SEE Ernest

Eléments biographiques :

Ernest SEE est né le 22 octobre 1864 à Damblain (Vosges) de Raphaël SEE de profession maquignon et de Charlotte CERF, sans profession. Il s’est marié à Nancy le le 22 octobre 1891 avec Zérette LEVY née le 21 octobre 1864 à Marmoutier (Bas-Rhin).

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Etat Civil, Archives Départementales des Vosges, en ligne
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Etat Civil, Archives Départementales des Vosges, en ligne

La famille habite en 1931 au 8, rue du Général Pershing à SAINT-MIHIEL où l’on apprend qu’ Ernest exerce la profession de boucher à l’Union des Coopératives de Lorraine et habitent dans le même logement sa fille Suzanne, son gendre Max FISCHER et ses deux petits-enfants : Jacques et Pierre.

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Liste nominative du recensement de 1931 [Archives Départementales de la Meuse, en ligne]

Ernest SEE (peut-être avec Zérette son épouse) accompagne la famille FISCHER et ils vont loger dans la même villa, la villa La Pinada, allée du Parc à La Baule.

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Villa LA PINADA, allée du Parc, La BAULE ©collection particulière

Entre le 27 septembre 1940 et le 20 octobre 1940, les Juifs de l’arrondissement de Saint-Nazaire sont sommés de se présenter à la sous-préfecture ou dans les commissariats pour s’enregistrer en tant que Juif suite à la parution de la première ordonnance allemande du 27 septembre 1940 définissant le statut du Juif et obligeant au recensement. Ernest SEE se déclare en tant que Juif (n°75) précédé par son gendre et toute sa famille.

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Arrestations et déportations :

Ernest SEE est arrêté dans la villa La Pinada avec sa fille, son gendre et ses deux petits-enfants le 16 juillet 1942 transportés dans un premier temps à Saint-Nazaire puis Nantes et Angers.

Liste provisoire des arrestations du 16 juillet 1942 [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations du 16 juillet 1942 [ADLA 1694W25]
liste arrestations du 15 juillet 1942 transmise à la préfecture d eNantes [ADLA 1694W25]
liste arrestations du 15 juillet 1942 (document 1944) [ADLA 1694W25]

Suzanne FISCHER (49 ans) et son père Ernest SEE (77 ans) sont débarqués à Drancy. Ils seront dirigés vers le camp de Pithiviers puis déportés par le convoi numéro 35 de Pithiviers vers Auschwitz le 21 septembre 1942. Ils ont été déclarés décédés 5 jours après l’arrivée du convoi soit le 26 septembre 1942 au Journal Officiel de la République Française.

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Liste convoi numéro 8 20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne
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Fiche d’internement d’Ernest SEE Camp de Pithiviers [Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine]

SCHAUL Ruth, Anja, Hans

Eléments biographiques :

Ruth Gustava SCHAUL (prénom usuel Ruth) née REWALD est née le 05 juin 1906 à Berlin-et plus précisément dans le quartier de Wilmersdorf. Elle est entrée en France le 21 mai 1933 avec un visa sans limitation de durée délivré par le Consulat de France à Berlin le 31 mars 1933 et visé le 16 mai 1933. De profession écrivain, elle est mariée depuis le 06 novembre 1929 à Berlin avec Hans SCHAUL né le 13 décembre 1905 à Hohensalza (Inowroclaw) en Pologne de profession avocat. Il arrive en France peu de temps après avec un visa valable deux mois délivré par le Consulat de France à Berlin visé le 20 juin 1933 et donc valable jusqu’au 20 août 1933. Les deux époux quittent l’Allemagne en raison de leurs opinions politiques et de leurs origines israélites. Hans SCHAUL qui était avocat s’est fait radié du barreau suite aux mesures antisémites entrées en vigueur deux mois après l’arrivée d’Hitler au pouvoir.  Ils habitent à leur arrivée 22, rue Hippolyte Maindron dans le 14ème arrondissement à Paris (1934) qu’ils quittent pour le 11, rue Daguerre dans le 14ème arrondissement à Paris, un appartement qu’ils louent pour 270 francs par mois. Les deux époux se font faire des cartes d’identité pour étrangers pour régulariser leur situation administrative. Leur fille, Anja SCHAUL  naît le 16 mai 1937 à Paris dans le 14ème arrondissement.

En novembre 1936, Hans s’engage dans la XIème Brigade Internationale et part en Espagne en tant que lieutenant-observateur. Blessé deux fois, il est rapatrié par train sanitaire via Cerbère et arrive en France le 28 août 1938. A son arrivée, une demande d’enquête est effectuée quant à son séjour en France et le 17 décembre 1938, il est notifié d’un refus de séjour.

