LEVY Armand, Marthe, Simone [26]

Simone LEVY (à gauche) et Annick MELOCHE (à droite) Février 1939 © famille MELOCHE
Simone LEVY (à gauche) et Annick MELOCHE (à droite) Février 1939 © famille MÉLOCHE
Simone LEVY (à gauche) et Annick MELOCHE (à droite) Février 1939 © famille MELOCHE
Simone LEVY (à gauche) et Annick MELOCHE (à droite) Février 1939 © famille MELOCHE

La famille LEVY est présente au moins depuis 1880 à Saint-Nazaire [date de la conscription d’Eugène] et Eugène LEVY s’y installe pour créer un commerce de confection à partir de 1896/1897, commerce qui sera repris en 1925 par son fils Armand LEVY.

Armand LEVY est né à Saint-Nazaire le 20 février 1888 [Père : LEVY Eugène et Mère : Rosalie BLOCH]. Il épouse Marie-Marthe (prénom usuel Marthe) BERNHEIM le 20 février 1925 à Paris (11ème arrondissement). Armand a alors 36 ans et Marthe 25 ans (née le 26 juillet 1899, Paris, 11ème arrondissement, [Père : BERNHEIM Lucien, miroitier et Mère : Clémence LEVY]). Ils auront une fille, Simone née dans le 16ème arrondissement à Paris le 18 janvier 1926.

Acte de naissance LEVY Armand [Archives Municipales Saint-Nazaire]
Acte de naissance LEVY Armand [Archives Municipales Saint-Nazaire]
Registre Naissances Marthe BERNHEIM [Archives de Paris V4E_09246_0154, en ligne]
[DAVCC Caen, 21 P 477428]
Registre Mariages LEVY/BERNHEIM [Archives de Paris 11M526_0070, en ligne]
Courrier de Saint-Nazaire 23 janvier 1926 p.3 [ADLA, presse en ligne]
Courrier de Saint-Nazaire 23 janvier 1926 p.3 [ADLA, presse en ligne]

Armand a par ailleurs un frère et une soeur : Lucien LEVY né à Saint-Nazaire le 12 mai 1893 et une soeur Henriette née également à Saint-Nazaire le 30 mai 1895. Marthe a par ailleurs deux frères : Georges Roger né le 18 juillet 1900 à Paris (11ème arrondissement) et Paul Pierre né le 23 octobre 1903 à Paris (11ème arrondissement).

A l’âge de ses vingt ans, il effectue son service militaire d’une durée de 2 ans : incorporé au 65ème Régiment d’infanterie en 1909 en tant que soldat de 2ème classe, il passe au 51ème Régiment d’Artillerie à Nantes en 1911 puis au 2ème Canonnier. Il termine son service militaire le 24 septembre 1911 en ayant obtenu un certificat de bonne conduite et en étant passé soldat de 1ère classe.

Le 3 Août 1914, il est rappelé pour participer à la 1ère guerre mondiale et se trouve en sursis d’appel à l’usine Martin Bloch à Amiens : les premiers conscrits à être envoyés sur le front sont d’abord les classes 1914 (ceux qui sont nés en 1894) puis au fur et à mesure des besoins en hommes sur le front, on rappelle les classes antérieures, d’où sa position de sursis en 1914. Il rejoint le 82ème Régiment d’Artillerie le 30 juin 1916 puis au 89ème Régiment d’Artillerie Lourde en janvier 1917 où il passe brigadier le 24 février 1917 (son frère Léopold est dans le même régiment de juin 1917 jusqu’en janvier 1918). Il est proposé pour une réforme temporaire en janvier 1918 pour « Bronchite chronique, laryngite suspecte et emphysème (contractée au service). Il séjourna ainsi à l’Hôtel de l’Europe à Pau en 1918 et 1919.

Registre Matricule Armand LEVY n° matricule 2977 [ADLA, en ligne]
Registre Matricule Armand LEVY n° matricule 2977 [ADLA, en ligne]

Armand reprend l’activité de son père Eugène en 1925 et créé le magasin « Maison Modèle » . Il est enregistré à ce titre sur le registre de commerce auprès du Tribunal de Commerce de Saint-Nazaire. Le magasin est situé 13, rue Villès-Martin.

Registre Tribunal de commerce [22U147]
Registre Tribunal de commerce [22U147]
Magasin du Tailleur LEVY situé à l'angle du 13, rue Villès Martin et de la rue des Quatre Vents [AMSN in "Raconte-nous Saint-Nazaire : quelques pas dans nos souvenirs]
Magasin du Tailleur LEVY situé à l’angle du 13, rue Villès Martin et de la rue des Quatre Vents [AMSN in « Raconte-nous Saint-Nazaire : quelques pas dans nos souvenirs]
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin © collection particulière Patrick Pauvert
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin © collection particulière Patrick Pauvert
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin © collection particulière Patrick Pauvert
La boutique est à droite [Maison... Articles...]
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin © collection particulière Patrick Pauvert
La boutique est à droite [Maison… Articles…]
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin
La boutique est à droite [Maison… Articles…] [Archives de Saint-Nazaire, 3/Fi8/32]
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin © collection particulière Patrick Pauvert
La boutique est à gauche juste après la Librairie de la Marine
Maison Modèle angle Rue des Quatre-Vents/Rue Villès-Martin © collection particulière Patrick Pauvert
La boutique est à gauche juste après la Librairie de la Marine
Eugène LEVY devant la devanture Maison Modèle (les 4 personnes autour de lui ne sont pas identifiées) in Albert Morinière ; Saint-Nazaire Images d’Autrefois ; Mémoire d’une ville]

Simone est scolarisée à l’école Marie PAPE-CARPENTIER, école communale pour filles à Saint-Nazaire, et rentre en 1936 au collège de jeunes filles de Saint-Nazaire.

