SCHATZ Ludmilla, Nadine, [Rosalia] [118]

Ludmilla Bluma SCHATZ (ou Loudmilla) est née le 10 novembre 1896 à Toultchine ou Toultchyn (Ukraine). [Père : SCHATZ Aaron né en 1865 et Mère : SCHATZ Rosalia née WOURGAFT né le 20 mai 1875 à Toultchine (Ukraine)].

Ludmilla faisait partie d’une famille de quatre enfants nés de parents juifs dans une petite ville industrielle en Ukraine du Sud-Ouest quand la zone faisait partie de la Russie tsariste. Ludmilla a grandi à Odessa, mais elle et sa mère ont quitté la région en 1919, époque pendant laquelle le père de Ludmilla a été tué pendant la guerre civile russe. Ludmilla et sa mère ont tout d’abord émigré en Roumanie.  Ludmilla arrive en France le 18 janvier 1923 pour y exercer la profession de pianiste avec un visa sans limitation de durée. Son premier mari s’appelle Maurice MICZNIK avec qui elle s’était mariée le 1er novembre 1922 à Parlita (Roumanie) dont elle divorce en avril 1926 à Paris puis rencontre Jakiel NAJMAN un écrivain d’origine polonaise avec qui elle divorcera également. Ils s’étaient installés près de Paris, à Bagneux. Le couple donne naissance à une fille, Nadine née le 10 septembre 1930 à Boulogne-Billancourt (Seine-et-Oise).

Acte naissance de Nadine NAJMAN [Archives d'Etat civil, mairie de Boulogne-Billancourt]
Acte naissance de Nadine NAJMAN [Archives d’Etat civil, mairie de Boulogne-Billancourt]

Le 29 décembre 1936, Jakiel NAJMAN demande la nationalité française pour Nadine devant un juge de paix.

ADML 120W63
ADML 120W63

Sa famille est déjà présente en France : sa soeur Cécile DRODOVSKY (naturalisée française) et qui exerce la profession d’ingénieur-chimiste et son frère Boris SCHATZ qui exerce la profession de chef-comptable et traducteur de langues étrangères.

Ludmilla qui est de nationalité roumaine maîtrise parfaitement la langue française et possède un diplôme équivalent au baccalauréat.

En 1933-1935, Ludmilla tient une pension de famille « La Lisière » à Boyardville, île d’Oléron.

Venant du 18, rue Brochant dans le 17ème arrondissement à Paris elle effectue un déplacement à Saint-Georges-de-Divonne (commune la plus près de l’île d’Oleron desservie par le train) le 01 juillet 1935 et rentre à Paris à la fin de la saison le 04 octobre 1935 à la même adresse.

Boulevard de la Caserne, emplacement de la pension « la Lisière » [Actuellement, 168, avenue de la plage à Boyardville]

Témoignage de Fred JZQL : La pension été la maison de mes arrières grands-parents Elie CHAUVEL. A l’origine c’était la ferme de Boyardville. Après la guerre, mes grands-parents qui vivaient dans la ferme familiale, louaient l’été la maison aux estivants qui s’appelait toujours « La Lisière ».
Ma grand-mère se souvenait des touristes russes et elle parlait quelques mots de russe.
En 1991, nous avons détruit la maison avec regret pour en construire une neuve…
La propriété est toujours dans la famille, cela depuis 1860 environ.

Dans la cour intérieure, il y a un tilleul de plus de 100 ans que Loudmilla a cotoyé.
Il y avait 4 bâtiments soit 8 chambres, 4 cuisines, les WC extérieurs. La propriété se trouve au 168 avenue de la plage maintenant.

Puis le 1er juillet 1936, Ludmilla tient une pension de famille à Saint-Marc Ker Yannick pension créée en 1920 mais qui avait fait faillite en 1935. La pension est la propriété de Monsieur Arsène VIAUD, 35, rue de la Trinité à Saint-Nazaire.

registre du commerce du Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
registre du commerce du Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire [ADLA 22U152]

Elle effectue de nombreux déplacements de Paris vers Saint-Nazaire/Saint-Marc : entre le 25 juin 1938 venant de Paris vers Saint-Nazaire et le 07 octobre 1938 retour vers Paris et à la mi-avril 1939.

