PAPO Salomon, Gilda, Maurice (NR)

Salomon PAPO 1939 [ADLA 4M704]
Gilda PAPO 1936 [ADLA 4M939]
Gilda PAPO 1936 [ADLA 4M939]

La famille PAPO est présente à la Baule en 1936 et au moment de l’entrée en guerre : Salomon PAPO né le 04 février 1897 à Constantinople [Père : Nasse PAPO né à Sofia, décédé et Mère : Forunée BEHAR née à Constantinople], Gilda PAPO née TIANO née le 29 janvier 1899 à Salonique [Père : Samuel TIANO né en 1871 à Salonique et Mère : Lucie SAMNONA née en 1871 à Salonique] et Maurice PAPO né le 06 février 1928 à Paris (16ème arrondissement). La famille réside habituellement à Paris (16ème arrondissement) au 21, rue Poussin et réside en octobre 1939 Villa Janina Avenue Lamoricière à La Baule. Nous ne connaissons ni la date d’arrivée à La Baule ni la date de départ et la famille n’a pas été déportée.

Fiche cartonnée d’étranger de Salomon PAPO [ADLA 4M704]]

Dossier d’étranger de Gilda PAPO [ADLA 4M939]

BEHAR Mardoché, Victoria, Léa

Victoria, Mardoché et Léa BEHAR collection particulière
A gauche Victoria BEHAR, 3ème et 4ème à droite : Mardoché et Léa BEHAR [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
A gauche Victoria BEHAR, 3ème et 4ème à droite : Mardoché et Léa BEHAR [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Mardoché dit Marcel BEHAR est né le 18 mai 1889 à Jérusalem et est marié avec Victoria FUENTES née le 15 décembre 1897 à Constantinople (Turquie). Le couple a trois enfants : Isidore né le 01 juillet 1920 à Marseille, Albert né en 1925 à Maubeuge et Léa née le 01 juillet 1927 à Maubeuge.

La famille BEHAR est réfugiée du Nord de la France (source : « Mémorial des Victimes de la Persécution Allemande en Loire-Inférieure 1940-1945 » – Jean-Pierre SAUVAGE et Xavier TROCHU – Archives Municipales de Nantes) et arrive au Pouliguen (date d’arrivée inconnue). Elle y avait déjà séjourné déjà avant-guerre pour des raisons médicales. La famille n’est pas recensée en Loire-Inférieure et est retournée quelque temps après à Mers-les-Bains au 13, rue Nationale.

Mardoché BEHAR est arrêté le 04 janvier 1944 avec son épouse Victoria et leur fille Léa puis la famille est transférée au camp de Drancy le 06 janvier 1944 venant d’Abbeville.

Fiches du camp de Drancy [Archives Nationales F9/]

La famille BEHAR sera déportée par le convoi numéro 66 au départ de Drancy vers Auschwitz le 20 janvier 1944 et sera déclaré décédé à Auschwitz le 25 janvier 1944.

Liste convoi 66 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]

Différentes feuilles de témoignage seront déposées sur le site de Yad Vashem en mémoire de la famille.

Les deux frères de Léa, Albert et Isidore ne sont pas arrêtés. Isidore est déjà marié avec Honorata OLEK née le 20 octobre 1919 à Czekowice (Pologne). Elle est également arrêtée puis internée à Drancy à partir du 06 janvier 1944 avec sa fille Victoria Suzanne dite Tinouka née en 1937. Elles seront toutes deux libérées le 31 janvier 1944.

Témoignage oral d’ Y. née BEHAR

Honorata et Victoria (Tinouka) vont être arrêtées et transférées à Drancy et y rester pendant quatre mois. Honorata est d’origine polonaise et catholique. Elle est arrêtée par erreur. Elle m’a juste dit que les conditions là-bas étaient miséreuses.

Honorata (et sa fille Victoria dit Tinouka) sont enregistrés à Drancy sous le numéro 11005.