Echo de la Loire 08 juillet 1936 p.5 [ADLA, presse en ligne]
Echo de la Loire 08 juillet 1936 p.5 [ADLA, presse en ligne]

La famille LEVY est très amie avec la famille MÉLOCHE. Pierre MÉLOCHE, le grand-père né en 1866 à Valparaiso (Chili) était médecin sur la place de Saint-Nazaire, notoirement connu pour toutes ses actions en faveur des oeuvres sociales locales et par ailleurs président du Groupe Artistique de Saint-Nazaire (1937). Pierre MÉLOCHE habite avec son fils Ernest né en 1896, marié à Madeleine née en 1910, le couple a deux enfants : Annick né en 1930, Jean-Claude né en 1932 et habite 24, rue Henri-Gauthier. Ernest qui s’est essayé à la profession d’agent d’assurances est visiteur médical. Jean-Claude MÉLOCHE témoigne : « Armand LEVY était tailleur, tailleur militaire. Ils ont fait de la reliure ensemble, mon père l’a initié à la reliure…Ma mère était très amie avec Marthe, ils jouaient au bridge ensemble le samedi soir donc ils avaient des relations assez étroites. »

Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Armand LEVY se déclare à la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 26. Les parents de son épouse Marthe (Lucien et Clémence BERNHEIM) sont également présents au 13, rue Villès-Martin au moment du recensement de l’automne 1940 et se feront également recenser.

Extrait Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Le commerce sera aryanisé par Gabriel HERVOUËT, arbitre de commerce à Saint-Nazaire. Lors de la pose de l’affichette obligatoire signalant que l’entreprise est juive et que l’entreprise est gérée par un commissaire-gérant aryen, un certain nombre de commerçants de Saint-Nazaire vont apposer une inscription « Combattant de guerre », sous entendu Anciens Combattants de la guerre de 1914-1918. Armand est ancien combattant de la guerre de 1914-1918 et blessé de guerre, son beau-frère Emile LEVY ancien combattant 1914-1918 avec Croix de Guerre et son frère Léopold ancien combattant de la guerre de 1914-1918 et blessé de guerre. Même si Armand LEVY n’est pas cité explicitement, il est probable qu’Armand LEVY se soit joint au groupe en réaction à une mesure qu’il trouve particulièrement discriminatoire

Réaction sur pancarte devanture magasin [ADLA 1694W26]
Réaction sur pancarte devanture magasin [ADLA 1694W26]

La famille n’est pas arrêtée à la mi-juillet 1942 mais est arrêtée le 15 août 1942. Nous n’avons que des informations parcellaires concernant les lieux d’arrestations. Très certainement absente lors de la rafle de mi-juillet 1942, les autorités allemandes arrêtent dans un premier temps Armand et Marthe à leur retour, Simone n’étant pas présente. Les Autorités Allemandes les questionnnent et Armand et Marthe les informent que Simone est à La Baule. Jean-Claude MELOCHE ( frère d’Annick sur la photo) témoigne : « Mon père l’a prévenu « Armand, il faut t’en aller, etc… parce que ses beaux-parents qui habitaient au-dessus [Il s’agit des parents d’Armand, Eugène et Rosalie], ils étaient partis, alors lui il s’est barré en zone libre. Mon père disait « Va-t-en ». « Non, non non, j’ai fait la guerre de 14, j’ai été gazé, je suis français 100 % ». Il a été convoqué , je sais pas , deux ou trois fois à la Kommandantur. Il voulait pas, absolument pas partir. Moi, l’arrestation m’a frappé, deux Feldgendarm qui frappent à votre porte, avec des casques et des fusils, la bavette etc…, j’avais 8 ans [en fait 10) ». Mes parents aux premiers bombardements de Saint-Nazaire ont décidé de quitter la ville et louent une villa, la Villa Madélia avenue Saint-Clair à La Baule. C’est la base sous-marine, c’est un objectif militaire, faut s’en aller. Ils [mes parents] ont du l’inviter [Simone] pour le week-end. A 19 heures, on était à table, on frappe, il y avait deux Feldgendarm avec le collier, l’arme à l’épaule, le casque allemand bien sûr : « On vient chercher mademoiselle LEVY ». Ils parlaient parfaitement français. Et puis ils l’ont emmenée à Pornichet dans une cellule de la gendarmerie. Mais les parents étaient déjà arrêtés à Saint-Nazaire dans la prison. Je pense que c’est eux qui ont du le dire que leur fille était à La Baule.

La famille est immédiatement incarcérée à la prison de Saint-Nazaire pendant trois jours jusqu’au 18 août 1942 avant d’être dirigée sur le camp de La Lande à Monts près de Tours.

Un rapport de la police municipale administrative de Saint-Nazaire de mai 1952 décrit les circonstances de la persécution de la famille.

[DAVCC Caen, 21 P 477428]
Fichier De Brinon [DAVCC Caen, 22 P 3084]
Fichier De Brinon [DAVCC Caen, 22 P 3084]

1300 lettres et cartes soit parce que censurées, soit parce qu’arrivées après le transfert des internés vers Drancy en particulier n’ont pas été distribuées à leurs destinataires et sont archivées au YIVO à New York. En toute logique, les services postaux français auraient du renvoyer les courriers. Ce ne fut pas le cas. L’ensemble des biens appartenant aux internés du camp de La Lande laissés en déshérence (dont certainement les lettres) sont transmis au service social de l’UGIF, pour en particulier, fournir le vestiaire des internés du camp de transit de Drancy. C’est à Isaac LEWENDEL que l’on doit l’explication de la raison pour laquelle ces lettres sont à New York : https://www.uncampdejuifsentouraine.com/le-long-voyage-des-lettres

