MECHOULAM Isaac, Luna (NR)

Isaac MECHOULAM 1936 [ADLA 4M946]

Isaac et son épouse sont réfugiés à La Baule entre septembre 1939 et avant le recensement des Juifs sur l’arrondissement de Saint-Nazaire (septembre/octobre 1940).

Isaac MECHOULAM est né le 10 mai 1875 à Constantinople [Père : Jacob MECHOULAM et Mère : Rima GRABAÏ] et est marié depuis le 18 septembre 1928 (Paris, 11ème arrondissement) avec Luna (prénom usuel Fanny) née AVNAÏM [Père : Jacob AVNAÏM et Mère : Clara ?] née le 06 juin 1875 à Constantinople. Le couple a 5 enfants présents au recensement de 1926 : Jacques né en 1904, Albert ou Avram né en Turquie en 1905, Benoît né en 1913, Victor né à Paris le 02 juillet 1916 (11ème arrondissement) et Claire née à Paris le 01 juin 1919 (11ème arrondissement). En 1926, Jacques est mécanicien aux Etablissements La Nouvellière, Albert mécanicien également aux Etablissements Gautheron, Benoît, tapissier aux Etablissements Victor dans le 11ème, Victor apprenti-tapissier. En 1936, Avram est toujours mécanicien aux Etablissements Gautheron, Victor exerce la profession de tapissier chez Platanier dans le 18ème arrondissement et Claire est sténo-dactylo aux Etablissements Béchu dans le 12ème arrondissement.

La famille réside depuis au moins depuis 1926 au 48, rue Basfroi dans le 11ème arrondissement à Paris.

Recensement 1936 Quartier de la Roquette [Archives de Paris, D2M8]
Recensement 1936 Quartier de la Roquette [Archives de Paris, D2M8]

Isaac exerce diverses professions (inconnues) puis devient manutentionnaire/employé de commerce chargé des écritures comptables aux établissements Salem frères (import et export d’articles en tissus) à partir de1923 à Paris au 38, rue de Cléry dans le 2ème arrondissement.

 Dossier d'étranger d'Isaac MECHOULAM [ADLA 4M946]
Dossier d’étranger d’Isaac MECHOULAM [ADLA 4M946]

Isaac et Luna arrivent à La Baule le 11 septembre 1939 et logent Villa Ker Gilberte Avenue Ninon à La Baule, Edouard et Gilbert les ayant précédés de quelques jours. Les propriétaires de la villa qui résident à Saint-Nazaire proposent donc leur maison à la location suite à un appel du maire de la Baule pour accueillir les réfugiés.

Villa Ker Gilberte, Avenue Ninon, La Baule
Villa Ker Gilberte, Avenue Ninon, La Baule

Ils quittent la commune de La Baule pour celle de Pornichet le 3 janvier 1940 où ils vont résider 121, avenue de Mazy.

Visas Arrivées/Départs Etrangers [Archives Municipales de Pornichet 2I3]
Visas Arrivées/Départs Etrangers [Archives Municipales de Pornichet 2I3]

Ils quittent Pornichet le 22 juillet 1940 pour Paris et Isaac ne récupère pas sa nouvelle carte d’identité dont il avait effectué la demande en décembre 1939. Par ailleurs, malgré les attestations demandées et fournies par son employeur afin d’obtenir une carte d’identité de travailleur industriel, la Préfecture de Loire-Inférieure lui délivre une carte d’identité de non-travailleur, ce qui l’empêche par définition de continuer à occuper son emploi. Il continuera à justifier de son identité par le récépissé qui lui a été fourni.

Isaac MECHOULAM est interné à Drancy le 07 juillet 1944.

Carnet de fouilles d'Isaac MECHOULAM [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Carnet de fouilles d’Isaac MECHOULAM [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Il est déporté par le convoi numéro 77 du 31 juillet 1944 à destination d’Auschwitz.

Liste convoi 77 [CDJC, Mémorial de la Shoah en ligne]
Liste convoi 77 [CDJC, Mémorial de la Shoah en ligne]

Isaac MECHOULAM a été assassiné à Auschwitz, il avait 69 ans.

Ni son épouse, ni ses enfants n’ont été déportés.

Dossier d’étranger d’Isaac MECHOULAM [ADLA 4M946]

PASSY Salomon, Sarah [13]

Un jour de juillet 1944, un vieil homme est arrêté à Paris. Emmené au camp de Drancy, il y est interné. Il n’y restera pas longtemps : en effet, le 31 juillet 1944, on l’entasse avec plus de 1300 autres personnes, de tout âge et de toute origine, dans des wagons à bestiaux. Le train avance lentement et au bout de trois jours interminables, il arrive à destination. Le 3 août 1944, au camp de Birkenau, c’est l’heure de la sélection : pour certains, c’est le travail forcé ; pour la majorité, la chambre à gaz. On ne peut savoir ce qui est arrivé au vieil homme à partir de son entrée dans le camp : mais on peut supposer, à la vue de son âge avancé, qu’il a été assassiné dés son arrivée.

Si cet homme est né en Turquie le 28 octobre 1879, il vit sur le sol français depuis 1898. Il a ainsi, à l’âge de 19 ans, quitté son pays d’origine pour la France, sans doute à la recherche d’une situation économique et politique plus stable. La France est en effet, à la fin du XIXème siècle considérée par de nombreuses populations étrangères comme « une terre d’accueil » : elle est continuellement associée aux droits de l’homme.