La pension de famille reçoit une clientèle pendant la saison balnéaire presque exclusivement étrangère (russes, tchécoslovaques, roumains et anglais)

Elle obtient sa carte de commerçant étranger le 25 février 1940 après dépôt de dossier, approbation de la sous-préfecture de Saint-Nazaire et de la chambre de commerce de Nantes qui eu égard à sa présence en France lui accorde de « façon exceptionnelle » l’autorisation d’exploiter la pension de famille.

Les allemands occupent Saint-Marc-sur-Mer en juin 1940. Elle se déclare sur les listes de recensement au 08 novembre 1940 sous le numéro 118 entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940.

Extrait liste dactylographiée recensement Juifs 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Conformément à la 2ème ordonnance allemande du 18 octobre 1940, Ludmilla SCHATZ déclare son commerce auprès des services de la sous-préfecture les 31 octobre et 09 novembre 1940.

Les mesures d’aryanisation commencées en décembre 1940 vont s’intensifier au cours du premier semestre 1941. Les autorités allemandes , lors de la pose des scellés sur les magasins israélites de l’arrondissement de Saint-Nazaire avaient autorisé exceptionnellement le maintien en activité des hôtels, pensions de famille et magasins d’alimentation. Néanmoins, de nombreux contrôles sont effectués pour vérifier le « désenjuivement » des commerces.

Courrier du capitaine PERSUY au Préfet de Loire-Inférieure du 13 juin 1941 [ADLA 1694W26]

L’ordonnance du 26 avril 1941 du Chef militaire des autorités allemandes en France prescrivant la fermeture des industries hôtelières, Ludmilla SCHATZ écrit à la Kreiskommandantur de Saint-Nazaire via la sous-préfecture pour obtenir un délai de trois semaines afin de liquider son commerce, trouver un logement et un emploi, ce qui lui est accordé.

De fréquents contrôles tant du côté allemand que français ont lieu pour vérifier que les Juifs ont effectivement cessé toute activité. C’est le cas en juillet 1941 où des renseignements sont demandés par les autorités allemandes au sujet de l’ouverture du commerce. Les autorités françaises répondent favorablement à la demande allemande pour je cite « Monsieur DAUCE, agent de police à Saint-Marc, peut certifier que Ludmilla SCHATZ a exercé le métier de logeuse après le 20 mai 1941« .

Correspondance avec la Kommandantur (Nantes) [ADLA 1694W26]

La pension « Ker Yannick » cesse définitivement son activité le 17 juin 1941 et Arsène VIAUD, le propriétaire vend le fonds à madame PRAT. Ludmilla SCHATZ est rayée du registre du commerce et du rôle de la patente. Ludmilla SCHATZ réside alors Villa Perce-Mousse sur le boulevard de ceinture à Saint-Marc.

Lettre de Ludmilla SCHATZ à la sous-préfecture de Saint-Nazaire 09 juillet 1941 [Dossier d’aryanisation de Ludmilla SCHATZ, AN AJ/38/4598 dossier n°2527]

Lettre du Service de Contrôle des Administrateurs Provisoires à la Préfecture de Nantes du 13 décembre 1941 [AN AJ/38/4598 dossier n°2527]
Lettre du Service de Contrôle des Administrateurs Provisoires à la Préfecture de Nantes du 13 décembre 1941 [AN AJ/38/4598 dossier n°2527]

Nadine, qui est scolarisée à l’Ecole Publique de Saint-Marc passe son Certificat d’Etudes en mai 1941. D’abord absente vers le 20 mai 1941, elle est présente vers le 23 mai 1941. C’est une des plus jeunes à être présentée au certificat d’études.

