FISCHER Max, Suzanne, Jacques, Pierre [74]

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à gauche, Max FISCHER et sur le marchepied de la voiture à droite Suzanne FISCHER © collection particulière Odile Dreyfuss

Eléments biographiques :

Frédéric Max FISCHER (prénom usuel Max) est né le 09 janvier 1892 à Paris (10ème arrondissement). Son père Emanuel exerce la profession de fourreur tandis que sa mère Ricke (née EISENMANN) n’exerce pas de profession. Ils habitent alors 9, Faubourg Saint-Denis (10ème arrondissement).

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Acte de naissance de Max FISCHER [Archives Municipales de la ville de Paris, 10ème arrondissement, acte d’état civil, en ligne]

Max Fischer se marie le 24 juin 1924 à SAINT-MIHIEL (Meuse) avec Suzanne Louise (prénom usuel Suzanne) SEE née le 22 janvier 1893 à SAINT-MIHIEL dont le père Ernest SEE exerce la profession de boucher et dont la mère Zérette (née LEVY) n’exerce pas de profession. A sa naissance, Suzanne habite rue Basse à SAINT-MIHIEL.

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Acte de naissance de Suzanne SEE [Archives Départementales de la Meuse, actes d’état civil, en ligne]

La famille habite en 1931 au 8, rue du Général Pershing à SAINT-MIHIEL : Max et son épouse Suzanne, les deux enfants (Jacques né le 19 mai 1925 à SAINT-MIHIEL et Pierre né le 26 mars 1928 à SAINT-MIHIEL). Max est représentant de commerce.

Par ailleurs, dans le même logement se trouvent Ernest SEE, le père de Suzanne qui exerce la profession de boucher à l’Union des Coopératives de Lorraine et son épouse Zérette.

La famille en 1939 habite 24, avenue des Roches à Saint-Mihiel.

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Liste nominative du recensement de 1931 [Archives Départementales de la Meuse, en ligne]

L’arrivée en presqu’île :

Les autorités militaires françaises avaient établi un plan d’évacuation des populations civiles des départements limitrophes de la ligne Maginot en cas de conflit. Les populations sont dirigées  par commune vers les zones les plus éloignées de la zone limitrophe avec l’Allemagne.

Le 05 septembre 1939, la famille FISCHER accompagnée de Ernest SEE arrive en Loire-Inférieure à La Baule plus précisément dans le quartier de La Baule-les-Pins et loge Villa La Pinada, allée du Parc.

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Villa LA PINADA, allée du Parc, La BAULE ©collection particulière

La villa est composée au rez-de-chaussée d’une entrée,  d’un salon salle à manger, d’une cuisine et d’un WC, à l’étage salle de bains et trois chambres dont deux équipées de cabinet de toilettes et au sous-sol, une quatrième chambre avec salle d’eau, WC, chaufferie et buanderie. Celle villa appartient à Monsieur Henri ISIDOR, négociant, habitant au moment de la construction au 48, bis rue d’Auteuil (16ème arrondissement). La villa a été construite en 1930 par l’entreprise Marcel RIGAUD sous la direction de l’architecte René PERRET. Dans le même temps, après un échange de terrain, les enfants de Monsieur ISIDOR faisaient construire une villa  : la villa LE PARADOU jumelle de la villa La Pinada.

Nous ne connaissons pas exactement la raison pour laquelle la famille loge dans cette villa mais il est vraisemblable que la villa a été prêtée : Henri ISIDOR et son épouse sont originaires de l’Est de la France et Henri travaille dans le même univers professionnel que Max. Par ailleurs, Maître THUILLIER dans un de ses rapports précise que : « Il m’a été confirmé par le propriétaire que les clés de ce chalet étaient restées aux mains du gardien installé, Monsieur FISCHER…« . Max FISCHER aurait été donc le gardien de la villa.

