEROWICZ ; Albert BORENHEIM ; Jacob FLAMM ; Alje ZAJDORF ; Moritz SINGER ; Marcel BOCZAR ; Meir ZAUBERMAN ; Francis CRENO ; Israël ESZENBAUM ; Mordka BLAT ; François CARCEDO ; Jean DAMICHEL ; Fabius FINKIELMAN ; Simon NADEL ; Julien BERTHIER ; Pierre BOISSON ; Samuel ZEMBROWSKI ; Daniel PERDRIGE ; Jean SELIGMANN ; Beirel FEILER ; Gabriel PERI ; Szama KNAPAJS ; Victor COURTOUT ; Roger BERNE ; Jacob FELDMAN ; Joseph FRYDMAN ; Nathan FUKS ; Israël MARDFELD ; Nachim SPERLING ; Huma CAISMAN ; Isaac KLAJNFINGER ; Hirsch BELLER ; Désiré PUCET ; Nysyme ALTERLEJB ; Israël BURSZTYN ; Gabriel BIGOT ; Paul ANDREITCHOUK ; Bernard FISCHEL ; Asrail GOUREVITCH ; Serge MAKAROFF ; Israël GOLDSTEIN ; Israël ITZKOWITCH ; Israël JAKUBOWIEZ ; Eugène LE CORRE ; Jankiel ACKERMANN ; Noech KALWARJA ; Aron SZCYPIOR ; Elia ZYSMAN ; Froïm FELDMAN ; Icek BRATSZTAJN ; Wolf BURSZTYN ; Joseph GRINBLAT ; Chil GRINOCH ; Henri PROU ; Alexandre TURPAULT ; Moïse HELLER ; Samuel KOREMBLUM ; Elie SALOMON ; Charles WEINBERG ; Elie BRITAN ; Isaac GOUREVITCH ; Mayer MLYNARZ ; Berck ZLOTYKAMIEN ; René DREYFUS.

Désigné comme otage, il fut passé par les armes le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien à 10h50 du matin. Étant de nationalité polonaise, la mention « Mort pour la France » ne fut pas accordée par le ministère des Anciens Combattants.
Son épouse Sarah et Maxime trois ans furent déportés le 11 février 1943 par le convoi n° 47 à Auschwitz (Pologne) où ils moururent.

Liste convoi 47 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Les mentions « Mort en Déportation » seront apposés respectivement en 2015 et 2017 sur les actes de décès.

Journal Officiel n° 0126 du 30 mai 2017
Journal Officiel n° 0126 du 30 mai 2017
Journal Officiel n° 0004 du 06 janvier 2015
Journal Officiel n° 0004 du 06 janvier 2015
Acte de décès d’Albert BORENHEIM

Des feuilles de témoignage concernant Albert BORENHEIM seront déposées sur le site de Yad Vashem

source principale : https://maitron.fr/spip.php?article17296

Archives de la Préfecture de Police BA 2439, KB 95.
DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty).
Annette Zaidman, Mémoire d’une enfance volée (1938-1948), préface S. Klarsfeld, Éd. Ramsay, 2004.
Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009.
Serge Klarsfeld, Le livre des otages, ÉFR, 1979.
Site Internet Mémoire des Hommes.
Site Internet CDJC.

BLOCH Aron [106]

Aron BLOCH est né le 26 décembre 1879 à Cernay (Haut-Rhin) [Père : Samuel BLOCH et Mère : Sara Sophie LEVY].

Acte de naissance d'Aron BLOCH [Archives Départementales du Haut-Rhin, en ligne]
Acte de naissance d’Aron BLOCH [Archives Départementales du Haut-Rhin, en ligne]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se déclare en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire ou mairie de La Baule sous le numéro 106.

Liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]

Il est célibataire, exerce la profession de Directeur de la Société Générale Foncière et réside avenue des Tilleuls à La Baule. A notre connaissance, Aron n’a pas été déporté.

BROUDO Léon, Paulette [5]

Léon BROUDO [Yad Vashem, en ligne]
Léon BROUDO [Yad Vashem, en ligne]

Arrivé en France dans les années 20 peu de temps après l’incendie de Salonique, Léon BROUDO exerce la profession de chirurgien-dentiste. Leur mère Lucie souhaitait que ses enfants réussissent leurs études ce qui sera le cas quasiment pour tous et ils exercent une profession autour de l’art dentaire (dentiste, chirurgien-dentiste, représentant en fournitures dentaires…). Léon est né à Salonique le 23 février 1916 [Père : BROUDO David et Mère : Lucie VEISSID]. Il s’est marié le 30 décembre 1939 à la mairie du 13ème arrondissement avec Paulette PROT, sténodactylographe, née le 11 septembre 1919 à Paris (8ème arrondissement).

Acte de naissance de Léon BROUDO [DAVCC 21 P 431004]
Acte de naissance de Léon BROUDO [DAVCC 21 P 431004]
Acte de mariage de Léon BROUDO et Paulette FROT [Archives de paris, 13M315]

Léon et son épouse Paulette ainsi qu’Albert et son épouse Esther rejoignent Salomon vivant à Pornichet qui tient un stand d’attractions foraines le 06 septembre 1939. Léon et Paulette résident dans un premier temps en septembre 1939 à leur arrivée Villa Edouard, avenue du Moulin puis se dirige sur le Pouliguen où ils résident place de la Gare, Albert et Esther résidant Villa Colette, 16 rue du Commerce dans la même commune.

Enregistrement des étrangers commune de Pornichet [Archives Municipales de Pornichet]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Léon se fait recenser en tant que Juif à la maire de Pornichet (ou sous-préfecture de Saint-Nazaire) sous le numéro 5.

