SCHATZ Ludmilla, Nadine, Rosalia

Eléments biographiques

Ludmilla Bluma SCHATZ (ou Loudmilla) est née le 10 novembre 1896 à Toultchine ou Toultchyn (Ukraine). [Père : SCHATZ Aaron né en 1865 et Mère : SCHATZ Rosalia née WOURGAFT né le 20 mai 1875 à Toultchine (Ukraine)].

Ludmilla faisait partie d’une famille de quatre enfants nés de parents juifs dans une petite ville industrielle en Ukraine du Sud-Ouest quand la zone faisait partie de la Russie tsariste. Ludmilla a grandi à Odessa, mais elle et sa mère ont quitté la région en 1919, époque pendant laquelle le père de Ludmilla a été tué pendant la guerre civile russe. Ludmilla et sa mère ont tout d’abord émigré en Roumanie.  Ludmilla arrive en France en janvier 1923 pour y exercer la profession de pianiste avec un visa sans limitation de durée. Son premier mari s’appelle Maurice MICZNIK dont elle divorce puis rencontre Jakiel NAJMAN un écrivain d’origine polonaise avec qui elle divorcera également. Ils s’étaient installés près de Paris, à Bagneux. Le couple donne naissance à une fille, Nadine née le 10 septembre 1930 à Boulogne-Billancourt (Seine-et-Oise).

Acte naissance de Nadine NAJMAN [Archives d'Etat civil, mairie de Boulogne-Billancourt]
Acte naissance de Nadine NAJMAN [Archives d’Etat civil, mairie de Boulogne-Billancourt]

Le 29 décembre 1936, Jakiel NAJMAN demande la nationalité française pour Nadine devant un juge de paix.

ADML 120W63
ADML 120W63

Sa famille est déjà présente en France : sa soeur Cécile DRODOVSKY (naturalisée française) et qui exerce la profession d’ingénieur-chimiste et son frère Boris SCHATZ qui exerce la profession de chef-comptable et traducteur de langues étrangères.

Ludmilla qui est de nationalité roumaine maîtrise parfaitement la langue française et possède un diplôme équivalent au baccalauréat.

En 1933-1935, Ludmilla tient une pension de famille « La Lisière » à Boyardville, île d’Oléron.

Venant du 18, rue Brochant dans le 17ème arrondissement à Paris elle effectue un déplacement à Saint-Georges-de-Divonne (commune la plus près de l’île d’Oleron desservie par le train) le 01 juillet 1935 et rentre à Paris à la fin de la saison le 04 octobre 1935 à la même adresse.

Boulevard de la Caserne, emplacement de la pension « la Lisière » [Actuellement, 168, avenue de la plage à Boyardville]

Témoignage de Fred JZQL : La pension été la maison de mes arrières grands-parents Elie CHAUVEL. A l’origine c’était la ferme de Boyardville. Après la guerre, mes grands-parents qui vivaient dans la ferme familiale, louaient l’été la maison aux estivants qui s’appelait toujours « La Lisière ».
Ma grand-mère se souvenait des touristes russes et elle parlait quelques mots de russe.
En 1991, nous avons détruit la maison avec regret pour en construire une neuve…
La propriété est toujours dans la famille, cela depuis 1860 environ.

Dans la cour intérieure, il y a un tilleul de plus de 100 ans que Loudmilla a cotoyé.
Il y avait 4 bâtiments soit 8 chambres, 4 cuisines, les WC extérieurs. La propriété se trouve au 168 avenue de la plage maintenant.

Puis le 1er juillet 1936, Ludmilla tient une pension de famille à Saint-Marc Ker Yannick pension créée en 1920 mais qui avait fait faillite en 1935. La pension est la propriété de Monsieur Arsène VIAUD, 35, rue de la Trinité à Saint-Nazaire.

registre du commerce du Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire [ADLA 22U152]
registre du commerce du Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire [ADLA 22U152]

Elle effectue de nombreux déplacements de Paris vers Saint-Nazaire/Saint-Marc : entre le 25 juin 1938 venant de Paris vers Saint-Nazaire et le 07 octobre 1938 retour vers Paris et à la mi-avril 1939.

La pension de famille reçoit une clientèle pendant la saison balnéaire presque exclusivement étrangère (russes, tchécoslovaques, roumains et anglais)

Elle obtient sa carte de commerçant étranger le 25 février 1940 après dépôt de dossier, approbation de la sous-préfecture de Saint-Nazaire et de la chambre de commerce de Nantes qui eu égard à sa présence en France lui accorde de « façon exceptionnelle » l’autorisation d’exploiter la pension de famille.

Persécutions :

Les allemands occupent Saint-Marc-sur-Mer en juin 1940. Elle se déclare sur les listes de recensement au 08 novembre 1940 sous le numéro 118 entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940.

