WILDER Mendel, Fanny, Paul (NR)

Mendel WILDER [ADLA 4M737]

Mendel, son épouse Fanny et son fils Paul sont réfugiés à Saint-Etienne de Montluc rue de la Gare (date d’arrivée inconnue) et Mendel effectue une demande de renouvellement de carte d’identité auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire. La famille quitte l’arrondissement très peu de temps après. Max Mendel WILDER est né à Piotrkow (voïvodie de Łódź au centre de la Pologne) le 12 mai 1902 ou 25 mai 1905 [Père : Leib WILDER et Mère : Rywka SZINARAGA]. Il est marié avec Fanny WEISBERG née le 30 juillet 1902 ou 30 août 1905 à Constantinople [Les dates de naissances de Mendel et de Fanny sont divergentes entre ce qui est déclaré à Saint-Etienne de Montluc et l’acte de naissance de Paul] et le couple a un enfant : Paul né le 14 juillet 1931 à Paris (4ème arrondissement). Max exerce la profession de manoeuvre et le couple réside en 1931 au 27, rue de Saintonge dans le 3ème arrondissement à Paris.

Fiches cartonnées dossier d’étranger [ADLA 4M737]

Mendel WILDER est déporté par le convoi numéro 9 du 22 juillet 1942 de Drancy à Auschwitz où il a été exterminé à l’âge de 40 ans. Il résidait alors 3, rue Lepic à Paris dans le 18ème arrondissement. Sa femme et son fils n’ont à priori pas été déportés, Paul se mariant le 5 septembre 1962 à Neuilly avec Ginette CHEMIN et décédant le 20 mai 1969 à Paris (17ème arrondissement).

Liste convoi n°9 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]
Liste convoi n°9 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]

WULFART Max, Eugénie [70]

Max et Eugénie WULFART sont originaires de Lettonie. Max est né à Frauenburg (Saldus) le 01 janvier 1876 tandis que son épouse Eugénie KRAMER est née le 18 janvier 1882 à Riga. Ils se sont mariés le 03 avril 1901 à Riga.

Acte de mariage établi par Ch. WULFART, rabbin, Liepaja [AN, 23444X25]
Acte de mariage établi par Ch. WULFART, rabbin, Liepaja [AN, 23444X25]

2 enfants vont naître de cette union : l’aîné, Louis né le 02 octobre 1902 à Riga (Lettonie) qui exercera la profession d’ingénieur et Marius, le cadet né le 08 novembre 1905 à Paris (14ème arrondissement) qui exercera la profession d’artiste-peintre. Une erreur se glisse dans l’état civil au moment de la naissance de Marius : le nom WULFART se transforme en WOULFART.

Acte de Naissance de Marius WULFART [Archives Mairie de Paris 14N381]
Acte de Naissance de Marius WULFART [Archives Mairie de Paris 14N381]

Max et Eugénie arrivent en France en 1903. Max a alors 27 ans et Eugénie 21 ans. Il résident 235 boulevard du Faubourg Saint-Honoré à Paris (8ème arrondissement). Max est artiste-peintre et avait suivi les cours de l’académie d’Odessa avant son arrivée en France pour y étudier la peinture.

En 1925, il constitue son dossier de naturalisation et fournit les pièces administratives demandées dont un acte de mariage fourni par le rabbin Vulfarts de Liepaja (Lettonie).

En août 1926, le Préfet de Police précise que Max a obtenu la Légion d’Honneur et demande que son fils soit naturalisé en même temps que lui. En marge de ce courrier, on peut lire que même si le fils ne souhaite pas être naturalisé en même temps que ses parents, il serait regrettable de ne pas naturaliser un artiste peintre qui a du talent. De ce fait, des renseignements sont demandés auprès de l’Ecole des Beaux-Arts pour savoir si le talent de Max est prêt à servir les intérêts de la peinture française.

On apprend par ailleurs dans une lettre manuscrite de Max Wulfart, qu’il a suivi les cours de l’Ecole des Beaux-Arts, qu’il expose depuis 20 ans et qu’il a réalisé les portraits d’hommes illustres : le député Moutet, Anatole France et Albert Einstein entre autres.

 Demande manuscrite de naturalisation de Max WULFART [AN, 23444X25]
Demande manuscrite de naturalisation de Max WULFART [AN, 23444X25]

Les sommes dues pour l’enregistrement de la demande de naturalisation sont importantes (3000 francs) mais Max est un artiste bohème sans le sou. Le rédacteur de la Revue Histoire Moderne et Contemporaine va le soutenir pour écrire : « il vit au jour le jour« .

Lettre de A. Aulard, 21 janvier 1927 [ AN, 23444X25]
Lettre de A. Aulard, 21 janvier 1927 [ AN, 23444X25]

Il précise lui-même dans une lettre manuscrite son état de dénuement : « c’est la pauvreté fière et digne d’un artiste qui vit de son art mais c’est une pauvreté réelle« .