Recensement Juifs Arrondissement Saint-Nazaire[ ADLA 1694W25]

Il rejoint Paris au mois de mai 1941.

Etat de changement de résidence des étrangers [ADLA 1803W106]
Etat de changement de résidence des étrangers [ADLA 1803W106]

Léon est arrêté le 04 novembre 1942 à son domicile 22, avenue du Chemin de Fer à Vitry-sur-Seine et interné à Drancy le 05 Novembre 1942 puis est déporté le 09 Novembre 1942 par le convoi n° 44 de Drancy à Auschwitz.

D’Auschwitz, Léon est transféré au camp de Gross Rosen (date inconnue) puis au KL Buchenwald le 10 février 1945 et y décède le 18 mars 1945 à 14h00, il avait 29 ans.

Fiches d’internement [ITS Bad Arolsen]

A la fin de la guerre, son épouse Paulette s’adresse au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir les différents certificats liés à la déportation de son mari. Des enquêtes sont menées afin de déterminer les dates de déportation et les éventuelles dates de décès. Deux témoins René CADORET de la Rochelle et Bernard LE FLOCH également de La Rochelle vont rédiger des lettres de témoignage dans ce sens.

 [DAVCC 21 P 431004]
[DAVCC 21 P 431004]
 [DAVCC 21 P 431004]
[DAVCC 21 P 431004]

Paulette BROUDO obtiendra un certificat de déporté politique pour son mari.

JANOWSKI Samuel, Tauba, Suzanne [154]

La famille JANOWSKI a été rajoutée de manière manuscrite sur la liste dactylographiée du recensement du 27 septembre au 20 octobre 1940 résidant à Saint-Nazaire.

Liste dactylographiée (simple) du recensement des Juifs de l'arrondissement de Saint-Nazaire [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée (simple) du recensement des Juifs de l’arrondissement de Saint-Nazaire [ADLA 1694W25]

Samuel JANOWSKI est né le 30 août 1901 à Rawa (Pologne) [Père : Chil Alter et Mère : Jenta Zelda YASKOVITCH] et est marié avec Tauba KIERSZ [Père : Joseph KIERSZ et mère : Hava GOLDFARB] née le 29 décembre 1894 à Rawa (Pologne). Samuel est arrivé en France en 1923 et doit prouver sa nationalité, le consul général de Pologne à Paris en 1929 l’ayant destitué de sa nationalité, il devient donc apatride. Il s’adresse à l’Office des réfugiés russes afin d’établir un certificat de naissance.

Archives de l’OFPRA [en ligne]

Le couple a un enfant Suzanne née le 03 juin 1930 à Paris (12ème arrondissement). La famille réside en 1936 au 40, rue du Ruisseau dans le 18ème arrondissement à Paris et Samuel exerce la profession d’ouvrier tailleur et travaille dans la maison LOWINSKI 9, rue des Guillemites dans le 4ème arrondissement.

Recensement 1936 quartier Clignancourt D2M8_675
Recensement 1936 quartier Clignancourt D2M8_675

En 1938, il demande un titre d’identité et de voyage pour se rendre à Londres.

Dossier de JANOWSKI Samuel [Archives Nationales, 19940455/0040]
Dossier de JANOWSKI Samuel [Archives Nationales, 19940455/0040]

La famille est arrêtée le 16 juillet 1942 au château de la Chataigneraie de Langeais (Indre-et-Loire) où elle s’était réfugiée et déportée par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942. Leur fille Suzanne, 12 ans, n’étant pas déportable en juillet 1942, est dirigée sur le camp de la Lande à Monts près de Tours. Elle est à son tour déportée par le convoi numéro 36 du 23 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz.

Listes convoi numéro 8 et 36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Tauba 47 ans et Suzanne 12 ans ont été exterminés à Auschwitz. Samuel est survivant en 1945 d’abord dirigé sur Birkenau puis sur Dachau d’où il est libéré. Après-guerre, il revient sur Pornic où il réside chez un ami : Monsieur LAVIGNE, villa « Les Fougères », boulevard Thiers à Pornic. Il témoignera par écrit des circonstances de décès de Gustave LEVY à sa veuve. Samuel s’occupera des formalités administratives auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre après-guerre pour son épouse. un acte de décès sera établi pour Suzanne en …2014.

NATANSON Moïse, Aline, Nelly (NR)

Moïse NATANSON 1933 [4M949]
Moïse NATANSON 1933 [ADLA, 4M949]
Rosa WITMAN
Rosa WITMAN
Aline SCHARAPAN
Aline SCHARAPAN
Nelly SCHARAPAN
Nelly SCHARAPAN

Moïse NATANSON (prénom usuel Maurice) est réfugié avec sa fille Aline et sa petite-fille Nelly au Clion-sur-Mer entre 1939 et 1940.

Né le 15 avril 1883 à Odessa [Père : Chaya NATANSON né en 1850 à Odessa et Mère : Fenia BASKIN née également à Odessa en 1854], Moïse a suivi des études d’Art en Russie, en Espagne puis en France et exerce la double profession de photographe et d’artiste peintre. Il avait fuit l’Ukraine pour émigrer en Europe occidentale suite aux pogroms dans la ville d’Odessa. Il vit une relation amoureuse avec Rose WITMAN, plumassière de profession puis marchande ambulante en bonneterie et de cette relation va naître Aline (né le 19 juin 1913, Paris 14ème arrondissement). Le couple ne vivra pas ensemble mais Moïse s’occupera toujours de sa fille qui sera par ailleurs assez proche de sa mère.

