

Caleve Robert PERAHIA (prénom usuel Robert) est né le 20 avril 1901 à Constantinople (Turquie) [Père : Haïm PERAHIA né en 1877 à Constantinople et Mère : Diamante GUAKIL née en 1881 à Constantinople]. Robert arrive en 1921 en France avec au mois un de ses frères lui aussi arrivé en 1921 [Albert né en 1903 à Constantinople]. Robert se rend régulièrement au Café-Restaurant « Le Bosphore » au 74 rue Sedaine à Paris dans le 11ème arrondissement, lieu de rendez-vous pour les juifs séfarades turques qui leur permet à la fois de trouver un logement et des pistes pour un travail et qui est également un lieu de sociabilité. Ce restaurant ouvert en 1905 était en outre le lieu de cérémonies juives (Bar Mitzvah, mariages…) avant la création de la synagogue de la rue Popincourt (1909). Salomon PASSY est le propriétaire du fonds de commerce depuis 1913 et il a une fille prénommée Jeanne (née le 28 avril 1909 à Paris 11ème arrondissement). Au moment de la naissance de Jeanne, Sarah, sa mère est couturière. C’est dans ce restaurant que Robert va rencontrer Jeanne et le couple se marie le 27 juin 1929 à Paris (2ème arrondissement). Robert habitait alors au 96, rue d’Aboukir tandis que la famille PASSY habitait au 121 de la même rue.
Le couple va donner naissance à deux enfants : Albert, l’aîné, né le 06 janvier 1931 et Victor, le cadet, né le 04 avril 1933 tous les deux à Paris.
![Acte de naissance de Jeanne PASSY [AD75, 11N246]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/passyjeanne11n346_0122.jpg?w=1024)
![Acte de mariage de Robert PERAHIA et de Jeanne PASSY [AD75, 2M215]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/mariageperahiapassy02m215_0048.jpg?w=1024)
Le restaurant de Salomon PASSY s’arrête en 1931 et il se rend à Saint-Nazaire entre juin 1932 et décembre 1933 pour y tenir un commerce de bonneterie mais qui est déclaré en faillite en mars 1934. Salomon exerce alors à Paris la profession de marchand ambulant en bonneterie avec son gendre, Robert. Les deux familles décident de quitter la capitale et se rendent à Saint-Nazaire en 1936, Salomon y ayant donc déjà séjourné. Salomon et son épouse arrivent le 25 mai 1936 tandis que la famille PERAHIA les rejoint un peu plus tard le 16 octobre 1936. Ils habitent au 24, rue Alcide Benoit non loin de la place Marceau, lieu où les forains déballent leurs marchandises pour faire le marché. La famille possède une modeste voiture, une Citroën C4 mais qui leur permet de travailler sur d’autres marchés de la région. Les époux vendent de la bonneterie pour femmes et enfants et également des parures de draps et taies d’oreillers.
![Registre du commerce Saint-Nazaire [ADLA 22U152]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/01perahiaadla22u152.jpg?w=1024)
Robert PERAHIA se rend à Nantes entre le 29 février et le 02 mars 1940 pour un éventuel engagement et s’engage volontairement le 10 avril 1940 à Nantes. Il est affecté au Dépôt du Train n°11 à Nantes. Il est fait prisonnier dans cette même ville le 19 juin 1940 puis est interné pendant près de trois mois en temps que prisonnier de guerre (matricule 666) à Savenay. En raison de sa nationalité turque, il n’est pas envoyé en stalag mais est libéré et mis en congé de captivité le 07 septembre 1940. Il sera démobilisé le 13 juin 1942.
![Base des engagés volontaires étrangers entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 [Mémoire des Hommes, en ligne]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2020/05/perahiarobertvolontairesetrangersmdh.jpg?w=922)
Entre le 01 octobre et le 21 octobre 1940, Robert PERAHIA se rend à la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour se déclarer en tant que Juif sous le numéro 119.
![Liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/perahiarobertrecensement.jpg?w=1024)
« Au mois de septembre 1940, une ordonnance enjoignit à tous les Juifs de la zone occupée d’aller se déclarer dans les commissariats et les mairies. Mes parents étaient de plus en plus inquiets. Ils sentaient que les choses tournaient mal… Mais si toutes les conversations portaient sur les mesures antisémites personne n’imaginait la catastrophe qui s’annonçait. Mes parents comme beaucoup d’autres Juifs, voulaient surtout s’intégrer et respectaient donc les lois de la République. »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »
L’ordonnance du 31 octobre 1940 obligeait à ce que les Juifs déclarent leur commerce ce que fait Robert le 11 novembre 1940.