 Lettre de Max WULFART, 24 janvier 1927 [ AN, 23444X25]
Lettre de Max WULFART, 24 janvier 1927 [ AN, 23444X25]

Les époux Wulfart vont obtenir gain de cause pour au final régler la somme de 500 francs et seront naturalisés en 1927.

Max Wulfart se fait recenser dans l’arrondissement de Saint-Nazaire (numéro 070) conformément à la 1ère ordonnance allemande au 8 décembre 1940 et s’installe à Saint-Etienne de Montluc.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Sa bibliothèque, aux alentours de 339 ouvrages, à Paris va être spoliée par les Allemands en août 1943 : « Spolié en août 1943. Possédait notamment des oeuvres complètes d’auteurs français classiques et modernes, quelques livres anciens de valeur, quelques livres illustrés.« 

Bibliothèques spoliées [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Bibliothèques spoliées [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Il déposera une requête pour récupérer sa bibliothèque auprès de l’Office des Biens et intérêts privés (dossier n°646) [source : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/OBIP_-_dossiers_individuels_cle0163c6.pdf]

Max décède en 1955. Son fils Marius, le cadet, suivra les traces de son père en tant qu’artiste peintre sous le nom de Marius Woulfart et décède à Grasse en 1991.

Dossier de naturalisation de Max WULFART [Archives Nationales, 23444X25]


SCHAUL Ruth, Anja, [Hans] [148]

Eléments biographiques :

Ruth Gustava SCHAUL (prénom usuel Ruth) née REWALD est née le 05 juin 1906 à Berlin-et plus précisément dans le quartier de Wilmersdorf. Elle est entrée en France le 21 mai 1933 avec un visa sans limitation de durée délivré par le Consulat de France à Berlin le 31 mars 1933 et visé le 16 mai 1933. De profession écrivain, elle est mariée depuis le 06 novembre 1929 à Berlin avec Hans SCHAUL né le 13 décembre 1905 à Hohensalza (Inowroclaw) en Pologne de profession avocat. Il arrive en France peu de temps après avec un visa valable deux mois délivré par le Consulat de France à Berlin visé le 20 juin 1933 et donc valable jusqu’au 20 août 1933. Les deux époux quittent l’Allemagne en raison de leurs opinions politiques et de leurs origines israélites. Hans SCHAUL qui était avocat s’est fait radié du barreau suite aux mesures antisémites entrées en vigueur deux mois après l’arrivée d’Hitler au pouvoir.  Ils habitent à leur arrivée 22, rue Hippolyte Maindron dans le 14ème arrondissement à Paris (1934) qu’ils quittent pour le 11, rue Daguerre dans le 14ème arrondissement à Paris, un appartement qu’ils louent pour 270 francs par mois. Les deux époux se font faire des cartes d’identité pour étrangers pour régulariser leur situation administrative. Leur fille, Anja SCHAUL  naît le 16 mai 1937 à Paris dans le 14ème arrondissement.

En novembre 1936, Hans s’engage dans la XIème Brigade Internationale et part en Espagne en tant que lieutenant-observateur. Blessé deux fois, il est rapatrié par train sanitaire via Cerbère et arrive en France le 28 août 1938. A son arrivée, une demande d’enquête est effectuée quant à son séjour en France et le 17 décembre 1938, il est notifié d’un refus de séjour.

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Dossier de Hans SCHAUL, Archives de la Police de Sûreté, Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine 19940474/0107

En juin 1939, Hans SCHAUL est replacé dans sa situation administrative d’origine et est donc autorisé à séjourner en France.

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Les revenus du couple sont faibles : en avril 1939, Hans émarge pour 150 francs par semaine au Comité international d’aide au peuple espagnol 1, rue de Paradis dans le 10ème arrondissement tandis que son épouse Ruth toucherait 1200 à 1500 francs par mois de droits d’auteur sur divers livres traduits au Danemark, en Suède et en Yougoslovie. En août 1939, Hans SCHAUL est trésorier pour le Comité d’Assistance aux Anciens Combattants Allemands et Autrichiens, 1, cité Paradis dans le 10ème arrondissement.

Hans SCHAUL est étroitement surveillé par la Préfecture de police de Paris avec son camarade Heinrich RAU : ancien député communiste au parlement allemand, interné de 1933 à 1936 en Allemagne, il s’évade et rejoint l’Espagne où il devient commandant de la XIème Brigade Internationale. A Paris, il est journaliste  et correspondant permanent de l’Argentisches Tageblatt, journal anti-fasciste argentin et écrit également dans le Nueva Espana, organe anti-fascite à Buenos-Aires. Il est également vice-président du  Comité d’Assistance aux Anciens Combattants Allemands et Autrichiens où Hans SCHAUL est trésorier. Ils sont suspectés d’être des agents de la GPU (police politique soviétique).