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Dossier de Hans SCHAUL, Archives de la Police de Sûreté, Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine 19940474/0107

En juin 1939, Hans SCHAUL est replacé dans sa situation administrative d’origine et est donc autorisé à séjourner en France.

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Les revenus du couple sont faibles : en avril 1939, Hans émarge pour 150 francs par semaine au Comité international d’aide au peuple espagnol 1, rue de Paradis dans le 10ème arrondissement tandis que son épouse Ruth toucherait 1200 à 1500 francs par mois de droits d’auteur sur divers livres traduits au Danemark, en Suède et en Yougoslovie. En août 1939, Hans SCHAUL est trésorier pour le Comité d’Assistance aux Anciens Combattants Allemands et Autrichiens, 1, cité Paradis dans le 10ème arrondissement.

Hans SCHAUL est étroitement surveillé par la Préfecture de police de Paris avec son camarade Heinrich RAU : ancien député communiste au parlement allemand, interné de 1933 à 1936 en Allemagne, il s’évade et rejoint l’Espagne où il devient commandant de la XIème Brigade Internationale. A Paris, il est journaliste  et correspondant permanent de l’Argentisches Tageblatt, journal anti-fasciste argentin et écrit également dans le Nueva Espana, organe anti-fascite à Buenos-Aires. Il est également vice-président du  Comité d’Assistance aux Anciens Combattants Allemands et Autrichiens où Hans SCHAUL est trésorier. Ils sont suspectés d’être des agents de la GPU (police politique soviétique).

En décembre 1939, Hans SCHAUL est interné en tant que ressortissant allemand dans le Centre de Rassemblement des Etrangers, groupe 9 à Saint-Jean de la Ruelle près d’Orléans (sans doute interné dès septembre 1939) et à cette date, son épouse Ruth et sa fille Anja résident en Loire-Inférieure. Puis il est interné dans différents camps avant d’être transféré dans un camp en Algérie. Libéré par les troupes anglaises en 1943, il rejoint l’Union Soviétique en 1944 et décède à Berlin en 1988.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Ruth SCHAUL se déclare en tant que Juif à la sous préfecture de Saint-Nazaire où elle réside à Saint-Etienne de Montluc (numéro 148).

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Extrait liste dactylographiée recensement 1940 [ADLA, 1694W25]
Fiches Allemands Polonais Slovaques Autrichiens [ADLA 1694W25]
Fiches Allemands Polonais Slovaques Autrichiens [ADLA 1694W25]

Depuis 29 novembre 1940, Ruth SCHAUL et sa fille résident aux Rosiers-sur-Loire. Suite à l’ordonnance allemande qui impose un deuxième recensement en juin 1941, elle se déclare avec sa fille auprès de la mairie des Rosiers-sur-Loire qui transmet à la sous-préfecture de Saumur.

Ordonnances allemandes [ADLA 1694W20] et recensement commune des Rosiers-sur-Loire [ADML 97W39]

Elle est arrêtée le 16 juillet 1942 sans sa fille qui se trouve à l’école.

Dirigée sur le Grand Séminaire à Angers, elle est déportée par le convoi numéro 8 de Angers vers Auschwitz du 20 juillet 1942.

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Liste Convoi n°8 Angers Auschwitz 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]

Anja SCHAUL, la fille de Ruth est née le  16 mai 1937 à Paris dans le 14ème arrondissement.

Alors qu’elle est à l’école, sa mère est arrêtée. Elle est recueillie par l’institutrice Mme LEMOINE qui va s’en occuper pendant 18 mois.

Arrêtée en pleine salle de classe le 26 janvier 1944, son institutrice, Mme LEMOINE intervient auprès de l’Inspecteur d’académie pour tenter de la faire libérer.

Lettre de J. Fuster, inspecteur d'académie au Préfet du Maine-et-Loire [ADML 303W294]
Lettre de J. Fuster, inspecteur d’académie au Préfet du Maine-et-Loire [ADML 303W294]

Anja est déportée par le convoi numéro 68 au départ de Drancy le 10 février 1944. Gazée à l’arrivée, elle est déclarée décédée le 15 février 1944 au Journal Officiel de la République Française.