Aline, sténo-dactylo de profession, va se marier le 19 décembre 1935 à Paris (11ème arrondissement) avec Félix SCHARAPAN de profession fourreur. Peu de temps après naît en 1936 Nelly. Félix SCHARAPAN fait son service militaire à partir de 1937 d’une durée de deux ans, sera de suite incorporé dans le 68ème Régiment d’Infanterie de Forteresse, 2ème bataillon, sera fait prisonnier de guerre et sera incarcéré pendant toute la durée de la guerre en Allemagne.

Au début de la guerre, Aline vit avec sa petite-fille et sa mère à Paris dans le 18ème arrondissement. Moïse quant à lui décide de quitter la capitale le 26 septembre 1939 et se rend au Clion-sur-Mer avec sa fille Aline et certainement sa petite-fille Nelly avec peut-être Rosa. La famille vit dans un premier temps dans la villa Ker Germaine rue de Malmy puis Villa Ker Carlos dans la même rue. La famille quitte le Clion-sur-Mer au cours du printemps 1940, peut-être après, mais avant septembre/octobre 1940.

Suite aux mesures antisémites concernant les commerces juifs, le commerce de bonneterie de Rosa est aryanisé, le stock de marchandises est vendu et dépourvue de ressources, elle va, par l’intermédiaire du dispensaire située à côté de chez elle, garder des enfants chez elle et ainsi pouvoir subvenir à ses besoins. Aline va trouvez un emploi de sténo-dactylo à l’UGIF (Union Générale des Israélites de France) organisme créé à l’initiative du gouvernement de Vichy pour regrouper les différentes associations communautaires d’entraide pour ainsi mieux les contrôler mais également contrôlée par les Autorités Allemandes.

Moïse est arrêté à son domicile dans son atelier parisien le 21 août 1941 en présence du docteur OSENAT qui était venu se faire faire son portrait puis interné à Drancy. Il s’attendait à son arrestation et avait déjà préparé une petite valise pressentant les évènements qui allaient arriver. Il avait emmené avec lui à Drancy des fusains et va réaliser le portrait de sa petite file Nelly à partir d’une photographie qu’il avait emmenée avec lui. Dans le train qui le mène à Auschwitz, il jettera le dessin par la fenêtre qui parviendra miraculeusement à la famille. Il est déporté par le convoi numéro 12 du 29 juillet 1942 de Drancy à Auschwitz.

Liste convoi numéro 12 du 29 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 12 du 29 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Il décède le 03 septembre 1942 à Auschwitz, il avait 59 ans.

Moïse NATANSON Auschwitz Death Registers, The State Museum Auschwitz-Birkenau
Moïse NATANSON [Auschwitz Death Registers, The State Museum Auschwitz-Birkenau]

Aline, sa fille, sera arrêtée dans les locaux de l’UGIF où elle travaille comme sténo-dactylo au 29 rue de la Bienfaisance à Paris, elle est dénoncée puis internée à Drancy le 30 juillet 1943. Lors de son internement à Drancy, Aline SCHARAPAN porte le matricule 3.619. Le 28 septembre 1943, elle est affectée au service de la buanderie comme laveuse. En novembre 1943, elle fait partie des internés catégorie C3. Elle est déportée vers Bergen-Belsen en juin 1944. Elle réussit à s’évader du train.

Juste après l’arrestation de sa mère, Rosa et Nelly se cachent dans une chambre de bonne et Nelly sera envoyée en province et restera cachée en Sarthe jusqu’à la Libération.

Ma mère est arrêtée, donc là je vais le soir dans la chambre de bonne et là c’est le moment où les enfants commencent à être en danger. Donc il y a des organisations dont l’OSE, merci l’OSE, un organisme de secours aux enfants qui existe toujours aujourd’hui d’ailleurs, qui est organise des colonies de vacances, etc., qui a fait un travail énorme et qui a mis en place des structures de cache d’enfants et qui sous-traitaient avec d’autres organismes, bon enfin, bon. Et c’est comme ça que, ça j’ai su après, l’OSE ça je mélange un peu ce que j’ai appris plus tard mais sur le moment si je reviens à cette période, moi petite enfant de six ans, je ne savais rien de tout ça. Je sais simplement qu’un monsieur vient, je ne me rappelle même pas avoir quitté ma grand-mère et je me retrouve dans un train. Je ne me rappelle avoir quitté ma grand-mère. Je veux dire, la mémoire est sélective et je pense qu’elle est bien faite aussi parce que je ne me rappelle pas le fait que j’ai quitté Paris, je ne me rappelle pas de ça.C’est-à-dire que le traumatisme, je pense aurait été tellement fort qu’on tire rideaux, la mémoire ne fonctionne plus, elle se bloque et ça me protège, de souffrir ou de la folie ou quelque chose comme ça parce que je ne me rappelle, j’ai dit au revoir au monsieur. Forcément, après j’ai su que c’était un monsieur Landeau qui faisait les passes et qui est venu, mais je ne me rappelle pas d’un monsieur qui est venu me chercher, je ne me rappelle pas avoir été dans un train, mais bien évidemment j’ai dû prendre le train pour aller dans Sarthe parce que ça je sais que c’était dans Sarthe. Mais je ne me rappelle pas physiquement du fait. Tout s’est brouillé, c’est-à-dire que je me rappelle très bien que j’avais quatre ans, mon grand-père me peignait, ça ma mémoire fonctionne, où j’étais plus âgée où il se passe des choses physiques que ma mémoire a occultées. Donc on peut faire vraiment des analyses sur le fonctionnement de la mémoire, là je pense. Bon, tout ça c’est une parenthèse qui est peut-être aussi, a son intérêt quand même.

