La famille JANOWSKI a été rajoutée de manière manuscrite sur la liste dactylographiée du recensement du 27 septembre au 20 octobre 1940 résidant à Saint-Nazaire.
![Liste dactylographiée (simple) du recensement des Juifs de l'arrondissement de Saint-Nazaire [ADLA 1694W25]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/11/06recensement02arrtstnaz1694w25.jpg?w=647)
Samuel JANOWSKI est né le 30 juillet 1901 à Rawa (Pologne) [Père : Chil Alter et Mère : Jenta Zelda YASKOVITCH] et est marié avec Tauba KIERSZ (ou KIRSCH) [Père : Joseph KIERSZ et mère : Hava GOLDFARB] née le 29 décembre 1894 à Rawa (Pologne). Samuel est arrivé en France en 1923 et doit prouver sa nationalité, le consul général de Pologne à Paris en 1929 l’ayant destitué de sa nationalité, il devient donc apatride. Il s’adresse à l’Office des réfugiés russes afin d’établir un certificat de naissance.
Le couple a un enfant Suzanne née le 03 juin 1930 à Paris (12ème arrondissement). La famille réside en 1936 au 40, rue du Ruisseau dans le 18ème arrondissement à Paris et Samuel exerce la profession d’ouvrier tailleur et travaille dans la maison LOWINSKI 9, rue des Guillemites dans le 4ème arrondissement.

En 1938, il demande un titre d’identité et de voyage pour se rendre à Londres.
En 1939, il est engagé volontaire dans un Régiment de volontaires Etrangers au bureau de recrutement de Nantes.
La famille est arrêtée le 16 juillet 1942 au château de la Chataigneraie de Langeais (Indre-et-Loire) où elle s’était réfugiée et déportée (Samuel et son épouse) par le convoi numéro 8 d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942. Leur fille Suzanne, 12 ans, n’étant pas déportable en juillet 1942, est dirigée seule sur le camp de la Lande à Monts près de Tours (indication sur fiche Drancy).
Les lettres et cartes du camp de La Lande à Monts près de Tours
1300 lettres et cartes soit parce que censurées, soit parce qu’arrivées après le transfert des internés vers Drancy en particulier n’ont pas été distribuées à leurs destinataires et sont archivées au YIVO à New York. En toute logique, les services postaux français auraient du renvoyer les courriers. Ce ne fut pas le cas. L’ensemble des biens appartenant aux internés du camp de La Lande laissés en déshérence (dont certainement les lettres) sont transmis au service social de l’UGIF, pour en particulier, fournir le vestiaire des internés du camp de transit de Drancy. C’est à Isaac LEWENDEL que l’on doit l’explication de la raison pour laquelle ces lettres sont à New York : https://www.uncampdejuifsentouraine.com/le-long-voyage-des-lettres
C’est un historien Juif d’origine Polonaise, Szajko Friedman, Zosa Szajkowski[2] de son nom de plume, qui est au centre d’important transfert d’archives « privées » françaises aux Etats-Unis à la fin de la guerre. Etudiant à la Sorbonne dans les années 20, il trouve un refuge temporaire en France où il s’engage dans la Légion étrangère à la déclaration de guerre. Blessé le 15 juin 1940, il est évacué et se retrouve à l’hôpital de Carpentras.
Avide chercheur, sensibilisé par la montée du Nazisme, il découvre alors un certain nombre d’anciens documents juifs dans les communautés locales. Avec l’aide d’amis, il réussit aussi à faire passer des documents de Paris vers la zone libre. Avant son départ pour les Etats-Unis à la fin de 1940, il se débrouille pour transférer une partie de ces archives à New York. Il s’engage alors dans l’armée américaine en 1943 et revient en Europe avec les renseignements militaires.
En 1944, avec la permission de ses chefs, Szajko retourne à Marseille récemment libérée où il retrouve les documents qu’il avait cachés et obtient de l’armée américaine de les expédier aux États Unis. Il en fut de même avec les archives de l’Alliance Israélite Universelle et celles de l’UGIF à Paris. C’est parmi ces collections déposées à YIVO que se trouvaient les « lettres non-remises de La Lande ». Un bon nombre d’autres fonds d’origine française ont probablement, eux aussi, été « sauvés » par Zosa Szajkowski et ont, de ce fait, franchi l’Atlantique au cours de la reprise en main agitée de la France par le gouvernement provisoire du général de Gaulle.
Suzanne va recevoir deux lettres au camp de La lande :
01 – Lettre de Madame LAVIGNE à Suzanne JANOWSKI du 21 septembre 1942 [Lettre n°773]
De Mme Lavigne à Mademoiselle Suzanne Janowski B.15 Camp de la Lande Monts Indre et Loire [Lettre datée du 21 septembre 1942 postée le jour même du bureau de poste du Clion-sur-Mer avec papier et enveloppe à en-tête de La Garantie Familiale 4 boulevard Victor Hugo Nantes]
Le Clion sur Mer le 21 septembre 42
Ma chère petite Suzanne
Je reçois ta lettre à l’instant où je viens de t’envoyer un petit colis contenant une brosse à dents, du dentifrice, 3 crayons, 5 feuilles et enveloppes, 3 mains de toilette, 2 savonnettes et … quelques bonbons. Ceux-là, tu les dois à Madame Pouvreau « Nouvelles Galeries » Pornic. Ce sont des bonbons qu’elle vient de rapporter de Paris pour ses filles et qu’elle a bien voulu me donner pour toi. Remercie-la si tu le peux car ici il n’y en a pas un seul. A Pornic, nous ne trouvons rien. Dans un prochain colis je tacherai de t’envoyer quelques biscottes et une timbale si j’en trouve une.
Nous n’avons pas reçu une bonne réponse du Ministère aux questions juives à ton sujet. On nous a dit que pour te prendre chez nous, cela ne les regardait pas mais regardait les autorités de l’armée occupante. Nous avons aussitôt écrit pour faire cette demande.
Tranquilise-toi pour la propriétaire, j’ai envoyé quelqu’un et j’attends la réponse.
Nous n’avons aucune nouvelle de tes pauvres parents. Ils étaient en effet au grand séminaire d’Angers. Nous ne savons s’ils y sont encore. Non sans doute.
Dis nous ce que vous faites au camp de vos journées. Travaillez-vous ? Ce serait une distraction.
Je te quitte ma petite Suzanne en t’embrassant pour tous ici. Ma mère est encore souffrante en ce moment. Les chats t’envoient une bonne caresse.
Bons baisers de ta vieille amie qui ne t’oublie pas.
Mme Lavigne