Le 03 décembre 1940, les scellés sont apposés dans la pièce servant de lieu de stockage pour les marchandises et également sur la voiture C4 que Robert avait déclaré au mois de novembre 1940.
Gabriel HERVOUËT, l’administrateur provisoire chargé de la vente du commerce, nommé par le sous-préfet en janvier 1942, n’avait pas manqué, dans le zèle qui le caractérise, d’englober dans l’actif de l’entreprise la dite voiture. Jeanne PERAHIA écrit donc au préfet pour tenter de la récupérer, ce qu’elle obtiendra.
Le commerce est vendu en moins de trois mois le 8 mars 1941 à Monsieur LALLIER 3, rue de l’amiral Courbet à Saint-Nazaire aux 2/3 de sa valeur, ce que ne manque pas de faire remarquer Robert PERAHIA qui faute de mieux mais n’ayant de toute façon pas le choix accepte la vente. La famille recevra des subsides du produit de la vente. Monsieur LALLIER se portera acquéreur également du commerce de Salomon PASSY (le beau-père de Robert) par l’entremise du même administrateur provisoire qui au passage perçoit les différentes commissions afférentes à l’aryanisation.
Dans le même temps (automne 1940), le tampon Juif est apposé sur les cartes d’identité et les cartes d’alimentation. Il est interdit aux Juifs de posséder un poste de TSF, ils ne peuvent faire leurs courses que de 15 à 16 heures, ne peuvent plus avoir de ligne téléphonique…
L’ordonnance allemande du 29 mai 1942 entrée en vigueur le 07 juin 1942 rend obligatoire le port de l’étoile jaune pour tous les Juifs de plus de 6 ans en zone occupée.
« Porter l’étoile fut en effet très difficile. Dans la rue, les gens nous dévisageaient, et si certains semblaient parler de nous avec bienveillance, ou pitié, d’autres en revanche ricanaient, murmurant que nous l’avions bien mérité… A l’école, pendant la récréation, les enfants me montraient du doigt. J’étais un « sale juif », un « youpin ».
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 ».
Salomon PASSY, le grand-père de Victor, quitte Saint-Nazaire pour rejoindre Paris et décide d’emmener ses petit-enfants. Albert l’accompagnera mais Victor ne voulant pas se séparer de sa mère reste.
Robert, Jeanne et Victor sont arrêtés le 15 ou 16 juillet 1942 vers 20 heures (selon le témoignage de Victor Perahia, le 15 juillet 1942) puis transportés dans un lieu dans le quartier de Sautron en bord de mer à Saint-Nazaire puis transférés sur Nantes (Caserne Richemont) puis transférés sur Angers au Grand Séminaire.
Il semblerait qu’un certain nombre de familles aient été prévenues à Saint-Nazaire en amont des arrestations imminentes. Alors qu’elles représentent près de la moitié des familles juives sur l’arrondissement de Saint-Nazaire, « seules » 9 personnes sont arrêtées sur les 67. Le nombre et le témoignage oral de Mme FRECHE tendent à aller dans ce sens.
A Angers, les enfants de moins de 16 ans et les adultes de plus de 55 ans n’étant pas déportables en juillet 1942, Jeanne et Victor sont rayés de la liste qui prévoit leur déportation. Robert, lui, est déporté le 20 juillet 1942 au départ d’Angers vers Auschwitz. Jeanne et Victor sont transférés le jour même au Camp de la Lande à Monts près de Tours.