Entretien avec Antoine VITKINE du 30 septembre 2005. Le vidéogramme de cet entretien est en ligne à cette adresse : https://entretiens.ina.fr/memoires-de-la-shoah/Scharapan/nelly-scharapan/biographie

Aline, sa fille, effectuera les démarches de rectification d’Etat Civil auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre concernant son père après-guerre.

Dossier d’étranger de Moïse NATANSON [ADLA 4M949]

ANGEL Vidal, Lucie [142]

Vidal et Lucie ANGEL [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Haïm Youda (prénom usuel Vidal] ANGEL est né le 15 novembre 1908 à Smyrne (Turquie) grande ville turque située au bord de la mer Egée [Père : ANGEL Isaac et Mère : Sarota dite Sarah ADATO]. Isaac et Sarah vont avoir sept enfants dont Vidal. Les aînés apprennent le français dans une école de l’Alliance Israëlite Universelle créée par des Juifs français au XIXème siècle. Isaac est sabotier puis représentant. Au moment du déclenchement de la première guerre mondiale, Isaac est incorporé dans l’armée turque et meurt du typhus en 1919. Sarah ANGEL connaît des moments difficiles, veuve avec 7 enfants, et toute la famille migre en France en 1922. Vidal ANGEL habite chez ses parents au 63, rue Sedaine dans le 11ème arrondissement à Paris de 1922 à 1925. Il commence à travailler à l’âge de 15 ans comme marchand forain puis va occuper de 1925 à 1927 un emploi d’ouvrier modeleur à la Fonderie Jacques au 39, rue Popincourt dans le 11ème arrondissement à Paris. C’est là qu’il prend son indépendance et va habiter au 24 bis avenue Georges Clémenceau à Nanterre.
De 1927 à 1929, il reprend le métier de marchand forain, déménage et habite au 11 rue Pache (11ème arrondissement) à 10 minutes à pied de sa mère. Il n’y réside que peu, quelques jours par trimestre, mais cette proximité permet à Vidal de rester en contact avec sa famille.
Le 02 mars 1929 [Paris, 11ème arrondissement], il se marie avec Lucie AROUETE (prononcé Arouété) [Père : AROUETE Samuel, commerçant et Mère : Ora (ou Oro) ADATO] née le 11 novembre 1909 à Paris (11ème arrondissement), Vidal a alors vingt ans et Lucie 19 ans. Juste après leur mariage et jusqu’en 1936, le couple qui n’aura pas d’enfant va habiter au 53, rue Sedaine à Paris (11ème].

Acte mariage ANGEL/AROUETE [Archives Municipales du 11ème arrondissement]
Acte mariage ANGEL/AROUETE [Archives Municipales du 11ème arrondissement]
Bulletin de mariage de Vidal ANGEL et Lucie AROUETE [DAVCC 21 P 418 413]
Bulletin de mariage de Vidal ANGEL et Lucie AROUETE [DAVCC 21 P 418 413]

Lucie perd de fait sa nationalité française en se mariant avec Vidal, citoyen turc, mais celui-ci effectue une demande de naturalisation en 1936 qu’il obtient par décret du 22 janvier 1937. Lucie est alors réintégrée dans la nationalité française. Le couple a entre temps déménagé à Longwy (Meurthe-et-Moselle) au 4, rue du Colonel Merlin. Vidal quitte son emploi de marchand forain pour cette fois-ci s’installer dans une boutique de lingerie/bonneterie qu’il tient au 41 bis, rue de l’abbé Henrion : « Au Soldeur Parisien ».

A l’entrée en guerre, Vidal est mobilisé (80ème Régiment d’Infanterie), est blessé gravement aux yeux [opéré] et revient fin septembre 1939 rejoindre Lucie à Pornic quai Leray. Les populations civiles de l’Est de la France ont été évacuées dès l’entrée en guerre dans un premier temps dans les villes des départements de l’Est les plus éloignées de la ligne Maginot puis dirigées dans des départements assignés où qu’elles choisissent. Il semblerait qu’une relation professionnelle ait permis au couple de profiter d’une opportunité pour se diriger vers le département de Loire-Inférieure. Vidal et Lucie sont rejoints par Salomon, son frère avec son épouse et ses sept enfants venant de Lille qui logent à Pornic/Tharon-Plage ainsi que par sa mère Sarah (née en 1877) et par sa tante Oro (née en 1881) et son oncle Samuel époux de Oro né en 1885 venant de Paris qui eux logent à Gourmalon à Pornic, Villa Les Genêts. C’est donc un total de 14 personnes qui se retrouvent vers Pornic/Tharon en septembre/octobre 1939.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, tous les Juifs doivent se faire recenser auprès des préfectures/sous-préfectures/mairies/commissariats des lieux où ils habitent. Vidal se fait recenser le 08 octobre 1940 auprès de la Préfecture de Loire-Inférieure.

Extrait registre dactylographié du recensement arrondissement de Nantes [ADLA 1694W25]
Extrait registre dactylographié du recensement arrondissement de Nantes [ADLA 1694W25]

Son nom va être reporté sur la liste dactylographiée de l’arrondissement de Saint-Nazaire où il est enregistré sous le numéro 142.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Suite à la deuxième ordonnance allemande du 18 octobre 1940, Vidal est obligé de déclarée son entreprise comme « Juive » auprès des autorités préfectorales et c’est ce qu’il fait le 13 novembre 1940. Il déclare son commerce de Longwy, il lui est désormais interdit de le tenir, un administrateur provisoire sera nommé et le commerce sera vendu.

Ordonnances allemandes [ADLA 1694W20]

Déclaration entreprise juive [ADLA 1694W23]

A l’automne 1940 puis en décembre 1942, le tampon juif est apposé sur les cartes d’identité et cartes d’alimentation. Vidal ANGEL est venu récupérer la sienne le 05 novembre 1941.