« En 1943, la Gestapo vient arrêter mon oncle Albert à Mers-les-Bains mais il est parti à la pêche. A la place, il arrête Isidore qui va partir en Allemagne faire le STO. Ils ne m’ont jamais rien raconté et ils n’ont jamais voulu en parler et je n’ai que peu de souvenirs.

« Tout ce que je sais, c’est qu’après la guerre, tout le monde arrive au Pouliguen parce que Victoria (Tinouka) est malade et on nous conseille d’aller habiter au bord de la mer au Pouliguen. Nous, on connaissait rien au Pouliguen. Isidore était tout le contraire de son frère Albert, très discret. On a habité Villa Le Lotus au Pouliguen pendant longtemps [Rue du Moulin]. On était locataires mais on a changé plusieurs fois de maisons.

Isidore exerçait la profession de marchand de tissus sur les marchés mais il ne faisait pas de linge, c’était son frère (Albert) qui faisait le linge. C’était un landier. Il vendait au baratin. Il faisait le marché du Pouliguen, de Pornichet, du Croisic… « .

ALEXANDRE Adolphe, Janine, Martine, Pierre

Adolphe et Janine ALEXANDRE [CDJC, Memorial de la Shoah, Paris]
Adolphe et Janine ALEXANDRE [CDJC, Memorial de la Shoah, Paris]
Martine ALEXANDRE [CDJC, Memorial de la Shoah, Paris]
Martine ALEXANDRE [CDJC, Memorial de la Shoah, Paris]

Adolphe ALEXANDRE est né le 27 juin 1889 à Tours (Indre-et-Loire) [Père : ALEXANDRE Hipolyte décédé en 1918 et marié avec Camille GOMPEL née à Bionville (Meurthe-et-Moselle) le 14 avril 1868] qui réside à Paris, 6 avenue du Colonel Bonnet à Paris (16ème arrondissement). Adolphe est l’ainé de la famille et a cinq frères et soeurs Germaine épouse de Charles ELIAS demeurant à Paris, Jeanne, Lucienne, Paulette et Jacques, tous célibataires en 1943 et demeurant à Tours. Hipolyte et Camille avaient fait l’acquisition d’un terrain et d’une petite villa en 1899 en copropriété avec monsieur ALPHEN, directeur des magasins Paris-Angoulème. En 1904, il est procédé à un partage et la petite villa nommée Villa Kerfontaine leur revient en 1904. Composée de garages dans le jardin avec deux chambres d’appoint au-dessus des garages , elle est constituée au rez-de chaussée d’un salon, salle à manger, cuisine et WC et à l’étage, 3 chambres la villa est sise allé des Ifs (angle de l’allée des Ifs et avenue des Evens). Adolphe et Janine Fortunée DREYFUS née à Paris le 12 août 1902 ont deux enfants : l’aîné Pierre et la petite dernière Martine Berthe née le 16 septembre 1939 à La Baule et habitent à Neuilly-sur-Seine 17, rue des Chartres.

Actes de naissance d’Adolphe ALEXANDRE et Janine DREYFUS et acte de mariage [Archives Départementales d’Indre-et-Loire et Archives Municipales de Paris, en ligne]

Nous ne connaissons pas la date d’arrivée à La Baule de la famille mais elle est présente en septembre 1939 puisque Martine y naît. La villa Ker Fontaine est aryanisée dans un premier temps par Maître THUILLIER, docteur en droit Immeuble Les Brisants au Pouliguen en novembre 1942 puis remplacé en mai 1943 par Gabriel HERVOUËT arbitre de commerce à Saint-Nazaire. La villa est en mauvais état : les multiples incursions nocturnes l’ont fortement dépréciée. Le 1er février 1943, la Kommandantur de La Baule annonce que la villa est mise à la disposition du groupe Collaboration.

dossier d'aryanisation Camille ALEXANDRE [Archives Nationales, AJ38/4600 dossier n°8603]
dossier d’aryanisation Camille ALEXANDRE [Archives Nationales, AJ38/4600 dossier n°8603]

La famille est arrêtée et interné à Drancy (sauf Pierre). Janine et sa mère ont été internées au camp de la Lande à Monts près de Tours et sont arrivées à Drancy le 05 septembre 1942.