C’est un historien Juif d’origine Polonaise, Szajko Friedman, Zosa Szajkowski[2] de son nom de plume, qui est au centre d’important transfert d’archives « privées » françaises aux Etats-Unis à la fin de la guerre. Etudiant à la Sorbonne dans les années 20, il trouve un refuge temporaire en France où il s’engage dans la Légion étrangère à la déclaration de guerre. Blessé le 15 juin 1940, il est évacué et se retrouve à l’hôpital de Carpentras.
Avide chercheur, sensibilisé par la montée du Nazisme, il découvre alors un certain nombre d’anciens documents juifs dans les communautés locales. Avec l’aide d’amis, il réussit aussi à faire passer des documents de Paris vers la zone libre. Avant son départ pour les Etats-Unis à la fin de 1940, il se débrouille pour transférer une partie de ces archives à New York. Il s’engage alors dans l’armée américaine en 1943 et revient en Europe avec les renseignements militaires.
En 1944, avec la permission de ses chefs, Szajko retourne à Marseille récemment libérée où il retrouve les documents qu’il avait cachés et obtient de l’armée américaine de les expédier aux États Unis. Il en fut de même avec les archives de l’Alliance Israélite Universelle et celles de l’UGIF à Paris. C’est parmi ces collections déposées à YIVO que se trouvaient les « lettres non-remises de La Lande ». Un bon nombre d’autres fonds d’origine française ont probablement, eux aussi, été « sauvés » par Zosa Szajkowski et ont, de ce fait, franchi l’Atlantique au cours de la reprise en main agitée de la France par le gouvernement provisoire du général de Gaulle.

Armand, Marthe et Simone vont recevoir un certain nombre de lettres et cartes en août, septembre et octobre 1942 dont ils n’auront jamais connaissance. Ces courriers sur cette page sont organisés à suivre de la manière suivante : d’abord par nom du destinataire puis chronologiquement. En l’absence de date ou date illisible sur les courriers, ceux-ci sont été arbitrairement datés au 5 septembre 1942, le lendemain du départ de la famille vers Drancy.

1 – Lettre de ? à Simone LEVY 5 septembre 1942 (lettre n°353)

Mademoiselle Simone Levy Camp de la Lande Monts (Indre et Loire) [Cachet Saint-Nazaire du 5 septembre 1942, 8h30]

Ma chère petite Simone
Nous attendons toutes avec impatience une lettre de toi, en l’attendant je vais t’écrire pour te distraire un peu, ici la vie est monotone, aucun fait saillant que je puisse relater, à part que j’ai revu hier mon dévergondé et qu’il m’acosté [m’a accosté] comme si [de) rien n’était, il veut sans doute « remettre ça » mais il n’y a rien à faire, je n’accepte aucune de ses avances. Yvonne n’est pas revenue ou du moins elle n’est pas venue me voir, je lui ai donné ton adresse ainsi qu’à Eliane. T’on [T’ont-] elles écris ? Pour le paquet que je je vais t’envoyer j’étais très perplexe, j’avais peur qu’il n’arrive pas, Madame Philippe me déconseillait de tout envoyer, et d’un autre côté, sachant que tu avais froid, je voulais faire au plus vite, la robe marron dont tu parles doit être une robe beige à carreaux marron, n’est-ce pas ? d’autres part les snow-boots n’étaient pas prêt et il a encore fallu attendre, enfin je compte te l’envoyer bientôt, as-tu reçu le colis que Fernande t’as envoyé ? Si tu as encore froid après ce que l’on t’envoie, écris le moi tout de suite, comme on ne peut pas avoir ton manteau je t’enverrai le mien. Il n’est pas très élégant mais au moins tu auras chaud, n’ai pas de scrupules, j’en ai un autre, tu entends bien, dis le moi franchement. Que te dirais-je encore mon petit chou, il ne faut pas te laisser aller au cafard, je sais bien qu’il faut beaucoup de courage, mais dis-toi que plus tard on rattrapera ça et que tu oublieras ce mauvais moment ; parles moi de toi dans tes lettres, de ta vie (si possible) , je participerais selon mes moyens à ta peine. Madame Philippe ainsi que René me prie de te rappeler à leur bon souvenir.
Gégène t’envoie le Bonjour. Quant à moi je t’embrasse bien fort de loin en attendant de le faire de près.
Signature : illisible

2 – Lettre de Jo à Simone LEVY 05 septembre 1942 (Lettre n°209)

Melle Simone Levy camp de la la Lande à Monts Indre et Loire
de
ENVOI J.A. 50, avenue Georges Clémenceau 50 [le tampon sur l’enveloppe nous permet de savoir que le courrier a été envoyé de La Baule]

Chère Petite Monette
Excuse moi d’avoir tant attendu pour t’écrire mais je ne savais pas ton adresse ; aujourd’hui même, Paulette Coussot me l’envoie, aussi je mets la main à la plume et la plume à l’encrier et…je t’écris.
Que deviens-tu et quels sont tes passe-temps? Paulette me dit que tu peux recevoir des colis autres que des colis de vivres, donc, s’il te manque quelque chose, n’ai aucune hésitation ni fausse pudeur et demande le moi, je ferais ce qui sera dans mes possibilités pour te l’obtenir (à toi ou à tes parents naturellement).
Le 15 aussitôt que je suis revenue de la plage et que j’ai su où te voir, j’y suis allée mais hélas trop tard, surtout ne crois pas à une négligence de ma part.
Je serais très heureuse d’avoir de tes nouvelles quand tu pourras, sentend, puisque tu ne peux écrire qu’une fois par semaine et que tu dois avoir d’autres amis à qui répondre avant moi. Mes amitiés à tes parents.
Bons baisers à toi en attendant une lettre où tu me diras de quoi tu désires que je te parle.
Jo.
NDLR : Jo n’est pas identifiée. Il s’agit d’une camarade de Simone qui se fait appeler par ailleurs par ceux-ci Monette (la famille également). Jo cite la date du 15 : il s’agit du 15 août 1942, date de l’arrestation de Simone à la villa Madélia, avenue Saint-Clair à La Baule.