Registre de distribution des cartes d’alimentation [Archives Municipales de Pornic, H15]

Vidal et Lucie ANGEL sont arrêtés le 16 juillet 1942 à leur domicile.

liste approximative des arrestations [ADLA 1694W25]
liste approximative des arrestations [ADLA 1694W25]

Ils sont transférés sur Nantes puis au Grand Séminaire à Angers et inscrits sur la liste de départ du convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz.

Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Vidal ANGEL n’a pas été déporté par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz. Le convoi numéro 8 est un convoi particulier dans lequel est censé se trouver uniquement des personnes en âge de travailler. Les enfants (accompagnés du père ou de la mère ou du grand-père ou de la grand-mère) sont dirigés vers le camp de La lande à Monts près de Tours ainsi que les personnes de plus de 55 ans. Par ailleurs, 14 hommes et 15 femmes sont rayés de la liste du convoi pour être déposés à Drancy. Les raisons de cet arrêt restent à ce jour inconnues. Comme le souligne Serge Klarsfeld, il peut s’agir d’un arrêt du à un problème de nationalité et par ailleurs, ces 29 personnes sont pour la plupart très âgées. Vidal s’est arrêté à Drancy (peut-être du à son grave problème d’oeil du à sa blessure de septembre 1939) et a été enregistré dans le camp de Drancy sous le numéro matricule 26020.

Fiches d’internement du Camp de Drancy [Archives Nationales, F9/5676]

Vidal ANGEL a très probablement été déporté de France (numéro de convoi inconnu) et a été sélectionné à Auschwitz pour rentrer dans la partie concentrationnaire du camp. Les quelques listes ou fiches d’enregistrement retrouvées en 1989 atteste qu’il y est décédé le 10 mars 1943. Vidal avait 34 ans. Sarah recevra une lettre de Haute-Silésie en 1943.

Death Book of Auschwitz [Yad Vashem en ligne]
Death Book of Auschwitz [Yad Vashem en ligne]

Son épouse Lucie est elle déportée par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942, le train y arrivant le 23 juillet. En l’absence d’information, elle a été déclarée « Morte en déportation » 2 jours après l’arrivée du convoi. Lucie avait 32 ans.

Journal Officiel ANGEL Lucie
Journal Officiel ANGEL Lucie

En août 1942, Sarah ANGEL, la mère de Vidal, apprenant les arrestations, écrit au Préfet de Loire-Inférieure pour savoir où se trouvent les familles arrêtées.

Lettre de Sarah ANGEL au Préfet de Loire Inférieure du 13 août 1942 [ADLA 1694W25]

Alors que la lettre de Sarah ANGEL montre une profonde détresse face aux arrestations de sa famille, la réponse du Préfet de Loire-Inférieure est brutale dans sa froideur administrative.

Une plaque en mémoire de la famille ANGEL a été inaugurée en avril 2018.

Un témoin direct a réuni une importante documentation à cette adresse : http://cetaitautemps.e-monsite.com/pages/autour-d-esther-angel/vidal-angel-et-lucie-arouete.html dans laquelle nous avons repris quelques éléments.

Sarah ANGEL s’occupera des formalités administratives après-guerre de l’ensemble de la famille dont Vidal et Lucie auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

REISELSON Jules, Rachel [135]

Joudel (prénom usuel Jules) REISELSON est né le 02 avril 1872 à Varsovie (Pologne) marié à Varsovie en 1899 avec Ruchla (prénom usuel Rachel) BARTMANN née le 08 septembre 1871 à Varsovie (Pologne). Le couple a trois enfants dont Tauba mariée avec Haïm dit Victor FLORES présente avec toute sa famille à La Baule ainsi que la famille SISSA elle aussi reliée par mariage avec la famille FLORES. Les trois familles vont se faire recenser successivement auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Jules REISELSON est arrivé en France le 28 mars 1904 et il exerce la profession de bonnetier/mercier/passementier (en 1920) habitant à cette date au 99, rue Oberkampf dans le 11ème arrondissement à Paris. Il a fait une première demande de naturalisation en 1920 mais sa demande est ajournée en 1922 (il s’est engagé en 1914 mais a été ajourné pour raison de santé et je cite « n’a donc rendu aucun service au pays »). Il renouvelle sa demande en 1925 et il est naturalisé par décret du 13 avril 1927 paru au Journal Officiel de la République Française les 25 et 26 avril 1927. Les deux enfants qui ne sont pas mariés sont intégrés d’office dans la nationalité française, ce qui n’est pas le cas de la fille ainée mariée en 1918.

extrait JORF 25-26 avril 1927

L’épouse de Jules, Rachel est elle intégrée à la nationalité française par mariage en vertu d’un article du code civil, naturalisation qui sera publiée au même Journal Officiel.

extrait JORF 25-26 avril 1927

Jules REISELSON va se déplacer auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou commissariat de la Baule) entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 et est enregistré sous le numéro 135. Il réside alors Avenue de la Petite Vitesse à La Baule.

Extrait liste dactylographiée du recensement [ADLA 1694W25]

Les époux REISELSON quittent La Baule entre le 26 novembre et le 25 décembre 1940 pour Paris. (en même temps que les familles SISSA et FLORES).

Contrôle de déplacement des israélites [ADLA 1694W25]

Jules et Rachel REISELSON n’ont pas été déportés.