![Plan Camp de La Lande [Archives Nationales F7/15059]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/01anf-7-15059lalande-1.jpg?w=1024)
1300 lettres et cartes soit parce que censurées, soit parce qu’arrivées après le transfert des internés vers Drancy en particulier n’ont pas été distribuées à leurs destinataires et sont archivées au YIVO à New York. En toute logique, les services postaux français auraient du renvoyer les courriers. Ce ne fut pas le cas. L’ensemble des biens appartenant aux internés du camp de La Lande laissés en déshérence (dont certainement les lettres) sont transmis au service social de l’UGIF, pour en particulier, fournir le vestiaire des internés du camp de transit de Drancy. C’est à Isaac LEWENDEL que l’on doit l’explication de la raison pour laquelle ces lettres sont à New York : https://www.uncampdejuifsentouraine.com/le-long-voyage-des-lettres
C’est un historien Juif d’origine Polonaise, Szajko Friedman, Zosa Szajkowski[2] de son nom de plume, qui est au centre d’important transfert d’archives « privées » françaises aux Etats-Unis à la fin de la guerre. Etudiant à la Sorbonne dans les années 20, il trouve un refuge temporaire en France où il s’engage dans la Légion étrangère à la déclaration de guerre. Blessé le 15 juin 1940, il est évacué et se retrouve à l’hôpital de Carpentras.
Avide chercheur, sensibilisé par la montée du Nazisme, il découvre alors un certain nombre d’anciens documents juifs dans les communautés locales. Avec l’aide d’amis, il réussit aussi à faire passer des documents de Paris vers la zone libre. Avant son départ pour les Etats-Unis à la fin de 1940, il se débrouille pour transférer une partie de ces archives à New York. Il s’engage alors dans l’armée américaine en 1943 et revient en Europe avec les renseignements militaires.
En 1944, avec la permission de ses chefs, Szajko retourne à Marseille récemment libérée où il retrouve les documents qu’il avait cachés et obtient de l’armée américaine de les expédier aux États Unis. Il en fut de même avec les archives de l’Alliance Israélite Universelle et celles de l’UGIF à Paris. C’est parmi ces collections déposées à YIVO que se trouvaient les « lettres non-remises de La Lande ». Un bon nombre d’autres fonds d’origine française ont probablement, eux aussi, été « sauvés » par Zosa Szajkowski et ont, de ce fait, franchi l’Atlantique au cours de la reprise en main agitée de la France par le gouvernement provisoire du général de Gaulle.
Au camp de La Lande, Jeanne et Victor Perahia reçoivent deux lettres, l’une de Sarah PASSY, mère de Jeanne et grand-mère de Victor et l’autre d’une personne prénommée Yvette voisine des Perahia à Saint-Nazaire.
Lettre du 5 septembre 1942 de Sarah PASSY à Jeanne et Victor PERAHIA
De S. PASSY
5, rue de Belfort
PARIS 11ème
A
Madame J. PERAHIA
Camp de la Lande
Baraque n°22
Monts
Indre et Loire
Paris le 5 septembre 1942
Ma fille chérie
Ces deux mots pour te dire que depuis la lettre que tu m’a écris du 24 Août, je n’ai pas de tes nouvelles.
J’en suis folle d’inquiétude.
Nous nous portons tous très bien ici.
Ecris-moi si tu peux de suite.
Qu’est ce qui se passe ?
Es-tu malade ?
Mon petit Vivi pourrait m’écrire deux mots pour nous rassurer.
Je n’ai pas grand-chose à te dire que je voudrais de tes nouvelles.
C’est tout.
Ta [mère] qui t’aime et pense à toi
S. PASSY
PS
Tu m’a écris dans ton autre lettre que tu allais faire une demande pour mon petit Vivi pour me l’envoyer chez nous. Je t’ai dit que j’avais de la place.
Pourquoi tu ne me réponds pas.
Ecris de suite si tu peux.
S. PASSY




Lettre du 9 septembre 1942 d’Yvette à Jeanne et Victor PERAHIA
De ?
Saint Nazaire, 9 septembre 1942
A
Madame PERAHIA et son fils
Camp d’Internement de la Lande
Baraque n°22
Monts
Indre et Loire
Chère Madame Perahia et cher petit Vivi,
Comme nous étions heureux ce midi de recevoir de vos nouvelles, surtout écrites de la propre main de Vivi. Madame Passy nous donne bien de vos nouvelles mais ça n’est pas la même chose.
Vous vous étonnez d’être sans nouvelles de nous. C’est simplement que nous croyions toujours n’avoir pas le droit de vous écrire. Sinon vous en auriez eu souvent. Autrement j’écris à Paris chaque semaine et la réponse m’arrive quelques jours plus tard.
