CUKIER Laja, Ester, Anna, [Icek] (NR)

Laja CUKIER [Archives Nationales, 19940451/236]
Laja CUKIER 1938 [Archives Nationales, 19940451/236]
Laja CUKIER 1940 [ADLA 2101W603]
Laja CUKIER 1940 [ADLA 2101W603]

Laja CUKIER avec sa fille sont réfugiées à Saint-Nicolas de Redon au moins à partir du 23 juillet 1940.

Laja CUKIER née HUFAJZEN est née le 3 août 1910 à Mogielnica (Pologne) [Père : Jankiel HUFAJZEN et Mère : Malka FUDEM]. Arrivée en France le 25 décembre 1937 par la Belgique, son voyage en autocar ayant été organisé par son père, elle loge dans un hôtel et déménage le 08 janvier 1938 au 90 rue Philippe de Girard dans le quartier de La Chapelle dans le 18ème arrondissement à Paris avec son futur mari Icek CUKIER né le 04 février 1912 à Słupca (Pologne).

Icek effectue une demande de naturalisation en avril 1934. Arrivé en France le 14 février 1929 avec toute sa famille (parents + ses trois soeurs (Rosa, Minla et Golda), il réside dans un premier temps avec ses parents Mendel et Ester à Remiremont (Vosges) avant de résider à partir de 1934 au 110 boulevard de Ménilmontant dans le 20ème arrondissement à Paris jusqu’en 1936 où il réside 22 rue Basfroi dans le 11ème arrondissement. Icek ne sera pas naturalisé (présence en France de moins de 5 ans).

Le couple donne naissance le 06 novembre 1938 à Ester (ou Esther), Malka à Paris (10ème arrondissement).

Extrait Acte de naissance d’Ester CUKIER [DAVCC 21 P 439791]

Icek exerce la profession de livreur à la Maison HERSZHORN 28, rue Saint-Sébastien dans le 11ème arrondissement à Paris (octobre 1939).

Interdite de séjour pour je cite « Entrée clandestinement, sans ressources. Présence sans aucun intérêt. Comme elle n’a fait jusqu’ici aucune démarche en vue de son mariage, il y a lieu de notifier un refus de séjour« , la Préfecture de Police sursoit à l’expulsion en octobre 1939 eu égard au fait qu’elle a déjà un enfant et qu’elle souhaite se marier.

Elle se réfugie au mois de juillet 1940 dans le département de Loire-Inférieure d’abord à Plessé puis à Saint-Nicolas de Redon dans le bourg, enceinte au moment de son arrivée, avec sa petite fille de 19 mois, Ester. Icek Mayer CUKIER est lui mobilisé en 1939 au 6ème Régiment Etranger d’Infanterie et se trouve dans le 3ère Régiment de Marche des Volontaires Etrangers au camp de Barcarès (Pyrénées-Orientales) en janvier 1940.

Mémorial de la Shoah - Fonds UEVACJEA [Memoire des Hommes, en ligne]
Mémorial de la Shoah – Fonds UEVACJEA [Memoire des Hommes, en ligne]

Le 23 juillet 1940, elle effectue une demande carte d’identité pour étranger auprès de la mairie de Saint-Nicolas de Redon et quitte Saint-Nicolas de Redon pour rejoindre son domicile : 90, rue Philippe de Girard dans le 18ème arrondissement à Paris.

A son retour à Paris, naît Anna le 19 octobre 1940 dans le 18ème arrondissement.

Laja, Ester et Anna sont arrêtées le 04 février 1944. La fiche ci-dessous a servi lors de la rafle dite du Vélodrome d’hiver par les agents de police de la Préfecture de police ou des commissariats les 16 et 17 juillet 1942. La mention dactylographiée RECHERCHE sur la fiche indique que la personne mentionnée n’a pas été trouvée à son domicile lors de la rafle.

D’après la déclaration de madame MACON, ex-concierge de l’immeuble, les responsables de l’arrestation serait la Milice.

Fichier familial Préfecture Police Paris [AN F9/5609]
Fichier familial Préfecture Police Paris [AN F9/5609]

Les trois membres de la famille arrivent à Drancy le jour même et sont enregistrés dans le camp sous les numéros 13995, 13996 et 13997.

Cahier de mutations Drancy [Archives Nationales]

A son arrivée à Drancy, Laja CUKIER est dépossédée de tous ses biens, à savoir la somme de 4000 francs (vraisemblablement toutes ses économies) et un bracelet montre en métal jaune.