Extrait liste dactylographiée recensement Juifs 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Conformément à la 2ème ordonnance allemande du 18 octobre 1940, Ludmilla SCHATZ déclare son commerce auprès des services de la sous-préfecture les 31 octobre et 09 novembre 1940.

Les mesures d’aryanisation commencées en décembre 1940 vont s’intensifier au cours du premier semestre 1941. Les autorités allemandes , lors de la pose des scellés sur les magasins israélites de l’arrondissement de Saint-Nazaire avaient autorisé exceptionnellement le maintien en activité des hôtels, pensions de famille et magasins d’alimentation. Néanmoins, de nombreux contrôles sont effectués pour vérifier le « désenjuivement » des commerces.

Courrier du capitaine PERSUY au Préfet de Loire-Inférieure du 13 juin 1941 [ADLA 1694W26]

L’ordonnance du 26 avril 1941 du Chef militaire des autorités allemandes en France prescrivant la fermeture des industries hôtelières, Ludmilla SCHATZ écrit à la Kreiskommandantur de Saint-Nazaire via la sous-préfecture pour obtenir un délai de trois semaines afin de liquider son commerce, trouver un logement et un emploi, ce qui lui est accordé. La pension « Ker Yannick » cesse définitivement son activité le 17 juin 1941 et Arsène VIAUD, le propriétaire vend le fonds à madame PRAT. Ludmilla SCHATZ est rayée du registre du commerce et du rôle de la patente. Ludmilla SCHATZ réside alors Villa Perce-Mousse sur le boulevard de ceinture à Saint-Marc.

Lettre de Ludmilla SCHATZ à la sous-préfecture de Saint-Nazaire 09 juillet 1941 [Dossier d’aryanisation de Ludmilla SCHATZ, AN AJ/38/4598 dossier n°2527]

Lettre du Service de Contrôle des Administrateurs Provisoires à la Préfecture de Nantes du 13 décembre 1941 [AN AJ/38/4598 dossier n°2527]
Lettre du Service de Contrôle des Administrateurs Provisoires à la Préfecture de Nantes du 13 décembre 1941 [AN AJ/38/4598 dossier n°2527]

Ludmilla va se déplacer avec sa famille vers la ville des Ponts-de-Cé dans le Maine-et-Loire. Puis habite à Angers, 16, rue Dacier le 03 décembre 1941. Pour subvenir à ses besoins, à celle de sa fille et sa mère, Ludmilla donne des leçons de piano à son domicile.

Elle est arrêtée avec sa fille et sa mère Rosalia WOURGAFT.

Ludmilla a été livrée ensuite aux autorités allemandes à Angers. Ils l’ont informée qu’elle serait envoyée pour « marcher à l’Est ». Nadine SCHATZ étant âgée de 12 ans et n’étant pas déportable en juillet 1942, elle est dirigée vers le Camp de La Lande à Monts près de Tours avec sa grand-mère puis fin août 1942, elles sont dirigées toutes les deux vers Drancy puis seule, Nadine est dirigée vers Pithiviers.

Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 8 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Le 20 juillet 1942, Ludmilla a été déportée à Auschwitz par le convoi numéro 8 d’Angers, où elle a par la suite péri. Elle avait 45 ans.

Sa fille Nadine, 12 ans, est dans un premier temps pris en charge par son institutrice et directrice de l’école communale, Mme BODY qui habite au 7bis, rue Dacier dans l’école où Nadine est scolarisée et qui connaissait donc très bien toute la famille puisque voisine.

Recherches dans l’intérêt des famille [ADML 303W295]

Nadine est ensuite emmenée aux Ponts-de-Cé dans la propriété de Mme FAJGENBAUM où les enfants non arrêtés en juillet 1942 ont été rassemblés. Elle est arrêtée avec les autres enfants puis dirigée sur le camp de la Lande à Monts près de Tours.

Elle est déportée seule, sans sa grand-mère par le convoi numéro 36 du 23 septembre 1942 de Pithiviers à Auschwitz.

Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Liste convoi numéro 35 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi numéro 35 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Rosalia WOURGAFT, la grand-mère de Nadine et mère de Ludmilla est déportée par le convoi 38 du 28 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz.

Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Fichier Drancy [AN, Pierrefitte-sur-Seine]
Liste convoi n°36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi n°36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Jenny GRAIFER et Anna VOITINSKY témoigneront sur le site de Yad Vashem en mémoire de Ludmilla, Nadine et Rosalia SCHATZ en 2004 et en juillet 2008.

Boris SCHATZ, le frère de Ludmilla, en 1958 tentera de connaître les circonstances exactes de la déportation de sa soeur et de sa nièce.

Recherches dans l’intérêt des familles [ADML 303W295]

Dossier d’étranger de Ludmilla SCHATZ [ADLA 4M896]

Demande de carte de commerçant étranger [ADLA 4M896]

Dossier d’étranger de Ludmilla SCHATZ [ADML 120W63]

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