Fiches d’internement camp de Drancy [Archives Nationales F9/5676 et F9/5742]

La famille est déportée par le convoi numéro 48 de Drancy à Auschwitz du 13 février 1943. Ils ont été exterminés : Adolphe avait 53 ans, son épouse 40 ans et leur petite fille 4 ans et demi.

Liste convoi 63 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]
Liste convoi 63 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]

Feuilles de témoignage [Yad Vashem, en ligne]

Journal Officiel de la République Française
Journal Officiel de la République Française

FAINSTEIN Samuel, Anna, Denise, Maurice

Présent en France depuis 1906, Samuel Meyer dit Marcel FAINSTEIN est né le 05 septembre 1894 à Navahroudak (Biélorussie) [Père : Daniel FAINSTEIN et Mère : Basse VOLFOVITSCH]. La ville de Navahroudak est intégrée à l’empire russe à la fin du XVIIIème siècle et Samuel se retrouve donc réfugié russe lorsqu’il arrive en France. Il est marié avec Anna Gabrielle [prénom usuel Anna] ZLOTOYABKA née à Paris (1er arrondissement) le 11 février 1889 [Père : Elias ZLOTOYABKA, casquettier et Mère : Fanny KOENIGSBERG ou KOEMGSBERG, fleuriste]. Ils se marient à Paris (3ème arrondissement) le 28 décembre 1911. Les parents de Samuel sont absents ainsi que la mère d’Anna, décédéeau moment de leur mariage et ils résident respectivement dans le 3ème et le 12ème arrondissement mais vont s’établir dans un premier temps rue des Tournelles dans le quartier du Marais à Paris puis au 50, rue du Rendez-Vous à Paris dans le 12ème arrondissement près de la Place de la Nation. Le couple a deux enfants : Denise l’aînée née le 10 septembre 1914 [Paris, 3ème arrondissement] et Maurice le cadet né le 18 mai 1920 [Paris, 12ème arrondissement].

Acte de naissance de Anna ZLOTOYABKA, Denise FAINSTEIN et Acte de mariage des époux FAINSTEIN [Archives Municipales de Paris, en ligne]

Samuel FAINSTEIN exerce la profession d’horloger et son activité réside essentiellement dans la réparation des montres et horloges et également dans la vente d’articles de fantaisie en bijouterie/horlogerie.

Dossier d'Aryanisation [Archives Nationales AJ38/4597 dossier n°2524]
Dossier d’Aryanisation [Archives Nationales AJ38/4597 dossier n°2524]

La famille arrive le 18 mai 1940 à Pornichet et Samuel va ouvrir un atelier d’horlogerie le 27 juin 1940 au 139, avenue de Mazy dans le centre qu’il loue en meublé à Monsieur ROUX.

139, avenue de Mazy PORNICHET
139, avenue de Mazy PORNICHET

Tout étranger se déplaçant dans une commune doit signaler sa présence et faire viser sa carte d’identité. C’est ce qu’il fait en mai 1940.

Visas étrangers [Archives Municipales de Pornichet 4H45]
Visas étrangers [Archives Municipales de Pornichet 4H45]

Alors que les Juifs sont dans l’obligation de se déclarer auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire ou mairies du lieu où ils habitent entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940 suite à la 1ère ordonnance allemande, il ne le fait pas mais va déclarer son commerce le 11 novembre 1940.