Liste convoi 68 Drancy Auschwitz 10 février 1944 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]
Liste convoi 68 Drancy Auschwitz 10 février 1944 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]

Ruth SCHAUL, un écrivain en exil :

En août 1937, Ruth Rewald reçoit une invitation officielle du commissaire de guerre Heiner  Rau, lui proposant de visiter le foyer pour enfants créé par les communistes à Madrid : « Le sort de ces enfants est extraordinaire et – à nos idées – digne d’ être fixé dans un beau livre et d’être connu au monde. Comme nous connaissons votre intérêt spécial pour les enfants et supposons que vous présentez un auteur capable d’écrire le livre mentionne, nous vous invitons cordialement de vivre quelques mois entre nos enfants, d’étudier leurs sorts et d’écrire un beau livre a ce sujet. »

En octobre 1937, confiant sa petite fille de cinq mois à une nourrice, Ruth Rewald arrive en Espagne, où elle reste jusqu’en février 1938. Inlassablement, elle rencontre des dizaines d’enfants, prend des notes, discute, gagne leur confiance, écrit des articles et des reportages. De retour en France, elle se consacre à la rédaction de son livre, qu’elle termine à l’automne 1938.

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00559124/document

En 1942, la Gestapo confisque tous les biens de Ruth Rewald, dont tous ses écrits, notes, courriers, photographies, manuscrits.

Dirk KRÜGER a miraculeusement retrouvé les documents dans les Archives Allemandes et réédité le livre « Vier spanische Jungen ».

Mathilde LEVÊQUE maître de conférences en littérature a consacré sa thèse sur la littérature de jeunesse franco-allemande dans les années 1930 et a consacré un chapitre de sa thèse à Ruth SCHAUL.

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à gauche, Max FISCHER et sur le marchepied de la voiture à droite Suzanne FISCHER © collection particulière Odile Dreyfuss

Eléments biographiques :

Frédéric Max FISCHER (prénom usuel Max) est né le 09 janvier 1892 à Paris (10ème arrondissement). Son père Emanuel exerce la profession de fourreur tandis que sa mère Ricke (née EISENMANN) n’exerce pas de profession. Ils habitent alors 9, Faubourg Saint-Denis (10ème arrondissement).

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Acte de naissance de Max FISCHER [Archives Municipales de la ville de Paris, 10ème arrondissement, acte d’état civil, en ligne]

Max Fischer se marie le 24 juin 1924 à SAINT-MIHIEL (Meuse) avec Suzanne Louise (prénom usuel Suzanne) SEE née le 22 janvier 1893 à SAINT-MIHIEL dont le père Ernest SEE exerce la profession de boucher et dont la mère Zérette (née LEVY) n’exerce pas de profession. A sa naissance, Suzanne habite rue Basse à SAINT-MIHIEL.

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Acte de naissance de Suzanne SEE [Archives Départementales de la Meuse, actes d’état civil, en ligne]

La famille habite en 1931 au 8, rue du Général Pershing à SAINT-MIHIEL : Max et son épouse Suzanne, les deux enfants (Jacques né le 19 mai 1925 à SAINT-MIHIEL et Pierre né le 26 mars 1928 à SAINT-MIHIEL). Max est représentant de commerce.

Par ailleurs, dans le même logement se trouvent Ernest SEE, le père de Suzanne qui exerce la profession de boucher à l’Union des Coopératives de Lorraine et son épouse Zérette.

La famille en 1939 habite 24, avenue des Roches à Saint-Mihiel.

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Liste nominative du recensement de 1931 [Archives Départementales de la Meuse, en ligne]

L’arrivée en presqu’île :

Les autorités militaires françaises avaient établi un plan d’évacuation des populations civiles des départements limitrophes de la ligne Maginot en cas de conflit. Les populations sont dirigées  par commune vers les zones les plus éloignées de la zone limitrophe avec l’Allemagne.

Le 05 septembre 1939, la famille FISCHER accompagnée de Ernest SEE arrive en Loire-Inférieure à La Baule plus précisément dans le quartier de La Baule-les-Pins et loge Villa La Pinada, allée du Parc.

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Villa LA PINADA, allée du Parc, La BAULE ©collection particulière

La villa est composée au rez-de-chaussée d’une entrée,  d’un salon salle à manger, d’une cuisine et d’un WC, à l’étage salle de bains et trois chambres dont deux équipées de cabinet de toilettes et au sous-sol, une quatrième chambre avec salle d’eau, WC, chaufferie et buanderie. Celle villa appartient à Monsieur Henri ISIDOR, négociant, habitant au moment de la construction au 48, bis rue d’Auteuil (16ème arrondissement). La villa a été construite en 1930 par l’entreprise Marcel RIGAUD sous la direction de l’architecte René PERRET. Dans le même temps, après un échange de terrain, les enfants de Monsieur ISIDOR faisaient construire une villa  : la villa LE PARADOU jumelle de la villa La Pinada.