Ludmilla va se déplacer avec sa famille vers la ville des Ponts-de-Cé dans le Maine-et-Loire. Puis habite à Angers, 16, rue Dacier le 03 décembre 1941. Pour subvenir à ses besoins, à celle de sa fille et sa mère, Ludmilla donne des leçons de piano à son domicile.

Elle est arrêtée avec sa fille et sa mère Rosalia WOURGAFT.

Ludmilla a été livrée ensuite aux autorités allemandes à Angers. Ils l’ont informée qu’elle serait envoyée pour « marcher à l’Est ».

Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Le 20 juillet 1942, Ludmilla a été déportée à Auschwitz par le convoi numéro 8 d’Angers, où elle a par la suite péri. Elle avait 45 ans.

Sa fille Nadine, 12 ans, est dans un premier temps pris en charge par son institutrice et directrice de l’école communale, Mme BODY qui habite au 7bis, rue Dacier dans l’école où Nadine est scolarisée et qui connaissait donc très bien toute la famille puisque voisine.

Recherches dans l’intérêt des famille [ADML 303W295]

Nadine est ensuite emmenée aux Ponts-de-Cé dans la propriété de Mme FAJGENBAUM où les enfants non arrêtés en juillet 1942 ont été rassemblés. Nadine SCHATZ étant âgée de 12 ans et n’étant pas déportable en juillet 1942, elle est dirigée vers le Camp de La Lande à Monts près de Tours avec sa grand-mère puis fin août 1942, elles sont dirigées toutes les deux vers Drancy puis seule, Nadine est dirigée vers Pithiviers.

Elle est déportée seule, sans sa grand-mère par le convoi numéro 36 du 23 septembre 1942 de Pithiviers à Auschwitz.

Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Fiche de SCHATZ Nadine [Fichiers Préfecture Individuel Enfant F9/5673]
Fiche de SCHATZ Nadine [Fichiers Préfecture Individuel Enfant F9/5673]
Liste convoi numéro 35 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 35 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Rosalia WOURGAFT, la grand-mère de Nadine et mère de Ludmilla est déportée par le convoi 38 du 28 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz.

Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Liste convoi n°36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi n°36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Jenny GRAIFER et Anna VOITINSKY témoigneront sur le site de Yad Vashem en mémoire de Ludmilla, Nadine et Rosalia SCHATZ en 2004 et en juillet 2008.

Boris SCHATZ, le frère de Ludmilla, en 1958 tentera de connaître les circonstances exactes de la déportation de sa soeur et de sa nièce et entamera une procédure d’obtention de statut de déportée politique pour sa soeur et nièce.

Recherches dans l’intérêt des familles [ADML 303W295]

Dossier d’étranger de Ludmilla SCHATZ [ADLA 4M896]

Demande de carte de commerçant étranger [ADLA 4M896]

Dossier d’étranger de Ludmilla SCHATZ [ADML 120W64]

Correspondance avec la Kommandantur (Nantes) [ADLA 1694W26]

ALTABEF Salomon, Zumboul, D., R. [41]

Salomon ALTABEF juin 1936
Salomon ALTABEF juin 1936
Zumboul ALTABEF septembre 1938

Eléments biographiques :

Salomon ALTABEF est né en mai 1904 à Constantinople (Turquie). Salomon ALTABEF est arrivé en France le 07 octobre 1923 et s’est marié le 17 novembre 1931 à Paris dans le 11ème arrondissement avec Zumboul ALTABEF née NISSIM (Djoya FLORIS est sa soeur) née en 1901 à Peri Mehmed Pacha Constantinople (Turquie) elle-même arrivée en France le 25 septembre 1930. Au moment de leur mariage, Salomon réside au 122, boulevard de Belleville (20ème arrondissement) et Zumboul au 95, rue des Boulets (11ème arrondissement).