Un administrateur provisoire est nommé en la personne de Gabriel HERVOUËT (28 janvier 1941), arbitre de commerce à Saint-Nazaire, les scellés sont apposés sur le magasin le 03 décembre 1940, un inventaire est dressé le 10 du même mois et une affiche « Entreprise Juive, Judische Gesellschaft » est apposée sur la devanture. Alors qu’il ne peut plus en tant que Juif être en contact avec la clientèle, il va malgré tout continuer à expédier les affaires courantes et finir les réparations engagées. Il est dénoncé en mai 1941 par Mélanie TARTOUE, employée de commerce à Pornichet qui réside La Ville Heriou et par Narcisse NIVELEAU, commerçant, avenue de Mazy, la même rue où est établit le commerce de Samuel et qui tient le Bazar de l’Océan. Ceux-ci attestent devant M. DAUGE, agent de police à Saint-Marc que Samuel FAINSTEIN a continué à exercer son activité commerciale.

Courrier du Préfet de Loire-Inférieure au Conseiller Supérieur d’Administration Militaire (Docteur Schuster, Nantes) du 30 juillet 1941 [ADLA 1694W26]

Les marchandises du magasin sont vendues à Monsieur THUREAU en juin 1941, son voisin d’en face, commerçant au 136, avenue de Mazy au prix de 300 francs alors que le stock était évalué à plus de 1800 francs. Le commerce sera par la suite loué directement auprès du propriétaire  par Monsieur BREDELOUX, artisan-horloger qui habite « Châlet la Colline », avenue Thiriat à la Baule.

Cette dénonciation va avoir des conséquences catastrophiques puisque Samuel FAINSTEIN est arrêté le 21 juin 1941 et transféré au camp de Compiègne. Il est le premier à être arrêté sur l’arrondissement de Saint-Nazaire.

Au mois de juillet 1941, son père ayant été arrêté, Maurice FAINSTEIN, son fils qui exerce également la profession d’horloger, est sommé d’arrêter toute activité et sollicite auprès de la préfecture l’autorisation de terminer les travaux d’horlogerie en cours ce qui lui est accordé.

Il  se rend à Arcachon vers le début du mois de juillet 1941 avec sa mère et sa soeur Denise, Villa « Jean-Marie » avenue des Abatilles (Basses-Pyrénées) [Archives Nationales, dossier aryanisation du commerce, lettre du commissaire spécial de Saint-Nazaire du 20 août 1941].

Son nom est inscrit sur le registre des cartes de ravitaillement de la mairie de Pornichet mais il  ne vient pas la récupérer.

Maurice FAINSTEIN passe la ligne de démarcation et se rend dans le sud de la France à Nice et habite au 9, rue Rouget de l’Isle. Il participe au sabotage du local de Jacques DORIOT à Nice et est emprisonné à la prison de Nice pendant trois mois puis transféré sur Drancy.

Fiches d’internement du camp de Drancy [Archives Nationales, F9/5690]

Il y rencontre Serge SMULEVIC qui devient son ami qui raconte les circonstances du départ du convoi :

« 

LE PETIT COUTEAU

17 décembre 1943,  vers midi.

Nous venons de quitter Drancy et nous sommes alignés sur le quai de la gare de Bobigny. Je suis au premier rang, entre mes deux meilleurs amis. A ma gauche, Maurice Fainstein, dit Momo, de Montreuil-sous-Bois, et à ma droite François Sandler de Lyon. Devant nous, un train de marchandises, et tout le long des soldats S.S. armés de mitraillettes. Puis, nous voyons arriver, marchant lentement, Aloïs Brunner, suivi de deux officiers S.S.
Je l’avais déjà vu à Drancy où j’ai passé environ quinze jours. La nuit précédente, dans l’immense salle dans laquelle nous dormions pour la dernière fois à Drancy, pêle-mêle hommes, femmes et enfants, une jolie
jeune femme blonde, vêtue d’un manteau de fourrure qui était installée à proximité de notre groupe, se leva vers minuit. Elle nous dit que Brunner l’attendait dans son bureau, et lui avait promis de ne  pas faire partie de ce convoi, elle et sa mère. Elle est revenue, deux heures plus tard, en sanglotant. Le lendemain, elle était sur le quai avec sa mère.
Donc, Brunner nous tient un discours, traduit instantanément par un civil, pour nous avertir que si quelqu’un tentait de s’évader, tous les autres occupants du wagon seraient exécutés. De même il nous avertissait qu’il était interdit d’emporter dans ses bagages tout couteau ou autre objet pointu en métal, permettant éventuellement d’attaquer le plancher du wagon, et qu’il était encore temps de les remettre spontanément. Et il se mit à ouvrir au hasard, des bagages et sacs à provisions. Il s’arrêta devant mon ami Français Sandler, se pencha et ouvrit son sac et se mit à le fouiller. En. sortit un petit couteau à éplucher des pommes de terre. Se releva, un sourire sarcastique aux lèvres et approcha le petit couteau des yeux de mon ami François, allant à toute vitesse d’un oeil à l’autre, comme s’il allait les lui crever. Et tout à coup, d’un geste précis et rapide lui trancha plus de la moitié de l’oreille gauche, et remit le couteau à l’un des deux sbires qui l’accompagnait. Le sang dégoulinait abondamment sur le côté gauche de François, mais personne n’osait bouger, et quelques instants plus tard nous sommes montés dans le wagon. Bien sûr dès que le train partit, on enmaillotta l’oreille de François dans un morceau de chemise. L’image de cette oreille qui pendait, je n’ai jamais réussi à l’oublier.