3 – Lettre de Marie BARATTE à Simone LEVY 14 septembre 1942 (lettre n°604)

Mademoiselle Simone Lévy Camp de la La Lande Bâtiment 11 Monts (Indre & Loir) [Lettre postée de Saint-Nazaire le 14 septembre 1942 à 16h10 via cachet]

Ma chère petite Simone
Je viens d’avoir votre adresse par Fernande et j’ai pensé que vous seriez peut-être contente de recevoir un peu de correspondance . C’est pourquoi je vous envoie un petit mot ce soir, qui je l’espère, vous apportera un peu de diversion dans la monotonie de vos lourdes journées. Depuis votre départ, vos amis ne cessent de penser à vous. Il ne se passe guère de jour sans que votre nom de soit prononcé. Sachez ma petite Simone que vous avez laissé beaucoup d’affection à St Naz. [Saint-Nazaire] et que vos chers parents ont encore de vrais amis qui leur gardent une profonde estime.
Je sais votre beau courage et votre volonté et je souhaite que vous puissiez les conserver jusqu’au bout.
Quand je pense à votre malheur, pauvre petite Simone, je souffre pour vous et voudrais faire quelque chose pour vous, essayer de soulager dans les mesures du possible vos souffrance physiques & morales.
Si je puis vous être de quelque secours, je vous en prie, dites le moi. Je voudrais tant pouvoir vous aider, si vous saviez ! Ecrivez moi, parlez moi de vous, demandez moi ce que vous voudrez, je tâcherai de vous faire plaisir. Fernande me donne de vos nouvelles. Mais elle est bien triste depuis qu’elle n’a plus sa Simone. Elle vous aime tant ! et fait tout ce qu’elle peut pour adoucir vos chagrins. Je la vois de temps en temps. Elle travaille pour pouvoir être au niveau de la classe mais elle semble perdue sans vous.
Mais tout cela finira bientôt, ma petite Simone. Soyez forte et courageuse comme vous avez su l’être jusqu’à maintenant.
Permettez moi de vous embrassez comme je le ferais si vous étiez devant moi.
Veuillez transmettre à vos chers parents les meilleurs voeux et ceux de ma famille, de courage, de patience et d’espoir.
à bientôt, ma petite Simone
Dieu vous garde
Marie Baratte
Si vous voulez des livres, dites le moi et indiquez moi ce qui vous plait le mieux.
NDLR : Marie BARATTE vouvoie Simone. Il peut s’agir d’une amie de ses parents. Marie connaît Fernande, citée dans la lettre, camarade et amie de classe de Simone dont nous ignorons la scolarité après l’école primaire. Vraisemblablement scolarisée dans un collège de jeunes filles.

Lettre de Madeleine à Marthe LEVY 5 septembre 1942 (lettre n°491)

Madame Marthe Armand Levy Camp de la Lande à Monts Indre-et-Loire [Cachet du 5 septembre 1942 16 heures, lettre envoyée de La Baule]

Le 6 septembre
Marthe très chère, j’ai enfin eu de vos nouvelles par Georges qui m’a transmis vos lettres. J’ai été rassurée sur votre sort. Et je vous trouve toujours la même très courageuse et ne [illisible] qu’à ceux qui vous sont chers. Ma pensée ne vous quitte pas, je suis de tout coeur avec vous, vous êtes, ma meilleure amie et ma peine est infinie. J’ai eu un trop chagrin lorsque la pauvre Monette a été emmenée de la villa, cette enfant que j’ai vu grandir et qui était l’amie de ma pauvre [illisibble], elle aimait [illisible] aussi son Boulicot, dites lui qye je pense beaucoup à elle et qu’elle a été très courageuse . Dites moi ce qu’il vous faut et ce qu’on peut vous envoyer. L’hiver va venir et dans ces baraques vous aurez froid. Jean est allé chercher du Sarotal pour Armand, comment va-t-il, la santé et son moral. Mes pauvres amis, nous sommes de tout coeur avec vous, vous avez toujours été si bonne pour les enfants et pour moi.
De tendres baisers sur vous de nous tous.
Madeleine

1 – Carte de Eugène LEVY à Armand LEVY 18 août 1942 (carte n°0015)

De Eugène Lévy 11, avenue Paul Séjourné Toulouse Hte Garonne à Meur A Lévy ? rue Fernand Pelloutier St Nazaire (barré sur la carte) Camp de la Lande à Monts In et L. [cachet du 18 août 1942 20h48]

Toulouse le 18-8-42
Chers tous
reçu avec plaisir hier matin votre carte du 11 et sommes de vous savoir tous trois en bonne santé. il en est de même ici de nous tous en ce moment, hier temps couvert espérant un peu de pluie. Rien vu venir pour les assurances, vois ce que je t’ai dit dans une précédente carte. Lucien t’avait dit aussi dernièrement qu’il avait écrit à Grimaud en lui demandant s’il pouvait s’occuper de mes affaires mais de te voir au préalable et Lucien t’avait dit aussi d’aller le voir, l’as-tu fait car Grimaud ne nous a toujours pas répondu. Baisers Eugène
Chers tous, je suis heureuse d’avoir de vos bonnes nouvelles. Je souffre toujours des rhumatismes et toi mon cher Armand cela va-t-il mieux. Simone s’amuse-t-elle bien pendant ses vacances ? Je vous envoie à tous trois mes meilleurs baisers.
Rosalie
NDLR : la carte émane d’Eugène, père d’Armand et de son épouse Rosalie. Lucien est le frère d’Armand. Grimaud exerce la profession d’avoué sur Saint-Nazaire.