Cette lettre nous permet de connaître le numéro de la baraque où était logée Suzanne, à savoir la baraque 15.
02 – Lettre de Madame LEBENTAL à Suzanne JANOWSKI du 5 Octobre 1942 [Lettre n°453]
Lettre de Madame Lebental 99 rue de Javel Paris XV arr à Mademoiselle S. Janowski Camp de la Lande à Monts (Indre et Loire) [Lettre datée du 5 octobre 1942 postée le jour même du bureau de poste de la rue d’Alleray à la levée de 18 heures, Paris 15ème arrondissement]
Paris le 5 octobre 1942
Ma petite Suzanne chérie
J’ai appris par Mme Vandenberg votre voisine du 2ème étage ton adresse et je m’empresse de t’écrire, je ne te croyais pas ici ma petite chérie car j’ai écrit tout de suite après le triste 16 juillet à tes parents et la carte m’est revenue avec la mention parti sans laisser d’adresse, tant mieux si tu es restée en France. De tes chers parents ni d’aucun d’autre parti à destination inconnue pas de nouvelles, toute ma famille est parti, je suis resté avec mes enfants étant femme de prisonnier de guerre. J’espère ma petite Suzette que Mr et Mme Lavigne feront le nécessaire pour te faire sortir du Camp, écrit … Qui est-ce Mme … est-elle aussi au Camp ?
Ecrit moi au plus vite, je ferai pour toi ce que je pourrait. Ta tante Marya avec Maurice sont parti aussi.
Ton cousin Elie Kirseh est revenu de captivité d’Allemagne, il a bonne mine? Rosette est parti à la campagne chez des amis jusqu’à la fin de la guerre. Mimi est un charmant petit garçon, il parle comme une grande personne. Des bonnes nouvelles de mon mari. Je te quitte ma petite chérie en t’embrassant bien fort et je te souhaite une bonne santé et bon courage et tu verras que bientôt tes parents reviendront. Ta pauvre maman qui a été obligée de se séparer de toi, ne perd pas l’espoir, ils reviendront. Ta tante Raymonde. Ecrit vite avec tous les détails pour les coli. Je t’envoie 2 timbres et 1 enveloppe timbré.
NDLR : Madame LEBENTAL est la tante de Suzanne = Raymonde LEBENTAL




Elle est à son tour déportée par le convoi numéro 36 du 23 septembre 1942 de Drancy à Auschwitz.
Listes convoi numéro 8 et 36 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]


Tauba 47 ans et Suzanne 12 ans ont été exterminés à Auschwitz. En octobre 1943, Samuel JANOWKI écrit un courrier d’Auschwitz-Birkenau à Monsieur et Madame LAVIGNE au Clion-sur-Mer près de Pornic, visiblement des personnes importantes pour lui puisque c’est chez eux qu’il se rendra après-guerre.
Ce document est issu des archives du Service 36 de l’UGIF. Les courriers envoyés par des détenus des camps de concentration (majoritairement Auschwitz et ses satellites), ont été envoyés à l’UGIF qui avait à charge de les enregistrer avant de les faire suivre à leurs destinataires. Dans ce fonds se trouve le fichier de suivi des courriers ainsi que les courriers qui n’ont pu être remis. (CDJC, en ligne)
Samuel est survivant en 1945 d’abord dirigé sur Birkenau puis sur Dachau où il arrive le 6 août 1944 et est enregistré sous le matricule 88697. Il déclare comme profession celle de serrurier. Il sera dirigé sur le camp de Mühldorf, et les détenus doivent « dans des conditions inhumaines » édifier un bunker-usine en pleine forêt.
![Fiche d'enregistrement du camp de Dachau pour Samuel JANOWSKI [https://collections.arolsen-archives.org/en/archive/10109178/?p=1&s=janowski%20Samuel&doc_id=10109180]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2021/02/001.jpg?w=731)

Après-guerre, il revient sur Pornic où il réside chez un ami : Monsieur LAVIGNE, villa « Les Fougères », boulevard Thiers à Pornic (Dossier LEVY Gustave). Il témoignera par écrit des circonstances de décès de Gustave LEVY , compagnon d’infortune à Birkenau, à sa veuve pour je cite : « Monsieur LEVY m’avait chargé de prévenir son épouse demeurant rue de la Dette à Pornic. Je me suis acquitté de ce dernier devoir, devoir que j’avais promis à mon cher camarade.«

Un article de presse de 1945 relate à la marge les arrestations et déportations des Juifs de Pornic :
Samuel s’occupera des formalités administratives auprès du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre après-guerre pour son épouse. Un acte de décès sera établi pour Suzanne en …2014.

![Dossier de JANOWSKI Samuel [Archives Nationales, 19940455/0040]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/11/09anjanowskisamuel21021938-1.jpg?w=751)


![Fiche d'internement du camp de Drancy [AN, F9/5744]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2020/11/01janowskisuzanneandrancyf9-5744.jpg?w=610)