En décembre 1939, Hans SCHAUL est interné en tant que ressortissant allemand dans le Centre de Rassemblement des Etrangers, groupe 9 à Saint-Jean de la Ruelle près d’Orléans (sans doute interné dès septembre 1939) et à cette date, son épouse Ruth et sa fille Anja résident en Loire-Inférieure. Puis il est interné dans différents camps avant d’être transféré dans un camp en Algérie. Libéré par les troupes anglaises en 1943, il rejoint l’Union Soviétique en 1944 et décède à Berlin en 1988.

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Ruth SCHAUL se déclare en tant que Juif à la sous-préfecture de Saint-Nazaire où elle réside à Saint-Etienne de Montluc (numéro 148).

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Extrait liste dactylographiée recensement 1940 [ADLA, 1694W25]
Fiches Allemands Polonais Slovaques Autrichiens [ADLA 1694W25]
Fiches Allemands Polonais Slovaques Autrichiens [ADLA 1694W25]

Depuis 29 novembre 1940, Ruth SCHAUL et sa fille résident aux Rosiers-sur-Loire. Suite à l’ordonnance allemande qui impose un deuxième recensement en juin 1941, elle se déclare avec sa fille auprès de la mairie des Rosiers-sur-Loire qui transmet à la sous-préfecture de Saumur.

Ordonnances allemandes [ADLA 1694W20] et recensement commune des Rosiers-sur-Loire [ADML 97W39]

Elle est arrêtée le 16 juillet 1942 sans sa fille qui se trouve à l’école.

Dirigée sur le Grand Séminaire à Angers, elle est déportée par le convoi numéro 8 de Angers vers Auschwitz du 20 juillet 1942.

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Liste Convoi n°8 Angers Auschwitz 20 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]

Anja SCHAUL, la fille de Ruth est née le  16 mai 1937 à Paris dans le 14ème arrondissement.

Alors qu’elle est à l’école, sa mère est arrêtée.

Elle est recueillie par l’institutrice Mme LEMOINE qui va s’en occuper pendant 18 mois. Le maire des Rosiers-sur-Loire, dont les raisons de ce courrier restent obscures, envoie une demande de renseignements auprès de la Préfecture du Maine et Loire sur l’accueil des enfants juifs dans les familles françaises. Le bureau IV J de la SD d’Angers lui répond que « l’hébergement d’enfants juifs dans des familles françaises est considérée comme non désirable et n’est autorisée en aucun cas« 

Cabinet du Préfet, correspondance avec la Kommandantur [ADLA 1694W26]

Arrêtée en pleine salle de classe le 26 janvier 1944, son institutrice, Mme LEMOINE intervient auprès de l’Inspecteur d’académie pour tenter de la faire libérer.

Lettre de J. Fuster, inspecteur d'académie au Préfet du Maine-et-Loire [ADML 303W294]
Lettre de J. Fuster, inspecteur d’académie au Préfet du Maine-et-Loire [ADML 303W294]

Anja est déportée par le convoi numéro 68 au départ de Drancy le 10 février 1944. Gazée à l’arrivée, elle est déclarée décédée le 15 février 1944 au Journal Officiel de la République Française.

Liste convoi 68 Drancy Auschwitz 10 février 1944 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]
Liste convoi 68 Drancy Auschwitz 10 février 1944 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]

Ruth SCHAUL, un écrivain en exil :

En août 1937, Ruth Rewald reçoit une invitation officielle du commissaire de guerre Heiner  Rau, lui proposant de visiter le foyer pour enfants créé par les communistes à Madrid : « Le sort de ces enfants est extraordinaire et – à nos idées – digne d’être fixé dans un beau livre et d’être connu au monde. Comme nous connaissons votre intérêt spécial pour les enfants et supposons que vous présentez un auteur capable d’écrire le livre mentionne, nous vous invitons cordialement de vivre quelques mois entre nos enfants, d’étudier leurs sorts et d’écrire un beau livre a ce sujet. »

En octobre 1937, confiant sa petite fille de cinq mois à une nourrice, Ruth Rewald arrive en Espagne, où elle reste jusqu’en février 1938. Inlassablement, elle rencontre des dizaines d’enfants, prend des notes, discute, gagne leur confiance, écrit des articles et des reportages. De retour en France, elle se consacre à la rédaction de son livre, qu’elle termine à l’automne 1938.

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00559124/document

En 1942, la Gestapo confisque tous les biens de Ruth Rewald, dont tous ses écrits, notes, courriers, photographies, manuscrits.

Dirk KRÜGER a miraculeusement retrouvé les documents dans les Archives Allemandes et réédité le livre « Vier Spanische Jungen ».

Mathilde LEVÊQUE maître de conférences en littérature a consacré sa thèse sur la littérature de jeunesse franco-allemande dans les années 1930 et a consacré un chapitre de sa thèse à Ruth SCHAUL.