François n’a pas tenu très longtemps à Monovitz, où il est mort après son admission au KB. Mon ami Maurice Fainstein, qui avait fait sauter le local de Jacques Doriot à Nice, et avait pratiquement été arrêté par la foule, avait été emprisonné avec moi à la prison de Nice, où nous avons passé trois mois ensemble. Il est mort de faiblesse, dans mes bras, totalement épuisé, au courant du mois de mai 1944. Sa soeur m’a écrit plusieurs fois, après mon retour à Thionville, ainsi que la femme de François. Je possède toutes leurs lettres, mais rien n’était aussi pénible que d’annoncer à quelqu’un la mort d’un proche dans un camp. D’autant plus pénible que ces personnes voulaient des détails sur cette mort, espérant toujours que je pouvais peut-être me tromper, et cet espoir qui ne les quittait pas, me mettait dans un état lamentable.
Déjà le leur dire était difficile, mais presque exiger de moi des détails était au-dessus de mes forces, car les images que j’ai conservées des derniers moments de Momo étaient douloureuses. Il avait tellement maigri, et ses yeux, à travers ses lunettes rafistolées avec du fil de fer, étaient si remplis de tristesse que c’était difficilement supportable.

Voilà comment sont partis, pour ne plus revenir, par le convoi n° 63, mes deux derniers amis, venus avec moi sur ce quai de la gare de Bobigny, pour assister à cet acte de sauvagerie barbare d’Alois Brunner.
Ils sont toujours présents dans ma mémoire.
« 
Serge SMULEVIC

source : http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/serge_petit_couteau.htm

Il sera déporté par le convoi numéro 63 au départ de Drancy le 17 décembre 1943 à destination d’Auschwitz.

Liste convoi n°63 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]
Liste convoi n°63 [CDJC, Mémorial de la Shoah, Paris]

Monsieur FAINSTEIN Maurice est décédé en mai 1944, à 24 ans,  mort d’épuisement dans les bras de son ami Serge SMULEVIC (parution Journal Officiel de la République Française n°242 du 17/10/1989 page 12972).

Le père de Maurice, Samuel, interné depuis juin 1941 au camp de Compiègne est transféré sur Drancy puis déporté par le convoi numéro 32 du 14 septembre 1942. Il a été exterminé à Auschwitz-Birkenau, il avait 50 ans.

Fiches d’internement du camp de Drancy [Archives Nationales, F9/5690]
Liste convoi n°32
 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi n°32
[CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Anna FAINSTEIN et Denise FAINSTEIN ne seront pas déportées. Anna récupère à Paris un certificat d’internement et de déportation et sa fille se marie juste après-guerre avec Harry A. WASSERMAN le 06 octobre 1945 à la mairie du 16ème arrondissement à Paris.

