MENDELOVICI Joseph, Adèle, Monique, Jacques [87]

Jacques, Monique et Joseph MENDELOVICI © collection particulière
Jacques, Monique et Joseph MENDELOVICI © collection particulière
Monique MENDELOVICI dans les bras de sa mère Adèle et Jacques à droite © collection particulière
Monique MENDELOVICI dans les bras de sa mère Adèle et Jacques à droite © collection particulière

La famille MENDELOVICI ou plutôt les familles MENDELOVICI sont quasiment toutes présente sur la presqu’île dans les années 30 avec l’arrivée de Rose MENDELOVICI et de ses enfants :

Rose MENDELOVICI née le 01 avril 1883 à Jassy, Iasi (Roumanie) mariée religieusement avec Samuel SAILIC né le 14 avril 1876 à Husi (Roumanie). Rose et Samuel vont avoir sept enfants :

  • David né le 07 février 1903 à Jassy (Roumanie)
  • Marcel, Marius né le 05 janvier 1906 à Jassy (Roumanie)
  • Léa née en 1907 à Jassy (Roumanie)
  • Joseph né le 28 juillet 1908 à Jassy (Roumanie)
  • Raymond né le 05 septembre 1909 à Jassy (Roumanie)
  • Maurice né en France
  • Henri né le 28 janvier 1916 à Paris (14ème arrondissement) etMonique née le

Les 5 premiers portent le nom de leur mère : MENDELOVICI alors que les 2 derniers portent le nom de leur père : SAILIC.

Jacques est un enfant issu d’une famille roumaine. En effet, ses grand-parents sont immigrés de Roumanie, ils habitaient la ville de Jassy, ville située à l’est près de la frontière moldave. Ce petit pays est alors le point de rencontre de trois vastes empires: la Russie, la Turquie et l’Empire austro-hongrois. Ces trois états partagent une haine violente contre les populations juives qui se manifestent notamment par des vagues de pogroms et d’assassinats. Fuyant cette haine, les grands-parents paternels de Jacques, Samuel et Rose voient en la France, la patrie des droits de l’homme, un pays plein de promesses, de lumière et d’espoir.

«Pour les familles qui immigraient, la France, c’était l’idéal »

La famille part avec très peu de moyens, sans connaître la langue française. Ils arrivent à Paris en 1910, et parviennent à s’en sortir comme ils le peuvent, du moins, jusqu’à la Première Guerre mondiale. Samuel s’engage dans la légion étrangère et mourra peu de temps après, Rose reste alors seule avec ses sept enfants, sans métier. Les enfants l’aident au maximum, ils exercent le métier de maroquinier et vendent des petits sacs, des ceintures.

Joseph MENDELOVICI et sa famille arrive de Paris du 108, rue de Rivoli (4ème arrondissement) à Pornichet le 23 novembre 1938 où ils font viser leur cartes d’identité pour étrangers auprès de la mairie de Pornichet comme l’y oblige la loi. Joseph est marié depuis le 21 juillet 1932 (Paris) avec Adèle FRIEDMANN née le 13 septembre 1913 à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise). Le couple a deux enfants : Jacques né le 25 mai 1933 à Paris (14ème arrondissement) et Monique née le 12 septembre 1939.

Enregistrement départs arrivées étrangers [Archives Municipales de Pornichet, 2I3]

Issu du milieu forain, l’arrivée à Pornichet est l’aboutissement pour la famille d’un travail depuis plus de 30 ans sur les marchés vers la perspective d’enfin monter une affaire dans un commerce en dur. Ils continuent à exercer leur commerce de forain un temps puis s’installent dans deux commerces : le premier « Aux Armes de Bretagne », 50, avenue de la Gare à Pornichet puis un deuxième peu de temps après (1939) « A la Rose d’Or », place du marché à La Baule. Le bail de ces deux commerces est au nom de Rose MENDELOVICI qui est présente dans l’année 1939 à Pornichet mais sont exploités par la femme de Joseph, Adèle. Rose quittera rapidement Pornichet après 1940 pour rester sur la région parisienne.