Nous ne connaissons pas exactement la raison pour laquelle la famille loge dans cette villa mais il est vraisemblable que la villa a été prêtée : Henri ISIDOR et son épouse sont originaires de l’Est de la France et Henri travaille dans le même univers professionnel que Max. Par ailleurs, Maître THUILLIER dans un de ses rapports précise que : « Il m’a été confirmé par le propriétaire que les clés de ce chalet étaient restées aux mains du gardien installé, Monsieur FISCHER…« . Max FISCHER aurait été donc le gardien de la villa.

Les persécutions :

Entre le 27 septembre 1940 et le 20 octobre 1940, les Juifs de l’arrondissement de Saint-Nazaire sont sommés de se présenter à la sous-préfecture ou dans les commissariats pour s’enregistrer en tant que Juif suite à la parution de la première ordonnance allemande du 27 septembre 1940 définissant le statut du Juif et obligeant au recensement.

ordonnance 27 septembre 1940

Le registre comme indiqué dans le courrier du sous-préfet répertorie les chefs de famille avec nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité… Ce registre de la sous-préfecture a disparu. Seule subsiste la liste dactylographiée transmise au Préfet au 08 novembre 1940. La famille FISCHER s’est fait recenser en numéro 74 sur cette liste suivi par le père de Suzanne, Ernest SEE.

Liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Par ailleurs, Maxime FISCHER ne peut plus travailler et les différentes mesures anti-sémites visant à désocialiser les Juifs s’appliquent de plein fouet : interdiction d’aller sur la plage, interdiction d’aller au cinéma, interdiction d’avoir un poste de TSF, apposition de la mention Juif sur sa carte d’identité ou son récépissé par  décision du 13 octobre 1940 du chef de l’administration allemande en France jusqu’au mois de novembre 1940 suivi de l’apposition de la mention Juif sur les cartes d’identité et cartes d’alimentation (français et étrangers) par la 8ème ordonnance allemande datée du 28 mai 1942, publiée le 01 juin 1942 et rendue obligatoire le 07 juin 1942…

La Villa La Pinada :

La villa La Pinada est pillée intégralement peu après le départ de la famille Fischer. Prévenu par la police allemande, le gendarme Henry Puren de la brigade de La Baule constate à la fois le cambriolage et le pillage de la villa. Les deux témoins interrogés affirment qu’à plusieurs reprises les soldats allemands ont visité la villa et que par ailleurs, la villa jumelle, Le Paradou appartenant à Monsieur CAILLET a également été cambriolée.

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Dossier de réquisition de la villa La Pinada AMLB 4H386
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Dossier de réquisition de la villa La Pinada AMLB 4H386

En novembre 1942, le Commissariat Général aux Questions Juives envoie un courrier au Préfet de Loire-Inférieure au sujet des biens immobiliers juifs susceptibles d’être vendus. La villa La Pinada qui appartient à Henri ISIDOR qui habite alors 48, rue d’Argenteuil à Asnières et qui est juif est flanquée d’un administrateur provisoire en la personne de Maître THUILLIER, ancien avoué habitant l’immeuble « Les Brisants » au Pouliguen au 25 novembre 1942. Il fait réaliser un inventaire en février 1943  par Pierre SIMON, huissier de justice à Saint-Nazaire accompagné de Monsieur Alexandre CHEVREL de la mairie de La Baule et d’un serrurier, Monsieur LETEXIER et un bon de réquisition au profit des troupes d’occupation est signé à compter du 1er janvier 1943 avec accord des autorités allemandes.

Démissionnaire pour « raisons de santé » Maître THUILLIER est remplacé dans son rôle d’administrateur provisoire par Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce au Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire et qui a déjà aryanisé les 43 commerces de la presqu’île. Celui-ci fait réaliser un deuxième inventaire en février 1943 par Monsieur BATILLAT, architecte, et qui réduit la valeur du bien de 30%. pour tenter de le vendre.

Entre temps, Maître THUILLIER envoie ses honoraires au CGQJ mais qui, trouvant la note trop salée, refuse de payer.

En mars 1943, l’on s’aperçoit que la villa est occupée depuis juillet 1942 par Raymonde LEFEVRE agent de la « Gestapo », ancienne tenancière du bar Le Bec Fin à Pornichet et protégée par les services de police allemande (Ce dont Maître THUILLIER s’était aperçu, d’où la raison de sa démission). Aucun loyer ne sera versé aux administrateurs provisoires malgré leurs très nombreuses réclamations.

La villa au final ne sera jamais vendue.