Les persécutions :

Entre le 27 septembre 1940 et le 20 octobre 1940, les Juifs de l’arrondissement de Saint-Nazaire sont sommés de se présenter à la sous-préfecture ou dans les commissariats pour s’enregistrer en tant que Juif suite à la parution de la première ordonnance allemande du 27 septembre 1940 définissant le statut du Juif et obligeant au recensement.

ordonnance 27 septembre 1940

Le registre comme indiqué dans le courrier du sous-préfet répertorie les chefs de famille avec nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité… Ce registre de la sous-préfecture a disparu. Seule subsiste la liste dactylographiée transmise au Préfet au 08 novembre 1940. La famille FISCHER s’est fait recenser en numéro 74 sur cette liste suivi par le père de Suzanne, Ernest SEE.

Liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Par ailleurs, Maxime FISCHER ne peut plus travailler et les différentes mesures anti-sémites visant à désocialiser les Juifs s’appliquent de plein fouet : interdiction d’aller sur la plage, interdiction d’aller au cinéma, interdiction d’avoir un poste de TSF, apposition de la mention Juif sur sa carte d’identité ou son récépissé par  décision du 13 octobre 1940 du chef de l’administration allemande en France jusqu’au mois de novembre 1940 suivi de l’apposition de la mention Juif sur les cartes d’identité et cartes d’alimentation (français et étrangers) par la 8ème ordonnance allemande datée du 28 mai 1942, publiée le 01 juin 1942 et rendue obligatoire le 07 juin 1942…

La Villa La Pinada :

La villa La Pinada est pillée intégralement peu après le départ de la famille Fischer. Prévenu par la police allemande, le gendarme Henry Puren de la brigade de La Baule constate à la fois le cambriolage et le pillage de la villa. Les deux témoins interrogés affirment qu’à plusieurs reprises les soldats allemands ont visité la villa et que par ailleurs, la villa jumelle, Le Paradou appartenant à Monsieur CAILLET a également été cambriolée.

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Dossier de réquisition de la villa La Pinada AMLB 4H386
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Dossier de réquisition de la villa La Pinada AMLB 4H386

En novembre 1942, le Commissariat Général aux Questions Juives envoie un courrier au Préfet de Loire-Inférieure au sujet des biens immobiliers juifs susceptibles d’être vendus. La villa La Pinada qui appartient à Henri ISIDOR qui habite alors 48, rue d’Argenteuil à Asnières et qui est juif est flanquée d’un administrateur provisoire en la personne de Maître THUILLIER, ancien avoué habitant l’immeuble « Les Brisants » au Pouliguen au 25 novembre 1942. Il fait réaliser un inventaire en février 1943  par Pierre SIMON, huissier de justice à Saint-Nazaire accompagné de Monsieur Alexandre CHEVREL de la mairie de La Baule et d’un serrurier, Monsieur LETEXIER et un bon de réquisition au profit des troupes d’occupation est signé à compter du 1er janvier 1943 avec accord des autorités allemandes.

Démissionnaire pour « raisons de santé » Maître THUILLIER est remplacé dans son rôle d’administrateur provisoire par Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce au Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire et qui a déjà aryanisé les 43 commerces de la presqu’île. Celui-ci fait réaliser un deuxième inventaire en février 1943 par Monsieur BATILLAT, architecte, et qui réduit la valeur du bien de 30%. pour tenter de le vendre.

Entre temps, Maître THUILLIER envoie ses honoraires au CGQJ mais qui, trouvant la note trop salée, refuse de payer.

En mars 1943, l’on s’aperçoit que la villa est occupée depuis juillet 1942 par Raymonde LEFEVRE agent de la « Gestapo », ancienne tenancière du bar Le Bec Fin à Pornichet et protégée par les services de police allemande (Ce dont Maître THUILLIER s’était aperçu, d’où la raison de sa démission). Aucun loyer ne sera versé aux administrateurs provisoires malgré leurs très nombreuses réclamations.

La villa au final ne sera jamais vendue.

[Source : dossiers d’aryanisation du Commissariat Général aux Questions Juives, Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine, AJ/38/4599 dossier 8059]

Les arrestations  et déportations :

Elles ont lieu les 15, 16 et 17 juillet 1942. Un document concernant l’arrestation d’une famille à Saint-Nazaire atteste que celle-ci a été arrêtée le 14 juillet au soir. Elle est organisée en amont par les autorités françaises qui rendent compte tous les jours des arrestations en cours et matériellement, ce sont  les autorités allemandes (sans doute le GFP Geheime FeldPolizei présent à Saint-Nazaire) qui se chargent des rafles. Aucun document n’atteste de la présence de policiers ou gendarmes français lors de ces arrestations dans l’arrondissement ce qui ne veut pas dire que ceux-ci n’ont en rien participé aux arrestations ailleurs dans le département.