2 – Carte de Eugène LEVY à Armand LEVY 22 août 1942 (carte n°0005)

De E. Lévy 11, avenue Paul Séjourné Toulouse Hte Garonne à Meur A Lévy 14, rue Fernand Pelloutier St Nazaire Loire Inférieure (barré sur la carte) Camp de la Lande à Monts In. et Loire [Cachet du 22 août 1942 20 heures 40, carte envoyée de Toulouse]

Toulouse le 22-8-42
Chers tous
Bien reçu votre carte du 14 le 21 sept et sommes heureux de vous savoir tous trois en bonne santé. Il en est de nous tous de même en ces moments. Il a fait ici aussi du mauvais temps et des grandes chaleurs temps sec, nous avons eu de l’orage la nuit du 19 et le lendemain il a plu pendant quelques heures très sérieusement et cela aura fait du bien, vous avez du en avoir aussi. Il a été question ici aussi de réduire l’électricité, cela se tassera peut-être. Quand au ravitaillement, c’est toujours difficile. Zette dit que cela l’est davantage chez Fernande à part les légumes dans leurs jardins. Joseph y travaille dur.
Meilleurs baisers à vous trois de nous tous.
Eugène
NDLR : la carte émane d’Eugène, père d’Armand et de son épouse Rosalie. Pas d’informations sur Zette, Fernande et Joseph

3 – Carte de Lucien LEVY à Armand LEVY 25 août 1942 (carte n°0014) en fait il s’agit d’Eugène erreur fichier 0014

De Mr Lucien Lévy 11, avenue Paul Séjourné Toulouse Hte Gne à Mr Armand Lévy 14, rue Fernand Pelloutier Saint Nazaire Loire Infre [rayé sur la carte] Camp de la Lande à Monts In et L. .

Cher Armand et chers tous. Comme Eugène vous l’a déjà écrit, nous avons bien reçu la semaine dernière vos cartes du 11, 13 et 14 Août et sommes heureux de vous savoir tous bien. Ici de même. Et nous avons eu un peu d’orage et de pluie ces jours derniers, qui ont un peu rafraichi la température. Georges avait en effet bien profité de son petit séjour à la campagne mais maintenant voilà qu’il se met à faire un peu d’entérite dès qu’il mange quelques fruits de trop.
Entendu pour les assurances, je crois que nous pourrons nous contenter des tuyaux que tu m’as envoyés, si tu ne trouves rien de plus.
Reçu une carte de Dupon-Fauville qui nous dit qu’il ignorait l’existence de la police « La France » en co-assurance avec celles de son portefeuille qu’il vient de renouveler. C’est une situation paradoxale et d’ailleurs, en signant les nouveaux contrats, nous avons signifié à La Prévoyance et à la Nationale l’existence de cette police « La France ».
Vois Grimaud dès que tu pourras et tiens-nous au courant. Vois aussi ton ami Georges, à qui Léopold a écrit. Il faudrait absolument suivre ses conseils. Je fais toujours beaucoup de bicyclette, et cela ne me fait pas engraisser, malgré que je mange comme un ogre, et que, ma foi, notre table est toujours bien garnie mais non sans peine. D’ailleurs, tout le monde a un excellent appétit et quelquefois, du bon poisson congelé de Mauritanie remplace les sardines et maquereaux dont nous sommes privés. Rien reçu [Illisible] depuis le 21. Meilleurs [Illisible]
Eugène

4 – Carte de M BERNHEIM à Armand LEVY 31 août 1942 (carte n°1012)

De M. Bernheim Hôtel de Bordeaux Place Jasmin Agen L et G. à M A Lévy Camp de La Lande à Monts (Indre et Loire)

31-8-42
Mes bien chers
Quelle peine vient de nous causer votre carte reçue à l’instant. Mais non pas quelle surprise, car hélas nous ne vivions depuis quelque temps dans la crainte d’un tel évènement. Que vous dire sinon de prendre courage et patience. Je sais ma chère Marthe et toi vieux Armand que vous en avez ; que Monette suive votre exemple et gardez tout espoir. Maman ne sait rien encore, nous allons la préparer peu à peu, car le coup est dur. J’ai prévenu immédiatement Lucien. Je comprends que vous attendez des colis de votre domicile. Pouvons nous vous envoyer quelque chose ? Ecrivez nous régulièrement et si vs le faites chez Lucien, dites lui de ns aviser de la réception de vos nouvelles. Si vous n’avez pas de linge de chez vous, dites le, nous vous en enverrons d’ici si nous pouvons. Gardez intacts votre moral et votre santé, c’est là l’essentiel et recevez tous les trois nos baisers et nos plus affectueuses pensées.
Georges
NDLR : M BERNHEIM est Georges BERNHEIM le frère de Marthe. Maman = Clémence LEVY (1873-1951)

5 – Lettre de Geneviève, Francine à Monsieur et Mme Lévy 1er septembre 1942 (lettre n° 503)
De Geneviève et Francine à Monsieur et Mme Lévy Camp d’Internement de la Lande à Monts Indre et Loire [Cachet du 2 septembre 1942 16 heures 30, lettre envoyée de Saint-Nazaire Loire-Inférieure]

St Nazaire le 1er septembre
Chers amis
Excusez moi si je réponds si tardivement à votre lettre ; mais mon mari et moi nous étions absents une partie de la semaine dernière ; et moi je ne suis rentrée qu’hier soir.
J’ai perdu mon pauvre Papa ; vous pensez quel coup inattendu ; et du chagrin que cela nous a fait à tous. Il a été couché 2 jours ; vous voyez qu’il a été emporté très vite. Maman est fatiguée ; même je l’ai laissée souffrante hier et cela m’inquiète. Quel ennui d’être si loin d’eux car je ne l’ai pas revu ; il était mis en bière quand je suis arrivée.
Maintenant parlons de vous. Inutile de vous dire combien nous étions heureux d’avoir de vos nouvelles ; car nous avons hâte de savoir exactement où vous étiez ; et si nous aurions le droit de vous écrire.
Nous avons été très affectés de votre départ surtout aussi brusque.
Je vous plains de de tout coeur croyez le bien.
Je ne vais pas pouvoir vous adresser tout ce que vous me demandez ; car le jour même de votre départ, les scellés étaient sur votre appartement ; impossible d’y rentrer et de pouvoir avoir quelque chose.
Je vous envoie un colis de linge que Madame Mollé m’a apporté de l’appartement de Mr Bernard. Elle m’a prié de vous demander si vous vouliez une couverture ; il y en a très mitées ; mais peut-être pourraient-elles vous être utiles quand même.
Quand nous verrons ces Messieurs venir, nous leur demanderons s’ils veulent bien nous donner ce que vous demandez surtout un manteau pour Monette. Nous leur expliquerons ils le savent bien qu’elle est partie sans rien.
Nous verrons ce qu’ils nous dirons.
Nous avons vu Monsieur Fouché aujourd’hui dès samedi il vous a adressé un colis.
Dès demain matin je vous envoie ce colis de linge et je joins 2 plats en émail ; et du coton hydrophile, 1 casserole ; pour les jeux de cartes, je n’en ai pas.
Je vous envoie également un mandat de 400 francs ; et nous attendons une réponse de la préfecture ; dès que nous l’aurons, comptez sur nous.
La maison nous a semblé bien grande après votre départ.
Nous avons fait le nécessaire et mon mari s’occupe pour le tabac ; il pense pouvoir avoir votre certificat demain ; je vous l’enverrai aussitôt.
Chers amis dans l’attente de vos nouvelles : tous les quatre nous vous adressons nos bons souvenirs.
Bien affectueusement
Geneviève
La semaine prochaine je vous adresserai un autre colis de linge que je suis entrain de vous faire laver.
Tous vos voisins et amis d’ici nous prient de vous envoyer leurs bons souvenirs.
respectueux souvenir
Francine