Vous êtes en bonne santé, cela nous fait plaisir. Nous voudrions bien qu’il en soit de même de monsieur Perahia. Mais nous aussi, nous sommes toujours sans nouvelles de lui. Peut-être n’a-t-il pas le droit d’écrire.
Ah oui mon petit Vivi, nous aussi nous pensons souvent aux bonnes parties de belote. A la maison, nous n’avons jamais plu eu l’occasion de sortir le jeu de cartes depuis votre départ.
Sur sa dernière lettre, madame Passy nous écrivait qu’elle était sans nouvelles de vous depuis onze jours. J’espère que maintenant, elle en a et je vais lui faire part de celle que nous avons reçue.
Et maintenant, avez-vous le droit de recevoir des colis alimentaires ? Nous n’osions envoyer les galoches de peur que vous ne les receviez pas. Nous allons le faire. Croyez-vous aussi qu’on vous permettrait de recevoir une petite photo. Si c’est oui, je vous en enverrai une toute récente. Comment être vous installés dans le camp ? Qu’y faites-vous ?
Ici, votre départ a attristé tout le monde, la maison ressemble autant à une prison qu’à autre chose. Heureusement encore que nous sommes bien envoisinnés. (A part chez Blanche Nergo). De ce côté, c’est toujours, et même plus, le même vacarme, diurne et nocturne.
Les bombardements ne nous tracassent guère en ce moment. A peine avons-nous eu une alerte de temps à autre. Nous sommes de moins en moins nombreux dans la cave. Tout le monde n’y descend plus à chaque alerte. Et puis aussi monsieur Salier est mort vendredi dernier dans la nuit. Il a été malade 24 heures. C’est une hémorragie qui l’a emporté.
A ce propos il faut que je vous dise aussi, et après bien des hésitations et de la réflexion que mon oncle Marcel est mort lui aussi le Vendredi 28 août à 22 heures. Depuis votre départ, il souffrait terriblement, mais il ne s’est alité que 20 jours environ avant de mourir. La plaie s’était agrandie d’une manière horrible. Il a eu une hémorragie le vendredi après-midi à 5 heures alors qu’il se reposait fort bien. En quelques minutes, le lit a été inondé de sang. Il est mort à 22 heures.
Il a gardé sa connaissance jusqu’après son hémorragie. Mais le docteur lui a injecté de la morphine à haute dose donc ce qui l’a endormi. Sur les derniers moments, il demandait la fin tant il était épuisé et souffrait physiquement et certainement moralement. Dans notre grand chagrin, c’est une minime consolation de savoir qu’au moins il ne souffre plus. Mais tout de même ! Ce que c’est dur !
Je vous dis cela parce que vous donniez toujours beaucoup d’espoir à maman, mais, je n’ai pas voulu le dire à madame Passy. Pauvre madame Passy, elle aurait été ennuyée pour me répondre, je suis sûre qu’elle y aurait mis tout son cœur. Mais pourquoi lui dire ?
Maintenant mes chers bons amis, je dois vous quitter car il me reste encore trois lettres à faire dont une à Madame Passy. Vous voyez, j’ai un courrier très chargé. Si ça continue, je serais dans l’obligation de prendre une secrétaire sténo-dactylo.
Sur ce, recevez chère madame Pérahia et cher petit ami, tous mes meilleurs baisers et vœux de courage de la part de toute la famille et les meilleures amitiés de tous les voisins.
Yvette
Pour madame Vincent, je n’ai rien à vous dire si ce n’est qu’elle et sa famille sont tous en bonne santé et qu’ils étendent toujours leurs relations.





Victor et Jeanne sont transférés du Camp de la Lande à Drancy le 4 septembre 1942. On dispose d’un témoignage concernant ce convoi du Camp de la Lande à Monts vers Drancy :
« Nous, soussigné Godard Georges, Maréchal des Logis Chef de gendarmerie à la résidence de Joué-les-Tours, département d’Indre-et-Loire, revêtu de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs rapportons de qui suit :
Le 4 septembre 1942, nous avons été désignés pour faire partie d’un convoi de 422 internés juifs transférés de Monts (Indre-et-Loire) à Drancy (Seine).