DAVID Jacqueline, Jean-Claude, Riba (NR)

Jacqueline DAVID
 [Yad Vashem, en ligne]
Jacqueline DAVID
[Yad Vashem, en ligne]
Jean-Claude DAVID
 [Yad Vashem, en ligne]
Jean-Claude DAVID
[Yad Vashem, en ligne]

Jacqueline DAVID est née le 07 octobre 1939 à Saint-Nazaire. [Père : DAVID Samuel né à Salonique le 15 avril 1907 de profession représentant de commerce et Mère : Rebecca dite Riba PALADINO née le 23 septembre 1910 à Salonique]. Jacqueline a par ailleurs un grand-frère : Jean-Claude né le 16 juillet 1936 à Paris (16ème arrondissement). La famille réside Villa Mina, allée des Tamaris à La Baule.

Actes de naissance [Archives Municipales de Saint-Nazaire et Archives Municipales de Paris]

Elle a été déportée avec son frère et sa mère de Perpignan [ 20, Rue de la Fusterie, Perpignan (Pyrénées-Orientales)] puis Drancy par le convoi numéro 62 du 20 novembre 1942 vers Auschwitz-Birkenau et ont été assassinés à leur arrivée.

Liste convoi 62 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 62 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Des feuilles de témoignage ont été déposées sur le site Yad Vashem en leur mémoire.

Dossier d'étranger Rebecca dite Riba DAVID [ADLA 4M938]
Dossier d’étranger Rebecca dite Riba DAVID [ADLA 4M938]

CREANGE Pierre, Raymonde, Françoise, Robert

Né le 24 octobre 1901 à Paris (8ème arrondissement), Pierre Créange et sa femme Raymonde née le 24 novembre 1900 (Paris, 1-ème arrondissement) ont vécu de 1935 à 1942 avec leurs deux enfants Françoise née en 1929 et Robert né en 1931 au 4 bis, rue Anna Jacquin à Boulogne-Billancourt.

Acte de naissance de Pierre CREANGE [Archives Municipales Paris, en ligne]
Acte de naissance de Pierre CREANGE [Archives Municipales Paris, en ligne]

Pierre Créange était militant de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), il luttait sans relâche contre le racisme et l’antisémitisme et était membre de la Ligue des Droits de l’Homme. A Boulogne-Billancourt, il avait créé la première Université populaire, L’Université Henri Barbusse. Pierre Créange était poète et avait publié avant guerre quatre recueils de poésies ainsi qu’un livre en prose, « Epitres aux Juifs ».

Nous ignorons la date exacte d’arrivée de la famille en presqu’ile mais entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, Pierre CREANGE se déclare en tant que Juif auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire sous le numéro 152. Il est le dernier à le faire. Il réside alors Villa Marouf à Préfailles au 4, rue Joseph Laraison.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Villa Marouf Préfailles côté rue
Villa Marouf Préfailles côté rue

En avril 1942, la Feldkommandantur de Saint-Nazaire est informée (???) que Pierre CREANGE aurait constitué des stocks de fourrures et tabac chez lui. Faut-il rappeler que Pierre CREANGE est écrivain.

Courriers préfecture et sous-préfecture 08 et 14 avril 1942 [ADLA 1694W21]

Recherchée par la police, la famille Créange décida de passer la ligne de démarcation pour atteindre la zone libre. Lors de cette tentative, les parents Créange ainsi que le grand-père maternel furent arrêtés par les Allemands.

Robert a 11 ans ce jour d’août 1942 : « Pendant la guerre et l’occupation, mon père, Pierre Créange, militant de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière – le parti socialiste français), franc-maçon, juif et poète, a très vite été recherché. Aussi bien par la police française que par la Gestapo.
Après la rafle du Vel’dHiv, du 16 juillet 1942, il a décidé de nous faire passer la ligne de démarcation pour rejoindre la zone libre, avec ma mère, mon grand-père maternel et ma sœur âgée de 13 ans. Nous savions qu’il y avait danger, mais nous ignorions complètement l’existence des camps et des chambres à gaz.