BOROWSKI Wolf, Fanny, Jacques, Michel, Maxime [132]

Michel BOROWSKI 2010 [https://yadvashem-france.org/medias/cache/ff/8d/ff8d164dccca6fb1ee4cb05dd96a0261.jpg]

Wolf BOROWSKI est né le 16 avril 1904 à Varsovie (Pologne) et est arrivé en France en février 1924. Il est marié depuis le 28 juin 1928 (Paris, 10ème arrondissement) avec Frajda (prénom usuel Fanny) KLAPISCH née KURCTAG née le 30 décembre 1907 à Kolo (Pologne). Le couple a trois enfants : Jacques Simon (prénom usuel Jacques) , Michel et Maxime né à La Baule à la fin de l’été ou au début de l’automne 1940.

Acte de mariage [Archives de Paris, 10M412]
Acte de mariage [Archives de Paris, 10M412]

Peu de temps après son arrivée en France, Wolf BOROWSKI s’installe en tant que fourreur dans un commerce à Paris au 40 rue d’Enghien à Paris (10ème arrondissement). Son père exploitait le même type de commerce à Varsovie. La marchandise provient des marchés de pelleterie de Londres et Wolf BOROWSKI importe les peaux brutes pour créer des modèles de fourrure (manteau, jacquettes…).

Le 03 septembre 1939, la famille se réfugie à La Baule et Wolf va louer un commerce au 35, avenue de la Gare à La Baule à Monsieur Godin, propriétaire également du Royal Océan à La Baule.

Publicité dans l’hebdomadaire « la Mouette » 22 octobre 1939

En mars 1940, Wolf BOROWSKI effectue une demande de carte d’identité pour étranger pour le département de Loire-Inférieure mais cette demande malgré un avis favorable de la Préfecture va lui être refusée par la Chambre de Commerce. Son commerce n’a pu donc ouvrir que de septembre 1939 à avril 1940.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Wolf BOROWSKI se déclare en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou commissariat de la Baule) sous le numéro 132.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Obéissant à la 2ème ordonnance allemande du MBF, Wolf déclare son entreprise comme israélite auprès de la sous-préfecture de Loire Inférieure le 31 octobre 1940, déclaration transmise à la Préfecture le 11 novembre 1940. Sauf que Wolf commet une erreur sur cette déclaration déclarant le chiffre d’affaires de son magasin à Paris (qui est en plus fermé).

Déclaration d’entreprise juive [ADLA 1694W23]

Les procédures d’aryanisation débutent au tout décembre 1940 et suite à la déclaration de Wolf BOROWSKI, les autorités préfectorales tentent de vendre un commerce qui n’existe plus.

Dossier d'aryanisation Wolf BOROWSKI [Archives Nationales, AJ38/4600 dossier n°9563]
Dossier d’aryanisation Wolf BOROWSKI [Archives Nationales, AJ38/4600 dossier n°9563]

La famille BOROWSKI quitte La Baule pour Paris au 40, rue d’Enghien Paris (10ème arrondissement) le 25 novembre 1940.

Contrôle de déplacement des étrangers [ADLA 1803W106]
Contrôle de déplacement des étrangers [ADLA 1803W106]

Contrôle de déplacement des israélites [ADLA 1694W25]

La famille rentre à la Baule (date inconnue) et se réinstalle au 35, avenue de la Gare.

Alors qu’une rafle se prépare à La Baule en juillet 1942, M. Henri Gillot, commissaire de Police qui connaît bien les Borowski, vient prévenir Wolf et lui conseille de partir aussitôt avec sa famille. Pour les aider, le commissaire Gillot les met en rapport avec le docteur Malécot, qui se propose d’emmener la famille Borowski jusqu’à Angers.

L’aîné des enfants, Jacques, se trouve à Paris chez son oncle et c’est Fanny BOROWSKI qui l’enlève de l’école juive Lucien de Hirsch (Paris) où il avait été placé avant que les enfants de l’école ne soient déportés.

Le commissaire Gillot avait, en 1934, épousé en Algérie – où il était en fonction – une femme juive, la mère de ses enfants.

Le docteur Malécot était bien connu des gendarmes puisque durant les 50 ans de son activité médicale, il donnera gratuitement des soins aux militaires de la gendarmerie et à leurs familles tant à Fresné-sur-Loire qu’à La Baule.

La nuit même, le docteur Malécot transporte en ambulance, Wolf Borowski, son épouse et les deux enfants les plus jeunes, âgés de 2 ans et 5 ans.

Ils passent les barrages de Saint-Nazaire et de Nantes sans encombres. En effet, l’ambulance transporte Wolf, grand malade alité dont la tête est bandée, et Michel qui a le bras plâtré.

Ils arrivent ainsi à Angers. Le docteur Malécot les conduit à la gare et les installe dans un train pour rejoindre la zone non occupée, via Lyon. Ils arriveront à Eaux-les-Bains (Creuse) où ils sont accueillis par des amis de la famille et resteront cachés jusqu’à la fin de la guerre.

Après la Libération, Wolf Borowski revient avec sa famille à La Baule. Il peut récupérer son commerce de fourrures.

Naturellement, les Borowski revoie le commissaire Gillot, qui avait pris sa retraite, et le docteur Malécot, élu maire-adjoint de La Baule-Escoublac de 1945 à 1959.

En 1957, Michel doit se présenter au conseil de révision pour faire son service militaire et être envoyé en Algérie. Le docteur Malécot, chef de service du conseil de révision, l’examine et déclare qu’il n’est pas bon pour le service…

En 1959, lors de ses obsèques, pris en charge par la commune, le docteur Dubois, sénateur-maire de La Baule, dira du docteur Malécot :  » Son attitude pendant l’occupation fut toute de dignité et d’espoir. Ouvertement il faisait part à tous de ses certitudes et il engagea plus d’une fois sa responsabilité pour tenter de secourir nos compatriotes menacés par l’occupant « .