Bulletin de mariage PASSY/MOUCHABAC [DAVCC Caen, 21 P 523 225]
Bulletin de mariage PASSY/MOUCHABAC [DAVCC Caen, 21 P 523 225]

En 1908, il épouse Sarah MOUCHABAC qui est née, comme lui, à Constantinople. Ils habitent alors dans la capitale au 16 rue Popincourt dans le 11ème arrondissement. Un an plus tard, ils donnent naissance à leur domicile à une petite fille, prénommée Jeanne, qui deviendra française par déclaration à l’âge de ses 16 ans. Cet homme fait vivre sa famille principalement grâce au restaurant qu’il tient pendant près de 18 années à partir de 1914, le restaurant « Le Bosphore », situé 74, rue Sedaine à Paris dans le 11ème arrondissement. Ce restaurant était le lieu de rendez-vous de nombreux Juifs Ottomans arrivant dans la capitale, véritable lieu de sociabilité et d’entraide permettant aux nouveaux arrivants de trouver un logement, du travail… C’est dans ce restaurant que Jeanne va rencontrer son futur mari.

A partir de 1931, il gère un magasin de bonneterie mais, déclaré en faillite en 1934, il quitte Paris avec son épouse et avec la famille de sa fille pour la ville de Saint-Nazaire où il arrive le 25 mai 1936. Alors, dans une situation financière difficile, le couple emménage dans un premier temps au 13 rue Villès-Martin à Saint-Nazaire. Quelque temps plus tard, ils décident d’aller vivre avec leur fille au 24 rue Alcide Benoit dans la même ville. Jeanne a eu deux enfants avec Robert Perahia : Albert et Victor. C’est ce dernier qui racontera des années plus tard, à travers son histoire, le destin tragique de son grand-père : « Avant la guerre mes parents, qui étaient marchands forains, mon frère aîné Albert et moi, vivions à St Nazaire,près de Nantes. Mes grands-parents maternels […] habitaient aussi avec nous. Nous étions une famille très unie et, aussi loin que je me souvienne nous nous entendions tous très bien. »

Registre du Commerce [ADLA 22U152]
Registre du Commerce [ADLA 22U152]

Toute la famille habite alors non loin de la place Marceau, poumon économique de Saint-Nazaire où se tient le marché. Avec son beau-fils, l’homme devient marchand forain en 1937 : le premier vend de la bonneterie pour femme tandis que le deuxième vend des tabliers. Le début de la guerre en 1939 bouleverse tout l’équilibre de cette famille, comme en témoignera le fils de Jeanne : « Saint-Nazaire était occupée par les Allemands. L’atmosphère à la maison changea brutalement. Les premières lois portant atteintes aux Juifs furent édictées. […] Mes parents comme beaucoup d’autres juifs, voulaient surtout s’intégrer et respectaient donc les lois de la République».

Suite à l’application de la première ordonnance allemande en France occupée le 27 sept 1940, l’homme passe ainsi à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour faire recenser sa femme, sa fille et son beau-fils ainsi que ses petits enfants. Son commerce et celui de Robert sont eux aussi listés par l’administration suite à la deuxième ordonnance allemande du 20 octobre 1940. Début décembre 1940 a lieu l’aryanisation des deux commerces et des scellés sont apposés sur les locaux servant de lieux de stockage, c’est à dire dans leur appartement, entre le 03 et le 05 décembre 1940. La famille est dorénavant privée de tout revenu.

Extrait Liste dactylographiée recensement Juifs 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait Liste dactylographiée recensement Juifs 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Déclaration Commerce auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire [ADLA 1694W23]

Le danger grandissant avec les bombardements et surtout les persécutions de plus en plus virulentes, il décide de quitter Saint-Nazaire.

« Pour se protéger, mes grands-parents ont décidé d’aller s’installer à Paris et d’emmener avec eux leurs petits enfants. J’aurais dû partir avec mon frère mais je ne voulais pas quitter mes parents »

Le couple, accompagné d’un de leurs petits enfants, Albert, retourne sur la ville de Paris au mois de février 1941 au 5 rue Belfort dans le 11ème arrondissement.

Etat de changement de résidence des israëlites février 1941 [ADLA 1694W25]
Etat de changement de résidence des israëlites février 1941 [ADLA 1694W25]

Au cours du début du mois de juillet 1944, le vieil homme est arrêté dans une des rues de Paris. Les circonstances réelles de son arrestation restent inconnues. Arrestation rendue d’autant plus singulière, par le fait que ni Sarah Passy, ni Albert ne seront arrêtés.
Salomon PASSY est arrêté dans la rue le 07 juillet 1944 puis interné à Drancy, le vieil homme est déporté le 31 juillet 1944 par le convoi numéro 77.

Carnet de fouilles [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]
Carnet de fouilles [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]

Note

La famille Perahia est arrêtée à son domicile le 15 juillet 1942, dirigée dans un premier temps dans le quartier de Sautron à Saint-Nazaire puis à Nantes, puis au Grand Séminaire d’Angers. Les enfants n’étant pas déportables à ce moment là, Victor est rayé des listes du convoi numéro 8 et est envoyé avec sa mère, Jeanne, au camps de La Lande à Monts près de Tours en Indre Loire. A la fin de mois d’août 42, ils sont envoyés à Drancy puis ils seront déportés par le convoi n°80, parti en août 1944 pour Bergen-Belsen. Il survivront jusqu’à la Libération en 1945.

Robert Perahia quant à lui, fait partie du convoi numéro 8 parti le 20 juillet 1942 vers Birkenau d’où il ne reviendra pas.

Depuis une dizaine d’années, Victor Perahia témoigne dans les établissements scolaires. Son témoignage a été publié avec d’autres dans « Traces de l’enfer » édité par Larousse en 2015. C’est de cet écrit que sont tirées les citations qui apparaissent dans la biographie de son grand-père.

Biographie rédigée par Vanina LEROUX, élève de Terminale Littéraire (2017-2018) au Lycée Galilée Guérande