SEIDENGART Simone, Elisabeth, [André] [15]

André SEIDENGART, Léon CERF, Simone SEIDENGART
© collection particulière

Simone SEIDENGART et Elisabeth (Betty) SEIDENGART septembre 1941
© collection particulière
[la photographie a été prise dans le jardin de la villa Ma Miniou, près de la margelle du puits, toujours existante]
Betty SEIDENGART (15 mois) Juin 1941
© collection particulière

Simonne Anna (Prénom usuel Simone) CERF est née le 19 janvier 1911 à Paris (3ème arrondissement) [Père : CERF Léon, attaché de laboratoire/directeur laboratoire pharmaceutique et Mère : HERSE Aimée]. Elle s’est mariée le 07 avril 1938 à Paris (8ème arrondissement) avec André ZADENGART dit SEIDENGART, né à Saint-Ouen le 16 avril 1911, à l’époque étudiant en médecine. Simone va mettre au monde un enfant : Elisabeth SEIDENGART le 22 avril 1940 à Nantes, 8 rue des Folies Chaillou.

Actes d’Etat civil [Archives Municipales de Paris, AD075EC_03N155_0010 et AD075EC_08M281_0035, en ligne]

Acte de naissance de Elisabeth Augusta SEIDENGART [Archives Municipales de Nantes]


Acte de naissance de Elisabeth Augusta SEIDENGART [Archives Municipales de Nantes]

André SEIDENGART passe sa thèse de médecine en 1939 sur le thème de la vaccination infantile.

André ZADANGARD dit SEIDENGART fait prisonnier, médecin de stalag et oflag, est libéré en août 1943. Résistant, sous le nom de André Sochon, André Zadangard est présenté à Maurice Brener (Zazou, Maurice Le Bail) et entre à l’OJC (Organisation Juive de Combat). Il a rapporté de captivité des formulaires et des empreintes de cachets. En liaison avec Maurice Loebenberg (Maurice Cachoud), responsable du service des faux papiers, il rédige des diagnostics et des certificats permettant de procéder à des rapatriements sanitaires, qu’il signe du nom des médecins allemands qu’il a connus. Des hommes recherchés comme Juifs ou réfractaires peuvent ainsi prendre une identité de prisonnier rapatrié et se faire établir les pièces d’identité officielles leur permettant d’échapper aux arrestations et à la déportation. De la fin 1943 à la Libération, son secteur d’activité est Paris. Un des laboratoires de faux papiers était situé avenue de Ségur à Paris (7ème arrondissement).

source : Notice biographique d’André SEIDENGART in Les Anciens de la Résistance Juive en France. – Organisation juive de combat 1940-1945, résistance/sauvetage .- Editions Autrement, collection Mémoire n°124 ; 2006, p. 387

Maurice Cachoud
Attestation d'activité résistante d'André SEIDENGART dans l'OJC
© collection particulière
Attestation d’activité résistante d’André SEIDENGART dans l’OJC
© collection particulière
Attestation de rapatriement (vrai-faux papier ?) du Lazarett du Stammlager VI-G (Infirmerie du camp d’internement VI-G situé à Hemer, Rhénanie, Allemagne) © collection particulière

Extrait de Journal, d’Hélène Berr .- Points, 2008, p. 277

…Je pense à la famille du Dr Seidengart : grands-parents, belle-fille et petite fille de quatre ans, habitant à côté, père, prisonnier de guerre. Un jour, on vient arrêter la famille. La jeune femme a disparu, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, le grand-père a eté déporté. Puis la grand-mère et la petite fille. Quand le père reviendra, n’y aura-t-il pas de quoi devenir fou ?…

Simone SEIDENGART, qui habite 19 rue Cernuschi dans le 17ème arrondissement à Paris, se déplace en Loire-Inférieure et met au monde à Nantes Elisabeth née le 22 avril 1940 rue des Folies Chaillou. Puis après l’accouchement, elle va rejoindre ses parents à Sainte-Marie dans la villa Ma Miniou que possède la famille depuis 1924.

Villa "Ma Miniou" Sainte-Marie-sur-Mer © collection particulière
Villa « Ma Miniou » Sainte-Marie-sur-Mer © collection particulière

Simone SEIDENGART est enregistrée en tant que réfugiée auprès de la Mairie de Sainte-Marie avec sa belle-mère (Adèle SEIDENGART) et la soeur d’Aimée CERF (Annette TEIFEL). Il n’y a pas de date sur ces cahiers d’écolier faisant office de registres et on supposera que tout le monde est arrivé en même temps et en particulier pour être présent lors de l’accouchement de Simone. Jules TEIFEL, l’un des enfants d’Annette sera déporté par le convoi 73 du 17 mai 1944 de Drancy à Kaunas/Rival (Lithuanie/Estonie) et n’en reviendra pas (Se trouvent également dans le train, le père de Simone VEIL, André JACOB ainsi que son frère Jean JACOB).

Registres d’enregistrement des réfugiés [Archives Municipales de Sainte-Marie-sur-Mer 4H5]

Simone SEIDENGART se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 sous le numéro 15.

extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Simone et sa fille Elisabeth, son père Léon et sa mère Aimée sont arrêtés le 17 juillet 1942 puis dirigés sur Angers au Grand Séminaire.