Le transfèrement devait se faire par voies ferrées avec 12 wagons, soit 10 fourgons à marchandises et deux wagons de voyageurs. A 12 h, lors de la reconnaissance du train en gare de Monts, il a été constaté que dans certains de ces wagons de marchandises, il se trouvait une importantecouche de ciment, plâtre, de chaux et de soufre sur les planchers. L’un deux contenait une grande quantité de débris de verres provenant de bouteilles cassées et avait une porte déraillée de sa glissière. D’autres avaient un plancher défectueux au point qu’on aurait pu démonter les planches sans l’emploi d’outils.
Tous les wagons sauf 3, étaient pourvus de volets d’aération fermant de l’intérieur ou de l’extérieur. Ces 10 wagons de marchandises en mauvais état d’entretien et sales ne présentaient aucune garantie pour le transport important qui devrait être effectué. A 14h30, nous nous sommes rendus à la gare de Monts en compagnie du Maréchal des Logis Chef Michaudet et de trois gendarmes pour mettre la rame des wagons en état de recevoir les personnes qui devraient être transférées. Toutes les portes ont été fermées d’un côté à l’aide de fil de fer. Tous les volets d’aération ont été fermés soit à l’intérieur ou de l’extérieur, ceux fermant de l’extérieur ont été verrouillés et mis hors d’état de fonctionner. Vers 16h30, le chargement du convoi (sic) a commencé. Il s’est terminé sans incident. Après que la nourriture ait été distribuée à tous les internés, l’autre côté des wagons a été fermé avec des fils de fer avec tous les soins possible empêchant toute évasion possible par les portes. A 21h15, le convoi de 12 wagons a été accroché à un train. Le service de surveillance composé de 4 groupes s’était partagé. Deux groupes dans le wagon de tête tandis que les deux autres groupes se trouvaient dans le wagon de queue (…).
Le 5 septembre 1942, vers 2 heures, le train est arrivé dans le triage de Paris-Austerlitz. A près deux heures d’arrêt et de petites manœuvres, nous avons été dirigés sur Ivry-sur-Seine.
A 7h45, notre train s’est arrêté à la gare de Paris-La-Chapelle et n’en est reparti qu’à 12 heures. Dès l’arrêt du train qui était le premier arrêt depuis le lever du soleil, nous avons comme aux autres stationnements placé notre personnel. Après avoir vérifié toutes les fermetures des wagons, nous avons commencé le contrôle des occupants. Dans le 6ème wagon, nous avons constaté que les nommés GOUTCHAT Suzanne et Heinrich ROSA avaient disparu….«
[Source : Klarsfeld, Serge ; Le calendrier de la persécution des Juifs de France (juillet 1940-août 1942), Tome 2 ; Fayard, 2001, p. 1053 et 1054]
Le 4 septembre 1942 à 12 heures, le train est donc préparé pour l’acheminement des internés où l’on constate que les wagons sont inaptes à les recevoir tant du point de vue de leur propreté que de leur sécurité. Toutes les portes et volets d’aération ont été sécurisés avec du fil de fer, les internés sont montés dans le les wagons vers 16h30 et le train est arrivé en fin de matinée le 5 septembre à Drancy, ce qui fait près de 20 heures de voyage… (Il faut au plus 2h30 à l’heure actuelle pour effectuer un trajet en train de Monts vers Drancy distants de moins de 300 kms). L’explication de ce temps de trajet extrêmement long nous ait donné par Serge Klarsfeld (même ouvrage) : un convoi est parti de Rivesaltes le 4 septembre 1942 à 7 heures, a atteint Vierzon le 5 septembre à 1h41 via Toulouse, Montauban, Cahors. Il a passé la ligne de démarcation à 2h40 et s’est raccordé avec le contingent en provenance de Monts. Au total 1041 Juifs dont en fait 411 (et non pas 422 comme indiqué dans le rapport de gendarmerie) en provenance de Monts.
Jeanne, à Drancy, y rencontre son cousin Henri GARIH, protégé un temps de la déportation parce que marié avec une femme catholique : « Pour éviter la déportation, Henri a alors conseillé à ma mère de se faire passer pour une femme de prisonnier de guerre », elles-aussi protégées par ce statut particulier.
