JIUILI Salomon, Rosalie, [Edith, Denise] [1]

Confiserie "Le Pierrot Gourmand" Le Pouliguen
© collection particulière
Confiserie « Le Pierrot Gourmand » Le Pouliguen
© collection particulière

[à gauche Salomon GIUILI et Rosalie BRUN est la deuxième femme en partant de la gauche]

Salomon Gaston JIUILI [Prénom usuel : Gaston] est né le 13 novembre 1876 à Epernay (Marne) [Père Aron GIUILI, artiste forain et mère : JANSSENS Théodora]. Il épouse Rosalie Augustine née BRUN. Le couple aura deux filles : Edith née en 1920 et Denise.

Archives Départementales de la Marne [2E258]
Archives Départementales de la Marne [2E258]

Le père de Salomon s’appelle Aaron GIUILI né en 1848 à Tripoli, Lybie et son épouse Théodora JANSSENS, originaire de Hollande, née en 1849 à Arnhem , catholique. Il est directeur de théâtre forain .

Journal du Loiret du Lundi 13 et Mardi 14 juin 1898

Aaron GIUILI décède à Cherbourg en juin 1898.

Il était obligé de passer dans les mairies où il avait séjourné pour qu’on lui délivre un certificat comme quoi il avait satisfait à la loi du 8 Août 1893 , loi relative au séjour des étrangers en France et à la protection du travail national.

Monsieur Salomon Gaston JUILI (le nom se transforme avec un J suite à une erreur de l’officier de l’état civil de l’époque, Aron GIUILI signant avec un G) exerçait la profession de confiseur sur la promenade du Pouliguen dans une baraque dénommée « Pierrot Gourmand » [emplacement n°5] et habitait 42, rue de l’amiral Courbet au Pouliguen villa Minic-Hi.

registre alphabétique du commerce (ADLA 22U147]
Registre alphabétique du commerce [ADLA 22U147]

Il exploitait en outre et à la même époque (à partir de 1927) un salon de thé – café – pâtisserie dénommé « Le Poussin Bleu » [emplacement n°2] sur la Promenade du Pouliguen. C’est son épouse Rosalie qui s’en occupait plus particulièrement et qui s’inscrit au registre du commerce en 1931.

Registre alphabétique du commerce [ADLA 22U151]

La profession de Monsieur JIUILI est celle de marchand forain, c’est à dire qu’une partie de l’année, il exerce sa profession de confiseur et restaurateur au Pouliguen et que l’autre partie de l’année, il se déplace pour exercer sa profession dans les foires ou évènements particuliers en France. Sa résidence principale est fixée à Bourges au 6, boulevard de la Liberté.

Son installation en tant que sédentaire suit la logique de sédentarisation des forains qui après une vie de labeur arrivent à se fixer définitivement dans un commerce en dur, concrétisation pour eux et pour les autres d’une réussite professionnelle.

Un de ses frères suit la même logique. Directeur du cinéma Le Grand Palais à Bourges rue Pelvoysin à partir de 1914, il abandonne à cette date l’univers forain d’attractions foraines autour du cirque, du théâtre ou du cinéma forain de son père pour se fixer définitivement dans une ville.

BARNIER, Martin : Bruits, cris, musiques de films : les projections avant 1914. Presses Universitaires de Rennes, 2011
BARNIER, Martin : Bruits, cris, musiques de films : les projections avant 1914. Presses Universitaires de Rennes, 2011
Le Populaire, 19 mars 1933
Le Populaire, 19 mars 1933

Monsieur JIUILI a été combattant durant la première guerre mondiale comme l’atteste une décoration qu’il a reçu en 1952. La croix du combattant volontaire 1914-1918 est une décoration française qui récompense ceux qui ont été volontaires pour servir au front dans une unité combattante durant la Première Guerre mondiale :

Suite à la 1ère ordonnance allemande du 27 septembre 1940, les Juifs doivent se présenter pour le recensement auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire, le commissariat ou la mairie.

