ROSS René, Yvonne, André, Claude

René Bernard (prénom usuel René) ROSS est né le 27 novembre 1891 à Béziers (Hérault) [Père : Léon ROSS né en 1861 à Nancy et Mère : Louise WEILL née en 1861 à Raon-l’Etape (Vosges)]. Il obtient son baccalauréat Latin Sciences et Mathématiques puis deux licences : l’une en Mathématiques et l’autre en Sciences Physiques. Il est par ailleurs diplômé en tant qu’ingénieur de l’Ecole Supérieure d’Electricité. Dès les années 20, il enrichit la recherche scientifique dans les domaines de la physique et de l’électricité : courants alternatifs, condensateurs sphériques, disjoncteurs, interrupteurs à huile, études sur l’équilibre électrique et également rédigent et synthétisent des travaux scientifiques appliqués à l’Artillerie : étude sur le réglage de tir, étude sur un canon anti-char…

Il s’engage dans l’Armée française du 12 août 1914 au 11 novembre 1918. Blessé deux
fois (par les gaz et éclats d’obus dans le genou), il reçoit la la Croix de guerre au titre du
Régiment [Chargé de faire enlever le matériel de batterie d’une position abandonnée, a assuré sous un bombardement intense de plusieurs jours, et malgré une sérieuse
indisposition causée par les gaz asphyxiants, l’évacuation des munitions. N’est rentré que sur l’ordre formel qui lui en a été donné
] et la Légion d’Honneur à titre militaire.

Il se marie le 07 octobre 1920 à Paris dans le 10ème arrondissement avec Yvonne Esther
née ALEXANDER née le 19 février 1891 à Paris (18ème arrondissement).

De cette union vont naître deux enfants : André né le 13 mars 1922 à Calais et Claude né
le 03 juillet 1927 à Calais.
Disciple de Jaurès, patriote avant tout, il suit les cours d’Officiers de Réserve et est
nommé lieutenant le 27 janvier 1921 et capitaine le 25 décembre 1933.
René ROSS rentre dans l’enseignement le 01 octobre 1933 et exerce d’abord à Calais
avant de venir s’installer à Saint-Nazaire et d’enseigner à l’Ecole Pratique et d’Industrie de Saint-Nazaire. Il y est chargé de l’enseignement de la Technologie et de l’Electricité et du Cours de Mécanique et de Trigonométrie au Cours de Perfectionnement. Il habite alors aux 10, rue des Halles.

Ecole Pratique et d'Industrie Saint-Nazaire
Ecole Pratique et d’Industrie Saint-Nazaire

René ROSS est doté d’un tempérament assez fort [Ross, plein d’un courage fougueux, se
ruant, s’obstinant sur l’obstacle de toute ses énergies, lesquelles étaient sans limite
] et
doté d’une grande éloquence. Lors d’un débat, il avait démontré à l’assistance qu’on
pouvait être membre de l’Enseignement laïque, socialiste et Juif en même temps que
patriote.
René Ross fut candidat du Parti socialiste SFIO au conseil général dans le canton de
Guérande en octobre 1937. Mais il ne tarda pas à avoir des difficultés avec son parti. Il fut blâmé pour avoir attaqué en public Léon Blum et Vincent Auriol le 23 octobre 1937. En novembre, il fut exclu pour cinq ans de la section socialiste de Saint-Nazaire.
Début 1938, la section locale du cartel confédéré des Services publics lui retira toutes ses délégations syndicales jusqu’au 1er janvier 1939, lui interdit tout droit à la parole dans les réunions publiques des syndicats et lui ordonna de s’abstenir de toute critique contre les militants responsables.
Finalement, il démissionna du Parti socialiste SFIO [Léon BLUM] le 5 février 1938 et adhéra au Parti radical. [Edouard Daladier] (le Travailleur de l’Ouest 1937 1938).

Lieutenant puis capitaine de réserve, René ROSS refuse une affectation spéciale en tant qu’enseignant et demande à partir de 1938 de partir s’il y a lieu à la tête d’une unité combattante. Il est mobilisé le 03 septembre 1939 comme capitaine, commandant une
batterie de 75 aux devants de la ligne Maginot jusqu’au début janvier 1940 puis est affecté aux travaux de fortification de la région de Longuyon-Montmedy puis passe capitaine-adjoint d’une batterie de 75 et prend part en cette qualité aux combats de Belgique et de Flandre du 10 au 30 mai 1940. Lors de la débâcle, il est évacué de Dunkerque le 30 mai 1940 embarque le dernier sur le contre-torpilleur « Foudroyant » puis débarque à Cherbourg pour être démobilisé le 06 août. Il est cité à l’ordre de la 1ère division marocaine et reçoit la Croix de Guerre 1939-1940 avec Etoile d’Argent.

Courrier de Saint-Nazaire et de la Région 18 mars 1939 {ADLA, presse en ligne]
Courrier de Saint-Nazaire et de la Région 18 mars 1939 {ADLA, presse en ligne]

En zone occupée, les autorités allemandes appliquent une législation antisémite, inspirée par les lois du Reich. L’ordonnance du 27 septembre 1940 énonce les critères
d’appartenance à la religion juive et ordonne le recensement des personnes considérées
comme telles. René Ross se déplace donc à la sous-préfecture de Saint-Nazaire et se
déclare en tant que tel sous le numéro 107.

Extrait liste dactylographiée du recensement des Juifs 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée du recensement des Juifs 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Par ailleurs, l’article premier de la loi du 03 octobre 1940 définit qui « est regardé comme juif » et l’article 2 de cette même loi « interdit aux Juifs l’accès et l’exercice dans les fonctions publiques », l’alinéa 4 précisant que les juifs ne peuvent plus faire partie des corps enseignants.