Acte de mariage des époux ALTABEF [Etat Civil, Mairie du 11ème arrondissement, en ligne]
Acte de mariage Des époux ALTABEF [Etat Civil, Mairie du 11ème arrondissement, en ligne]
Acte de mariage ALTABEF/NESSIM [DAVCC Caen, 21 P 417 789]
Acte de mariage ALTABEF/NESSIM [DAVCC Caen, 21 P 417 789]
Bulletin de mariage ALTABEF/NESSIM [DAVCC Caen, 21 P 417 789]
Bulletin de mariage ALTABEF/NESSIM [DAVCC Caen, 21 P 417 789]

A son arrivée en France, Salomon est employé comme manoeuvre et cloueur dans différentes fabriques de chaussures puis devient marchand forain, vendeur de vêtements de confection.

Carte de commerçant étranger [ADLA 4M896
Carte de commerçant étranger [ADLA 4M896]

A Paris, un premier enfant naît, R. qui voit le jour le 27 janvier 1933 à Paris (12ème arrondissement).

La famille arrive à Saint-Nazaire en 1935 et Salomon continue d’exercer sa profession de marchand forain. Ils résident alors au 5, rue de la Paix à Saint-Nazaire.

Registre de commerce 1920-1939 [ADLA 22U152]
Registre de commerce 1920-1939 [ADLA 22U152]

Puis à Saint-Nazaire un deuxième enfant voit le jour, D. Edmond [prénom d’usage Edmond] né le 21 avril 1938.

Arrestations, persécutions et déportations :

Salomon ALTABEF s’est fait recenser sur les listes de recensement à la sous-préfecture de Saint-Nazaire au 8 novembre 1940 (numéro 41).

Liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Conformément à la 2ème ordonnance allemande du 18 octobre 1940, Salomon ALTABEF déclare son entreprise auprès des services de la sous-préfecture le 12 novembre 1940.

Les scellés ont été apposés sur son magasin le 03 décembre 1940.

Courrier sous-préfecture Saint-Nazaire au Commissariat aux Questions Juives, 26 septembre 1941 [ADLA 1694W25]
Courrier sous-préfecture Saint-Nazaire au Commissariat aux Questions Juives, 26 septembre 1941 [ADLA 1694W25]

Dans la procédure d’aryanisation, c’est Gabriel HERVOUËT, arbitre de comerce à Saint-Nazaire qui est nommé administrateur provisoire mais constatant qu’il n’y a plus de marchandises en stock, c’est donc le préfet et le sous-préfet qui communique à la fois avec le Commissariat Général aux Questions Juives et les Autorités allemandes à Nantes.

Salomon ALTABEF sera rayé du rôle de la patente et du registre du commerce fin 1941, début 1942.

La famille ALTABEF quitte Saint-Nazaire le 15 février 1941

Changement résidence Juifs [ADLA 1694W25]

Au cours de la semaine du 24 au 31 janvier 1942, la 3ème section des Renseignements généraux procède à des vérifications et enquêtes sur le compte de juifs connus ou signalés comme suspects (communiste ou propagande gaulliste).

L’appartement est ainsi fouillé mais aucun tract, manuscrit, brochure ou écrit d’ »inspiration révolutionnaire ou gaulliste » n’a été trouvé.

Il est arrêté avec son épouse et ses deux enfants au 30 bis, rue Boulets (Paris, 11ème arrondissement) le 24 septembre 1942. Il est précisé sur les fiches de Drancy « Sur ordre des Autorités Allemandes par la Police aux Questions Juives ».

D’après le récit de Régine, l’arrestation a eu lieu en pleine nuit. Un militaire allemand accompagné de deux civils français vient les chercher dans l’appartement. Ils sont montés dans un car vide qui se remplit au fur et à mesure de la rafle. Ils sont ensuite déposés dans le commissariat du 11ème arrondissement. Inquiet, Salomon n’arrête pas de faire des allers et retours tandis que Zumboul serre ses enfants contre elle en pleurant.

Au commissariat du 11ème se trouvent d’autres personnes raflées. Une personne rentre dans le commissariat et dissuade la police française de transférer les enfants à Drancy.

Salomon et Zumboul, son épouse sont transférés à Drancy le lendemain de leur arrestation le 25 septembre 1942. Ils se trouvent dans le bâtiment 2 escalier 3.