Salomon JIUILI qui est juif mais qui n’a pas le statut (donc moins de trois grand-parents Juifs) a été inscrit d’office sur les listes de recensement par la mairie du Pouliguen (sur ordres des autorités allemandes). Il apparaît de facto en numéro 1 sur la liste et n’en sera jamais rayée.

Extrait liste dactylographiée du recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Au moment des procédures d’aryanisation qui comment le 03 décembre 1940 en presqu’île, les scellés sont apposés sur son commerce sur la promenade et une affichette « Entreprise Juive » est accolée sur la devanture.

Les époux fort de renseignements sur leur état civil se présentent à la Kreiskommandantur 502 à Saint-Nazaire pour prouver leur « non- appartenance à la race juive » et tente de faire réouvrir leur commerce, ce qu’ils obtiennent. Un certificat dans ce sens est délivré par les Autorités Allemandes.

ADLA [1694W25]
ADLA [1694W25]
ADLA 1694W25
ADLA 1694W25

La question se pose sur le fait que Salomon JIUILI n’a jamais été rayé de la liste de recensement comme ce fût le cas pour Joseph LEVY résidant dans la même commune et dans la même situation. Cet « oubli » va avoir des conséquences fâcheuses par la suite et aurait pu avoir des conséquences dramatiques.

Salomon JIUILI se fait couper sa ligne téléphonique au cours de l’été 1942 et sur présentation de son certificat obtient la réouverture de la ligne.

Salomon JIUILI est arrêté à La Baule par la Police Allemande le 16 septembre 1942 puis le 22 septembre 1942, il est incarcéré à la prison de Saint-Nazaire où il va passer plus de trois semaines derrière les barreaux puis transféré sur Nantes le 26 octobre 1942 puis sur Angers avant d’être dirigé sur la camp de Drancy où il arrive le 18 décembre 1942. On supposera qu’entre le 26 octobre et le 18 décembre, Salomon a été incarcéré soit à Nantes, soit à Angers, soit les deux avant son transfert sur Drancy, ce qui représente trois mois de prison.

Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]
Registre Ecrou Prison Saint-Nazaire [ADLA 1804W1]

Fiches d’Internement Camp de Drancy [Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine]

Son épouse, catholique, va tenter tout ce qui est en son pouvoir pour faire sortir son mari de Drancy. Elle se présente à Préfecture de police de Paris avec un certificat de non-appartenance à la race juive délivré par le Commissariat Général aux Questions Juives. Des courriers abondants vont circuler entre la Préfecture de Paris, la Préfecture de Loire-Inférieure et la sous-préfecture de Saint-Nazaire pour vérification. Salomon JIUILI est libéré de Drancy le 02 mars 1943. Grâce à la ténacité de son épouse, Salomon JIUILI interné à Drancy réussit à échapper à la déportation. Un courrier récapitulatif est envoyé à la Direction des Etrangers et des Affaires Juives à la Préfecture de Police de Paris.

Il sera titulaire d’une carte de l’association des internés et déportés politiques délivrée le 23 décembre 1944 qui précise que Salomon a été interné du 15 décembre 1942 au 03 février 1943 et par ailleurs fera une demande officielle à l’Association ces Combattants et Victimes de Guerre dans les années 1950 et obtiendra sa carte de Déporté et Interné Politique (sic).

Comité d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale [ADLA 27J100 et 27J101]

Les deux époux continueront d’exploiter les deux commerces après guerre sur la commune du Pouliguen, « Le Poussin Bleu » étant cédé en octobre 1960 et « Pierrot Gourmand » en juin 1958.

Salomon et Rosalie JIUILI, remblai de La Baule
Salomon et Rosalie JIUILI, remblai de La Baule

Salomon JIUILI décède à La Baule le 13 juin 1977 à l’âge de 100 ans.

Archives Départementales de la Marne [2E258]
Archives Départementales de la Marne [2E258]

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