WEBERSPIEL Chyr, Jochwed, Marie, Régina, Nechama (NR)

Shyja, ou Schya ou Chyr (dit Charles) WEBERSPIEL est né le 08 avril 1884 à Chelm (Pologne) de nationalité polonaise [Père : Salomon et Mère : Rachel Laia SCHYMAL] et exerce la profession de menuisier/ébéniste sur les déclarations de naissance de ses enfants. Il exercera la profession d’ajusteur , puis de marchand ambulant en peaux de lapins puis celle de brocanteur. Il est marié avec Jochwed née GRIL née le 26 octobre 1903 à Rowno (Pologne) depuis le 24 novembre 1923 à Lunéville.

Le couple a trois enfants, l’ainée, Marie née le 24 septembre 1924 à Lunéville, la cadette Régina née le 02 août 1927 à Lunéville et Nechama (Anna) née le 02 févier 1929 à Rowno (Pologne). La famille habite au 43, rue de la République à Lunéville (en 1940). Chyr a 2 soeurs et 3 frères : Rana née en 1882 à Chelm et résidant en Pologne, Hersz né en 1885 commerçant à Lunéville, Maurice né en 1888 manoeuvre à Chelm, Joseph né en 1890, casquettier à Chelm et Spora née en 1902 et résidant à Chelm.

43, Rue de la République à Lunévile © collection particulière
Il est possible que la famille soit logée à l’étage du bâtiment en façade ou dans l’aile située dans la cour de l’immeuble

Chyr quitte Chelm où il réside Nagesma n°6 (Pologne) en 1920 pour aller à Bonn (Allemagne) pour y exercer la profession d’ébéniste. Il quitte Bonn le 8 septembre 1920 pour venir résider en France et se présente à Metz le 25 septembre 1920 où il contracte un engagement de 5 ans pour la Légion Etrangère et rejoint son affectation militaire à Sidi-bel-Abbès (Algérie) le 30 septembre 1920. Un mois plus tard, le 27 octobre, il est réformé et regagne la France par Marseille en novembre 1920 pour venir chercher du travail à Paris . N’en ayant pas trouvé, il se rend à Gesnes (Meuse) où il est employé comme manoeuvre dans une entreprise de regroupement des tombes des militaires morts pendant la première guerre mondiale pendant deux mois du 1er décembre 1920 jusqu’en janvier 2021. Le 2 février 1921, il quitte Gesnes pour Lunéville et est embauché comme ajusteur le 8 février 1921 à la Société Lorraine Dietrich jusqu’au 14 septembre 1924. En septembre 1924, il quitte cet emploi pour exercer à son compte le commerce de peaux de lapins jusqu’au début de 1929.

La famille décide d’émigrer et se rend pendant deux mois en Pologne pour obtenir les documents nécessaires à la migration (du 5 février 1929 au 25 mai 1929). C’est la raison pour laquelle Nechama, la petite dernière de la famille naît en Pologne à Rowno, ville de naissance de Jochwed. En mai 1929, Chyr (et vraisemblablement toute la famille) se rend à Sao Paulo (Brésil) et exerce le métier d’ajusteur à la General Motors (Usine d’automobiles). Toute la famille rentre en France le 25 décembre 1929 (raison inconnue) et Chyr réintègre la Société Lorraine Dietrich en tant qu’ajusteur à compter du 13 janvier 1930 puis occupera un poste de menuisier dans la même société.

En 1927, Chyr qui réside alors 6, rue de Metz à Lunéville, effectue une première demande de naturalisation. En but aux difficultés pour obtenir les documents nécessaires en particulier les actes de naissance tant auprès de sa commune de naissance que du consulat de Pologne à Strasbourg, sa demande est abandonnée.

En juin 1930, il effectue une deuxième demande de naturalisation. Marie, l’aînée a été déclarée française auprès du Juge de Paix à Lunéville et enregistré comme telle le 15 mars 1927.

La famille réside alors 22, rue Traversière à Lunéville. Chyr travaille pour 35 francs par jour en tant qu’ajusteur et son loyer est de 480 francs par an. La famille sans être pauvre vit donc très simplement. Tout semble aller pour le mieux, le Préfet émettant un avis favorable à la naturalisation : « …estime que sa naturalisation constitue un apport utile à la nation et qu’il convient de la lui accorder ainsi qu’à sa femme… ». Malheureusement, le Ministère de la Justice rend un avis défavorable car il n’est présent en France que depuis le début de l’année 1930 (il faut cinq ans de présence ininterrompue en France pour pouvoir demander la naturalisation). Sa demande est donc ajournée pour deux ans.

En janvier 1934, il effectue une troisième demande . Il réside alors au 23 rue Traversière et exerce le métier de commerçant en peaux de lapins qui lui rapporte 1000 francs par mois pour un loyer de 65 francs par mois. Le commissaire de police et le sous-préfet émettent tous deux un avis favorable mais cette fois-ci également la demande est ajournée pour deux ans à compter du 5 janvier 1937 pour je cite : « Ne présente aucun intérêt du point de vue national et qu’il y a lieu de maintenir l’ajournement« .