Registre du commerce Tribunal de commerce de Saint-Nazaire [ADLA 22U153]

Il s’agit de deux commerces de confection, celui de la Baule proposant plutôt des articles destinée à une clientèle balnéaire tandis que celui de Pornichet proposant des articles de confection pour hommes et femmes.

Inventaires magasins « A la Rose d’Or » et « Aux Armes de Bretagne » [Archives Nationales, AJ38/4597 dossier n°2521 et AJ38/4599 dossier n°2720

La famille se tient parfaitement au courant de l’actualité internationale, de la montée du fascisme en Allemagne, des persécutions antisémites qui ont déjà eu lieu en Autriche, eux-mêmes étant originaires de Iassy (Roumanie), lieu connu pour ses violentes persécutions antisémites et ses pogroms. Ce n’est donc pas un hasard si, présent depuis plus de trente ans sur le sol français, Joseph (et Rose) font une demande de naturalisation en juin 1939, dossier déposé dans un premier temps à la mairie de Pornichet. Faut-il rappeler qu’Adèle, l’épouse de Joseph née en Seine-et-Oise a perdu sa qualité de française par mariage, que Jacques possède la nationalité française puisqu’une déclaration a été effectuée et que Monique née en septembre 1939 n’acquerra la nationalité française qu’au bout de trois ans de présence sur le sol français (si les parents en font la déclaration).

Demande de naturalisation de Joseph MENDELOVICI [Archives Municipales de Pornichet]

La famille réside Villa Babiole, avenue Collet à Pornichet. L’avenue Collet est une avenue parallèle au remblai de Pornichet/La Baule. La villa a été rasée mais subsiste une photographie de la dite villa dont la famille MENDELOVICI est locataire.

© collection particulière

Les différentes mesures antisémites du gouvernement de Vichy vont s’abattre sur la famille. Joseph (et toutes les autres familles) se font recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie de Saint-Nazaire) entre le 27 septembre 1940 et le 20 octobre 1940. Joseph en tant que chef de famille se fait enregistrer sous le numéro 87.

Extrait liste dactylographiée du recensement 1940 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement 1940 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

La même ordonnance allemande oblige les Juifs à déclarer leur commerce auprès de la Préfecture de Loire-Inférieure.

Déclarations commerce 11 novembre 1940 [ADLA 1694W23]

Les deux commerces sont aryanisés. Les scellés sont apposés sur les magasins entre le 03 et le 05 décembre 1940, une affichette « Judische Gesellschaft » est apposée sur la devanture, des inventaires sont dressés pour lister les marchandises à vendre et un administrateur provisoire est nommé en la personne de Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire pour vendre les commerces.

Ils sont rapidement vendus à Mme ARCHERITEGUY de Pont-Aven (Finistère) qui paient comptant lors de la vente officialisée devant le notaire Maitre Edmond LUNAUD, notaire à Saint-Nazaire. Mme ARCHERITEGUY en profitera pour racheter un troisième commerce, celui de Haïm FLORES, marchand forain à Saint-Nazaire.

Courrier de Saint-Nazaire 23 mai 1941 [ADLA, presse en ligne]

Les fonds sont versés sur un compte bloqué ouvert au nom de la famille mais géré par l’administrateur provisoire. Celui-ci a prélevé en amont sur le reliquat des sommes en caisse (8282 francs) ses émoluments pour un montant de 4500 francs, soit plus de la moitié. La famille qui n’a fait aucune demande de subsides n’a elle rien touchée.

La reprise des commerces par Mme ARCHERITEGUY ne va pas sans créer de forts remous dans les milieux commerciaux de la région puisqu’une plainte est déposée auprès du Commissariat de police de la Baule et auprès de la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire.