René ROSS, professeur à l’Ecole Pratique et d’Industrie de Saint-Nazaire se retrouve
donc exclu de son métier.
En revanche l’article 3 de la loi précise que les professions de la fonction publique
sont ouvertes aux juifs s’ils sont titulaires de la carte d’ancien combattant de la guerre de 1914-1918, s’ils ont été cités lors de la campagne de 1939-1940 et s’ils ont été décorés de la Légion d’Honneur
.
René ROSS remplit les trois conditions de cet article 3 et soutenu par Henri VIBRANT, le directeur de l’école et trouvant la mesure particulièrement injuste, René ROSS va écrire de très nombreux courriers : tout d’abord au sous-préfet, préfet, Conseil d’État et au Maréchal Pétain.
La préfecture de Loire-Inférieure, très embarrassée, va le recevoir le 08 mars 1941,
écoutant ces doléances parfaitement justifiées mais finalement, il ne retrouvera jamais son poste, démis de ses fonctions le 19 décembre 1940.
La Municipalité de Saint-Nazaire le nomme alors chef de Travaux dans les Services techniques de la Défense Passive , (protection des populations en tant de guerre et en particulier mesures à prendre en cas de bombardements…).
Indigné par sa situation, René ROSS continuera à écrire des courriers à l’administration
au moins jusqu’en décembre 1941, soit plus d’un an après sa révocation.

Lettre de René ROSS au maréchal Pétain 21 octobre 1940 [ADLA 1694W22]

Lettre manuscrite de René ROSS au Préfet de Loire-Inférieure [ADLA 1694W22]

Les membres du Comité Départemental de l’Enseignement Technique vont recevoir un courrier leur demandant leur « origine raciale » puisque l’exercice de tout mandat dans des assemblées d’ordre professionnel est désormais interdit aux Juifs.

Comités Locaux Professionels [ADLA 1694W21]
Statut du Juif Comités Locaux Professionels [ADLA 1694W21]

Tous les membres de ce comité vont renvoyer le document administratif prouvant leur ascendance « aryenne » mais cas unique, ils vont tous renvoyer leurs démissions.

Les « services de contre-espionnage allemands travaillent dans l’ombre « , le 18 janvier
1942, ils effectuent une perquisition au domicile de René ROSS, perquisition qui ne donne rien . Il est tout de même arrêté le jour même et interné pendant deux jours à la prison de Saint-Nazaire puis transféré (lieu inconnu).

 Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
 Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]

Il est finalement réincarcéré le 04 février 1942 à la prison de Saint-Nazaire avant d’être transféré et emprisonné à la prison de Fresnes.

Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]

Pendant plusieurs semaines, il ne recevra aucune nouvelle de sa famille. Le procès
commence le 19 octobre 1942, connu sous le nom de « Procès des 111 ». On refuse aux
avocats français d’assurer la défense des inculpés. Le 10 novembre, les familles sont
autorisées à leur rendre visite. Le recours en grâce est rejeté et René ROSS est fusillé au
Mont Valérien le jour de son anniversaire le 27 novembre 1942 à 16h19 avec quarante
autres personnes dont Albert Vinçon, instituteur à Saint-Nazaire qui faisait partie du même réseau que lui, il avait 51 ans.
René Ross écrit une dernière lettre avant d’être fusillé:
« Je vais mourir pour la France avec le courage et le sang-froid d’un vieux soldat qui a fait Verdun et Dunkerque. J’ai servi la France avec le plus grand désintéressement et le plus ardent patriotisme. Je regrette de vous laisser dans la vie, seuls et sans défense.
Aimez la France et pensez à mon sacrifice. Pour moi, je vais mourir, « la Marseillaise » sur les lèvres et votre image adorée dans mon coeur.

Soyez calmes et fermes. Ne haïssez personne. Aimez-vous les uns les autres.
Vive la France. Vive la République. Vive la Liberté !
Que notre sang soit versé pour la France, pour la Paix et pour ceux qui viendront après nous puissent vivre tranquilles et heureux.
Excusez ma plume, elle est bien mauvaise, mais ma main ne tremble pas. ».

Sans ressources, avec deux enfants à charge (l’aîné est scolarisé au Lycée Louis-le-
Grand à Paris et le cadet dans un collège à Saint-Nazaire) mais également sa mère, Yvonne ROSS écrit une lettre au Préfet de Loire-Inférieure.

Yvonne ROSS vînt s’établir à Angers au 18, rue de la Brisepétière. Elle y résidera jusqu’à
la fin de la guerre.
Une demande de réhabilitation à titre moral est prise en compte par le Comité
Départemental de Libération le 24 août 1944 et transmise à l’Inspecteur d’Académie pour réintégrer dans le corps des enseignants à titre posthume René ROSS.

Sources :
• Archives Départementales de Loire-Atlantique : 1694W22, 1694W25, 1694W26,
1804W1
• Archives du Courrier de Saint-Nazaire et de la Région, [En ligne]
• Service Historique de Défense, Vincennes : 16P 520679
• Henri FOUSSARD : « TEMOIGNAGES – LA VIE ET MORT HEROIQUE de
Alexandre FOURNY – Albert VINCON – René ROSS – Marcel HATET – Fernand
LAFAYE – Anne-Marie MENUT-LAFAYE – André BONNAMY – André RAVARIT .
Nantes, Aux Portes du Large, 1947
• Notice bibliographique concernant René ROSS via le Maitron des Fusillés et
exécutés [ http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article165702, notice ROSS René, Bernard par Julien Lucchini, version mise en ligne le 22 octobre 2014, dernière modification le 17 avril 2018. ]

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