Le docteur Dubois ajoutera :  » Il est mort pauvre comme bien des hommes qui tout au long de leur vie ont plus donné d’eux-même que besogné pour leur propre compte. À ce titre aussi, il mérite et notre longue affection et notre souvenir qui ne sauraient être un instant affaiblis par l’adieu que nous lui portons « .

Les descendants du docteur Malécot et du commissaire Gillot recevront la médaille de « Juste parmi les Nations » en janvier 2010.

source : https://yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-11480/

Dossier Police de Sûreté dit Fonds de Moscou de Wolf BOROWSKI [Archives Nationales, 19940434/0502]

FRANCO Mordehaï, Perla, Denise (129)

Photographies de Mordehaï FRANCO 1933, 1935, 1937 [ADLA 4M665]

Photographies de Perla FRANCO 1934, 1936, 1938 [ADLA 4M665]

Mordehaï FRANCO est né à Constinople en 1905 [Père : Nissim FRANCO et Mère : BROUDO Doudou]. Perla FRANCO est née FRESCO née le 01 juillet 1906 à Constantinople. [Père : Haïm FRESCO et Mère : BAROUCH Rose].

Mordehaï FRANCO arrive de Constantinople en 1925 avec son épouse Perla. Ils s’étaient mariés à Constantinople auparavant et à Paris naît leur seule et unique enfant en 1927 : Denise. Puis ils et se dirigent vers Saint-Nazaire dans un premier temps pour tenter de rejoindre le Vénézuela, la majorité des Franco ayant émigré vers ce pays. La ligne de la Compagnie Générale Transatlantique permettait de se diriger vers les pays d’Amérique du Sud, le frère de Mordehaï était déjà présent à Caracas. Mordehaï ne s’entend pas avec son frère du Vénézuela mais tente de renouer le contact pour émigrer. Il laisse Perla à Saint-Nazaire, se rend à Caracas. Là-bas, les relations familiales sont difficiles et Mordehaï rentre à Saint-Nazaire.

La famille s’installe en tant que marchand forain à partir de 1933 où elle vend sur les marchés des articles de bonneterie/lainages. La famille réside dans un premier temps au 44, rue d’Anjou puis déménage au 15, rue du Prieuré à Saint-Nazaire.

Registre commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]

Entre le 27 septembre et le 20 octobre, Perla FRANCO se déplace à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour se déclarer en temps que Juif sous le numéro 129.

Extrait liste dactylographiée du recensement Saint-Nazaire 08 novembre 1940 [ADLA 1604W25]

Mordehaï ne se déclare pas en tant que chef de famille. L’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 prévoit qu’est considéré comme Juif toute personne qui a au moins trois grands-parents juifs ou si l’épouse est juive, deux grands-parents.

Ordonnance allemande du 27 septembre 1940 [ADLA 1694W20]

Mordehaï va effectuer des démarches pour prouver qu’il a moins de trois grand-parents juifs et va se présenter à la Kreiskommandantur à Saint-Nazaire avec les documents nécessaires. Il obtiendra satisfaction ce qui explique que son nom n’apparaisse pas sur la liste de recensement mais uniquement celui de son épouse.

Dossier d’aryanisation Mordehaï FRANCO [Archives Nationales AJ38/4598 dossier n°2532]

Dans le même temps il déclare son entreprise auprès des services de la sous-préfecture de Saint-Nazaire le 11 novembre 1940.

Les scellés ont été apposés le 03 décembre 1940 sur la pièce servant au stockage des marchandises mais eu égard à la déclaration de Mordehaï à la sous préfecture, ceux-ci sont levés trois semaines plus tard le 23 décembre 1940. Il sera rayé de la liste des commerçants israëlites.

La famille décide de quitter Saint-Nazaire, sommée de quitter de la zone cotière interdite quitte Saint-Nazaaire au début de l’année 1942.

Courrier du sous-préfet de Saint-Nazaire au Préfet de Loire-Inférieure du 25 novembre 1941 concernant le refoulement des israélites étrangers [ADLA 1694W25]

Mordehaï et Perla FRANCO avaient un ami qui était leur fournisseur en bonneterie à Paris, grossiste, Jacques SOLOMONOFF, originaire de Bulgarie, de la ville de Roussé (ou Ruse) sur le Danube à la frontière de la Roumanie.

Jacques SOLOMONOFF est marié avec Amy (ou Emmy) une fille de l’Assistance Publique de confession protestante. Ils n’ont pas d’enfants et habitaient Levallois-Perret, villa Chaptal et ils décident d’héberger le couple Franco et leur fille Denise de 1941/1942 à 1944. La famille Franco va donc rester plus de deux ans à Paris cachée dans une cave, la cave de la villa. Par prudence, ils ne sortent que la nuit. Il semble que la famille FRANCO sur Saint-Nazaire ait été prévenue d’éventuelles arrestations par une personne d’où leur départ de Saint-Nazaire avant les arrestations de juillet 1942.

En 1948, Jacques SOLOMONOFF dont la situation financière s’est nettement améliorée à la fois en tant que grossiste et propriétaire d’une boutique dans le Sentier reçoit son neveu, Jacques (Isaac) MELAMED [Melamed veut dire professeur, maître d’école en hébreu]. Celui-ci, qui ne connaît pas la langue française et qui parle le ladino communique aisément avec la famille Franco, elle-même parlant le ladino Il deviendra le futur mari de Denise.