Il existe différentes catégories d’internés dans le camp de Drancy :
- A : Juifs mariés avec une personne non-juive ou demi-juifs (nés de père ou de mère de confession catholique ou protestante)
- C1 : cadres du camp
- C2 : ressortissants d’Etats alliés avec l’Allemagne
- C3 : femmes et enfants de prisonniers de guerre
- C4 : personnes attendant l’arrivée prochaine de leur famille encore en liberté
- B : immédiatement déportable, la majorité des internés
Jeanne et Victor vont rester de début septembre 1942 à Juin 1944 soit près de 22 mois dans le camp de Drancy puis vont être déportés par le convoi numéro 80 vers Bergen-Belsen le 02 mai 1944 [le convoi 80 est divisé en 4 trains (a,b,c,d) dont les départs s’échelonnent entre le 02 mai et le 23 juillet].
Fiches d’internement de Victor PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]


Fiches d’internement de Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]



« Au début, je vivais dans la baraque des femmes. Puis les enfants de mon âge ont été transférés dans celle des hommes. Je voyais encore ma mère tous les jours mais je ne dormais plus avec elle. Nous avons eu tout de suite très faim. Car nous avions seulement de quoi survivre. Certes ma mère me donnait toujours un peu de sa ration, mais cela ne suffisait pas »
Victor Perahia in « Traces de l’Enfer, Larousse, 2015 »
A l’approche des Britanniques, au printemps 1945, Victor et Jeanne sont transférés en train vers le camp de Theresienstadt (Terezin) en Tchécoslovaquie, train dans lequel il va rester deux semaines. Le 23 avril, le convoi s’arrête à nouveau aux environs de Tröbitz près de Berlin et ce sont les soviétiques qui découvrent « de misérables fantômes faméliques errant dans la campagne allemande ». Il sera un peu plus tard rapatrié vers la France.
Ils sont dirigés vers l’Hôtel Lutetia à Paris, hôtel réquisitionné pour l’accueil des déportés au retour. Les fiches verso de Drancy vont être utilisées à l’Hôtel Lutetia en particulier pour remettre des certificats de déportation aux familles. Le 12 mars 1945, Sarah PASSY, la mère de Jeanne et la grand-mère de Victor, se déplace à l’Hôtel Lutetia sans nouvelles de sa famille où un certificat de déportation lui est remis.
Versos des fiches d’internement de Victor et Jeanne PERAHIA Camp de Drancy [Archives Nationales F9/5746]


L’état sanitaire de Victor est catastrophique : « état général moyen, obscurité du sommet gauche à radiographier ». Il est hospitalisé à l’hôpital Salpétrière jusqu’en septembre 1945 puis dirigé vers un sanatorium en Dordogne ayant contracté la tuberculose. Il y restera deux ans et demi.
Victor se mariera après guerre et aura deux enfants. Pendant plus de cinquante ans, il ne racontera rien à sa famille et décide d’écrire un livre : « Mon enfance volée » paru en 2015 [Livre épuisé]. Il témoignera par la suite dans les établissements scolaires.
Son père Robert déporté le 20 juillet 1942 est arrivé le 23 juillet 1942 à Auschwitz. Composé uniquement d’hommes et de femmes en âge de travailler, les déportés de ce convoi ont été enregistrées pour rentrer dans la partie concentrationnaire du camp.
Témoignage de Leon Cyterman, déporté d’Angers à Auschwitz le 20 juillet 1942
En l’absence d’informations, la République Française l’a déclaré décédé 5 jours après l’arrivée du convoi. Deux feuilles de témoignage seront déposées sur le site de Yad Vashem en mémoire de Robert PERAHIA. Une demande de recherche de personnes disparues sera effectuée par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, sans résultat, et le titre de déporté politique sera attribué à Robert PERAHIA.
![Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/44perahia22081941-4-1.jpg?w=1024)
![[DAVCC Caen, 21 P 523 986]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2020/03/04perahiarobertshd.jpg?w=1024)
![Dossier d'aryanisation du CGQJ [AN AJ38/4598 dossier n°2541]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/06perahia07031941-2.jpg?w=732)
![Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur aux Préfets de la zone occupée 08 juillet 1942 [ADLA 1694W20]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/01interdictionlieuxpublicsadla1694w20.jpg?w=793)
![Liste provisoire des arrestations [ADLA 1694W25]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/02arrestationsprovisoires1694w25.jpg?w=729)
![Entrées/sorties Camp de La lande [ADIL 120W18]](https://shoahpresquile.com/wp-content/uploads/2019/07/194207201dil120w18-1.jpg?w=529)