A Romazière cependant, un hôtelier accepte de fournir pour dix francs (ce qui est peu) deux repas par jour aux réfugiés qui passent la nuit par terre, dans la grande salle du restaurant. A Limoges, où l’on demande cinq cents francs pour une chambre, l’abbé Glorieux, Mlle Durand et Mlle Rivière s’occupent de quelques-uns de ces malheureux parmi lesquels on trouve bon nombre d’enfants qui ont franchi la ligne tout seuls ou dont les parents ont été arrêtés sous leurs yeux. C’est le cas des enfants du poète Pierre Créange.
Comme les Allemands, après avoir examiné les faux papiers, veulent retenir toute la famille pour complément d’information, l’aîné des gosses dit d’un ton qui semble naturel aux feldgendarmes :
« Nous ne connaissons pas ce monsieur et cette dame » et les parents ont le courage de confirmer.
 » Ces enfants ne sont pas avec nous. Nous ne les connaissons pas du tout. »
Les deux petits passent. Encadrés de policiers, Pierre Créange et sa femme s’éloignent vers leur destin. Nul ne se retourne.

Ce jour d’août 1942, ma sœur et moi, nous avons vu nos parents pour la dernière fois, arrêtés par les Allemands. Recueillis par une tante à Périgueux, nous avons pu échanger quelques cartes avec nos parents, tant qu’ils étaient dans la prison de Poitiers et dans le camp de Drancy, jusqu’à l’arrivée de la dernière, sur laquelle un gardien avait inscrit “Partis le 18/09/1942 pour destination inconnue”…
Nous n’avons plus rien su de notre mère, certainement gazée à l’arrivée. Pour notre père, quelqu’un, qui en est revenu, nous a raconté et rapporté deux de ses poèmes écrits au camp. Notre grand-père a eu plus de chance, après la libération, nous l’avons retrouvé à Boulogne-Billancourt ».

Pierre et son épouse Raymonde sont transférés à la prison de Poitiers puis sur le camp de Drancy où ils arrivent le 14 août 1942.

Fiches d’internement du Camp de Drancy [Archives Nationales, F9/5686]

Pierre et son épouse sont déportés vers le camp d’Auschwitz-Birkenau le 18 septembre 1942 par le convoi numéro 34.

Liste convoi 34 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]
Liste convoi 34 [CDJC, Mémorial de la Shoah, en ligne]

Pierre Créange, 41 ans, est transféré dans le camp de Klein Mangersdorf, annexe d’Auschwitz.

Charles Baron jeune déporté de seize ans, présent dans le même camp, témoigne : « Il avait trouvé du papier, un crayon, et, sur un coin de table, il écrivait ses poèmes. Il dégageait une espèce de tranquillité. Il nous rassurait. Il parlait de sa femme, de ses enfants. » Mais un jour ses lunettes sont piétinées par un gardien. D’une totale myopie, il ne peut plus rien faire, et est renvoyé à Auschwitz où il est assassiné, on ignore la date et les circonstances exactes. Deux de ses poèmes sont parvenus à ses enfants après le retour des survivants.