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Courrier du Chef d’Escadron LECOMTE au Préfet de Loire-Inférieure concernant les arrestations à Mauves et Gorges du 15 juillet 1942 [ADLA 1694W25]

Dans le même temps, le préfet de la Meuse demande des renseignements auprès de la Préfecture de Loire-Inférieure au sujet de la famille de la FISCHER où il est précisé que celle-ci a été arrêtée le 16 juillet 1942.

Contrôle Statut des Juifs [ADLA 1694W21]

La famille FISCHER et Ernest SEE ont été arrêtés à leur domicile le 16 juillet 1942. Les personnes arrêtées sont conduites par camion bâché sur Saint-Nazaire dans le quartier de Sautron puis dirigés sur Nantes avant d’être envoyées à Angers au Grand Séminaire.

Liste provisoire des arrestations du 16 juillet 1942 [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations du 16 juillet 1942 [ADLA 1694W25]
liste arrestations du 15 juillet 1942 transmise à la préfecture d eNantes [ADLA 1694W25]
liste arrestations du 15 juillet 1942 transmise à la préfecture de Nantes [ADLA 1694W25]

La réaction de la population semble avoir été assez vive. Preuves en sont les deux commentaires que rédige le secrétaire général de la Préfecture de Loire-Inférieure dans son rapport mensuel qu’il envoie au Ministère de l’Intérieur le 01 septembre 1942 et couvrant la période juillet-août 1942.

Rapport Préfet septembre 1942
Rapport Préfet septembre 1942
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Rapport Préfet septembre 1942

A Angers, le départ du convoi est prévu pour le 20 juillet 1942. Une liste de 827 personnes est établie (hommes, femmes, enfants, nourrissons, vieillards, français et étrangers). Les enfants de moins de 16 ans (ou 14 ans) et les personnes de plus de 55 ans (ou 60 ans)  ne sont pas déportables à ce moment-là. 28 personnes sont rayées de la liste du convoi (enfants avec une personne adulte qui les accompagne, souvent la mère) dirigées vers le camp de la Lande à Monts près de Tours) tandis que 27 autres sont débarquées à Drancy.

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Max FISCHER (50 ans) et ses deux enfants Jacques (17 ans) et Pierre (14 ans) sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz le 20 juillet à 20h35.

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Liste  convoi numéro 8 Angers Auschwitz 20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne

Le convoi numéro 8 est un convoi particulier puisque quasiment exclusivement composé d’hommes et de femmes, sans enfants, en âge de travailler. A leur arrivée le 23 juillet 1942, alors que 90% des personnes déportées des autres convois sont sélectionnées pour les chambres à gaz, la quasi-totalité des déporté(e)s rentrent dans le camp. Pas d’information concernant Jacques.

Max FISCHER est décédé à Auschwitz le 19 octobre 1942 [Death Book of Auschwitz, Yad Vashem, en ligne] et Pierre est décédé le 10 octobre 1942 [Death Book of Auschwitz, Yad Vashem, en ligne].

Suzanne FISCHER (49 ans) et son père Ernest SEE (77 ans) sont débarqués à Drancy. Ils seront dirigés vers le camp de Pithiviers puis déportés par le convoi numéro 35 de Pithiviers vers Auschwitz le 21 septembre 1942. Ils ont été déclarés décédés 5 jours après l’arrivée du convoi soit le 26 septembre 1942 au Journal Officiel de la République Française.

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Liste  convoi numéro 8 vers le Stammlager DRANCY 20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne
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Liste  convoi numéro 8  20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne
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Liste  convoi numéro 35 Pithiviers Auschwitz 21 septembre 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne

En octobre 2018, le propriétaire de la villa la Pinada décide d’apposer une plaque sur la clôture de la maison en mémoire de la famille FISCHER.

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Villa La Pinada, allée du Parc LA BAULE ©collection particulière

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