Carnet de Fouilles Laja CUKIER [CDJC/mémorial de la Shoah, en ligne]
Carnet de Fouilles Laja CUKIER [CDJC/mémorial de la Shoah, en ligne]

Laja et ses deux filles Ester et Anna sont déportées par le convoi 68 du 10 février 1944.

Laja 33 ans, Ether 5 ans et Anna 3 ans et demi ont été exterminées à Auschwitz.

Icek n’a pas été déporté. Affecté dans un régiment étranger rattaché à la Légion Etrangère en 1939/1940, le 6ème REI, dont une partie se dirige sur le Liban, il est présent en 1946 à Beyrouth. C’est de là qu’il écrit au moins deux lettres l’une le 15 août 1946 et l’autre le 30 octobre 1946 et supplie toutes les autorités pour retrouver ses deux filles et son épouse qu’il espère toujours vivantes

Lettre d’Icek-Mayer CUKIER au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du 15 août 1946

Lettre d’Icek-Mayer CUKIER au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du 30 octobre 1946

Il associe également dans ce courrier sa soeur Golda CUKIER épouse BRAJTERMANN, son beau-frère Isaac BRAJTERMANN, son neveu André BRAJTERMANN et sa deuxième soeur Mindla CUKIER [ZABIZNY] dont le mari a été prisonnier de guerre. Tous ont été déportés de France vers Auschwitz d’où ils ne sont pas revenus.

Icek Mayer déposera des demandes auprès du Ministère des Anciens Combattants et Prisonniers de Guerre pour rectification des actes d’état civil et obtention des statuts de déporté politique après-guerre.

WEILL Robert, Cécile [27]

Cécile WEILL [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Cécile WEILL [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Robert Simon WEILL (prénom usuel Robert) est né à Bordeaux le 20 août 1880 [Père : Léopold WEILL, négociant et Mère : Lydie RODRIGUES]. Il épouse Cécile CERF [Père : Léopold WEILL et Mère : Henriette rachel TORRES] née le 26 septembre 1882 à Paris dans le 10ème arrondissement à Paris. Le couple a une fils : Henry-Léopold né le 11 juin 1908.

Acte de naissance et de mariage de Robert WEILL et de Cécile CERF [Archives Mairie de Paris, Mairie de Bordeaux et Archives Nationales de Belgique, en ligne AD075EC_V4E_03827_0043, 1E318]

Le mariage a lieu en Belgique, à Bruxelles le 11 mars 1907 car Cécile y réside, Robert habitant à ce moment-là à Château-Renault en Indre-et-Loire. Un enfant naîtra de cette union.

[DAVCC 21 P 691 846]
[DAVCC 21 P 691 846]

Robert WEILL qui est employé d’industrie en 1900 est ajourné pour son service militaire pour « faiblesse » puis est affecté pendant la 1ère guerre mondiale le 13 juin 1917 au 83ème Régiment d’Artillerie Lourde puis au 2ème Cuirassiers le 30 octobre 1917. Il est détaché à l’Usine SCAP à Courbevoie en 1918 puis au 23ème Régiment d’Infanterie Coloniale le 03 avril 1918. Pendant un moins, du 13 septembre au 13 octobre 1917, il est affecté aux Etablissements Citroën à Paris.

Registre Matricule de Robert WEILL [AD33, 1R1160]
Registre Matricule de Robert WEILL [AD33, 1R1160]

Nous ne connaissons pas la date d’arrivée des époux à Saint-Brévin. Ils se font recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 conformément à la 1ère ordonnance allemande obligeant les Juifs au recensement sous le numéro 27.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA, 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA, 1694W25]

Les époux quittent Saint-Brévin au 18 septembre 1941 pour la région nantaise où ils résident dans une petite commune : le Loroux-Bottereau, rue des Nonnains dans le bourg. La soeur de Cécile, Madame CERF, y réside déjà au 1, rue Armand Gauthier.

En janvier 1943, la Préfecture demande aux époux WEILL de se présenter afin d’apposer le tampon « Juif » sur leurs différents titres d’alimentation. Robert WEILL enverra sa carte de tabac et ses cartes d’alimentation et textile pour lui et son épouse.

Robert est arrêté le 26 janvier 1944 au Loroux-Bottereau parce que Juif avec son épouse. Il est précisé lors de son arrestation que Robert ne porte pas l’insigne. Ils sont emmenés par camion sur Nantes le jour même puis internés à Drancy à compter du 29 janvier 1944 puis déportés par le convoi numéro 68 du 10 février 1944 de Drancy à Auschwitz. Robert avait 63 ans et son épouse 61 ans.