[Source : dossiers d’aryanisation du Commissariat Général aux Questions Juives, Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine, AJ/38/4599 dossier 8059]

Les arrestations  et déportations :

Elles ont lieu les 15, 16 et 17 juillet 1942. Un document concernant l’arrestation d’une famille à Saint-Nazaire atteste que celle-ci a été arrêtée le 14 juillet au soir. Elle est organisée en amont par les autorités françaises qui rendent compte tous les jours des arrestations en cours et matériellement, ce sont  les autorités allemandes (sans doute le GFP Geheime FeldPolizei présent à Saint-Nazaire) qui se chargent des rafles. Aucun document n’atteste de la présence de policiers ou gendarmes français lors de ces arrestations dans l’arrondissement ce qui ne veut pas dire que ceux-ci n’ont en rien participé aux arrestations ailleurs dans le département.

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Courrier du Chef d’Escadron LECOMTE au Préfet de Loire-Inférieure concernant les arrestations à Mauves et Gorges du 15 juillet 1942 [ADLA 1694W25]

Dans le même temps, le préfet de la Meuse demande des renseignements auprès de la Préfecture de Loire-Inférieure au sujet de la famille de la FISCHER où il est précisé que celle-ci a été arrêtée le 16 juillet 1942.

Contrôle Statut des Juifs [ADLA 1694W21]

La famille FISCHER et Ernest SEE ont été arrêtés à leur domicile le 16 juillet 1942. Les personnes arrêtées sont conduites par camion bâché sur Saint-Nazaire dans le quartier de Sautron puis dirigés sur Nantes avant d’être envoyées à Angers au Grand Séminaire.

Liste provisoire des arrestations du 16 juillet 1942 [ADLA 1694W25]
Liste provisoire des arrestations du 16 juillet 1942 [ADLA 1694W25]
liste arrestations du 15 juillet 1942 transmise à la préfecture d eNantes [ADLA 1694W25]
liste arrestations du 15 juillet 1942 transmise à la préfecture de Nantes [ADLA 1694W25]

La réaction de la population semble avoir été assez vive. Preuves en sont les deux commentaires que rédige le secrétaire général de la Préfecture de Loire-Inférieure dans son rapport mensuel qu’il envoie au Ministère de l’Intérieur le 01 septembre 1942 et couvrant la période juillet-août 1942.

Rapport Préfet septembre 1942
Rapport Préfet septembre 1942
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Rapport Préfet septembre 1942

A Angers, le départ du convoi est prévu pour le 20 juillet 1942. Une liste de 827 personnes est établie (hommes, femmes, enfants, nourrissons, vieillards, français et étrangers). Les enfants de moins de 16 ans (ou 14 ans) et les personnes de plus de 55 ans (ou 60 ans)  ne sont pas déportables à ce moment-là. 28 personnes sont rayées de la liste du convoi (enfants avec une personne adulte qui les accompagne, souvent la mère) dirigées vers le camp de la Lande à Monts près de Tours) tandis que 27 autres sont débarquées à Drancy.

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Max FISCHER (50 ans) et ses deux enfants Jacques (17 ans) et Pierre (14 ans) sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz le 20 juillet à 20h35.

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Liste  convoi numéro 8 Angers Auschwitz 20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne

Le convoi numéro 8 est un convoi particulier puisque quasiment exclusivement composé d’hommes et de femmes, sans enfants, en âge de travailler. A leur arrivée le 23 juillet 1942, alors que 90% des personnes déportées des autres convois sont sélectionnées pour les chambres à gaz, la quasi-totalité des déporté(e)s rentrent dans le camp. Pas d’information concernant Jacques.

Max FISCHER est décédé à Auschwitz le 19 octobre 1942 [Death Book of Auschwitz, Yad Vashem, en ligne] et Pierre est décédé le 10 octobre 1942 [Death Book of Auschwitz, Yad Vashem, en ligne].

Suzanne FISCHER (49 ans) et son père Ernest SEE (77 ans) sont débarqués à Drancy. Ils seront dirigés vers le camp de Pithiviers puis déportés par le convoi numéro 35 de Pithiviers vers Auschwitz le 21 septembre 1942. Ils ont été déclarés décédés 5 jours après l’arrivée du convoi soit le 26 septembre 1942 au Journal Officiel de la République Française.

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Liste  convoi numéro 8 vers le Stammlager DRANCY 20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne
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Liste  convoi numéro 8  20 juillet 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne
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Liste  convoi numéro 35 Pithiviers Auschwitz 21 septembre 1942, CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne

En octobre 2018, le propriétaire de la villa la Pinada décide d’apposer une plaque sur la clôture de la maison en mémoire de la famille FISCHER.

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Villa La Pinada, allée du Parc LA BAULE ©collection particulière