Les deux époux sont déportés à Auschwitz par le convoi numéro 38 de Drancy à Auschwitz du 28 septembre 1942.

Liste convoi [CDJC, Mémorial de la Shoah]

Nous ne disposons d’aucune information concernant la personne qui a sorti les deux enfants du commissariat. Les rapports d’arrestation existent pour cet arrondissement sauf pour la période concernée, idem pour les mains courantes.

Régine ALTABEF a été placée dans une pension de jeunes filles à Fontenay sous Bois puis cachée en Sarthe tandis que son frère a été placé dans une famille d’accueil près de Paris.

Un peu plus tard, la famille veut savoir ce qui s’est passé. On parle de dénonciations. Il semblerait quasi certain que Zumboul ALTABEF a été dénoncée au sujet de sa réelle ou supposée « menace communiste ou gaulliste », les termes employés par l’administration policière parlent d’eux-mêmes : « avait été signalé », « signalés comme suspects ».

En revanche, rien ne permet d’affirmer qu’ils l’ont été au mois de septembre 1942, Salomon ALTABEF s’étant par ailleurs fait recenser une deuxième fois à son arrivée à Paris en tant que juif au service spécial de la Préfecture de police.

L’appartement de la rue des Boulets a été spolié et toutes les affaires personnelles ont disparu. Régine et David n’avaient par ailleurs aucune photographie de leurs parents…

A la fin de la Guerre, c’est Léa LEVY (née BEHAR, née en 1889 à Constantinople et qui réside 70 rue Léon Frot dans le 11ème arrondissement à Paris) qui devient tutrice provisoire des enfants et qui s’adresse au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre afin d’obtenir les actes de disparition ou de décès. Les demandes seront reprises par R. une fois qu’elle a atteint sa majorité, la fille de Salomon et Zumboul, et qui réside alors à Paris 90, rue de la Roquette à Paris (11ème arrondissement).

récit de R. ALTABEF :

Nous étions une famille de quatre personnes, mon frère de 4 ans et demi et moi 8 ans et demi. On habitait à Saint-Nazaire. On a quitté cette ville parce qu’on a été évacué à cause des bombardements.

Nous sommes venus à Paris près des soeurs à ma mère dans un petit appartement rue des Boulets dans le 11ème arrondissement prêté à mon père sûrement par un ami.

C’est là qu’une nuit je me souviens quand ils sont venus nous chercer, il y avait un militaire allemand et deux civils français. Ils nous ont fait monter dans un car vide mais on ramassait des gens au fur et à mesure. Quand il a été plein, on nous a déposé dans un commissariat et toute la nuit le monde arrivait. Je vois encore mon père aller et venir et ma mère qui nous serrait contre elle et qui n’arrêtait pas de pleurer.

On pense que mon père a du pouvoir contacter quelqu’un parce qu’au matin, très tôt, un homme s’est présenté et a demandé la famille Altabef mais un autre homme est venu et n’a laissé partir que mon frère et moi, c’est comme ça qu’on a été sauvés.

Il nous a emmené chez une des soeurs à ma mère qui nous a dit qu’il lui avait remis de l’argent que mon père lui avait donné. Je pense que c’est comme ça que j’ai pu aller dans une pension de jeunes filles à Fontenay sous Bois et mon frère, comme il était petit est allé dans une famille d’accueil près de Paris.

Après la guerre, ma tante m’a prise à la maison et mon frère est allé au chateau de la Guette, un endroit gratuit pour les enfants des parents déportés.

Evidemment, c’est un résumé des souffrances physiques et surtout morales.

Je m’excuse de vous envoyer une lettre aussi mal écrite.

Dossier de Salomon et Zumboul ALTABEF [Archives de la Préfecture d Police de Paris 77W241-142488-1942

Dossier d’étranger de Zumboul ALTABEF [ADLA 4M896]

Dossier d’étranger de Salomon ALTABEF [ADLA 4M896]

Table Alphabetique Hypothèques [ADLA 2Q23096]
Table Alphabétique Hypothèques [ADLA 2Q23096]