Marie, scolarisée à l’école Germain Charier à Lunéville, a obtenu en juin 1938 tandis que Régina, scolarisée dans la même école obtient son certificat d’études en septembre 1940 [Gallica]

Certificat Etudes Marie WEBERSPIEL Le journal de Lunéville 26 juin 1938 via Retronews
Certificat de scolarité de Marie et Régina WABERSPIEL [Dossier de naturalisation de WEBERSPIEL Schyr AN BB/11/13330]
Certificat de scolarité de Marie et Régina WABERSPIEL [Dossier de naturalisation de WEBERSPIEL Schyr AN BB/11/13330]
Certificat de scolarité d'Anna WABERSPIEL [Dossier de naturalisation de WEBERSPIEL Schyr AN BB/11/13330]
Certificat de scolarité d’Anna WABERSPIEL [Dossier de naturalisation de WEBERSPIEL Schyr AN BB/11/13330]

La famille se réfugie à la Baule en 1939 avec une autre partie de la famille WEBERSPIEL (Hersz et Léa + enfants), touche une allocation pour réfugiés et quitte La Baule (<jochwed et les trois enfants) à la fin de l’été 1940 pour Lunéville et avant le recensement de septembre/octobre 1940 en Loire-Inférieure.

Chyr rejoint l’armée polonaise à Coëtquidan le 8 juin 1940 et sera fait prisonnier quelque temps plus tard. Il rejoint Lunéville à une date inconnue (mais après octobre 1940 et avant juin 1941).

En août 1940, Jochwed est présente à Lunéville, demande une patente pour exercer la profession de marchande foraine en bonneterie et confection afin de subvenir aux besoins de la famille. Elle ne touche que l’allocation militaire de son mari et doit impérativement travailler. Elle achète ses marchandises à Nancy pour les vendre sur les marchés de Lunéville. Suite au recensement des Juifs d’octobre 1940 et de l’interdiction d’exercer la profession de marchand forain (octobre 1940), Jochwed vend ses articles à domicile et en particulier à des militaires allemands pour qui elle lave leur linge. En février 1941, elle reçoit la visite de gendarmes allemands qui saisissent son stock et le mette sous scellés dans une armoire. Un procès-verbal sera dressé par le Commissariat de Police de Lunéville le 15 mars 1941.

La 1ère ordonnance allemande publiée par le MBF le 27 septembre 1940 impose aux Juifs en zone occupée de se déclarer en Préfecture (ou sous Préfecture). La mesure prend effet à compter du 1er octobre jusqu’au 21 octobre 1940. La Meurthe-et-Moselle ne se trouvant pas en zone occupée mais en zone réservée, la mesure a pris effet plus tôt soit le 17 septembre 1940. Le 22 septembre 1940, le commissariat de Lunéville transmet à la Préfecture à Nancy la liste des Israélites présents dans la commune. Chyr n’est pas présent sur les listes car non-présent dans la commune.

Recensement Juifs Lunéville Septembre 1940 [ADMM 2496W106]

Le 2 juin 1941, l’obligation du deuxième recensement des Juifs en zone occupée et en zone libre leur impose de se présenter à la Préfecture ou Sous-Préfecture (en l’occurrence celle de Lunéville). C’est ce que fait Chyr le 28 juillet 1941 où l’on apprend qu’il exerce la profession de brocanteur.

La 8ème ordonnance allemande du MBF du 28 mai 1942 rend obligatoire le port de l’insigne spéciale (étoile jaune) pour tous les Juifs âgés de plus de six ans et rentre en vigueur le 7 juin 1942. Le commissaire de Police en date du 17 juillet 1942 rend compte de la distribution à Lunéville : 214 insignes distribuées moyennant 3 par personne contre trois tickets de rationnement de la carte textile. Les 5 membres de la famille WEBERSPIEL ont été concernés par cette mesure.

Jochwed est arrêtée en premier le 19 juillet 1942 à son domicile du 43, rue de la République et dirigée sur Nancy. Les dix-sept arrestations prévues (en fait 23 réalisées) ont été opérées conjointement par la gendarmerie (20 agents) et police française rassemblés à la gendarmerie de Lunéville très tôt le matin aux alentours de 4h30. Les personnes arrêtées sont emmenées à la gendarmerie munies d’un ravitaillement pour six jours et de quelques objets indispensables. Leurs cartes d’alimentation leur sont confisquées. Elles sont montées dans un car des « Rapides de Lorraine » qui les a emmenées en direction de Nancy. Le rapport de police mentionne que « le départ des israélites a provoqué une vive émotion parmi la population« .

Chyr, 48 ans et les trois enfants sont arrêtés le 09 octobre 1942 également à leur domicile puis internés à la prison d’Ecrouves (Meurthe-et-Moselle).

247 personnes du camp d’Ecrouves sont transférées le 23 octobre 1942 sur ordre des autorités allemandes vers la gare de Toul puis sur Drancy.

Chyr et ses trois enfants, enregistrés à Ecrouves sous les numéros 1063 à 1067, font partie de ce transfert.

Registre Ecrou Prison Ecrouves [ADMM 927W164]

Chyr et les trois enfants Marie, 18 ans, Régina, 15 ans et Anna 13 ans sont déportés par le convoi numéro 42 du 06 novembre 1942 de Drancy à Auschwitz.

Liste convoi 42 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]
Liste convoi 42 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris, en ligne]

Jochwed, son épouse, 38 ans est déportée par le convoi numéro 11 de Drancy vers Auschwitz le 27 juillet 1942. Toute la famille a été exterminée à Auschwitz-Birkenau.

Liste convoi 11 27 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 11 27 juillet 1942 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

André (SIMON) WEBERSPIEL, son neveu, contactera le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre pour régularisation de l’état civil. La mention « Mort en déportation » sera ajoutée en marge des actes en 2012.

Après-guerre, Sam JOB, président de l’Association Consistoriale Israélite de Lunéville lançe une souscription auprès des membres de la communauté afin de faire ériger un monument en mémoire des Juifs déportés. Le monument avec plaque se trouve dans la cour de la synagogue de Lunéville et a été inaugurée en 1948. On y retrouve un certain nombre des membres des familles WEBERSPIEL.
https://doi.org/10.3917/aj.352.0141

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