6 – Lettre de l’Association syndicale des propriétaires de La Baule-Centre à Armand LEVY 02 septembre 1942 (lettre n°503)

Monsieur et Madame Lévy Camp de la Lande (d’internement rajouté) à Monts Indre et Loire [Cachet du 2 septembre 42 16 heures 30, lettre envoyée de Loire-Inférieure]

Convocation pour une Assemblée Générale le lundi 31 août 1942 à l’Hôtel de Ville de La Baule fixée à 14h30

7 – Carte de Eugène Lévy à Armand LEVY 03 septembre 1942 (carte n°247)

De M Eugène Lévy 11 avenue Paul Séjourné Toulouse Hte-Gne à Mr Armand Lévy Camp de la Lande à Monts Indre & Loire [Cachet du 3 septembre 1942 20h40, carte postée de Toulouse]

Toulouse le 4 septembre 1942
Mon cher Armand
J’ai été stupéfaite et [illisible] d’apprendre votre situation et nous voulons tous espérer qu’un malentendu qui va s’éclaircir et que vous puissiez tranquillement rentrer chez vous ; le principal pour le moment est que vous restiez en bonne santé en [illisible]. Si vous avez besoin de quelque chose et ce que l’on peut envoyer. Nous devons tous supporter vos peines avec courage mes chers enfants et ne cesse de penser à vous tous à [illisible] à Marthe et Simone en espérant que vous puissiez rentrer à la maison en attendant de vos bonnes nouvelles. Et vous envoie mes meilleurs baisers ainsi que de la part de tous.
Votre mère Rosalie
Zette est rentrée hier soir Baisers Zette
Meilleurs baisers à vous trois de tous Eugène

8 – Carte de Georges BERNHEIM à Armand LEVY 03 septembre 1942 (carte n°422)

M G. Bernheim 28 Cours du 9ème de Ligne Agen (L et G) à M A. Lévy Camp de la Lande à Monts (I et L) [Cachet du 3 septembre 1942 19 heures, carte envoyée d’Agen]

Agen 3/9/42
Mes très chers. Maman est maintenant au courant et commence à se remettre, car le coup a été bien dur pour elle. Ils sont maintenant dans une chambre près de chez nous donc n’envoyez plus à l’hôtel. J’attends avec impatience un mot nous disant si vous avez besoin de quelque chose ; dites nous aussi comment cela est arrivé et où. Nous espérons avec ferveur que vous allez bien et que le régime est relativement acceptable. Quand nous reverrons nous ? Nous sommes sans cesse en pensées près de vous et vous envoyons tous nos meilleurs baisers.
Georges
NDLR : Georges BERNHEIM est le frère de Marthe. « Maman » = Clémence LEVY (1873-1951). « Ils sont maintenant » = Lucien BERNHEIM (1863-1952) et son épouse Clémence, les parents de Marthe, Georges et Paul.

9 – Carte de Paul BERNHEIM à Armand LEVY 03 septembre 1942 (carte n°835)

De Paul Bernheim 227 route de Genas Lyon-Villeurbane (Rhône) à Monsieur Armand Lévy Camp de la Lande Monts (Indre et Loire) [Cachet du 3 septembre 1942 19 heures 20, carte envoyée de Villeurbanne]

Le 3 sept
Mes très chers
C’est ce matin par ma lettre de Georges que j’ai appris votre internement dans un camp. Je ne sais que vous écrire nous sommes tous attérés. Ayez bon courage nous sommes [illisible] du coeur avec vous.
Je ne peux vous décrire notre chagrin et notre anxiété. Vous avez du avoir des nouvelles de Georges et de Lucien. Heureusement pour nos parents et ceux d’Armand sont là-bas bien entourés. Dites bien à Georges ce que l’on peut vous envoyer dans la mesure du possible nous ferons le nécessaire [illisible].
Chez nous la santé est bonne.
Encore bon courage surtout toi ma petite Simone soit vaillante. Nous vous embrassons très affectueusement.
Paul
NDLR : Paul est le frère de Marthe et l’oncle de Simone.

10 – Lettre de ? à Armand LEVY ? septembre 1942 (lettre n° 602)
De ? à Monsieur Armand Lévy Camp de la Lande Baraque 11 Monts (Indre et Loire) Verso de la lettre : 105 bis rue Villès Martin

105 bis rue Villès Martin
Cher Monsieur Lévy,
Je suis content d’avoir un peu de vos bonnes nouvelles et je fais des voeux ainsi que ma femme pour qu’elles deviennent très bonnes.
Je me suis aussitôt occupé de l’affaire [illisible], Melle BOURHAUD et [illisible] avant l’arrivée de votre lettre un certificat de radiation à Mr Pèze, si [illisible].
Peut-être est-il en votre possession ?
Melle Bouchaud va vous envoyer ce que vous lui avez demandé. A vous deux [illisible] qu’elle vous adressera, je l’ai priée de joindre 2 paquets de tabac que je lui ai remis.
[Illisible], [illisible], échalotte, « petite fille », « Tu vas voir la pépé » et autres propos … [illisible]… Seulement il y a dans l’air un nuage de mélancolie. Je leur ai donné votre adresse et … [illisible].
Je suis à votre disposition pour tout ce dont vous aurez besoin.
Mes hommages les plus respectueux à Madame, et à Mademoiselle et à vous. De nous tous nos meilleurs souhaits et notre bon souvenir.
signature illisible
Roland est à Toulon et attend un vapeur pour Marrakech. Il est aide-cuisinier des officiers, il pense à son ventre !
NDLR : la lettre est particulièrement mal écrite. La magasin Maison Modèle se situe rue Villès Martin, la même adresse que sur la lettre.