Peu de temps auparavant, une partie de la famille MELAMED était partie faire la guerre aux Anglais en Israël, passant par Chypre puis la Palestine. Jacques MELAMAED quant à lui part vers l’Italie avec 15 dollars den poche. Il va y rester six mois avant de pouvoir émigrer vers la France. Jacques SOLOMONOFF réussit à lui faire obtenir un visa comme réfugié politique et l’avait inscrit comme étudiant à HEC à Paris où il va rester une année.

A la fin de la guerre, la famille (Franco et Perla) est relogée à Pornichet en attendant que la ville de Saint-Nazaire se reconstruise et s’occupe d’un magasins de vêtements professionnels « Chez Marcel », magasin au départ situé en face des Halles de Saint-Nazaire puis avenue de la République à Saint-Nazaire et qui continue aujourd’hui à vendre le même type de vêtements.

Denise et Jacques s’installe également à Pornichet et Jacques va tenir un commerce sur Saint-Nazaire : « France-Mailles », 88, avenue de la République. Mordehai et Perla habite avenue Edouard Vaillant et Jean-Jacques et Denise habitent Villa « Kromn Na » avenue Louise à Pornichet. Le commerce « France-Mailles » sera tenu de 1953 à 1984. La vendeuse s’appelle Yvette Samzun (mariée à Yvon Samzun) et le fils d’Yvette, David, n’est autre que le maire de Saint-Nazaire.

Denise, Perla et Mordehaï FRANC0 devant le magasin « France Mailles » à Saint-Nazaire (1954/1955)
Collection particulière

Mordehai et Perla ainsi que Denise et Jacques continuent à faire les marchés, l’installation de deux boutiques étant pour eux l’aboutissement d’une vie professionnelle.

Mordehaï et Perla FRANCO sont naturalisés français le 15 avril 1949 (dossier de naturalisation 2862X49) et notifiés de leur nouvelle nationalité le 19 mai 1950.

Les deux époux décèdent d’un accident domestique dans leur appartement en 1958 au retour d’une compétition de billard, grande passion de Mordehaï FRANCO. Ils sont enterrés au cimetière juif de Pantin (division 58).

Mordehaï FRANCO et son petit fils Jean-Jacques
[La photo de 1,50 m par 0,80 cm trônait dans le Grand Café à Saint-Nazaire. Lors de la réhabilitation du lieu, la photo a été récupérée par la famille]
Collection particulière

KAPELUSCHNICK Bernard, Cécile, Maurice [126]

Bernard KAPELUSCHNICK est né le 05 avril 1908 à Plauen (Allemagne) [Père : Owsei KAPELUSCHNICK de profession fourreur et Mère : Doba SCHEWKEWICZ domicilés au Raincy, 64 allée Notre Dame des Anges] . En France depuis 1913, il est marié avec Cirla dite Cécile CHISTER née le 10 mai 1912 à Rachevatz (Russie) [Père : Hérich Haïm dit Henri CHISTER et Mère : Bluma dite Marguerite SESSER domiciliés dans le 3ème arrondissement à Paris au 58, rue Charlot]. Le mariage a lieu dans le 3ème arrondissement le 26 novembre 1931. Le couple a un enfant prénommé Maurice né le 24 août 1932 à Paris (12ème arrondissement).

Acte de mariage KAPELUSCHNICK/CHISTER [AD75/3M266]

Ne pouvant fournir d’acte de naissance nécessaire à son mariage, Cécile va s’adresser à l’Office des Réfugiés Russes pour obtenir un certificat en octobre 1931.

Archives OFPRA [OR041]

Bernard KAPELUSCHNICK est naturalisé par décret en application de l’article 6, paragraphe 1er de la loi du 10 août 1927 paru au JORF p. 5920 du 27 mai 1928 [Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6531074v/f12.image.r=KAPELUCHNICK

A l’été 1937, Bernard KAPELUSCHNICK s’installe en tant que fourreur à Saint-Nazaire dans un magasin prénommé « Au Tigre Royal » puis qui change de dénomination pour s’appeler « Au Renard Bleu » situé au 24, rue Villès-Martin. La famille habite 4 bis, place Marceau.

Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
Plan Saint-Nazaire in "Raconte-nous Saint-Nazaire
Plan Saint-Nazaire in « Raconte-nous Saint-Nazaire

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se déclare en tant que Juif à la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 126.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Suite à la même ordonnance allemande, Bernard déclare son commerce le 25 octobre 1940 et envoie tous les renseignements demandés à la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Déclaration d’entreprise juive [ADLA 1694W23]

Les scellés sont apposés sur le commerce le 04 décembre 1940 par le commissaire de police du 1er arrondissement de Saint-Nazaire Monsieur MASSONI et un inventaire est dressé 3 jours plus tard par Eugène CLEMENT, huissier de justice, 5, rue du Bois Savary. Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire, est nommé administrateur provisoire du commerce le 28 janvier 1941 qu’il vend à Monsieur Raymond THOMAS, négociant en fourrure à Saint-Brieuc, 1 place du Martray moins de deux mois plus tard le 26 mars 1941. La vente sera régularisée devant notaire, Maître Lunaud à Saint-Nazaire.

Le même Raymond THOMAS qui profite du faible coût d’achats des commerces juifs achètera peu de temps après un autre commerce de fourrure à Nantes, celui de Monsieur ELIE rue Franklin.

Dossier d’aryanisation de Bernard KAPELUSCHNICK [Archives Nationales, AJ38/4597 dossier n°2520]

Bernard, Cécile et Maurice qui ont quitté Saint-Nazaire pour une destination inconnue au printemps 1941 n’ont pas été déportés. Ils sont réfugiés en 1945 à Saint-Brieuc 14, rue du Maréchal Foch et demandent à changer de nom pour le transformer en KAPEL. [JORF du 01 novembre 1945].