Archives Départementales de Loire-Atlantique [ADLA 1803W98]

Faut-il y voir une maigre tentative de sursoir aux mesures discriminantes envers les Juifs de la part du sous-préfet ou tout simplement une manière de protéger l’exercice des commerces implantés depuis fort longtemps sur le secteur ? Toujours est-il que le sous-préfet de Saint-Nazaire somme la toute nouvelle propriétaire de fermer son commerce de la Baule.

 Archives Départementales de Loire-Atlantique [ADLA 1803W98]
Archives Départementales de Loire-Atlantique [ADLA 1803W98]

Par ailleurs, la TSF de la famille est confisquée et et ramenée vers le mois de décembre 1941 à la sous-préfecture de Saint-Nazaire.

Confiscation des postes de TSF [ADLA 1694W94]

La mention juive est apposée sur les cartes d’identité (ou leurs récépissés) en octobre/novembre 1940. Rose MENDELOVICI (la mère de Joseph) y verra cette mention apposée sur son récépissé, et la préfecture (ou sous-préfecture), faute de tampon, le fera de manière manuscrite.

Dossier d'étranger de Rose MENDELOVICI ADLA 4M946
Dossier d’étranger de Rose MENDELOVICI [ADLA 4M946]

Plus tard, une affiche sur le remblai interpelle l’oncle de Jacques, Henri. Celle-ci indique «Interdit aux chiens et aux juifs». Ce même oncle sera plus tard humilié par un allemand en se prenant un «coup de pied au cul».

Les familles décident donc de quitter Pornichet et de trouver un endroit sûr pour se cacher. Joseph et son frère partent, passent la ligne de démarcation pour trouver contact afin de fabriquer des fausses pièces d’identité, des points de passage de la ligne de démarcation et de l’argent. A l’automne 1941, ils ne sont toujours pas rentrés, Joseph ne récupérant pas sa carte d’alimentation. Rose a quitté Pornichet pour le Pré-Saint-Gervais.

Registre de distribution des cartes d'alimentation [Archives Municipales de Pornichet]
Registre de distribution des cartes d’alimentation [Archives Municipales de Pornichet]

L’objectif est atteint, ils trouvent un lieu propice situé dans les Alpes, en zone italienne. Les deux frères remontent jusqu’à la côte afin d’avertir les membres de la famille restants puis redescendent afin de préparer leur arrivée. Ils prennent le train, de nuit, jusqu’à la ligne de démarcation qu’un passeur doit leur faire passer de nuit. Jacques ne comprenait pas tout mais savait qu’il y avait quelque chose d’anormal. Ils marchent quelques temps avant que le passeur ne les laisse, leur disant de continuer tout droit afin de gagner la zone libre. Peut-être les avait-il trahis? Ou n’était-ce qu’une simple coïncidence? On ne le saura pas, mais l’idée de la trahison est probable puisque quelques mètres plus tard, ils sont arrêtés par un officier allemand. Celui-ci les conduit, à pied, jusqu’à une ferme afin d’aller chercher la troupe. Jacques se souvient d’un paysan qui les pointait de son fusil, il était là pour les surveiller mais selon lui, ils auraient pu s’enfuir. La patrouille allemande arrive et les amène, à pied, vers une prison. Ils sont alors expulsés en zone libre. Cette période reste pour Jacques, âgé alors de sept-huit ans, une «période épouvantable» où il subit une entrée brutale dans la pré-adolescence. La famille arrive au Sappey, petit village savoyard sensé les cacher, retrouve Joseph et prend une nouvelle identité. Ils logent dans un hôtel « Le Bon Abri ». Jacques, ses parents et sa sœur Monique vivront le reste de la guerre sous le nom de «LECLERC». Toute la famille Mendelovici avait fini par les rejoindre et avaient également changé d’identité. Ainsi, aucun lien de parenté n’était détectable. Dans ce petit village se trouvait des personnes dotées d’une gentillesse incomparable, Jacques retient notamment le couple, les Vogel, tenant un hôtel mais surtout son instituteur, Monsieur Luyat, qui l’a accepté dans sa classe avec sa sœur. Cet homme a d’ailleurs reçu le titre de «Juste entre les nations».