11 – Lettre de M FOUCHÉ à Armand LEVY 03 septembre 1942 (lettre n° 088)
De M. FOUCHÉ à Monsieur Lévy Armand Camp d’internement de la Lande à Monts Indre et Loire [Cachet du 3 septembre 1942 8 heures 10, lettre postée de Saint-Nazaire]

Le 2 septembre 1942
Chers amis
Veuillez trouver cis inclus votre papier pour votre tabac.
Comme je vous le disais dans ma lettre d’hier, la semaine prochaine je vous adresserai un autre colis de linge et je vais faire tout mon possible pour essayer d’avoir un manteau pour Monette.
Amitiés à Madame Levy et à Monette et respectueux souvenirs et bon courage
G. signature illisible mais il s’agit de la même personne citée dans le courrier n°5

12 – Lettre de Geneviève ? à Armand LEVY 3 septembre 1942 (lettre n° 205)
De Geneviève à Monsieur A. Levy Camp d’internement de la Lande à Monts Indre et Loire [Cachet du 3 septembre 1942 18 heures 10, lettre envoyée de Saint-Nazaire]

Lundi 7
Chère Madame
Deux mots à la hâte ; pour vous faire savoir que je vous ai adressé par poste votre manteau ; c’est tout ce que j’ai pu avoir ; impossible d’avoir autre chose, mais j’ai pensé que Monette pourrait peut être le mettre quand même.
Avez vous reçu le premier colis adressé ? et mon mandat ?
Car Vivi [illisible] est venue et nous pouvons vous adresser un autre colis ; si vous avez le droit d’en recevoir d’autres.
Nous espérons que Monsieur Levy n’est pas trop fatigué ! et nous vous souhaitons bon courage ; et nous vous adressons nos bonnes amitiés ainsi que pour Monette.
Geneviève

13 – Lettre de Gaston à Armand LEVY 8 septembre 1942 (lettre n° 207)

De Gaston ? à Monsieur Armand LEVY Camp d’internement de La Lande Monts I & L. [Cachet du 8 septembre 1942 18 heures 30, lettre postée de Saint-Nazaire]

St Nazaire le 8 septembre 1942
Mon cher Armand
Je vous ai expédier ce jour les différents articles que vous avez demander par l’intermédiaire de Mademoiselle Bouchard, j’espère que le tout vous arrivera en bon état, il y a 4 paquets de tabacs, 2 des demoiselles Bouchard et 2 de Monsieur Lemée ; pour le restant, j’ai fait ce que j’ai pu dans ce qu’il y de disponible, s’il vous faut autre chose ne vous gênez pas je ferai l’impossible pour vous rendre service.
Nous pensons, ma femme et moi que vous n’êtes pas trop mal et que vous prenez cela avec si on peut dire un peu de bonne humeur, mettez moi dès que vous le pourrez un petit mot ; cela nous fera plaisir, tout le monde dans le quartier demande de vos nouvelles, nous ne pouvons malheureusement pas renseigner beaucoup.
Ici pas grand chose de nouveau, cela va toujours son petit train train, avec très peu de camelote et on ne trouve pas grand-chose à Nantes, j’ai fait un voyage d’approche hier lundi et vais y retourner demain, avec ma camionnette.
Beaucoup de personnes vous envoient bien des choses, et il ne faut pas que j’oubli la famille Ambrières.
Bernard vient d’être changer par un de Nantes, cela depuis hier je ne l’ai pas vu depuis quelques jours.
Bien des choses de ma part et de celle de ma femme à Madame Lévy et à Monette et pour tous mon meilleur souvenir une cordiale poignée de main
Gaston

14 – Carte de M BERNHEIM à Armand LEVY 10 septembre 1942 (carte n° 089)
De M Bernheim 28 Cours du 9ème de Ligne Agen Lot et Garonne à M A. Lévy Camp de la Lande à Monts Indre et Loire Bâtiment 11 [Cachet du 10 Septembre 1942 18 heures 15 carte postée d’Agen]

Cette carte nous permet de localiser l’endroit où étaient logés Armand, Marthe et Simone LEVY à savoir baraque 11 mitoyenne de l’infirmerie du camp.

Plan du camp de La Lande AN F7/15059

Le 10.8.42
Mes chers tous
Avons reçu ta carte datée du 30 et je t’ai répondu aussitôt : oui, ma chère Marthe, tous ont été prévenus sur votre sort : vous avez du recevoir une carte de Lucien : nous sommes tous consternés : pense qu’Armand ne souffre pas trop : tu ne me parles pas de Monette : hier vous aie envoyé un colis avec du linge le plus nécessaire : dis moi si tu as besoin autre chose je l’enverrai.
Attendons avec impatience de meilleures nouvelles et avec mes baisers bien attristés.
[Signature illisible]

15 – Carte de Eugène LEVY à Armand LEVY 11 septembre 1942 (carte n° 082)
De M Eugène Lévy (en fait Rosalie) 11 avenue Paul Séjourné Toulouse Hte-Gne à Mr Armand Lévy Camp de la Lande à Monts Indre & Loire [Cachet du 11 septembre 1942]