Exil

Horizons fermés
Fils barbelés
Banales baraques interchangeables
Travail morne qui ne console pas
Frères de misère
Qui parfois à nos misères ajoutez…
Solitude dans la multitude
Langue étrangère
Paysages et visages hostiles
Ou fermés.
Notre destin nous est rivé
A toi, mon aimée,
Comme à moi,
Pour des jours et des jours
Longs à traîner.
Nous sommes éparés,
A l’absence s’ajoute le silence.
Si parfois la violence de ma peine décroît
Et semble s’assoupir
Comme s’atténue le froid quand tombe la neige,
C’est que ta pensée,
De son aile impalpable, m’a caressé.
La vie nous semblera une merveilleuse aventure
Lorsque nous serons réunis.
Parfois je crois voir notre retour,
Mon amour…
Les embrassements triomphants
De nos enfants, Grandis et mûris par l’épreuve,
L’étreinte de nos parents,
Vieillis mais retrouvés…
Les yeux tendres du vieux chien,
Et l’accueil même des choses,
Et le sourire perlé de nos roses.
Jamais nous n’aurons été
Si père l’un de l’autre.
La maison nous sera douce, si douce…
Nous deviendrons casaniers
Parmi les amis et les livres retrouvés,
Sous les yeux attendris des aïeux
Dans leurs cadres patinés.
Horizons fermés
Fils barbelés
Banales baraques interchangeables
Travail morne qui ne console pas
Frères de misère
Qui parfois à nos misères ajoutez…
Solitude dans la multitude
Langue étrangère
Paysages et visages hostiles
Vous serez comme un cauchemar
Dont le jour d’un coup délivre!
Je reverrai bientôt tes yeux mon adorée,
Et j’embrasserai en pleurant tes cheveux.

Fait divers au Lager

Il est arrivé un soir,
Juif parmi d’autres juifs,
– Inconnu parmi les inconnus –
Il est arrivé un soir
Avec vingt autres hommes,
Sa valise et sa peine
Courbant ses épaules.

C’était un être au destin banal.
Ou peut-être avait-il été quelqu’un.
Tu n’as rien livré de toi;
Tu ne nous a pas parlé:
Passant discret, tu es passé,
A peine as-tu donné ton nom,
Et ton regard déjà atone…
On t’a couché
Et tu ne t’es pas relevé.

Tu es parti à midi
Le vent d’ouest hurlait.
Une charrette a porté à travers la plaine
Le pauvre cercueil de bois blanc,
Et quatre des nôtres ont suivi ton corps.
Tandis qu’un soldat en armes
Gardait le mort et les vivants
–Alors j’ai vu de furtives larmes anonymes de femmes–
Préludes aux larmes qui couleront ailleurs…

Enfin au cimetière,
Quelques prières,
Et les rituelles pelletées de terre…

Un juif à rayer sur les registres
Et c’est tout.

Raymonde et son mari Pierre ont été exterminés à Auschwitz-Birkenau. Ils avaient tous les deux 41 ans.

Le 19 mai 2011, une plaque commémorative à la mémoire de Pierre Créange et de son épouse Raymonde a été posée au 4 bis rue Anna Jacquin à Boulogne-Billancourt (Anciennement rue Buzenval). Cette plaque a été inaugurée par le Député-maire de Boulogne-Billancourt Pierre-Christophe Baguet et l’équipe municipale en présence des enfants de Pierre et Raymonde Créange : Robert Créange, Secrétaire Général de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes) et Françoise Créange-Picard. Plusieurs membres et amis de la famille Créange étaient également présents. [Source : Mairie de Boulogne-Billancourt]

LEVI Georges

Georges LEVI est né le 03 juillet 1898 à Esnes (Meuse) [Père : LEVI Jules, marchand de bestiaux et Mère : Anna SALOMON]. Il se marie une première fois le 02 avril 1926 avec Ena PETITQUEUX dont il divorce le 23 décembre 1937. Il exerce au moment de son mariage la profession de négociant en immeubles.

Actes de naissance et de mariage de Georges LEVI [Archives Départementales des Ardennes, en ligne]

Réfugié des Ardennes, les populations civiles le plus près de la ligne Maginot étant évacuées vers l’intérieur, Georges LEVI arrive vraisemblablement au mois de septembre 1939. Entre le 27 septembre et le 20 octobre 1940, il se fait recenser auprès de la sous-préfecture de Saint-Nazaire (ou mairie de La Baule) sous le numéro 151. il réside alors à La Baule, avenue Foch.

Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]
Extrait liste dactylographiée recensement 08 novembre 1940 [ADLA 1694W25]

Georges LEVI n’a pas été déporté. Il se remarie après-guerre le 25 août 1945 à Capbreton (Landes) et décède à Mézières (Ardennes) en 1965.