«Il y avait cet instituteur, formidable et protecteur, auquel je dois une reconnaissance infinie. Une personne qui a beaucoup compté pour moi»

Gaston LUYAT [Yad Vshem France, en ligne]

Néanmoins, ils ne faisaient confiance à personne et vivaient sans cesse dans la méfiance, ils avaient peur de tout le monde.Cette période de leur vie a été sans relâche, se sentant constamment traqué. Ses parents vivent dans la peur et se préparent toujours des issues de secours ainsi que des vêtements et de l’argent avant d’aller se coucher afin de pouvoir s’échapper le plus vite possible si les allemands arrivent. Jacques et son cousin ont pris l’habitude d’aller jouer avec des enfants récupérés par l’organisation de sauvetage d’enfants, organisation juive. Ils vivaient tous ensemble, leurs parents ayant été déportés. Malheureusement, ceux-ci ont également été déportés. Tous ces événements les empêchaient de se détacher de la peur. Néanmoins, ils gardaient espoir, puisque la guerre évoluait, il y avait un tournant dans celle-ci, la guerre à l’Est ne se passait pas comme les Allemands l’avaient prévue.

A la fin du mois de mars 1943, la milice fait irruption dans le village mais heureusement pour eux, le cousin de Jacques parvient à les prévenir à temps. La mère de celui-ci a prétexté un pique-nique, il est alors parti de la maison mais a, en réalité, couru avertir les parents «Leclerc ».

Ils sont ensuite partis vers Grenoble, où il y a un attentat commis quelques temps plus tard dans la caserne allemande se trouvant à proximité de leur logement. Tous les hommes de l’immeuble où habitaient les Mendelovici ont été pris en otage à l’intérieur de celui-ci mais le père de Jacques a réussi à sortir avec une patrouille de la Gestapo. Il connaissait le risque, il savait que s’il était pris, il risquait sa vie. Mais il l’a fait, et a réussi. Ils attendaient avec impatience le débarquement des alliés, mais en temps de guerre, la notion de temps n’est pas la même: les secondes paraissent des minutes, les minutes des heures. Durant cette période d’attente, les dégradations vis-à-vis des juifs ne cessaient de se multiplier, c’était une période affreuse. Selon les nazis, les juifs et les francs maçons étaient coupables. Coupable? Mais « coupable» qu’est ce que cela signifie pour un enfant? Celle-ci s’est terminée quand, enfin, les alliés sont arrivés. Jacques se souvient de la réaction de l’instituteur, celui-ci s’est écrié: «Ils sont là! Ils sont là, avec des petites voitures ! Ils mâchent du chewing-gum!»

Quand les parents sont revenus, ils ne possédaient plus rien. De plus, les allemands occupaient toujours une petite partie de «la poche». Sa mère est arrivée dans son magasin à la Baule en hurlant, demandant à l’homme qui avait racheté le commerce pour une bouchée de pain de partir. L’homme est parti sans procédures ni accord tant il avait eu peur. Comme les parents avaient la rage de réussir, ils se sont vite remis dans la vie sans reparler de ce qui s’était passer, sans revenir en arrière. Ils occupent une maison à la Baule, la villa Sainte-Anne avenue des Opales. Jacques à repris ses études et a fait science po’ , et a beaucoup voyagé pour le travail. Depuis, Jacques se bat contre le racisme dans toutes ses formes et est un militant contre les guerres.

« On a tous des pulsions de rejet de l’autre, irraisonnées pour telle ou telle raison, c’est difficile de lutter contre cela mais il le faut à tout prix»

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