Toulouse le 11 Septembre 1942
Chers tous
Mon cher Armand, nous avons répondu le jour même à votre carte du 24 reçu le 31 et nous espérons recevoir de vos nouvelle depuis. Nous venons de recevoir une lettre de Georges qui nous a fait bien plaisir car il écrit avoir reçu une carte de Marthe où elle dit que vous êtes tous trois en bonne santé et c’est le principal. Je vous ai aussi écrit une deuxième carte l’avez-vous reçue ? Peut-on vous envoyer et de quoi avez-vous besoin ? Nous avons de nouveau beau temps ici depuis quelques jours. Donc à bientôt de vos bonnes nouvelles.
et vous envoie mes meilleurs baisers à vous trois de nous tous.
Votre mère Rosalie
Je vous envoie mes meilleurs baisers Eugène

16 – Carte de Paul Bernheim à Armand LEVY 12 septembre 1942 (carte n° 425)
De M Paul Bernheim (en fait Suzy) Hôtel de Savoie Pont de Beauvoisin Savoie à Monsieur et Madame Armand Lévy bâtiment 11 Camp de la Lande à Monts Indre & Loire [Cachet du 12 septembre 1942]

Pont le 12 septembre. Mes très chers nous avons quelques nouvelles de Georges et sommes très attristés de vous savoir dans cet état. Nous pensons à vous sans cesse mais nous espérons qu’un jour nous serons à nouveau réunis.
Nous savons qu’Armand souffre toujours terriblement de ses rhumatismes peut-être que son état lui permettra d’obtenir certaines mesures de clémence et qu’il pourra se soigner un peu et être soulagé. Ne nous écrivez pas directement puisque vous êtes restreint dans votre courrier. Georges nous transmets à chaque fois le détail de vos cartes. Si vous n’avez pas reçu assez de linge et vêtements dites-lui ce qui vous manque le plus et nous ferons notre possible pour vous envoyer quelque chose, nous ne pouvons malheureusement pas faire ce que nous voudrions à ce sujet ayant nous même [illisible] de bagages. Ne croyez pas que cela soit égoïste ou indifférence. J’ai le coeur serré en évoquant les jours passés ensemble et je n’oublie pas toutes les cajoleries et les bons soins dont vous m’avez entourés quand j’étais près de vous. Ayez bon espoir et bon courage les mauvais jours passerons aussi. Surtout ma petite Simonne chérie sois courageuse et prend patience. N’attriste pas tes chers parents en te laissant aller à ton chagrin. Vous êtes tous trois ensemble cela vous donnera plus de force pour supporter ce qui arrive. Françoise vous embrasse tous trois bien tendrement en vous tenant par le cou. Odette et mes parents vous envoie leur bonne affection. Paul et moi vous embrassons de tout coeur.
Suzy

17 – Lettre de C. Bernheim à Armand LEVY 17 septembre 1942 (lettre n° 465)

18 – Lettre de la Direction Générale de l’Industrie Textile à Armand LEVY 24 septembre 1942 (lettre n° 431)
De l’Office Central de la Répartition des Produits Industriels 58 rue de la Boétie Paris à Monsieur A. Lévy 13 rue Villès-Martin Saint-Nazaire Loire Infre (rayé sur la lettre) Camp de la Lande Monts I. et L. [Cachet du 26 septembre 1942, lettre postée de Paris VIII]

Accusé de réception de bons d’achat textile pour l’armée d’occupation

19 – Lettre de la Compagnie d’Assurances Le Secours à Armand LEVY 6 octobre 1942 (lettre n° 441)

La famille est transférée du camp de La Lande vers Drancy le 05 septembre 1942.

Apprenant l’arrestation de la famille, Lucien BERNHEIM, le père de Marthe LEVY écrit au Préfet de Loire-Inférieure pour tenter de libérer « sinon toute la famille, tout au moins la femme et l’enfant« . Cette lettre restera sans réponse.

Courrier de Lucien BERNHEIM au Préfet de Loire-Inférieure 07 septembre 1942 [ADLA 1694W25]

Armand LEVY fait partie de la catégorie C1 en tant que cadre du camp puis passe à la catégorie B de ceux qui sont immédiatement déportables. Marthe est affectée à l’infirmerie du camp où elle administre les vivres et les effectifs. Elle se rend à l’Hôpital Rotschild le 24 octobre 1942 et réintègre le camp de Drancy le 19 janvier 1943.

Ernest MELOCHE tentera d’intervenir pour faire libérer la famille sans succès.

La famille est déportée par le convoi numéro 62 du 20 novembre 1943 de Drancy à Auschwitz.

Armand LEVY est décédé à Auschwitz, il avait 55 ans et son épouse Marie Marthe 44 ans.

Après guerre, c’est Henriette LEVY (née LEVY) 20, rue Contrescarpe à Nantes, soeur d’Armand, qui effectue les démarches auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin d’obtenir dans un premier temps les certificats de « non-rentré », puis certificats de déportation, certificats de déportés politiques et actes de décès. Des enquêtes sont menées pour connaître et vérifier les dates d’arrestation et de déportation.

Elle transférera l’activité commerciale de la « Maison Modèle » juste après-guerre au 142, avenue de Paris (actuelle avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny) à La Baule dont elle s’occupera en 1945 et 1946 puis le magasin sera loué à Madame GARBER de 1946 à 1949. L’activité commerciale cesse à cette date.

[DAVCC Caen, 21 P 477428]
[DAVCC Caen, 21 P 477428]

Lors de l’évacuation du camp d’Auschwitz entre le 17 et le 21 janvier 1945, les détenus aux alentours de 59000 sont jetés sur les routes dans ce qu’on appelle « les marches de la mort ». Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques entrent dans Auschwitz y découvrant plus de 6000 prisonniers dont la plupart sont malades ou mourants. L’enquête concernant Simone LEVY en septembre 1945 relate « qu’elle a été libérée par les Russes à Auschwitz, dernières nouvelles il y a 5 mois » [c’est à dire en mars 1945].

[DAVCC Caen, 21 P 478220]

En l’absence d’informations, la famille a été déclarée décédée 5 jours après la date de départ du convoi soit le 25 novembre 1943. Simone avait 17 ans.

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