Note d’un message téléphonique émanant du commissariat spécial de Saint-Nazaire à la Préfecture de Loire-Inférieure 27 juillet 1942 [ADLA 1694W25]

Note d'un message téléphonique émanant du commissariat spécial de Saint-Nazaire à la Préfeture de Loire-Inférieure 27 juillet 1942 [ADLA 1694W25]

Les Juifs en zone occupée sont soumis à un contrôle draconien lors de leurs déplacements. A partir d’octobre 1940, ils doivent se signaler auprès des commissariats ou des mairies au départ et à l’arrivée. Les autorités françaises reportent tous ces déplacements dans un état mensuel qu’ils transmettent par ailleurs aux Autorités Allemandes. Celui de juillet 1942 mentionne donc dans une glaciale froideur toute administrative les arrestations qui ont eu lieu dans l’arrondissement.

ADLA 1694W25

L’arrestation qui a eu lieu dans le bourg de Sainte-Marie en plein mois de juillet a été gravée dans les mémoires :

Témoignage de Mme R., Sainte-Marie-sur-Mer

En juillet 1942, vivaient dans la maison appelée « Ma Miniou » à Sainte-Marie-sur-Mer, Mr et Mme CERF avec leur fille unique, Mme SEIDENGART Simone (le mari de celui-ci étant à l’époque déplacé comme médecin de stalag et d’oflag en Pologne) ainsi que sa fille Elisabeth qui avait deux ans.

Le 15 juillet 1942, le bruit court à Sainte-Marie qu’une famille juive (les MARX) vient d’être arrêtée au Porteau et que deux camions sont garés dans le bourg près de la boulangerie pour emmener la famille CERF.

Mme T., la meilleure amie de Mme SEIDENGART décide d’aller voir ce qu’il se passe. C’est l’heure du déjeuner et le hasard veut qu’un seul garde armé se trouve à la porte du jardin de « Ma Miniou », les autres (des gradés) étant à déjeuner dans une pension de famille pas loin.

Après un moment d’hésitation, Mme T. passe devant le garde qui la laisse entrer et va voir son amie Simone qui lui raconte qu’au moment de l’arrestation, sa petite fille Elisabeth se trouvait chez les voisins et qu’il avait fallu qu’elle aille la chercher. Puis elle donne sur un morceau de papier l’adresse de son mari qui a réussi à lui écrire peu de temps auparavant afin qu’elle puisse le prévenir de son arrestation. Elle lui dit aussi que dans sa lettre son mari lui a raconté avoir rencontré des catholiques et qu’il réfléchissait à se convertir dans cette religion. Elle demande alors à son amie une faveur : faire en sorte que sa fille soit baptisée. Simone part alors détourner l’attention de ses parents (Léon et Aimée) qu’elle sait profondément religieux. Pendant ce temps-là, Mme T. baptise la petite avec l’eau du robinet de la cuisine. Elle les quitte par le même chemin sans un regard pour le garde et regagne sa maison.

En début d’après-midi, la famille est séparée dans les deux camions qui attendaient : le grand-père Léon et sa fille Simone dans l’un, la grand-mère Aimée et sa petite-fille Elisabeth dans l’autre. Personne n’est revenu.

Cette famille était connue comme étant juive et avait une vie simple dans le bourg de Sainte-Marie. On m’a raconté que Monsieur Léon CERF avait été souvent vu en promenade près du château de Pornic et sur le port. Sa femme tricotait beaucoup mais n’aimait pas coudre, elle donnait donc cette tâche à faire à une dame du bourg.

NDLR : pour les MARX, il sagit de Lajeunesse MARX, de sa soeur Sarah KOLP née MARX et d’une nièce Emma KOLP.

Sa fille, non déportable à ce moment là est dirigée sur le Camp de La Lande à Monts près de Tours avec sa grand-mère le 20 juillet 1942 dans l’après-midi et donc rayées de la liste du convoi.

Registre chronologique Entrées/Sorties Camp de la Lande [ADIL 120W18]
Registre chronologique Entrées/Sorties Camp de la Lande [ADIL 120W18]
Plan du camp de La Lande [AN F7/15059]
Plan du camp de La Lande [AN F7/15059]

Elles quittent le camp de La Lande pour le camp de Drancy où elles arrivent le 05 septembre 1942 puis elles sont dirigées sur le Camp de Beaune-la-Rolande le 09 mars 1943 qu’elles quittent pour revenir sur le camp de Drancy le 12 juillet 1943. Elisabeth est un temps protégée de la déportation car son père André est prisonnier de guerre. Elles seront déportées elle et sa grand-mère par le convoi 60 du 07 octobre 1943 de Drancy à Auschwitz et gazées dès leur arrivée. Elisabeth avait 3 ans et demi et sa grand-mère 59 ans.

Fichiers Camp de Drancy AN F9/5747 et Fichier Camp de Beaune-la-Rolande AN F9/5770

Simone est déportée par le convoi numéro 8 du 20 juillet 1942 d’Angers à Auschwitz.

Simone SEIDENGART est rentrée dans le camp d’Auschwitz. Sur les registres d’enregistrement des déportés rentrés dans le camp d’Auschwitz, elle est décédée le 19 août 1942, soit 3 semaines après son arrivée. Elle avait 31 ans.

Auschwitz Book Registers [Yad Vashem, en ligne]
Auschwitz Book Registers [Yad Vashem, en ligne]

André se remariera après-guerre.

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