Henry-Léopold WEILL s’occupera après-guerre de la régularisation de l’Etat-civil de ses parents auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

ROSENTHAL Marthe, Gilbert, Sylvie [144]

Sylvie ROSENTHAL [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Sylvie ROSENTHAL [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Marthe ROSENTHAL née LEISCHENER est née le 14 novembre 1901 à Paris (6ème arrondissement) [Père : LEISCHENER Joseph né le 10 juillet 1871 à Paris (11ème arrondissement), ferblantier et FELDMANN Dora, née le 19 novembre 1872 à Kichinev, couturière]. Kichinev actuelle Chișinău, capitale de la Moldavie, est tristement célèbre pour ses deux pogroms de 1903 et 1905.

Joseph LEISCHENER, le père de Marthe était artisan ferblantier, plusieurs fois primé au concours Lépine. Il a effectué son service militaire à Toul et pendant la guerre de 1914-1918 fut renvoyé dans ses foyers pour charge de famille (six enfants). Il décède en 1940 lors de l’exode.

Elle se marie avec David ROSENTHAL né à Podu-Turc le 16 février 1894 [Père : Michel né en 1857 à Podo-Turc et Mère : Mina ZELIKOVITCH née en 1862 à Podo-Turc également] , employé de commerce au moment de son mariage, roumain d’origine, le 26 août 1924 à Paris (15ème arrondissement). De cette union vont naître deux enfants : Gilbert né le 25 septembre 1927 à Paris (14ème arrondissement) et Sylvie née le 08 juin 1930 à Paris (13ème arrondissement). Le couple est séparé depuis 1937 et David exploite un commerce de fournitures pour tailleurs tandis que Marthe, au départ vendeuse en chaussures, s’occupe de ses enfants.

Actes d’état civil Mairie de Paris [V4E_08587 et 15 M312, en ligne]

Acte de mariage ROSENTHAL/LEISCHENER [Dossier naturalisation David ROSENTHAL AN BB/11/9790 dossier n°3267X27]
Acte de mariage ROSENTHAL/LEISCHENER [Dossier naturalisation David ROSENTHAL AN BB/11/9790 dossier n°3267X27]

David est arrivé en France le 11 novembre 1920 en provenance de Bucarest et réside successivement entre début 1921 et août 1924 au 53 rue de la Roquette (11ème arrondissement) chez Mme Veuve LEVY puis à partir d’août 1924 au 9 rue Philibert Lucot (13ème arrondissement) au moins jusqu’en 1929, date à laquelle il commence à constituer son dossier de naturalisation.

Il laisse en Roumanie sa mère Mina ZELIKOVITCH à qui il envoie de temps à autres des subsides et ses trois frères et quatre soeurs (Lifca épouse LEIBOVICI née en 1882 couturière à Podo-Turc, Berthe ou Betty épouse ROSAN née en 1887 ménagère à Gallatz puis épicière à Braïla, Bernard né en 1889 tailleur à Gallatz, Goldita épouse BAROZZI née en 1893 brodeuse à Bucarest, Elie né en 1895 coiffeur puis marchand forain à Focșani, Fany épouse GOLDENBERG née en 1896 ménagère à Bucarest et Haïm né en 1904 typographe puis coiffeur à Bucarest). En avril 1930, il est naturalisé français. Auparavant, en 1926, il avait effectué une demande d’admission à domicile, statut intermédiaire entre celui d’étranger et celui de citoyen français. Il est à cette époque représentant depuis 1922 de la mercerie Léon 23, rue des Francs Bourgeois (4ème arrondissement à Paris).

Papier à en-tête de la maison LEON [Dossier naturalisation David ROSENTHAL AN BB/11/9790 dossier n°3267X27]

Sa demande est ajournée au prétexte que David n’a pas « rendu service à la cause des Alliés » et dans l’attente de la survenance d’un enfant.

La date d’arrivée sur la presqu’île nous est inconnue et Marthe ROSENTHAL se fait recenser entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 à la mairie de Pornic sous le numéro 144. Elle habite alors Rue des Sables villa Ker Phi-Phi rue de la Terrasse à Pornic. Sa mère, Dora LEISCHENER âgée de 68 ans, est également présente ainsi que son frère Lucien.

Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Villa Ker Phi-Phi, rue des Sables, Pornic © collection particulière

Marthe ROSENTHAL est également recensée sur le registre manuscrit et dactylographié de l’arrondissement de Nantes.

Déclaration des entreprises juives novembre 1940 [ADLA 1694W21]

Suite au recensement, marchande foraine en tissus, ne pouvant plus exercer son commerce sur les marchés, Marthe ROSENTHAL se trouve dans une situation catastrophique qu’elle expose au Préfet de Loire-Inférieure, demandant à se faire rayer de la liste de recensement.

Courrier de Marthe ROSENTHAL au Préfet de Loire-Inférieure, sans date [ADLA 1694W21]
Courrier de Marthe ROSENTHAL au Préfet de Loire-Inférieure, sans date [ADLA 1694W21]

En novembre 1941, Marthe ROSENTHAL réécrit au Préfet de Loire-Inférieure exposant sa situation. Suite au deuxième recensement des Juifs de juin 1941, et toujours dans l’espoir de se faire rayer des listes de recensement, elle a fait baptiser ses enfants en août 1941 ainsi qu’elle même par l’abbé Jean-Louis CORBINEAU, curé de Pornic.

Lettre de marthe ROSENTHAL au Préfet de Loire-Inférieure 18 novembre 1941 [ADLA 1694 W 21]
Lettre de Marthe ROSENTHAL au sous-préfet de Loire-Inférieure 18 novembre 1941 [ADLA 1694 W 21]

Certificats de baptême [ADLA 1694W21]

Bureau de bienfaisance Abbé Corbineau [Archives Municipales de Pornic, D2]
Bureau de bienfaisance Abbé Corbineau [Archives Municipales de Pornic, D2]

La réponse de la sous-préfecture de Saint-Nazaire d’une froideur absolue ne permet pas à Marthe ROSENTHAL d’obtenir ce qu’elle souhaite.

Lettre sous-préfecture/préfecture 18 décembre 1941 [ADLA 1694W21]
Lettre Sous-Préfecture/Préfecture 18 décembre 1941 [ADLA 1694W21]

Marthe ROSENTHAL récupère pour elle et ses deux enfants ses cartes d’alimentation auprès de la mairie de Pornic.

Marthe et ses deux enfants sont arrêtés entre le 15 et le 17 juillet 1942, transférés sur Nantes puis sur Angers.

La plus jeune, Sylvie, non déportable à ce moment-là en raison de son âge, est rayée de la liste du convoi numéro 8 et est transférée sans sa mère ni son frère au Camp de la Lande à Monts près de Tours. Transférée fin août 1942 à Drancy, elle est déportée par le convoi numéro 36 le 23 septembre 1942 de Drancy vers Auschwitz. Elle a été gazée à l’arrivée du convoi. Elle avait 12 ans.

Registre chronologique entrées/sorties Camp de la Lande [ADIL 120W18]
Registre chronologique entrées/sorties Camp de la Lande [ADIL 120W18]
Fiche d’internement de ROSENTHAL Sylvie [Drancy Enfant AN F9/5747]

Fille de Monsieur Rosenthal, propriétaire d’un magasin de fournitures pour tailleurs, contigu de celui de Monsieur Osvald. Ce dernier a demandé à l’adopter auprès du Commissariat Général aux Questions Juives, après le départ de son père aux Armées. Elle avait trouvé refuge à Pornic avec sa mère et son frère, avant d’être internée à l’âge de 12 ans au camp de la Lande à Monts (Indre et Loire). Source :
Notice biographique, Mémorial de la Shoah

Marthe et son fils ainé, Gilbert sont déportés par le convoi numéro 8 d’Angers vers Auschwitz le 20 juillet 1942. Marthe avait 40 ans et Gilbert 14 ans. Son frère Lucien, âgé de 33 ans, a été déporté par le convoi n° 01 au départ de Drancy par Compiègne vers Auschwitz le 27 mars 1942 et est décédé un mois après son arrivée le 14 avril 1942. Dora LEISCHENER, la mère de Marthe et Lucien, présente à Pornic en même temps que sa fille, n’a pas été déportée.

Liste convoi 8 et convoi 36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Les actes de décès seront retranscrits tardivement en 2014 pour Gilbert et Sylvie au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

David sera dénaturalisé par la commission de révision des naturalisations dans la séance du 21 juin 1941 après-midi par décret du 11 novembre 1941 publié au JO du 17 novembre 1941 et notifié de la décision le 25 novembre 1941. Il n’est pas déporté.